Une évolution de la Berlinette tournée vers la compétition
L’Alpine A110 1800 est une évolution de compétition de la Berlinette A110, développée pour répondre à l’augmentation du niveau des rallyes au début des années 1970. Elle prolonge directement le travail réalisé avec l’Alpine A110 1600s, mais remplace son moteur de 1,6 litre par une mécanique portée à environ 1,8 litre et reçoit des évolutions destinées à exploiter cette puissance supplémentaire.
Le développement du moteur 1 800 cm3 commence avant la véritable campagne sportive de la version. Des voitures expérimentales apparaissent dès 1970 et 1971, tandis que l’homologation et la mise au point évoluent progressivement. L’A110 1800 devient réellement une arme majeure du service compétition Alpine à partir de 1972, puis s’impose en Groupe 4 dans le championnat du monde des rallyes inaugural de 1973.
Cette appellation ne désigne donc pas simplement une A110 routière équipée d’un moteur plus gros. Les voitures engagées par Alpine sont des berlinettes profondément préparées, avec des carrosseries allégées ou élargies, des trains roulants adaptés, une boîte de compétition et un moteur préparé par Marc Mignotet. Selon le millésime, le rallye et le niveau de préparation, les caractéristiques peuvent toutefois varier sensiblement.
Du développement des 1800 au programme officiel de 1973
Après les succès de l’A110 1600 S, Alpine cherche davantage de puissance sans abandonner l’architecture compacte et légère de la Berlinette. Les premiers prototypes à moteur de 1 796 cm3 apparaissent au début des années 1970. Cette phase expérimentale est importante, car plusieurs voitures portant déjà une mécanique 1 800 ne correspondent pas exactement aux A110 1800 Groupe 4 qui seront engagées par l’usine.
En 1972, le nouveau moteur fait partie du programme sportif d’Alpine, mais son homologation constitue encore un obstacle. Trois voitures préparées pour le Rallye Monte-Carlo ne peuvent ainsi pas courir dans la configuration 1800 Groupe 4 envisagée, et Alpine engage ses A110 1600 S. La même année, Bernard Darniche remporte néanmoins le championnat de France des rallyes avec une A110 1800, illustrant le potentiel de cette évolution dans les compétitions nationales.
La situation change pour la saison 1973. Alpine dispose alors d’une définition Groupe 4 homologuée et peut engager officiellement ses A110 1800 dans le premier Championnat du monde des rallyes. Le service compétition construit cette année-là une série spécifique comprenant des voitures de course, des mulets et des voitures destinées à la clientèle compétition. Les chiffres disponibles donnent 24 voitures pour ce programme 1973, mais ce nombre ne constitue pas un total de production de toutes les A110 1800 construites depuis les premiers prototypes.
Le Rallye Monte-Carlo 1973 marque le sommet de cette évolution. Jean-Claude Andruet s’impose devant Ove Andersson et Jean-Pierre Nicolas, offrant à Alpine un triplé retentissant. L’A110 1800 poursuit ensuite sa campagne avec des victoires au Maroc, au Portugal, en Corse et à Sanremo. Alpine-Renault remporte à la fin de la saison le premier Championnat du monde des rallyes des constructeurs.
Une Berlinette transformée pour le Groupe 4
La base reste celle de l’Alpine A110 Berlinette, dont l’architecture combine un châssis-poutre en acier et une carrosserie légère en polyester. Cette conception permet de conserver une masse très faible tout en offrant une grande liberté de préparation. Sur l’A110 1800 de compétition, l’allègement devient un élément essentiel de la recherche de performances.
Le quatre cylindres Cléon-Alu reçoit une cylindrée d’environ 1,8 litre et une préparation spécifique. Les versions les plus documentées utilisent deux carburateurs Weber 45 DCOE. La puissance n’est toutefois pas identique sur toutes les voitures : environ 170 ch sont associés à certaines premières configurations, tandis qu’une définition Groupe 4 de 1973 est donnée pour 175 ch à 6 500 tr/min. Des préparations plus poussées atteignent environ 185 ch.
Cette augmentation de puissance s’accompagne d’une adaptation de la transmission et du châssis. La boîte manuelle à cinq rapports de compétition reçoit notamment des rapports spécifiques, tandis qu’un différentiel autobloquant est utilisé sur les voitures d’usine. Les trains roulants, les freins et les pneumatiques sont également dimensionnés pour les contraintes particulières des rallyes.
Visuellement, les A110 1800 de Groupe 4 se distinguent des Berlinette plus proches de la série par leurs voies élargies et leurs ailes de compétition. Les dimensions et l’apparence peuvent cependant évoluer selon les années et les épreuves. Les voitures destinées aux rallyes africains, par exemple, reçoivent une préparation et un équipement adaptés à des conditions très différentes de celles du Monte-Carlo.
Fiche technique de l’Alpine A110 1800
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Architecture | 4 cylindres en ligne atmosphérique |
| Cylindrée | Environ 1 796 à 1 798 cm3 selon la documentation et la configuration |
| Alimentation | Deux carburateurs Weber 45 DCOE sur les configurations usine documentées |
| Puissance | Environ 170 à 185 ch selon la préparation ; 175 ch à 6 500 tr/min pour une définition Groupe 4 de 1973 |
| Couple | Environ 195 Nm à 5 000 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal arrière, transmission aux roues arrière |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports, avec rapports de compétition selon configuration |
| Différentiel | Autobloquant sur les voitures d’usine documentées |
| Châssis | Châssis-poutre en acier |
| Carrosserie | Berlinette deux portes en polyester renforcé de fibre de verre |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Indépendante, avec demi-essieux oscillants et dispositifs de guidage adaptés à la compétition |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Quatre freins à disques, commande hydraulique à double circuit |
| Roues | 13 pouces ; jusqu’à 7 pouces à l’avant et 9 pouces à l’arrière sur certaines configurations Groupe 4 |
| Pneumatiques | Michelin Racing sur les voitures de compétition documentées |
| Longueur | Environ 3,85 m |
| Largeur | Environ 1,52 m pour une définition Groupe 4 documentée |
| Hauteur | Environ 1,12 m |
| Empattement | Environ 2,10 m |
| Voie avant | Environ 1,375 m |
| Voie arrière | Environ 1,446 m |
| Poids | Environ 645 à 750 kg selon caisse, équipement et configuration de rallye |
| Vitesse maximale | Plus de 250 km/h pour une configuration Groupe 4 de 1973 documentée |
| 0 à 100 km/h | Non retenu faute de donnée suffisamment homogène pour cette version |
| Réservoir | Environ 80 litres sur une configuration Groupe 4 documentée |
Des caractéristiques variables selon les voitures de course
L’A110 1800 doit être considérée comme une famille de voitures de compétition plutôt que comme une version produite avec une fiche technique strictement identique pour chaque exemplaire. Les puissances, masses, rapports de boîte, carrosseries et équipements peuvent différer selon la période de construction, le niveau de préparation et le rallye disputé.
Le poids constitue notamment une donnée très variable. Une berlinette préparée pour rechercher la légèreté peut être proche de 650 kg, alors qu’une voiture équipée pour des épreuves particulièrement exigeantes peut être nettement plus lourde. Cette différence explique pourquoi les chiffres publiés pour les A110 1800 ne sont pas toujours directement comparables.
Une autre particularité concerne la désignation administrative. Certaines A110 1800 Groupe 4 de 1973 conservent le type « 1600 VC » alors que leur moteur développe réellement environ 1 800 cm3. La cylindrée mécanique et la désignation administrative ne doivent donc pas être assimilées.
Une carrière sportive au sommet du rallye mondial
La force de l’A110 1800 ne repose pas uniquement sur sa puissance. Sa masse réduite, son moteur arrière et sa motricité contribuent à son efficacité sur les parcours sinueux. Sur les rallyes où l’adhérence et la maniabilité comptent davantage que la puissance maximale, cette combinaison permet à la Berlinette de rester extrêmement compétitive.
La saison 1973 constitue son moment historique majeur. Le triplé réalisé au Monte-Carlo est suivi de plusieurs autres succès internationaux et permet à Alpine-Renault de conquérir le premier titre mondial des constructeurs. L’A110 1800 devient ainsi l’une des voitures emblématiques de la naissance du championnat du monde des rallyes.
Les versions 1800 restent ensuite utilisées par Alpine et par des équipes privées. En 1974, la stratégie sportive de la marque commence toutefois à accorder davantage de place à l’Alpine A310. La Berlinette ne disparaît pas immédiatement de la compétition : des A110 1800 continuent à courir et à remporter des épreuves, notamment en championnat de France, alors que la nouvelle sportive commence progressivement à prendre sa place dans la gamme.
Identifier une véritable A110 1800
L’appellation A110 1800 recouvre des voitures dont l’aspect peut être très différent selon la période. Les éléments les plus caractéristiques restent la silhouette basse de la Berlinette, le moteur placé derrière l’habitacle, les ailes élargies des configurations Groupe 4 et les roues de compétition de 13 pouces. Les carrosseries de course peuvent également présenter différents niveaux d’élargissement et d’allègement.
Cette diversité explique les confusions fréquentes avec d’autres A110 de compétition. Une A110 1800 Groupe 4 du début des années 1970 ne doit pas être assimilée à une A110 1800 Groupe 5 ou aux versions ultérieures équipées de moteurs plus profondément transformés. La présence d’un moteur de 1,8 litre ne suffit donc pas à identifier à elle seule une configuration précise.
La filiation avec l’Alpine A108 Berlinette reste néanmoins visible dans la conception générale de la voiture. L’évolution vers l’A110, puis vers ses versions 1800 de compétition, conserve la philosophie Alpine fondée sur la légèreté, la simplicité du châssis et l’exploitation d’une mécanique Renault dans une carrosserie particulièrement compacte.
Après les premières voitures expérimentales de 1970-1971, les A110 1800 engagées par l’usine à partir de 1972 et surtout en 1973 constituent donc une étape spécifique de l’histoire de la Berlinette. Leur rareté actuelle tient autant aux faibles volumes de production compétition qu’à la disparition ou à la transformation de nombreux exemplaires au cours de leur longue carrière sportive.




