La Buick Roadmaster est une grande automobile américaine de luxe produite par Buick, division de General Motors, de 1936 à 1958, puis de 1991 à 1996. Initialement conçue comme l’une des voitures les plus prestigieuses du constructeur, elle traverse plusieurs générations marquées par l’évolution du style américain, l’arrivée de la transmission automatique Dynaflow et le passage du huit cylindres en ligne au V8. Après une absence de plus de trente ans, son nom réapparaît sur une grande berline et un break à propulsion, parmi les derniers représentants de l’automobile américaine traditionnelle.
La Roadmaster se distingue par ses dimensions généreuses, son confort de suspension et ses motorisations de forte cylindrée. Des carrosseries élégantes des années 1930 aux imposants modèles chromés des années 1950, puis aux versions modernes équipées du V8 LT1, elle illustre différentes époques du luxe automobile américain.
Naissance de la Buick Roadmaster en 1936
La Buick Roadmaster apparaît en 1936, lorsque General Motors entreprend une importante réorganisation de la gamme Buick. Le constructeur abandonne progressivement les simples désignations numériques au profit de noms commerciaux plus évocateurs. La Roadmaster remplace ainsi la Series 80 et prend place parmi les automobiles les plus luxueuses de la marque, juste en dessous de la prestigieuse Limited Series 90.
Cette nouvelle hiérarchie comprend également la Special et la Buick Century. Cette dernière associe une carrosserie relativement compacte à un puissant huit cylindres en ligne, tandis que la Roadmaster privilégie l’espace intérieur, le confort et une présentation plus statutaire. Son nom, qui évoque la maîtrise des longues routes, correspond parfaitement à sa vocation de grande routière américaine.
La première Roadmaster, identifiée comme Series 80, repose sur un châssis à empattement de 131 pouces, soit environ 3,33 mètres. Elle reçoit un moteur huit cylindres en ligne Fireball de 320,2 pouces cubes, équivalant à 5,25 litres, développant 120 chevaux américains. Cette mécanique à soupapes en tête est associée à une boîte manuelle à trois rapports et entraîne les roues arrière.
Deux carrosseries principales sont proposées au lancement : une berline quatre portes et un Convertible Phaeton quatre portes découvrable. Leur silhouette conserve les codes automobiles de l’avant-guerre, avec un long capot, des ailes séparées, des marchepieds et une calandre verticale. Les phares ronds indépendants et les importantes surfaces vitrées participent à l’identité de cette première génération.
La Roadmaster bénéficie également des progrès techniques introduits par Buick en 1936, notamment les freins hydrauliques et une suspension avant indépendante. Ces équipements améliorent la sécurité, la stabilité et le confort d’une automobile dont le poids dépasse largement celui des voitures populaires contemporaines.
Le modèle rencontre un succès encourageant pour une automobile de cette catégorie. La production totale du millésime 1936 atteint environ 16 000 exemplaires. Les Convertible Phaeton sont nettement plus rares que les berlines, avec un peu plus d’un millier d’unités selon les décomptes historiques.
Les grandes évolutions de 1940 à 1953
À la fin des années 1930, la Roadmaster évolue progressivement vers des carrosseries plus modernes. Les ailes deviennent mieux intégrées, les lignes s’abaissent et les calandres s’élargissent. Les millésimes 1940 et 1941 marquent une transformation importante de la présentation, alors que Buick cherche à renforcer son image de constructeur de voitures puissantes et confortables.
La Seconde Guerre mondiale interrompt cette évolution. La production civile américaine cesse en 1942, et la Roadmaster ne retrouve les chaînes de fabrication qu’en 1946. Les premiers modèles d’après-guerre reprennent largement les bases techniques et stylistiques développées avant le conflit, mais bénéficient progressivement d’améliorations de finition et d’équipement.
La Roadmaster devient alors l’une des principales références du haut de gamme Buick. Sa gamme comprend des berlines, des coupés, des cabriolets et des breaks Estate Wagon. Certains de ces derniers utilisent une carrosserie associant structure métallique et éléments en bois, caractéristiques des luxueux breaks américains de l’époque.
Une innovation majeure apparaît en 1948 avec la transmission automatique Dynaflow. Développée par Buick, elle privilégie la douceur de fonctionnement grâce à son convertisseur de couple. Contrairement à une boîte automatique moderne, son fonctionnement normal limite les changements de rapports perceptibles. Cette technologie convient particulièrement à la Roadmaster, dont les acheteurs recherchent avant tout une conduite souple et silencieuse.
Le millésime 1949 inaugure une carrosserie profondément renouvelée. Les lignes deviennent plus fluides, le pare-brise adopte une forme incurvée et la face avant reçoit une calandre particulièrement expressive. Les quatre ouvertures décoratives installées sur chaque aile avant, appelées VentiPorts, deviennent l’un des signes distinctifs les plus reconnaissables de Buick.
Cette période voit également le développement des carrosseries Riviera, notamment les élégants coupés hardtop sans montant central. L’appellation désigne alors un style de carrosserie et non un modèle indépendant. La Buick Riviera ne deviendra une automobile à part entière qu’en 1963, plusieurs années après la disparition de la Roadmaster classique.
Au début des années 1950, le huit cylindres en ligne poursuit sa carrière avec des améliorations successives. Sur la Roadmaster 1952, sa puissance atteint 170 chevaux américains. La direction assistée fait également son apparition dans l’offre, renforçant la facilité de conduite de ces automobiles imposantes.
L’année 1953 constitue un tournant mécanique décisif. Buick abandonne son ancien huit cylindres en ligne au profit d’un nouveau V8 de 322 pouces cubes, soit environ 5,3 litres. Surnommé Nailhead en raison de la disposition particulière de ses soupapes, ce moteur développe 188 chevaux dans la Roadmaster. Plus compact que son prédécesseur, il améliore les possibilités d’évolution mécanique du constructeur.
La même année, Buick présente la prestigieuse Buick Skylark, un cabriolet exclusif dérivé de la Roadmaster. Elle reprend notamment son nouveau V8 et sa transmission automatique, tout en recevant une carrosserie spécifique particulièrement soignée. Ce modèle illustre les ambitions stylistiques de Buick au début des années 1950.
La Roadmaster à moteur V8 de 1954 à 1958
En 1954, la Roadmaster adopte une nouvelle génération de carrosseries. Les proportions deviennent plus larges et plus basses, tandis que les surfaces vitrées augmentent. Les pare-brise panoramiques, les ornements chromés et les ailes arrière sculptées traduisent les tendances du design américain de l’époque, largement influencé par les équipes de style de General Motors dirigées par Harley Earl.
Le V8 Nailhead de 322 pouces cubes poursuit son développement. Sa puissance passe à 200 chevaux en 1954, puis à 236 chevaux en 1955 et 255 chevaux en 1956. Ces évolutions accompagnent l’augmentation du poids et des équipements, tout en préservant les performances routières d’une automobile avant tout destinée aux longs déplacements.
Les Roadmaster de cette période proposent un équipement particulièrement complet pour leur époque. Selon les millésimes et les options, elles peuvent recevoir une direction assistée, des freins assistés, des vitres électriques, des sièges à réglage électrique et une climatisation. La transmission Dynaflow reste un élément essentiel de leur caractère, privilégiant une accélération progressive plutôt que des réactions sportives.
En 1957, Buick introduit un V8 Nailhead de 364 pouces cubes, soit près de 6 litres. Sur la Roadmaster, il développe 300 chevaux américains selon les normes de puissance brute utilisées à l’époque. La gamme adopte également une nouvelle présentation, avec une carrosserie plus basse et des éléments décoratifs particulièrement travaillés.
Le millésime 1958 pousse encore plus loin l’esthétique américaine de la fin des années 1950. La calandre occupe presque toute la largeur de la face avant, les chromes se multiplient et les proportions imposantes soulignent le statut luxueux du modèle. La Roadmaster représente alors l’une des expressions les plus spectaculaires du style Buick classique.
Cette année marque pourtant la fin de sa première carrière. Pour 1959, Buick réorganise entièrement sa gamme et abandonne plusieurs appellations historiques. La Buick Electra reprend une partie du positionnement prestigieux de la Roadmaster, notamment dans ses versions Electra 225 à empattement allongé.
La Buick LeSabre devient parallèlement la grande berline d’accès à la gamme. Cette nouvelle organisation reflète une évolution de la stratégie commerciale de Buick, qui conserve ses grandes automobiles luxueuses tout en modernisant leurs appellations. Le nom Roadmaster disparaît alors pendant plus de trois décennies.
Le retour de la Buick Roadmaster de 1991 à 1996
La Buick Roadmaster réapparaît en 1991 dans un contexte automobile radicalement différent. Alors que de nombreuses berlines américaines ont adopté la traction avant, General Motors conserve une plateforme traditionnelle à propulsion pour certaines grandes voitures. Buick choisit de réutiliser son appellation historique afin de proposer un modèle spacieux, confortable et doté d’un moteur V8.
Cette nouvelle Roadmaster repose sur la plateforme GM B-body, également utilisée par la Chevrolet Caprice contemporaine. Elle conserve une construction avec carrosserie sur châssis, un moteur longitudinal avant et un essieu arrière rigide. Son architecture la distingue de la Buick Park Avenue, grande berline luxueuse à traction avant commercialisée dans la même gamme.
Le retour du modèle commence avec le Roadmaster Estate Wagon, un break particulièrement imposant. Il se caractérise par une longue surface vitrée, un vaste espace de chargement et, sur les versions équipées, des panneaux décoratifs imitation bois. Son toit comporte également une partie vitrée fixe appelée Vista Roof, rappelant certains breaks américains des décennies précédentes.
La berline Roadmaster apparaît pour le millésime 1992. Sa silhouette arrondie, ses dimensions généreuses et sa large calandre lui donnent une personnalité différente des modèles Buick à traction avant. La version Limited propose une finition plus luxueuse, avec une présentation intérieure et des équipements adaptés à une clientèle recherchant avant tout le confort.
Les premières Roadmaster modernes utilisent des V8 à injection électronique. Le break 1991 reçoit un moteur de 5 litres développant 170 chevaux, tandis que le V8 de 5,7 litres et 180 chevaux équipe la gamme à partir de 1992. Ces moteurs sont associés à une boîte automatique à quatre rapports.
Une transformation importante intervient en 1994 avec l’adoption du V8 LT1 de 5,7 litres, apparenté à celui utilisé sur certaines Chevrolet contemporaines. Dans la Roadmaster, il développe 260 chevaux et un couple généreux à bas régime. Associé à la transmission automatique électronique 4L60-E, il améliore sensiblement les accélérations et les reprises malgré le poids élevé du véhicule.
La Roadmaster conserve néanmoins une philosophie différente de celle d’une berline sportive. Ses suspensions souples, son empattement important et son habitacle spacieux favorisent les déplacements autoroutiers. Le break Estate peut accueillir jusqu’à huit personnes selon la configuration des sièges, tandis que son volume de chargement maximal dépasse 2 600 litres.
La production s’achève en décembre 1996, lorsque General Motors met fin à la fabrication de ses grandes berlines et breaks B-body à Arlington, au Texas, afin de réorienter les capacités industrielles vers les véhicules utilitaires. Buick ne propose pas de successeur direct reprenant cette combinaison de propulsion, moteur V8 et grande carrosserie traditionnelle.
Fiche technique de la Buick Roadmaster
| Caractéristique | Roadmaster 1936 | Roadmaster 1953 | Roadmaster 1957 | Roadmaster 1994-1996 |
|---|---|---|---|---|
| Constructeur | Buick, General Motors | Buick, General Motors | Buick, General Motors | Buick, General Motors |
| Segment | Grande voiture de luxe | Grande voiture de luxe | Grande voiture de luxe | Grande berline et break |
| Architecture moteur | 8 cylindres en ligne OHV | V8 Nailhead OHV | V8 Nailhead OHV | V8 LT1 OHV |
| Cylindrée | 5 247 cm³ | 5 277 cm³ | 5 965 cm³ | 5 733 cm³ |
| Alimentation | Carburateur | Carburateur quadruple corps | Carburateur quadruple corps | Injection électronique |
| Puissance | 120 hp | 188 hp | 300 hp | 260 hp |
| Couple | Non précisé | 407 Nm environ | Non précisé | 447 Nm environ |
| Implantation | Avant longitudinale | Avant longitudinale | Avant longitudinale | Avant longitudinale |
| Transmission | Propulsion | Propulsion | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle 3 rapports | Automatique Dynaflow | Automatique Dynaflow | Automatique 4L60-E, 4 rapports |
| Structure | Carrosserie sur châssis | Carrosserie sur châssis | Carrosserie sur châssis | Carrosserie sur châssis, plateforme B-body |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux | Indépendante, ressorts hélicoïdaux | Indépendante, ressorts hélicoïdaux | Indépendante, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux | Pont rigide, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | Mécanique | Assistée | Assistée | Assistée |
| Freins | Tambours hydrauliques | Tambours | Tambours | Disques avant, tambours arrière, ABS |
| Empattement | 3 327 mm | 3 188 mm | 3 226 mm environ | 2 944 mm, berline |
| Longueur | 5 258 mm, Phaeton | 5 375 mm, berline | Variable selon carrosserie | 5 481 mm, berline 1996 |
| Largeur | 1 905 mm, Phaeton | Variable selon carrosserie | Variable selon carrosserie | 1 984 mm, berline 1996 |
| Poids à vide | Environ 1 860 à 1 920 kg selon carrosserie | Environ 1 960 kg, berline documentée | Variable selon carrosserie | Environ 1 910 à 2 070 kg selon carrosserie, millésime 1996 |
| 0 à 60 mph | Non précisé | Non précisé | Non précisé | Environ 7,8 s selon essai, berline LT1 |
| Capacité du réservoir | Non précisée | Non précisée | Non précisée | 87 l, berline 1996 ; 79,5 l, Estate 1996 |
| Carrosseries | Berline, Convertible Phaeton | Berline, coupé, cabriolet | Berline et coupé hardtop | Berline, break Estate |
Les puissances des modèles historiques correspondent aux conventions américaines de leur époque, différentes des mesures nettes utilisées dans les années 1990. Les dimensions et les masses varient également selon les carrosseries, les équipements et les millésimes.
Production, prix et place sur le marché de collection
La Buick Roadmaster a connu des volumes de fabrication très variables au cours de son existence. Les premières générations sont produites en quantités relativement limitées par rapport aux modèles Buick plus accessibles. En 1936, la Roadmaster Convertible Phaeton coûte environ 1 565 dollars à l’état neuf, un tarif qui la place parmi les automobiles américaines les plus coûteuses de la gamme Buick.
Les carrosseries découvrables et les breaks historiques sont aujourd’hui particulièrement recherchés pour leur rareté et leur présentation. Les Estate Wagon dotés d’éléments en bois nécessitent toutefois une attention particulière lors d’une restauration, en raison du vieillissement possible de leurs structures et de leurs assemblages.
Les Roadmaster des années 1949 à 1953 occupent également une place importante dans le monde de la collection. Leur style spectaculaire, leurs calandres caractéristiques et leurs carrosseries Riviera ou cabriolet représentent l’esthétique américaine de l’après-guerre. Une Roadmaster Convertible de 1949 apparaît notamment dans le film Rain Man, sorti en 1988, ce qui contribue à la notoriété du modèle.
La dernière génération connaît une diffusion nettement plus importante. Entre 1991 et 1996, environ 200 900 Roadmaster modernes sont produites, berlines et breaks confondus. Les berlines représentent la majorité de ce volume, tandis que les Estate Wagon totalisent un peu plus de 50 000 exemplaires.
Sur le marché de la collection, les Roadmaster modernes attirent principalement les amateurs de grandes automobiles américaines à propulsion. Les versions équipées du moteur LT1, produites de 1994 à 1996, bénéficient d’un intérêt particulier grâce à leur mécanique puissante et à leur aptitude aux longs trajets. L’état de la carrosserie, la corrosion du châssis, le fonctionnement de la transmission automatique et l’entretien du circuit de refroidissement constituent des points importants à examiner.
La disparition de la Roadmaster en 1996 met fin à une tradition Buick fondée sur les grandes carrosseries à propulsion et les moteurs V8 longitudinaux. Des modèles ultérieurs comme la Buick LaCrosse poursuivent l’offre de berlines confortables de la marque, mais avec des architectures et des motorisations différentes. La Roadmaster reste ainsi l’une des dernières grandes Buick américaines conçues autour d’un châssis séparé, d’un V8 atmosphérique et d’une transmission aux roues arrière.




