Buick Century

Buick Century

La Buick Century est une automobile américaine produite par Buick, division de General Motors, à plusieurs périodes entre 1936 et 2005. D’abord conçue comme une voiture relativement compacte équipée d’un puissant moteur huit cylindres, elle devient progressivement une berline familiale intermédiaire, privilégiant le confort et la polyvalence. Son histoire couvre six générations, plusieurs architectures mécaniques et une transformation profonde du marché automobile américain.

Apparue en 1936 sous l’appellation Series 60, la Century doit son nom à la vitesse symbolique de 100 miles par heure, soit environ 161 km/h. Cette référence aux performances illustre son positionnement initial, très différent de celui des dernières générations à traction avant. L’appellation disparaît temporairement après 1942, revient de 1954 à 1958, puis s’installe durablement dans la gamme Buick entre 1973 et 2005.

Les origines de la Buick Century en 1936

En 1936, Buick réorganise sa gamme en remplaçant ses anciennes désignations numériques par des noms commerciaux. La Series 40 devient Special, la Series 60 prend le nom Century, tandis que les catégories supérieures adoptent les appellations Roadmaster et Limited. Cette nouvelle organisation permet de mieux différencier les automobiles selon leurs dimensions, leurs performances et leur niveau de prestige.

La première Century repose sur une formule mécanique particulièrement intéressante : elle associe une carrosserie relativement courte, apparentée à celle de la Special, au puissant huit cylindres en ligne de la Buick Roadmaster. Cette combinaison permet de proposer une voiture plus légère et plus dynamique que les grandes berlines luxueuses de la marque, sans renoncer à une motorisation généreuse.

Le moteur de 320,2 pouces cubes, soit environ 5,25 litres, développe initialement 120 chevaux selon les normes américaines de l’époque. Il utilise une architecture à huit cylindres en ligne et des soupapes en tête, une caractéristique technique importante des moteurs Buick. La transmission aux roues arrière passe par une boîte manuelle à trois rapports.

La Century bénéficie également des progrès réalisés sur les châssis et les suspensions américaines durant les années 1930. Sa suspension avant indépendante améliore le confort et la tenue de route par rapport aux architectures plus anciennes. La direction, les freins à tambour et la construction générale restent cependant représentatifs des automobiles de cette période.

Entre 1937 et 1942, Buick fait évoluer régulièrement la carrosserie et la mécanique. Les lignes deviennent plus intégrées, les calandres changent de dessin et les performances progressent. En 1941, certaines versions bénéficient d’une alimentation par deux carburateurs, permettant au huit cylindres d’atteindre jusqu’à 165 chevaux annoncés. La production civile est interrompue en 1942, dans le contexte de l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale.

Le retour de la Century de 1954 à 1958

Après une absence de plus de dix ans, Buick réintroduit la Century pour le millésime 1954. Le principe reste proche de celui de 1936 : installer une motorisation puissante dans une carrosserie issue de la partie inférieure de la gamme. Cette fois, le huit cylindres en ligne laisse place à un V8 moderne à soupapes en tête.

Le moteur Buick de 322 pouces cubes, soit environ 5,3 litres, développe 200 chevaux en 1954. Associé notamment à une transmission automatique Dynaflow, il donne à la Century des performances élevées pour une automobile américaine de grande diffusion. La voiture conserve néanmoins une orientation confortable, avec une suspension souple et un habitacle spacieux.

Le style devient l’un de ses principaux arguments commerciaux. La Century reçoit une large calandre chromée, des pare-chocs imposants et les célèbres ouvertures décoratives Buick sur les ailes avant, appelées VentiPorts. Sur plusieurs millésimes, quatre ouvertures permettent de distinguer la Century des Special, généralement dotées de trois.

En 1955, Buick propose notamment une Century Riviera à quatre portes sans montant central apparent, une carrosserie hardtop qui combine l’élégance d’un coupé avec l’accessibilité d’une berline. Le V8 atteint alors 236 chevaux annoncés. La Century participe ainsi à l’essor des carrosseries américaines plus basses, plus vitrées et plus spectaculaires.

Les évolutions se poursuivent en 1957 avec l’adoption d’un V8 de 364 pouces cubes, proche de 6 litres, développant 300 chevaux. Buick propose également le break Century Caballero, reconnaissable à sa carrosserie sans montant central traditionnel et à son vaste espace de chargement. Commercialisé pour les millésimes 1957 et 1958, ce break occupe aujourd’hui une place particulière parmi les Buick classiques.

La Century disparaît une nouvelle fois après le millésime 1958. La Buick Invicta reprend l’année suivante une partie de son positionnement, associant une motorisation puissante à une carrosserie située sous les modèles les plus prestigieux de la marque.

De 1973 à 1981 : la Century devient une voiture intermédiaire

La Buick Century réapparaît en 1973 dans un contexte automobile profondément différent. Les grandes voitures américaines doivent désormais composer avec des exigences croissantes en matière de sécurité, de consommation et de maîtrise des coûts. Buick utilise le nom Century pour une nouvelle famille de voitures intermédiaires, succédant dans cette catégorie à la précédente Buick Skylark.

Cette troisième génération repose sur la plateforme A de General Motors, à moteur avant longitudinal et propulsion. Elle est proposée en coupé, berline et break. Ses dimensions restent généreuses à l’échelle européenne, mais elle occupe une place intermédiaire dans la hiérarchie américaine, sous des modèles plus imposants comme la Buick LeSabre.

Les motorisations comprennent plusieurs six cylindres et V8 selon les années. En 1973, certaines Century reçoivent notamment un V8 de 350 pouces cubes, soit environ 5,7 litres, développant 175 chevaux SAE net dans une configuration à carburateur quatre corps. Cette puissance ne se compare pas directement aux valeurs des Century des années 1950, établies selon d’anciennes méthodes de mesure.

La gamme comprend différentes finitions, dont Luxus, Custom et certaines variantes à vocation sportive. La Century GS conserve une référence à la tradition des Buick performantes, même si elle ne possède pas le caractère mécanique des grandes Gran Sport des années 1960.

La Buick Regal apparaît également en 1973 comme une déclinaison plus luxueuse de la famille Century, avant de développer progressivement sa propre identité. Les deux modèles restent étroitement liés et partagent plusieurs architectures au fil de leur histoire.

La carrosserie de cette période appartient à la famille dite Colonnade de General Motors. Elle se caractérise par des montants centraux structurants, de grandes surfaces de tôle et des proportions typiquement américaines. Les pare-chocs deviennent également plus volumineux pour répondre aux nouvelles réglementations de résistance aux chocs.

En 1978, Buick introduit une Century profondément redimensionnée. Plus courte et moins lourde que sa devancière, elle conserve la propulsion et une architecture traditionnelle, mais adopte des lignes nettement plus anguleuses. Certaines versions présentent une partie arrière inclinée de type fastback, particulièrement reconnaissable.

Cette réduction des dimensions accompagne l’évolution générale de General Motors vers des automobiles moins gourmandes en carburant. La Century reste néanmoins une voiture confortable, proposée avec plusieurs motorisations et niveaux d’équipement. Dans la gamme Buick, elle demeure plus accessible que les grandes berlines de prestige telles que la Buick Electra.

De 1982 à 1996 : le passage à la traction avant

Le millésime 1982 marque une rupture technique majeure dans l’histoire de la Buick Century. La nouvelle génération abandonne la propulsion au profit d’une architecture à moteur transversal et roues avant motrices. Elle repose sur la nouvelle plateforme A de General Motors, distincte de celle utilisée par les Century à propulsion.

Cette transformation répond à plusieurs objectifs : améliorer l’utilisation de l’espace intérieur, réduire les dimensions extérieures et favoriser une consommation plus raisonnable. La Century partage sa base technique avec d’autres automobiles du groupe, notamment les Chevrolet Celebrity, Oldsmobile Cutlass Ciera et Pontiac 6000.

Les premières versions disposent notamment d’un quatre cylindres essence de 2,5 litres développant environ 90 chevaux. Des motorisations V6 sont également proposées, ainsi que des moteurs diesel sur certains millésimes. Les puissances et les cylindrées évoluent régulièrement pendant cette longue carrière.

La carrosserie conserve une présentation sobre, avec des lignes rectilignes, une calandre traditionnelle Buick et un habitacle conçu pour accueillir confortablement plusieurs passagers. La gamme comprend des berlines, des coupés et des breaks, permettant de répondre aux besoins d’une clientèle familiale particulièrement large.

La Century se distingue progressivement par son orientation vers le confort plutôt que par ses performances. Sa suspension privilégie la souplesse, tandis que les transmissions automatiques correspondent aux habitudes de conduite nord-américaines. Les équipements de confort et de sécurité progressent au fil des millésimes, notamment avec la généralisation de l’injection électronique et l’arrivée de dispositifs modernes de retenue des occupants.

Durant cette période, la Century occupe une position plus accessible que la Buick Park Avenue, davantage orientée vers le luxe, l’espace et les équipements haut de gamme. Les deux voitures répondent ainsi à des attentes différentes, même si elles partagent les valeurs traditionnelles de confort associées à Buick.

La génération lancée en 1982 reste commercialisée jusqu’au millésime 1996. Sa longévité témoigne de l’importance de la Century dans la gamme américaine, mais aussi de la volonté de General Motors de prolonger des plateformes éprouvées en leur apportant des évolutions mécaniques et esthétiques successives.

La dernière Buick Century de 1997 à 2005

La sixième génération apparaît pour le millésime 1997. Elle adopte la plateforme W de General Motors et abandonne les carrosseries coupé et break pour devenir exclusivement une berline quatre portes sur le marché nord-américain. Son style se modernise avec des formes plus arrondies, une calandre à barres verticales et des optiques intégrées à la carrosserie.

La mécanique repose sur un V6 essence de 3,1 litres installé transversalement. Il développe initialement 160 chevaux SAE net, puis 175 chevaux à partir du millésime 2000. La transmission est assurée par une boîte automatique à quatre rapports entraînant les roues avant.

Avec une longueur proche de 4,94 mètres et un empattement d’environ 2,77 mètres, cette Century reste une berline spacieuse. Son habitacle privilégie des commandes simples, des sièges confortables et une présentation classique. Selon les équipements, certaines configurations disposent d’une banquette avant permettant d’accueillir jusqu’à six occupants.

La suspension indépendante à l’avant et les réglages orientés vers le confort correspondent à sa vocation de voiture familiale. La Century ne cherche pas à rivaliser avec les berlines sportives européennes ou japonaises. Elle mise plutôt sur la douceur de fonctionnement de son V6, la facilité de conduite et un équipement adapté à une utilisation quotidienne.

Cette dernière génération est également représentative de la stratégie de Buick à la fin des années 1990. La marque cherche à conserver une clientèle fidèle tout en modernisant progressivement son offre. La Century demeure moins coûteuse et moins luxueuse que les grandes berlines Buick, tout en partageant certains composants avec d’autres modèles de General Motors.

La fabrication nord-américaine prend fin en octobre 2004, au cours du millésime 2005. La Buick LaCrosse prend alors sa relève, tout en remplaçant également la Regal sur le marché américain. La disparition de la Century marque la fin d’une appellation historique qui avait accompagné plusieurs transformations majeures de l’industrie automobile américaine.

Fiche technique de la Buick Century

CaractéristiqueDonnées selon les générations
ConstructeurBuick, General Motors
OrigineÉtats-Unis
Première apparition1936
Périodes de production1936-1942, 1954-1958, 1973-2005
Nombre de générations historiques6
SegmentGrande automobile américaine, puis voiture intermédiaire
CarrosseriesBerline, coupé, cabriolet et break selon les générations
Architecture moteur8 cylindres en ligne, V8, V6 ou 4 cylindres selon les périodes
Moteur de 19368 cylindres en ligne OHV, 5 247 cm³, carburateur
Puissance en 1936120 hp annoncés
Moteur de 1954V8 OHV, 5 277 cm³
Puissance en 1954200 hp annoncés
Moteur de 1957V8 OHV, 5 965 cm³
Puissance en 1957300 hp annoncés
Moteur de 1973, version 350-4V8 essence, 5 724 cm³, carburateur quatre corps
Puissance de la Century 350-4 de 1973175 hp SAE net
Couple de la Century 350-4 de 1973Environ 352 Nm
Moteur de 1982, version 2.54 cylindres essence, 2 471 cm³
Puissance de la version 2.5 de 198290 hp SAE net
Moteur de 1997 à 2005V6 essence 3,1 litres, injection électronique
Puissance de 1997 à 1999160 hp SAE net
Puissance de 2000 à 2005175 hp SAE net
Implantation mécaniqueMoteur avant longitudinal jusqu’en 1981, transversal à partir de 1982
TransmissionPropulsion jusqu’en 1981, traction avant de 1982 à 2005
Boîtes de vitessesManuelles ou automatiques selon les générations ; automatique à quatre rapports sur la dernière génération
StructureChâssis séparé sur les premières générations, puis structure monocoque sur les générations à traction avant
Suspension avantIndépendante, avec architecture évoluant selon les générations ; type MacPherson sur les Century modernes
Suspension arrièreEssieu rigide sur les générations à propulsion ; architecture adaptée aux plateformes à traction avant ensuite
DirectionMécanique ou assistée selon les millésimes ; direction à crémaillère assistée sur les générations modernes
FreinageQuatre tambours sur les premières générations ; disques avant et tambours arrière sur de nombreuses versions ultérieures
RouesJantes en acier ou alliage selon les générations et finitions ; 15 pouces sur de nombreuses Century de 1997 à 2005
Pneumatiques, dernière générationP205/70R15 sur certaines versions nord-américaines
Longueur, dernière générationEnviron 4 943 mm
Largeur, dernière générationEnviron 1 846 mm
Hauteur, dernière générationEnviron 1 438 mm
Empattement, dernière générationEnviron 2 769 mm
Poids, Century Hardtop 1955 documentée3 805 lb, soit environ 1 726 kg
Vitesse historique associée au nom Century100 mph, soit environ 161 km/h, revendication à l’origine de l’appellation
Plateformes modernesGM A à traction avant de 1982 à 1996, puis GM W de 1997 à 2005
Successeur nord-américainBuick LaCrosse

Design, versions particulières et place dans l’histoire Buick

La Buick Century présente une particularité rare : son nom a été conservé malgré des transformations techniques et stylistiques considérables. Les premières versions sont reconnaissables à leur long capot, leurs ailes séparées et leur imposante calandre verticale. Les modèles des années 1950 adoptent au contraire une carrosserie large, richement chromée, représentative de l’âge d’or de l’automobile américaine.

Les Century des années 1970 se distinguent par leurs dimensions généreuses, leurs pare-chocs volumineux et leurs carrosseries intermédiaires à propulsion. Les générations suivantes deviennent progressivement plus compactes et plus fonctionnelles, avec des proportions adaptées à la traction avant. Cette évolution permet de suivre les changements des attentes des automobilistes américains sur plusieurs décennies.

Parmi les versions les plus recherchées figurent les Century d’avant-guerre équipées du huit cylindres en ligne, les coupés et cabriolets V8 des années 1950 ainsi que le break Caballero de 1957-1958. Leur intérêt repose notamment sur leur esthétique, leur mécanique et leur représentativité d’une période précise de l’histoire Buick. Les valeurs de collection dépendent fortement de la carrosserie, de l’authenticité, de l’état et de la qualité d’une éventuelle restauration.

La Century possède également quelques liens avec la culture automobile américaine. Dans la série télévisée Highway Patrol, des voitures portant des éléments d’identification Century ont notamment été utilisées, bien que certaines aient été construites à partir de Buick Special modifiées. En 1976, le nom Century apparaît aussi dans les archives liées aux véhicules de l’Indianapolis 500, illustrant la présence de Buick dans les événements automobiles américains.

L’appellation Century a par ailleurs été employée sur d’autres projets Buick, sans continuité technique directe avec les berlines historiques. Le concept-car Century Cruiser de 1969 appartient ainsi à une démarche prospective distincte. Plus récemment, Buick a repris le nom Century pour une version luxueuse du monospace GL8 commercialisée en Chine à partir de 2022, sans qu’il s’agisse d’une nouvelle génération de la berline américaine.

La Century a également connu une carrière chinoise sous l’appellation Buick New Century à partir de la fin des années 1990. Produite localement dans le cadre des activités de Shanghai GM, cette berline dérivée de la famille technique américaine disposait de motorisations et de configurations adaptées au marché chinois. Elle illustre l’internationalisation progressive de Buick, longtemps associée presque exclusivement au marché nord-américain.