La Plymouth Superbird est une muscle car américaine produite pour le seul millésime 1970, reconnaissable à son immense aileron arrière, son nez aérodynamique allongé et ses phares escamotables. Développée par Chrysler pour permettre à Plymouth de rivaliser avec Ford sur les circuits NASCAR, elle appartient à une génération de voitures de compétition dont les formes étaient directement dictées par la recherche de vitesse. Commercialisée à environ 1 900 exemplaires, elle associe une carrosserie spectaculaire à trois motorisations V8, dont le légendaire 426 Hemi de 425 chevaux SAE gross.
Contrairement à une simple série spéciale décorative, la Superbird résulte d’un véritable programme d’ingénierie aérodynamique. Sa silhouette découle des exigences d’homologation du championnat NASCAR, qui imposaient alors aux constructeurs de proposer au public des versions routières des voitures engagées en compétition. Cette origine explique son apparence inhabituelle, mais aussi sa production limitée et sa carrière commerciale particulièrement courte.
Origines et développement de la Plymouth Superbird
À la fin des années 1960, les courses NASCAR connaissent une véritable révolution aérodynamique. Les puissants V8 américains permettent déjà d’atteindre des vitesses considérables sur les grands ovales, mais la résistance de l’air devient un obstacle majeur. Ford et Mercury prennent l’avantage avec des modèles spécialement profilés, notamment les Torino Talladega et Cyclone Spoiler II. Chrysler doit réagir pour maintenir la compétitivité de ses marques Dodge et Plymouth.
Dodge ouvre la voie en 1969 avec la Charger Daytona, équipée d’un nez allongé et d’un imposant aileron arrière. Plymouth développe ensuite sa propre réponse à partir de la Plymouth Road Runner de 1970. La Superbird conserve l’architecture générale et les principales caractéristiques mécaniques de cette muscle car, mais reçoit des transformations aérodynamiques suffisamment importantes pour modifier profondément son apparence.
Le projet poursuit également un objectif sportif et commercial : faire revenir Richard Petty chez Plymouth. Le célèbre pilote, qui avait quitté la marque pour courir chez Ford en 1969, souhaitait disposer d’une voiture compétitive sur les circuits les plus rapides. La Superbird contribue à son retour au sein de Petty Enterprises pour la saison 1970, renforçant immédiatement la visibilité du programme.
Le développement mobilise les ingénieurs de Chrysler spécialisés dans l’aérodynamique, notamment Gary Romberg et John Pointer, associés aux recherches sur les voitures de compétition du groupe. Les études en soufflerie et les enseignements tirés de la Charger Daytona permettent de définir les modifications nécessaires à la carrosserie Plymouth. L’objectif n’est pas seulement d’augmenter la vitesse maximale, mais également d’améliorer la stabilité à haute vitesse.
La Superbird est développée et présentée en 1969 pour le millésime 1970. Sa fabrication s’appuie sur les installations industrielles Chrysler de Détroit et sur des opérations de transformation spécifiques. Elle appartient à la famille des modèles B-body, dont l’histoire remonte notamment à la Plymouth Belvedere, une berline et un coupé intermédiaires qui ont contribué à établir les bases techniques de plusieurs muscle cars Plymouth.
Malgré son importance sportive, la Superbird ne bénéficie d’aucune deuxième génération. Elle disparaît du catalogue après le millésime 1970, au moment où les réglementations NASCAR évoluent et où les voitures aérodynamiques deviennent moins intéressantes pour les constructeurs.
Un design spectaculaire conçu pour la vitesse
La particularité la plus immédiatement visible de la Plymouth Superbird est son nez avant extrêmement allongé. Cette pièce profilée remplace la face traditionnelle de la Road Runner et intègre des phares escamotables. Elle permet de réduire les perturbations aérodynamiques provoquées par la calandre, les projecteurs et les surfaces frontales d’une carrosserie conventionnelle.
À l’arrière, l’immense aileron constitue l’autre signature du modèle. Fixé sur deux supports verticaux particulièrement hauts, il place son profil horizontal dans un écoulement d’air moins perturbé par le toit et le coffre. Sa fonction principale consiste à contribuer à la stabilité de la voiture à très haute vitesse. Sa hauteur spectaculaire résulte donc d’une recherche aérodynamique, même si elle facilite également l’ouverture du coffre.
Les ailes avant comportent des ouvertures caractéristiques. Sur les voitures de compétition, des aménagements de cette zone permettent notamment de répondre aux contraintes de débattement des roues et de pression dans les passages de roue. Sur les versions routières, ces éléments participent surtout à l’identité visuelle du modèle et ne doivent pas être assimilés à des extracteurs aérodynamiques pleinement fonctionnels.
La partie arrière reçoit également des modifications autour de la lunette pour améliorer l’écoulement de l’air. Le toit vinyle, caractéristique des Superbird de série, contribue à dissimuler les raccords de carrosserie liés à cette transformation. Ces interventions montrent que la Superbird ne se limite pas à une Road Runner équipée d’un nez et d’un aileron rapportés.
Malgré ses éléments spécifiques, elle conserve les proportions générales d’un grand coupé américain à deux portes, avec un long capot, un habitacle relativement reculé et une poupe massive. Les décorations Road Runner, notamment le personnage de dessin animé placé sur les supports de l’aileron, rappellent son appartenance à la gamme Plymouth. Les couleurs vives disponibles en 1970, comme Lemon Twist, Tor Red ou Limelight, accentuent encore son caractère.
La Superbird est parfois confondue avec la Dodge Charger Daytona de 1969. Les deux modèles partagent une philosophie aérodynamique et certaines solutions techniques, mais leurs carrosseries, leurs dimensions et plusieurs détails de conception diffèrent. La Plymouth repose sur une Road Runner, tandis que la Daytona dérive de la Dodge Charger. Il s’agit donc de deux voitures distinctes, développées pour un objectif sportif commun.
Trois moteurs V8 pour la Plymouth Superbird
La gamme routière de la Superbird comprend trois motorisations V8 atmosphériques Chrysler. Toutes utilisent une architecture à soupapes en tête commandées par un arbre à cames central, mais leurs caractéristiques et leurs systèmes d’alimentation diffèrent. Les puissances annoncées à l’époque sont exprimées selon la norme américaine SAE gross, mesurée dans des conditions différentes de celles utilisées pour les puissances nettes modernes.
Le moteur standard est le V8 440 Super Commando de 7,2 litres, alimenté par un carburateur quadruple corps. Avec ses 375 hp SAE gross, il offre déjà des performances élevées et un couple important à bas et moyen régime. Cette version représente une grande partie de la production et constitue aujourd’hui l’une des configurations les plus couramment rencontrées.
Le 440 Six Barrel utilise la même cylindrée, mais adopte trois carburateurs double corps pour développer 390 hp SAE gross. Cette alimentation spécifique améliore les capacités du moteur à haut régime tout en conservant le caractère généreux du gros V8 Chrysler. Elle constitue une solution intermédiaire entre le 440 standard et le plus prestigieux 426 Hemi.
Au sommet de la gamme, le 426 Street Hemi développe officiellement 425 hp SAE gross. Sa cylindrée de 7,0 litres, ses culasses à chambres de combustion hémisphériques et ses deux carburateurs quadruple corps en font l’un des moteurs américains les plus célèbres de son époque. Il se distingue également par son coût supérieur et sa rareté, avec environ 135 Superbird équipées de cette motorisation.
Les acheteurs peuvent choisir entre une boîte manuelle à quatre rapports et une transmission automatique TorqueFlite à trois rapports, selon les configurations proposées. La puissance est transmise aux roues arrière par un arbre longitudinal et un pont rigide. Certains équipements de transmission et de différentiel sont adaptés aux motorisations les plus performantes.
Dans la gamme Plymouth de 1970, la Plymouth GTX propose également de puissants V8 Chrysler, notamment les 440 et 426 Hemi, mais privilégie une présentation plus conventionnelle et davantage orientée vers le confort. La Superbird se distingue par son programme d’homologation et sa carrosserie aérodynamique.
La Plymouth Cuda représente une autre approche de la performance chez Plymouth. Également disponible avec le 426 Hemi, elle repose sur la plateforme E-body, plus compacte que la B-body de la Superbird, et s’adresse à une clientèle recherchant un coupé sportif aux proportions différentes.
Fiche technique de la Plymouth Superbird
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Marque | Plymouth (Chrysler Corporation) |
| Modèle | Road Runner Superbird |
| Millésime | 1970 uniquement |
| Développement | 1969 |
| Pays d’origine | États-Unis |
| Catégorie | Muscle car, coupé aérodynamique d’homologation NASCAR |
| Carrosserie | Coupé hardtop deux portes |
| Plateforme | Chrysler B-body |
| Structure | Monocoque en acier |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Motorisation 440 Super Commando | V8 atmosphérique, 7 206 cm³, carburateur quadruple corps |
| Puissance 440 Super Commando | 375 hp SAE gross à environ 4 600 tr/min |
| Couple 440 Super Commando | 480 lb-ft, environ 651 Nm |
| Motorisation 440 Six Barrel | V8 atmosphérique, 7 206 cm³, trois carburateurs double corps |
| Puissance 440 Six Barrel | 390 hp SAE gross à environ 4 700 tr/min |
| Couple 440 Six Barrel | 490 lb-ft, environ 664 Nm |
| Motorisation 426 Street Hemi | V8 atmosphérique, 6 981 cm³, deux carburateurs quadruple corps |
| Puissance 426 Hemi | 425 hp SAE gross à 5 000 tr/min |
| Couple 426 Hemi | 490 lb-ft, environ 664 Nm |
| Distribution | Arbre à cames central, soupapes en tête |
| Boîtes de vitesses | Manuelle à 4 rapports ou automatique TorqueFlite à 3 rapports |
| Transmission | Roues arrière motrices |
| Suspension avant | Roues indépendantes, barres de torsion, amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques, amortisseurs télescopiques |
| Direction | À recirculation de billes, assistance selon équipement |
| Freinage | Freins hydrauliques, disques avant selon équipement, tambours arrière |
| Pneumatiques | Dimensions variables selon équipement, notamment F70-14 |
| Longueur | Environ 5 613 mm |
| Largeur | Environ 1 941 mm |
| Hauteur | Environ 1 560 mm |
| Empattement | Environ 2 941 mm |
| Masse | Environ 1 720 à 1 740 kg selon configuration et définition de la mesure |
| 0 à 60 mph (0 à 96,6 km/h) | Environ 5,5 à 5,8 secondes selon motorisation et essai |
| 400 m départ arrêté | Environ 13,5 à 14,3 secondes selon configuration et essai |
| Vitesse maximale routière | Environ 220 à 230 km/h selon configuration et estimations publiées |
| Production | Environ 1 900 exemplaires, totaux historiques fréquemment cités de 1 920 ou 1 935 unités |
La Plymouth Superbird en compétition NASCAR
La véritable raison d’être de la Superbird se trouve sur les circuits NASCAR. En 1970, les grands ovales américains favorisent les voitures capables de conserver une vitesse élevée pendant de longues périodes. La puissance moteur reste essentielle, mais l’aérodynamique influence directement la vitesse en ligne droite, la consommation et la stabilité dans les virages relevés.
Petty Enterprises engage des Plymouth Superbird pour Richard Petty et Pete Hamilton. La voiture de Petty, portant le numéro 43 et arborant sa célèbre livrée bleue, devient rapidement l’une des images les plus reconnaissables du championnat. Elle contribue à associer durablement le nom Superbird à l’histoire du sport automobile américain.
Le 22 février 1970, Pete Hamilton remporte le Daytona 500 au volant d’une Superbird, offrant au modèle l’une de ses victoires les plus importantes. Hamilton s’impose également lors des deux courses disputées à Talladega cette saison-là, confirmant l’efficacité du concept sur les circuits les plus rapides du calendrier.
Richard Petty remporte sa première victoire de la saison le 8 mars 1970 à Rockingham avec la Superbird numéro 43. Il totalise 18 victoires durant le championnat 1970 et termine quatrième au classement général. Toutefois, toutes ses victoires ne doivent pas être attribuées indistinctement à la Superbird, puisque les équipes pouvaient utiliser différentes configurations de voitures selon les épreuves.
Les Superbird de compétition se distinguent profondément des voitures vendues au public. Leurs moteurs, leurs suspensions, leurs équipements de sécurité et leurs réglages aérodynamiques répondent aux exigences du championnat. Les vitesses dépassant 320 km/h, souvent associées aux voitures aérodynamiques Chrysler de cette période, concernent ces machines de course et non les Superbird routières.
La première vitesse moyenne supérieure à 200 mph sur un tour de circuit NASCAR est d’ailleurs officiellement associée à Buddy Baker, au volant d’une Dodge Charger Daytona en mars 1970. La Superbird participe à la même révolution technique, sans être la voiture à laquelle ce record précis doit être attribué.
Pour la saison 1971, NASCAR impose de nouvelles restrictions aux voitures aérodynamiques, notamment une limitation de cylindrée à 305 pouces cubes, soit environ 5,0 litres, pour conserver certaines configurations. Ces mesures réduisent fortement leur avantage face aux voitures conventionnelles. La Superbird n’est pas simplement interdite dans l’absolu, mais les nouvelles règles mettent fin à la pertinence sportive de son concept initial.
Production limitée, homologation et rareté
La Plymouth Superbird est produite en quantité limitée afin de satisfaire les exigences d’homologation NASCAR de l’époque. Contrairement aux muscle cars américaines ordinaires, dont les volumes dépendent principalement de la demande commerciale, sa fabrication répond d’abord à un impératif réglementaire.
Le nombre exact d’exemplaires fait l’objet de divergences historiques. Les chiffres de 1 920 et 1 935 voitures sont les plus fréquemment retenus, tandis que certains documents secondaires avancent d’autres totaux. En l’absence d’un décompte industriel unanimement reconnu, il est plus rigoureux de retenir une production d’environ 1 900 Superbird pour le seul millésime 1970.
La répartition par motorisation souligne la rareté des versions les plus performantes. Environ 135 exemplaires auraient reçu le moteur 426 Hemi, contre approximativement 715 à 716 voitures équipées du 440 Six Barrel. Le reste de la production correspond principalement au 440 à carburateur quadruple corps.
Le prix de vente d’époque varie selon les équipements et les motorisations. Un tarif d’environ 4 298 dollars est notamment documenté pour une configuration de Superbird de 1970. Le supplément demandé pour le moteur Hemi pouvait sensiblement augmenter la facture, ce qui contribuait à limiter sa diffusion.
Malgré son intérêt technique, la Superbird ne rencontre pas immédiatement un succès commercial comparable à sa notoriété actuelle. Son apparence extrême, son encombrement et son prix élevé limitent son attrait auprès d’une clientèle habituée aux muscle cars plus conventionnelles. Certains exemplaires restent chez les concessionnaires après la fin du millésime, et des transformations destinées à leur donner une apparence plus classique sont rapportées dans l’histoire du modèle.
La proximité technique avec les autres Plymouth B-body facilite aujourd’hui la réalisation de répliques. La Plymouth Satellite constitue notamment une base utilisée pour reproduire la silhouette de la Superbird, en lui ajoutant un nez profilé, un aileron et différents éléments de carrosserie. Ces conversions peuvent être visuellement convaincantes, mais elles ne possèdent pas la même valeur historique qu’un exemplaire authentique.
L’identification d’une véritable Superbird exige donc un examen approfondi du numéro de série, de la plaque d’options, des documents de fabrication et des caractéristiques de carrosserie. Une simple décoration Road Runner ou la présence d’un aileron ne suffisent pas à prouver l’authenticité d’une voiture.
La Plymouth Superbird sur le marché des voitures de collection
Longtemps considérée comme une curiosité de l’époque des muscle cars, la Plymouth Superbird est devenue une automobile de collection particulièrement recherchée. Sa production réduite, son lien direct avec NASCAR et sa silhouette immédiatement identifiable expliquent cet intérêt. Les versions 426 Hemi occupent généralement le sommet du marché en raison de leur rareté et de leur motorisation emblématique.
Les résultats de ventes montrent des écarts considérables entre les exemplaires. Une Superbird 440 standard, une Six Barrel entièrement restaurée et une Hemi possédant sa mécanique d’origine ne se situent pas dans les mêmes catégories de prix. L’historique de propriété, la conformité des composants, la qualité de restauration et la présence de documents d’usine jouent un rôle déterminant dans l’évaluation.
Les données de marché compilées par Classic.com font apparaître des indicateurs historiques de plusieurs centaines de milliers de dollars, avec des niveaux sensiblement supérieurs pour les versions Hemi. Ces moyennes ne remplacent toutefois pas l’analyse individuelle d’un véhicule, particulièrement lorsque sa provenance ou son authenticité présentent des particularités.
Plusieurs musées automobiles conservent ou présentent des Superbird, notamment le Louwman Museum aux Pays-Bas et des collections américaines comme l’Audrain Auto Museum et le Newport Car Museum. Ces exemplaires permettent d’observer les détails de carrosserie, les équipements et les configurations d’origine qui distinguent le modèle des nombreuses reproductions.
La Superbird occupe également une place particulière dans la culture populaire grâce à Richard Petty. Le personnage de Strip « The King » Weathers, dans le film d’animation Cars sorti en 2006, reprend l’apparence d’une Plymouth Superbird de compétition. Doublé en version originale par Richard Petty lui-même, il reproduit notamment la célèbre livrée bleue et le numéro 43 associés à la carrière du pilote.
