La Buick Riviera est un coupé américain de luxe produit par General Motors entre 1963 et 1999, avec une interruption en 1994. Créée pour concurrencer la Ford Thunderbird, elle s’impose dès son lancement par une silhouette élégante, un puissant moteur V8 et un positionnement de grand tourisme. Au fil de huit générations, la Riviera évolue profondément, passant d’un imposant coupé à propulsion à une automobile à traction avant dotée de technologies avancées. Sa première génération, dessinée sous la direction de Bill Mitchell, et sa spectaculaire carrosserie Boattail des années 1970 figurent parmi les réalisations les plus reconnaissables de l’histoire de Buick.
Origines et naissance de la Buick Riviera en 1963
L’appellation Riviera apparaît chez Buick bien avant la création du modèle indépendant. En 1949, elle désigne notamment une carrosserie hardtop sans montant central proposée sur la Buick Roadmaster. Ce type de carrosserie, qui associe l’élégance d’un cabriolet à la protection d’un toit fixe, rencontre un succès important aux États-Unis. Le nom Riviera est ensuite employé sur plusieurs automobiles de la marque.
À la fin des années 1950, l’appellation figure notamment dans la gamme Buick Electra. Cependant, General Motors souhaite développer un véritable coupé personnel de prestige capable de rivaliser avec la Ford Thunderbird. Le projet prend une nouvelle dimension lorsque les équipes de design de GM imaginent une automobile plus exclusive, aux proportions équilibrées et à l’allure inspirée des grandes voitures européennes.
Le développement débute autour du projet XP-715, initialement envisagé pour Cadillac. Bill Mitchell, vice-président du design de General Motors, joue un rôle déterminant dans son orientation esthétique. Le styliste Ned Nickles participe à la conception des premières propositions, tandis que Buick obtient finalement la responsabilité de commercialiser le véhicule. Le constructeur adapte alors le projet à ses propres contraintes industrielles et mécaniques.
Présentée le 4 octobre 1962 pour le millésime 1963, la nouvelle Riviera devient un modèle à part entière. Elle se distingue des berlines et coupés traditionnels de Buick par une carrosserie spécifique, un habitacle à quatre places et une présentation particulièrement soignée. Contrairement à la Buick LeSabre, davantage orientée vers une clientèle familiale, la Riviera privilégie l’élégance individuelle, le confort et les performances.
Son lancement est accompagné d’une production volontairement limitée à 40 000 exemplaires pour la première année. Cette stratégie contribue à renforcer son caractère exclusif et permet à Buick de s’installer durablement sur le marché américain des personal luxury cars.
Un design emblématique et une première génération devenue classique
La Buick Riviera de 1963 se reconnaît immédiatement à son long capot horizontal, son pavillon bas, ses surfaces tendues et sa carrosserie hardtop dépourvue de montant central. Son dessin tranche avec les automobiles américaines des années précédentes, souvent caractérisées par des ornements abondants et des ailerons imposants. Ici, les lignes sont sobres, les chromes relativement discrets et les proportions soigneusement étudiées.
La face avant possède quatre projecteurs ronds intégrés à une large calandre, tandis que les ailes présentent des extrémités anguleuses particulièrement distinctives. Le profil est marqué par une longue ligne de caisse et un arrière relativement court. À bord, la console centrale accueille le sélecteur de transmission et sépare les sièges avant, donnant à l’habitacle une ambiance proche de celle d’une automobile de grand tourisme.
La mécanique reste fidèle aux traditions américaines. La Riviera reçoit un moteur V8 Buick Nailhead de 6,6 litres développant 325 chevaux SAE gross. Un V8 de 7,0 litres, annoncé à 340 chevaux, devient également disponible au cours du millésime 1963. Ces moteurs se distinguent par leur couple important, particulièrement adapté à une conduite souple et rapide sur les grandes routes américaines.
En 1964, Buick fait évoluer les équipements et les motorisations sans modifier profondément la silhouette. Le changement le plus visible intervient en 1965 avec une face avant redessinée et des phares dissimulés dans les extrémités des ailes. Cette solution reprend une idée présente dans les premières études stylistiques du projet.
Le millésime 1965 voit également apparaître la Riviera Gran Sport. Cette version associe notamment le V8 425 cubic inches à deux carburateurs quadruple corps, une transmission adaptée et des réglages de suspension spécifiques. Sa puissance atteint 360 chevaux SAE gross. Produite à 3 354 exemplaires, elle représente aujourd’hui l’une des variantes les plus recherchées de la première génération.
Huit générations de Buick Riviera entre 1963 et 1999
La deuxième génération, commercialisée de 1966 à 1970, adopte une carrosserie entièrement redessinée. Plus longue et plus fluide, elle abandonne les formes strictement rectilignes du modèle original au profit d’une silhouette fastback. Les phares restent dissimulés et les surfaces latérales deviennent plus sculptées. Malgré sa parenté technique avec l’Oldsmobile Toronado, la Riviera conserve une transmission aux roues arrière, contrairement à cette dernière.
Les motorisations évoluent également. Le V8 425 ci est remplacé par un V8 430 ci en 1967, puis par le célèbre V8 455 ci de 7,5 litres en 1970. Cette augmentation de cylindrée accompagne la recherche de couple et de souplesse, caractéristiques essentielles des grands coupés américains de cette époque.
En 1971 apparaît la troisième génération, connue sous le surnom de Boattail. Dessinée sous la responsabilité de Jerry Hirshberg, elle se distingue par une poupe effilée évoquant la coque d’un bateau. Sa lunette arrière fortement inclinée et ses ailes arrière sculptées créent une silhouette spectaculaire. Produite jusqu’en 1973, cette Riviera constitue l’une des expressions les plus audacieuses du style automobile américain des années 1970.
La quatrième génération, lancée en 1974, revient à une présentation plus conventionnelle. Elle conserve le V8 455 ci, mais les nouvelles réglementations antipollution, les exigences de sécurité et l’évolution du marché américain modifient progressivement son caractère. Les puissances diminuent par rapport aux années précédentes, notamment en raison des réglages moteurs et du changement de méthode de mesure, les valeurs SAE net remplaçant les anciennes puissances SAE gross.
En 1977, la cinquième génération bénéficie d’une réduction des dimensions et de la masse. Toujours à propulsion, elle utilise notamment des V8 de 5,7 et 6,6 litres selon les versions. Cette évolution s’inscrit dans la stratégie de réduction du gabarit des grandes automobiles de General Motors, devenue nécessaire après les bouleversements énergétiques de la décennie.
Le changement le plus important intervient en 1979 avec la sixième génération. La Riviera abandonne la propulsion pour adopter la traction avant sur la plateforme E de General Motors. Cette architecture permet de proposer un habitacle spacieux dans une carrosserie plus compacte. La gamme comprend plusieurs motorisations, dont un V6 turbocompressé, des V8 essence et, pendant certaines années, un V8 diesel.
Les versions sportives S-Type puis T-Type témoignent de la volonté de Buick de conserver une dimension dynamique. À la même époque, la Buick Regal occupe un segment différent, avec ses propres déclinaisons performantes. Les deux familles ne doivent pas être confondues, même si elles illustrent chacune l’évolution de la marque durant les années 1980.
De 1982 à 1985, Buick commercialise également une Riviera Convertible. Cette déclinaison cabriolet, produite en volumes limités, constitue une alternative particulièrement exclusive aux coupés traditionnels. En 1983, une série Riviera XX célèbre le vingtième anniversaire du modèle.
La septième génération apparaît en 1986 avec des dimensions encore réduites, une carrosserie modernisée et un moteur V6 de 3,8 litres. Elle se distingue surtout par son Graphic Control Center, un système électronique doté d’un écran tactile cathodique permettant de gérer plusieurs fonctions de bord. Cette technologie, très inhabituelle pour une automobile de série de l’époque, illustre les ambitions de Buick en matière d’équipements électroniques.
En 1988, la Buick Reatta rejoint la gamme. Ce coupé deux places partage certains éléments techniques avec la Riviera, notamment la plateforme E et le V6 3,8 litres, mais possède une carrosserie et un positionnement distincts. La Riviera reçoit ensuite une carrosserie allongée pour le millésime 1989, afin de répondre aux critiques concernant l’habitabilité et les proportions de la version initiale.
Après une interruption en 1994, la huitième et dernière génération arrive pour le millésime 1995. Elle adopte un dessin entièrement nouveau, caractérisé par des lignes arrondies, un vitrage enveloppant et une silhouette aérodynamique. Son moteur V6 3800 est proposé en version atmosphérique ou à compresseur mécanique, avec une puissance atteignant 240 chevaux SAE net sur les versions suralimentées à partir de 1996.
Cette dernière Riviera conserve une vocation de grand tourisme, avec une présentation luxueuse et une conduite privilégiant le confort. Elle occupe une place différente de celle de la Buick Park Avenue, grande berline de prestige de la marque. La Riviera s’adresse avant tout aux acheteurs recherchant un coupé élégant et performant, tandis que la Park Avenue met davantage l’accent sur l’espace intérieur et le confort des passagers.
La production prend définitivement fin en 1999. Buick commercialise alors une série limitée Silver Arrow de 200 exemplaires, destinée à marquer la disparition du modèle. Les concept-cars portant ensuite le nom Riviera, notamment ceux de 2007 et 2013, ne donnent pas naissance à une nouvelle génération de série.
Fiche technique de la Buick Riviera
| Caractéristique | Buick Riviera 1963 |
|---|---|
| Constructeur | Buick, General Motors |
| Année de lancement | 1963, présentation en octobre 1962 |
| Production du modèle | 1963-1993 et 1995-1999 |
| Catégorie | Coupé personnel de luxe |
| Carrosserie | Coupé hardtop deux portes, quatre places |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur de série | V8 Buick Nailhead OHV à 90° |
| Cylindrée de série | 6 572 cm³, 401 ci |
| Moteur optionnel | V8 Nailhead 425 ci, environ 6 970 cm³ |
| Alimentation | Carburateur quadruple corps |
| Puissance | 325 à 340 hp SAE gross selon moteur |
| Couple maximal | 603 à 630 Nm selon moteur |
| Transmission | Automatique Buick Turbine Drive |
| Structure | Carrosserie sur châssis séparé |
| Suspension avant | Roues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, bras de guidage, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | Assistée hydrauliquement |
| Freins | Tambours assistés aux quatre roues |
| Roues | Jantes de 15 pouces |
| Pneumatiques | 7.10-15 |
| Longueur | 5 283 mm |
| Largeur | Environ 1 946 mm |
| Hauteur | Environ 1 351 à 1 359 mm |
| Empattement | 2 972 mm |
| Poids d’expédition | Environ 1 814 kg |
| Vitesse maximale | Environ 185 à 195 km/h selon version |
| 0 à 100 km/h | Environ 8 à 9 secondes selon version et essai |
| Consommation indicative | Environ 18 l/100 km dans certains essais d’époque |
| Production en 1963 | 40 000 exemplaires |
| Prix neuf aux États-Unis | 4 333 dollars hors options |
Motorisations, performances et innovations techniques
La carrière de la Buick Riviera reflète les grandes transformations de l’industrie automobile américaine. Dans les années 1960, la priorité est donnée aux moteurs V8 de forte cylindrée, capables de fournir un couple généreux à bas régime. Les premiers moteurs Nailhead sont particulièrement appréciés pour leur fonctionnement souple, même si leur architecture diffère sensiblement des V8 modernes.
La Riviera Gran Sport de 1965 constitue l’une des expressions les plus performantes de cette première période. Son V8 à double carburateur permet des accélérations remarquables pour un coupé dépassant largement 1,8 tonne. La transmission automatique et les suspensions adaptées privilégient toutefois un compromis entre performances, stabilité et confort plutôt qu’un comportement de voiture de compétition.
Les années 1970 marquent une transition. Le V8 455 ci demeure longtemps disponible, mais les normes antipollution et la crise pétrolière conduisent progressivement Buick à réduire les cylindrées et à revoir ses motorisations. La généralisation de la traction avant en 1979 représente une transformation encore plus profonde, puisqu’elle modifie l’architecture même du véhicule.
Le V6 turbocompressé proposé sur certaines Riviera de la sixième génération constitue une autre évolution importante. Buick développe alors une expertise particulière dans la suralimentation des moteurs six cylindres. Cette orientation se retrouve également sur la Buick Grand National, dérivée de la Regal, dont les performances reposent sur un V6 turbo. Les deux modèles appartiennent néanmoins à des familles techniques distinctes.
Dans les années 1990, la Riviera adopte une approche différente avec le V6 3800 à compresseur mécanique. Contrairement à un turbocompresseur entraîné par les gaz d’échappement, ce dispositif utilise un compresseur entraîné par le moteur pour augmenter la quantité d’air admise. Il permet d’obtenir un couple important sur une large plage de régime, tout en conservant une réponse progressive adaptée à la vocation luxueuse du coupé.
La dernière génération bénéficie également d’une transmission automatique électronique à quatre rapports, de suspensions indépendantes et d’équipements de sécurité plus modernes. Cette évolution technique illustre le passage d’un grand coupé américain traditionnel à une automobile de luxe conçue autour de l’électronique, de la traction avant et d’une mécanique plus compacte.
Production, versions rares et marché de collection
La Buick Riviera connaît une carrière commerciale irrégulière, avec des volumes très différents selon les générations. Le lancement de 1963 est volontairement limité à 40 000 unités, tandis que la production atteint 52 872 exemplaires en 1969. Les années 1970 sont plus difficiles, notamment en raison de l’évolution du marché et de la diminution de la demande pour les grands coupés gourmands en carburant.
La sixième génération connaît un regain d’intérêt à partir de 1979. Sa nouvelle architecture, ses dimensions mieux adaptées et son équipement lui permettent de retrouver une clientèle importante. En revanche, la génération lancée en 1986 souffre de son gabarit réduit et de proportions moins appréciées par les acheteurs traditionnels. Les ventes diminuent fortement avant le restylage de 1989.
Sur le marché de collection, les Riviera de 1963 à 1965 occupent une place privilégiée grâce à leur dessin original. Les exemplaires de 1965 équipés du véritable ensemble Gran Sport sont particulièrement recherchés, notamment lorsque leur configuration mécanique et leurs équipements d’origine sont correctement documentés.
La Riviera Boattail de 1971 à 1973 constitue une autre famille emblématique. Sa carrosserie très particulière lui assure une forte identité, même si les amateurs restent partagés sur son style. Les exemplaires préservés dans leur configuration d’origine présentent un intérêt historique important, particulièrement lorsque les éléments spécifiques de carrosserie et d’habillage sont complets.
Les Riviera Convertible produites entre 1982 et 1985 attirent également les collectionneurs en raison de leur diffusion limitée. Leur carrosserie transformée nécessite une attention particulière lors d’une restauration, notamment pour la capote, les joints et les renforts structurels. Les versions anniversaires et les séries spéciales disposent d’un attrait supplémentaire lorsque leur authenticité peut être établie.
La dernière Riviera reste plus accessible dans l’univers des automobiles de collection américaines récentes, mais certains exemplaires se distinguent déjà par leur rareté. La Silver Arrow de 1999, limitée à 200 unités, représente la série de fin de carrière la plus identifiable. Elle accompagne les derniers mois de production d’un modèle dont le nom avait traversé plusieurs époques du design automobile américain.




