Plymouth Belvedere

Plymouth Belvedere

La Plymouth Belvedere est une automobile américaine produite par Plymouth, division du groupe Chrysler, entre 1951 et 1970. Apparue sous la forme d’un élégant coupé hardtop à deux portes, elle devient une gamme à part entière en 1954, avant de connaître plusieurs générations et de profondes transformations techniques. D’abord positionnée parmi les modèles les plus prestigieux de la marque, elle évolue progressivement vers le segment intermédiaire et sert de base à plusieurs muscle cars emblématiques des années 1960.

La Belvedere illustre près de vingt ans d’évolution de l’automobile américaine. Ses premières versions privilégient le confort, les chromes et les carrosseries généreuses, tandis que les dernières générations adoptent des moteurs V8 puissants et une architecture adaptée aux performances. Son histoire est également marquée par le style Forward Look de Virgil Exner, les spectaculaires ailerons de 1957 et l’arrivée des motorisations Hemi en compétition.

Origines de la Plymouth Belvedere : du coupé Cranbrook à une gamme indépendante

La Plymouth Belvedere apparaît le 31 mars 1951 comme une déclinaison de la Plymouth Cranbrook. À cette époque, le constructeur cherche à concurrencer les coupés hardtop américains, notamment la Chevrolet Bel Air, introduite l’année précédente. Cette catégorie de véhicules connaît un succès croissant grâce à son association entre l’élégance d’un cabriolet et la protection d’un toit rigide.

La principale particularité de la Cranbrook Belvedere réside dans sa carrosserie deux portes sans montant central apparent. Lorsque les vitres latérales sont abaissées, l’habitacle offre une ouverture continue particulièrement appréciée sur le marché américain. Le véhicule conserve néanmoins une architecture traditionnelle, avec un moteur avant, une propulsion arrière et un châssis séparé.

Sous le capot, la première Belvedere reçoit un six cylindres en ligne à soupapes latérales de 217,8 pouces cubes, soit environ 3,57 litres. Développant 97 chevaux SAE bruts en 1951, ce moteur privilégie la souplesse et la robustesse plutôt que les performances sportives. Il est associé à une boîte manuelle à trois rapports.

Le modèle se distingue également par ses nombreuses garnitures chromées, son habitacle relativement soigné et ses combinaisons de peintures bicolores. En 1952, Plymouth propose notamment une présentation dite saddleback, caractérisée par une seconde couleur qui se prolonge du toit vers la partie arrière de la carrosserie.

En 1953, la Cranbrook Belvedere bénéficie d’une carrosserie redessinée, d’un pare-brise monobloc et d’un empattement ramené à 114 pouces, soit environ 2,90 mètres. La gamme Plymouth accueille également la transmission Hy-Drive, qui combine certains avantages d’une transmission automatique avec une boîte mécanique traditionnelle.

Le changement décisif intervient en 1954. La Belvedere devient une série indépendante et remplace la Cranbrook au sommet de la gamme Plymouth. Elle n’est désormais plus limitée au coupé hardtop : le catalogue comprend notamment des berlines, un cabriolet et des carrosseries familiales. La transmission automatique PowerFlite à deux rapports fait également partie des nouveautés disponibles.

1955 à 1961 : le style Forward Look et les grands ailerons

À partir de 1955, la Plymouth Belvedere connaît une transformation esthétique majeure. Sous l’impulsion de Virgil Exner, responsable du style au sein de Chrysler, les automobiles du groupe adoptent progressivement une silhouette plus basse, plus longue et plus dynamique. Cette orientation, connue sous le nom de Forward Look, rompt avec les formes arrondies du début des années 1950.

La Belvedere de 1955 présente une carrosserie entièrement renouvelée, une calandre plus horizontale et des proportions modernisées. Cette année marque également l’introduction des moteurs V8 dans la gamme Plymouth. Les clients disposent désormais d’une alternative aux traditionnels six cylindres, avec davantage de puissance et de souplesse à vitesse élevée.

En 1956, les ailerons arrière deviennent plus visibles et les versions équipées de la transmission automatique adoptent des commandes par boutons-poussoirs. La même année apparaît la Plymouth Fury, initialement proposée comme une déclinaison sportive et prestigieuse. En 1959, la Fury devient une gamme indépendante et prend une position supérieure à celle de la Belvedere dans la hiérarchie commerciale.

Le millésime 1957 représente l’une des évolutions les plus spectaculaires de l’histoire du modèle. La nouvelle carrosserie se caractérise par un capot bas, une vaste surface vitrée, des lignes tendues et de grands ailerons arrière. L’ensemble donne l’impression d’une voiture particulièrement longue et élancée, conformément aux tendances stylistiques américaines de la fin des années 1950.

Cette génération introduit également la suspension avant Torsion-Aire à barres de torsion. Associée à un essieu arrière rigide suspendu par des ressorts à lames, cette architecture améliore le compromis entre confort et comportement routier. Elle devient l’une des caractéristiques techniques importantes des Plymouth des générations suivantes.

La Belvedere de 1958 conserve les grandes lignes du modèle précédent, mais reçoit plusieurs modifications de présentation, notamment au niveau de la calandre et des éléments décoratifs. Les motorisations V8 continuent d’évoluer, tandis que les transmissions automatiques PowerFlite et TorqueFlite contribuent au confort de conduite.

Les millésimes 1959 à 1961 marquent une période de transition. Les lignes évoluent progressivement et les ailerons perdent leur importance. En 1960, Plymouth adopte une construction monocoque pour ses grandes voitures, abandonnant le châssis séparé traditionnel. Cette transformation structurelle permet de revoir la conception de la caisse et participe à la modernisation de la gamme.

1962 à 1970 : une nouvelle place dans la gamme Plymouth

En 1962, Plymouth réduit sensiblement les dimensions de ses modèles intermédiaires. La Belvedere adopte une carrosserie plus compacte, avec un empattement de 116 pouces, soit environ 2,95 mètres. Ce changement intervient alors que les constructeurs américains cherchent à mieux répartir leur offre entre voitures compactes, intermédiaires et grandes berlines.

La Belvedere se distingue ainsi de la Plymouth Valiant, lancée en 1960 pour répondre à la demande de voitures compactes. Les deux modèles appartiennent à des catégories différentes, même si leur positionnement relativement accessible leur permet de toucher une clientèle recherchant une automobile familiale pratique.

Les millésimes 1963 et 1964 apportent plusieurs changements esthétiques. Les lignes deviennent plus conventionnelles, avec des panneaux de carrosserie plus rectilignes et une présentation moins controversée que celle de 1962. Ces voitures conservent une architecture à propulsion et peuvent recevoir différentes motorisations six cylindres ou V8.

La diversification de Plymouth s’accélère parallèlement. En 1964, la Plymouth Barracuda apparaît sur une base dérivée de la Valiant. Elle appartient à la catégorie des compactes sportives, contrairement à la Belvedere, qui poursuit son évolution dans le segment intermédiaire.

En 1965, une nouvelle génération de Belvedere est introduite sur la plateforme B-body de Chrysler. La gamme comprend plusieurs niveaux de finition, principalement Belvedere I et Belvedere II. La première privilégie une présentation simple et un prix compétitif, tandis que la seconde propose davantage d’équipements et d’éléments décoratifs.

La même année apparaît la Plymouth Satellite, initialement positionnée comme une finition supérieure de la famille Belvedere. Elle acquiert progressivement une identité commerciale distincte et poursuit la lignée des Plymouth intermédiaires après l’abandon de l’appellation Belvedere à la fin de l’année-modèle 1970.

Les Belvedere de 1965 à 1967 se reconnaissent à leurs formes anguleuses, leur long capot et leurs différentes configurations de carrosserie. Elles peuvent recevoir des moteurs économiques à six cylindres, mais aussi des V8 nettement plus puissants. Cette polyvalence explique leur utilisation aussi bien comme voitures familiales que comme bases de véhicules sportifs.

En 1968, Plymouth présente une nouvelle carrosserie B-body, plus massive et sculptée. La Belvedere occupe désormais une place essentiellement économique dans la gamme. Elle est proposée notamment en berline deux portes, berline quatre portes et break, avec une présentation plus sobre que les versions supérieures.

Cette génération partage sa base technique avec la Plymouth Road Runner, lancée en 1968. Cette dernière privilégie les performances à un tarif relativement accessible, en limitant certains équipements de confort et éléments décoratifs. La Belvedere standard conserve pour sa part une vocation familiale et utilitaire.

Les millésimes 1969 et 1970 apportent des évolutions de calandre, de présentation et d’équipements, sans modifier fondamentalement le positionnement du modèle. La Belvedere disparaît du catalogue après 1970, alors que Plymouth réorganise sa gamme intermédiaire autour de la Satellite.

Fiche technique de la Plymouth Belvedere

CaractéristiqueDonnées techniques
ConstructeurPlymouth, Chrysler Corporation
OrigineÉtats-Unis
Première apparition1951, comme Cranbrook Belvedere
Série indépendante1954 à 1970
SegmentGrande voiture américaine, puis intermédiaire
CarrosseriesCoupé hardtop, berline deux ou quatre portes, cabriolet, break selon les générations
Implantation moteurAvant longitudinal
TransmissionPropulsion arrière
Moteur initial de 1951Six cylindres en ligne à soupapes latérales, 3 569 cm³
Puissance initiale97 hp SAE gross
Autres six cylindres3,77 litres sur certaines premières versions ; Slant Six 3,68 litres sur les générations ultérieures
Moteurs V8Plusieurs familles et cylindrées selon les millésimes, notamment 318, 383 et 426 pouces cubes
V8 318Environ 5,21 litres
V8 383Environ 6,28 litres
V8 426 HemiEnviron 6,97 litres, 425 hp SAE gross annoncés sur les versions routières concernées
AlimentationCarburateur, configuration variable selon le moteur
Boîtes de vitessesManuelle 3 rapports, manuelle 4 rapports sur certaines versions, PowerFlite 2 rapports, TorqueFlite 3 rapports et autres transmissions selon les années
StructureChâssis séparé jusqu’en 1959, construction monocoque à partir de 1960
Suspension avantIndépendante, ressorts hélicoïdaux sur les premières générations, barres de torsion à partir de 1957
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames
DirectionÀ boîtier, assistance disponible selon les versions
FreinageTambours hydrauliques, disques avant disponibles sur certaines versions tardives
RouesJantes en acier, généralement avec enjoliveurs d’origine
Empattement 19513 010 mm
Empattement 19542 896 mm
Empattement 19622 946 mm
Empattement 1968, coupé2 946 mm
Longueur 1954, berlineEnviron 4 915 mm
Longueur 1968, deux portesEnviron 5 149 mm
Largeur 1968, deux portesEnviron 1 941 mm
Poids 1954, berline six cylindresEnviron 1 383 kg en poids d’expédition
Vitesse maximaleVariable selon les versions ; environ 134 km/h estimés pour une berline 1954 six cylindres
Accélération 0 à 100 km/hEnviron 19,6 s estimées pour une berline 1954 six cylindres ; performances nettement supérieures avec les V8 sportifs ultérieurs
ConsommationEnviron 15,2 l/100 km estimés pour une berline 1954 six cylindres

Motorisations et comportement : du six cylindres aux puissants V8

La diversité des motorisations constitue l’une des principales caractéristiques de la Plymouth Belvedere. Les premières générations sont conçues pour une conduite souple et confortable, avec des moteurs six cylindres relativement simples. Le six cylindres à soupapes latérales du début des années 1950 privilégie le couple à bas régime et une mécanique éprouvée, adaptée aux déplacements quotidiens.

L’introduction des V8 en 1955 modifie progressivement les possibilités offertes aux acheteurs. Ces moteurs permettent d’obtenir des accélérations plus franches et de meilleures reprises, particulièrement appréciées sur les longues routes américaines. Leur disponibilité dépend toutefois des années, des finitions et des différentes configurations de carburateurs.

Durant les années 1960, le six cylindres Slant Six de 225 pouces cubes constitue une solution économique et robuste. Son bloc incliné, caractéristique de cette famille mécanique Chrysler, permet notamment de réduire la hauteur d’installation du moteur. Il équipe de nombreuses voitures du groupe et se distingue des anciens six cylindres à soupapes latérales par une conception entièrement différente.

Les moteurs V8 de 318 et 383 pouces cubes offrent des performances supérieures. Le 318 répond principalement à une utilisation routière polyvalente, tandis que certaines versions du 383 permettent d’atteindre un niveau de puissance particulièrement élevé. Les chiffres annoncés à l’époque utilisent généralement la norme américaine SAE gross, mesurée dans des conditions différentes des méthodes modernes.

La Belvedere profite également des transmissions automatiques Chrysler, notamment la TorqueFlite à trois rapports. Réputée pour sa robustesse, cette boîte équipe de nombreuses voitures du groupe. Sur les versions sportives, la boîte manuelle à quatre rapports offre une conduite plus directe et permet d’exploiter davantage les moteurs de grande cylindrée.

Sur le plan du comportement routier, l’évolution de la suspension avant représente un progrès important. Les barres de torsion introduites en 1957 permettent de contrôler les mouvements de caisse tout en conservant un confort adapté aux routes américaines. À l’arrière, l’essieu rigide et les ressorts à lames restent privilégiés pour leur simplicité, leur résistance et leur capacité à supporter différentes charges.

Belvedere GTX, moteurs Hemi et compétition américaine

La Plymouth Belvedere occupe une place particulière dans l’histoire des muscle cars grâce aux versions sportives développées sur sa plateforme. Durant les années 1960, Chrysler utilise plusieurs carrosseries Plymouth intermédiaires pour accueillir des moteurs V8 de forte cylindrée, destinés aussi bien à la route qu’à la compétition.

En 1964, les Plymouth de compétition équipées du moteur 426 Hemi participent à l’essor des performances du groupe Chrysler en NASCAR. Richard Petty remporte notamment le Daytona 500 cette année-là au volant d’une Plymouth à moteur Hemi. Cette victoire contribue à renforcer la réputation sportive des automobiles de la marque.

Le 426 Hemi se distingue par ses culasses à chambres de combustion hémisphériques et son potentiel à haut régime. Développé initialement dans un contexte de compétition, il devient ensuite disponible sur certaines voitures de route. Sa puissance officielle de 425 chevaux SAE bruts en fait l’une des motorisations américaines les plus marquantes de cette période.

En 1967 apparaît la Plymouth GTX, initialement commercialisée sous le nom Belvedere GTX. Cette déclinaison sportive haut de gamme reçoit notamment un V8 440 pouces cubes, tandis que le 426 Hemi figure parmi les options. Elle associe une mécanique particulièrement puissante à une présentation plus luxueuse que celle des muscle cars économiques.

Les Plymouth intermédiaires sont également utilisées en drag racing. Certaines voitures préparées pour les catégories expérimentales A/FX reçoivent des modifications importantes de structure, de suspension et de motorisation. Ces véhicules de compétition se distinguent nettement des Belvedere vendues au grand public, même lorsqu’ils en reprennent la carrosserie.

La plateforme B-body poursuit sa carrière sportive avec plusieurs modèles spécialisés. En 1970, la Plymouth Superbird est développée à partir de la Road Runner pour répondre aux exigences aérodynamiques de la NASCAR. Son nez allongé et son immense aileron arrière en font l’une des voitures américaines les plus reconnaissables de cette époque. Elle appartient à la même famille technique que les dernières Belvedere, mais ne constitue pas une version directe de ce modèle.

Production, collection et identification des Plymouth Belvedere

La production de la Plymouth Belvedere s’étend sur près de vingt ans, mais les volumes varient considérablement selon les générations. Les premières Cranbrook Belvedere sont relativement spécifiques puisqu’elles correspondent à une seule carrosserie hardtop. À partir de 1954, l’élargissement de la gamme multiplie les variantes et rend les comparaisons de production plus complexes.

Pour les premières années, les compilations historiques mentionnent notamment 51 266 Cranbrook Belvedere produites sur les millésimes 1951 et 1952 réunis, puis environ 35 185 exemplaires en 1953. Ces chiffres concernent la période précédant la création de la gamme indépendante.

À la fin de sa carrière, la Belvedere conserve une présence significative sur le marché américain. Pour 1968, les données de production recensent notamment 15 702 berlines deux portes, 17 214 berlines quatre portes et 8 982 breaks dans les catégories Belvedere correspondantes. Les volumes diminuent ensuite avec l’évolution de la gamme Plymouth et le repositionnement commercial de la Satellite.

Sur le marché de la collection, les Belvedere des années 1950 attirent particulièrement les amateurs de voitures américaines classiques. Les coupés hardtop et les cabriolets sont appréciés pour leurs lignes, leurs chromes et leurs présentations bicolores. Les modèles de 1957 et 1958 sont particulièrement représentatifs du style Forward Look, avec leurs grandes surfaces vitrées et leurs ailerons arrière.

Les versions des années 1960 intéressent davantage les passionnés de mécanique et de performances. Les exemplaires équipés d’un V8 recherché, d’une transmission manuelle ou d’une configuration sportive authentique peuvent présenter un intérêt supérieur à celui des berlines ordinaires. L’état de conservation, la conformité mécanique et la présence de documents d’origine jouent un rôle déterminant dans leur appréciation.

L’identification d’une Belvedere nécessite de vérifier son millésime, sa carrosserie et sa finition. Une Cranbrook Belvedere de 1951 ne partage pratiquement aucun élément esthétique avec une Belvedere II de 1966. Les codes de série, la plaque constructeur et les documents de production permettent de distinguer une véritable Belvedere d’une Satellite, d’une GTX ou d’une voiture transformée ultérieurement.

Un exemplaire particulièrement célèbre est la Plymouth Belvedere de 1957 surnommée Miss Belvedere. Enterrée à Tulsa, dans l’Oklahoma, lors des célébrations du cinquantenaire de l’État, elle devait être conservée pendant cinquante ans avant son exhumation en 2007. Malgré les précautions prises à l’époque, l’infiltration d’eau dans la capsule a entraîné une corrosion considérable de la carrosserie et des éléments mécaniques. Cet événement reste l’un des épisodes les plus insolites associés à une Plymouth Belvedere.

Marque Plymouth

Année de sortie 1951

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