Alpine A108

Alpine A108

L’Alpine A108 apparaît à la fin des années 1950 comme une étape décisive dans la construction de l’identité d’Alpine. Lancée en 1958 après l’apparition de l’appellation A108 au Salon de Paris 1957, elle succède progressivement à l’Alpine A106. Les premières voitures restent d’ailleurs très proches de leur devancière par leur carrosserie, mais adoptent des mécaniques issues de la Renault Dauphine. Au fil de son développement, l’A108 va surtout donner naissance à deux éléments fondamentaux de l’histoire de la marque : la Berlinette et le châssis-poutre.

Parler de l’A108 comme d’un modèle parfaitement uniforme serait toutefois trompeur. Entre 1958 et 1965, cette appellation recouvre plusieurs carrosseries, moteurs et configurations techniques. Coach, cabriolet, Coupé Sport, coupé 2+2 et Berlinette jalonnent ainsi une période pendant laquelle Alpine passe progressivement d’une petite production encore étroitement dérivée de Renault à une architecture beaucoup plus personnelle.

De l’A106 à une Alpine plus ambitieuse

Jean Rédélé avait bâti les premières Alpine autour des organes mécaniques de la Renault 4CV. L’arrivée de la Dauphine lui fournit une nouvelle base pour poursuivre le développement de ses voitures de sport légères. L’A108 naît de cette évolution : les premiers exemplaires peuvent reprendre des formes déjà utilisées sur l’A106, tandis que le moteur provient désormais de la famille mécanique de la Dauphine.

Cette proximité explique pourquoi les toutes premières A108 sont parfois difficiles à distinguer visuellement de certaines A106. L’évolution ne prend pas la forme d’une rupture immédiate. Alpine travaille alors de manière artisanale et fait évoluer carrosseries, moteurs et structures au fil des besoins. Le polyester renforcé de fibre de verre reste au coeur de la construction, permettant d’obtenir une voiture particulièrement légère.

Le moteur est implanté longitudinalement à l’arrière et entraîne les roues arrière. Le quatre cylindres Ventoux de 845 cm3 constitue l’une des mécaniques de départ, mais Alpine propose rapidement des configurations plus performantes. Un moteur porté à 904 cm3 et préparé par Marc Mignotet apparaît notamment dans la gamme, tandis qu’un 998 cm3 permet aux versions les plus poussées d’atteindre un niveau de performances nettement supérieur.

L’A108 n’est donc pas seulement une A106 dotée d’un autre moteur. Durant sa carrière, elle sert de support à une transformation beaucoup plus profonde de la voiture Alpine, aussi bien dans son architecture que dans son dessin.

Du cabriolet à la naissance de la Berlinette

Le développement stylistique de l’A108 passe notamment par le cabriolet dessiné par Giovanni Michelotti. À partir de cette silhouette, Philippe Charles imagine une carrosserie plus aérodynamique : la partie avant devient plus effilée, les projecteurs s’intègrent sous des protections transparentes et l’arrière est prolongé. Ces modifications aboutissent à une forme qui va devenir indissociable du nom Alpine.

La nouvelle Alpine A108 Berlinette apparaît en compétition au Tour de France Automobile en septembre 1960. Elle ne constitue donc pas la forme originelle de toutes les A108, contrairement à ce que peut laisser penser la célébrité ultérieure de cette carrosserie. L’A108 existe déjà depuis plusieurs années lorsque la Berlinette rejoint la famille.

Son profil très bas, son pavillon compact et son avant plongeant lui donnent une physionomie radicalement différente des premiers coaches. Les projecteurs placés sous des bulles transparentes deviennent l’un de ses signes distinctifs. Cette évolution stylistique influence également d’autres variantes de l’A108, dont le cabriolet et le Coupé Sport.

La gamme comprend en outre un coupé 2+2, dont l’empattement est allongé afin d’offrir davantage d’espace. Cette diversité rappelle que le nom A108 désigne davantage une famille en évolution qu’une carrosserie unique produite sans changement pendant sept ans.

Le châssis-poutre, évolution technique déterminante

L’une des avancées majeures de l’A108 se trouve sous sa carrosserie. Les premières voitures restent liées à une plateforme en acier dérivée des solutions employées précédemment par Alpine et adaptées aux composants Renault. La marque développe ensuite son fameux châssis-poutre, dont la généralisation intervient sur l’A108 au début des années 1960.

Le principe repose sur une robuste poutre centrale reliant les structures avant et arrière auxquelles sont associés les organes mécaniques et les trains roulants. La carrosserie légère en matériau composite vient compléter cet ensemble. Cette solution permet à Alpine de disposer d’une architecture mieux adaptée à ses propres voitures plutôt que de dépendre aussi directement d’une plateforme Renault de grande série.

Le faible poids demeure l’un des grands atouts du modèle. Suivant la carrosserie et la définition considérées, les valeurs publiées tournent généralement autour de 520 à 600 kg. Associée à des moteurs de cylindrée modeste, cette masse contenue permet d’obtenir des performances intéressantes sans rechercher une puissance élevée.

Les évolutions concernent également le freinage et la transmission. Les premières configurations utilisent des freins à tambour, tandis que certaines A108 tardives et plus performantes reçoivent des disques. Les boîtes de vitesses varient elles aussi suivant les années et versions, avec notamment des transmissions manuelles à quatre ou cinq rapports sur les variantes les mieux documentées.

Fiche technique de l’Alpine A108

CaractéristiqueDonnées
Production1958 à 1965
CarrosseriesCoach, cabriolet, Coupé Sport, coupé 2+2, Berlinette
Architecture moteur4 cylindres en ligne Renault, refroidissement par eau
Cylindrées documentées845 cm3, 904 cm3, 998 cm3 selon version
PuissanceEnviron 27 à 70 ch selon moteur, préparation et norme de mesure
ImplantationMoteur longitudinal arrière
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle, configuration variable selon version, notamment 4 ou 5 rapports
StructurePlateforme dérivée des premières Alpine puis châssis-poutre selon période
CarrosseriePolyester renforcé de fibre de verre
FreinsTambours sur les premières versions, disques sur certaines évolutions tardives
Pneumatiques documentés135 x 380 ou 145 x 380 selon version
LongueurEnviron 3,78 à 3,96 m selon carrosserie
LargeurEnviron 1,45 à 1,49 m selon carrosserie
HauteurEnviron 1,13 à 1,22 m selon carrosserie
EmpattementEnviron 2,10 m, davantage sur certaines versions 2+2
PoidsEnviron 520 à 600 kg selon version et définition de mesure
Vitesse maximaleEnviron 145 à 185 km/h selon moteur et version

Des performances très différentes selon les versions

La multiplicité des configurations interdit d’attribuer une puissance ou une vitesse maximale unique à l’A108. Les modèles équipés du 845 cm3 restent relativement modestes, tandis que les préparations successives exploitent pleinement le faible poids de la voiture. Le 904 cm3 associé au travail de Marc Mignotet constitue une étape importante dans cette montée en performances.

Au sommet de cette évolution, certaines Berlinette équipées du 998 cm3 atteignent environ 70 ch et une vitesse maximale annoncée pouvant aller jusqu’à 185 km/h. Pour une automobile pesant à peine plus d’une demi-tonne dans certaines configurations, ces chiffres placent l’A108 la plus affûtée très loin des premières versions. Cette amplitude explique les écarts importants rencontrés dans les fiches techniques historiques : elles décrivent souvent des voitures différentes sous une même appellation.

La compétition accompagne naturellement cette évolution. Jean Rédélé utilise les épreuves comme terrain de développement et engage la nouvelle Berlinette au Tour de France Automobile 1960. L’A108 n’accumulera pas le palmarès international de sa descendante, mais elle permet à Alpine de mettre en place les solutions techniques et aérodynamiques qui rendront les voitures suivantes beaucoup plus compétitives.

Une production artisanale aux chiffres discutés

La quantité exacte d’A108 produites constitue l’un des points les plus délicats de son histoire. Les archives de communication d’Alpine mentionnent 236 exemplaires produits entre 1958 et 1965. D’autres publications donnent pourtant des totaux dépassant largement le millier d’unités. L’écart est trop important pour fusionner ces chiffres en une estimation artificielle, d’autant que le périmètre retenu peut varier selon les carrosseries et les dérivés comptabilisés.

Il faut notamment distinguer les A108 françaises de la Willys Interlagos. Produite sous licence au Brésil, cette dernière reprend la filiation technique et stylistique de l’Alpine mais constitue une production spécifique. Elle connaît également une carrière sportive locale et accompagne les débuts de pilotes brésiliens qui deviendront célèbres. Son existence contribue à la diffusion internationale de la formule imaginée à Dieppe, mais ses exemplaires ne doivent pas être automatiquement assimilés à la production française de l’A108.

Cette fabrication artisanale explique aussi la variété rencontrée aujourd’hui parmi les voitures survivantes. Les changements de carrosserie, de mécanique et de structure ont été progressifs, et l’identification d’un exemplaire exige de considérer son millésime et sa configuration plutôt que de se fier à une fiche technique générique.

Le passage de l’A108 à l’A110

En 1962 apparaît l’Alpine A110. Elle bénéficie notamment des nouveaux organes liés à la Renault 8, mais reprend les principes fondamentaux mis en place avec l’A108 : moteur arrière, propulsion, carrosserie légère et surtout châssis-poutre. La succession n’est pas instantanée puisque l’A108 poursuit sa carrière jusqu’en 1965, ce qui crée une période durant laquelle les deux familles coexistent.

La continuité est tout aussi évidente sur le plan esthétique. L’Alpine A110 Berlinette perfectionne une silhouette dont les bases ont été posées par Philippe Charles sur l’A108 : voiture extrêmement basse, ailes avant intégrant les projecteurs sous bulles, habitacle compact et arrière effilé. La forme devenue emblématique de l’A110 n’est donc pas apparue avec elle.

L’A108 occupe ainsi une période particulièrement créative de l’histoire de Dieppe. Elle commence comme une évolution encore proche de l’A106 et s’achève alors que les principes techniques et stylistiques de la Berlinette Alpine sont déjà établis. Lorsque sa production cesse en 1965, le châssis-poutre et la carrosserie légère qu’elle a contribué à développer disposent désormais d’un terrain d’expression beaucoup plus abouti avec l’A110.