L’Autobianchi Stellina est un petit cabriolet italien à deux places présenté au Salon de Turin en 1963 et produit jusqu’en 1965. Construite à seulement 502 exemplaires, cette automobile se distingue par sa carrosserie en polyester renforcé de fibres de verre, une solution encore peu répandue dans l’industrie italienne de l’époque. Sous ses lignes élégantes, elle reprend une grande partie de la mécanique de la Fiat 600D, avec un moteur quatre cylindres placé à l’arrière.
Conçue comme une voiture de loisirs plutôt que comme une véritable sportive, la Stellina associe une présentation originale, des dimensions compactes et une mécanique économique. Son nom, qui signifie « petite étoile » en italien, reflète le caractère séduisant que le constructeur souhaitait donner à ce spider. Sa carrière commerciale sera néanmoins très courte, notamment en raison d’un prix élevé et de performances modestes.
Origines et développement de l’Autobianchi Stellina
L’histoire de la Stellina commence dans le contexte de l’expansion de l’industrie automobile italienne au début des années 1960. Autobianchi, entreprise fondée en 1955 par Bianchi, Fiat et Pirelli, occupe alors une position particulière. La marque utilise des composants mécaniques éprouvés du groupe Fiat pour créer des automobiles dotées d’une identité propre, souvent plus raffinées ou plus originales que les modèles populaires dont elles dérivent.
Cette stratégie apparaît dès 1957 avec l’Autobianchi Bianchina, une petite voiture utilisant la base technique de la Fiat 500, mais proposée avec des carrosseries et des finitions plus valorisantes. La Stellina pousse cette logique plus loin en s’adressant à une clientèle attirée par les cabriolets de loisirs, sans disposer nécessairement du budget nécessaire à l’achat d’une véritable voiture de sport.
Le projet repose sur une idée relativement simple : employer la mécanique de la Fiat 600D pour réaliser un spider léger, compact et distinctif. Le choix de cette plateforme permet de limiter les investissements consacrés au groupe motopropulseur, aux trains roulants et à la transmission. Les efforts de développement peuvent ainsi se concentrer sur la carrosserie et la présentation extérieure.
Le dessin de la Stellina est principalement attribué à Luigi Rapi, ingénieur et styliste associé aux premières réalisations d’Autobianchi. Certaines publications mentionnent également Tom Tjaarda ou la carrosserie Boneschi, mais les archives du Registro Autobianchi privilégient l’attribution à Rapi. Le résultat est un petit cabriolet aux formes arrondies, sensiblement différent des berlines populaires italiennes contemporaines.
La Stellina est dévoilée au Salon de Turin en 1963. Si cette année constitue sa première apparition publique, sa commercialisation est surtout associée à 1964. La production s’inscrit dans l’environnement industriel Autobianchi de Desio, près de Milan. L’automobile reste un modèle de faible diffusion, dont la fabrication exige davantage d’opérations manuelles que celle d’une voiture populaire conventionnelle.
La gamme Autobianchi présente alors plusieurs orientations. À côté du spider destiné aux loisirs, l’Autobianchi Giardiniera représente une approche beaucoup plus pratique de l’automobile, avec une carrosserie familiale compacte privilégiant le transport quotidien. Cette diversité illustre la volonté du constructeur de proposer des véhicules spécialisés autour de mécaniques Fiat éprouvées.
Une carrosserie en fibre de verre au dessin italien
La principale originalité technique de la Stellina réside dans sa carrosserie en résine polyester renforcée de fibres de verre. Autobianchi fait partie des premiers constructeurs italiens à employer ce matériau pour une automobile produite en série. Cette innovation distingue nettement la Stellina des petites voitures à carrosserie métallique qui dominent alors le marché européen.
Il ne s’agit toutefois pas d’une automobile entièrement construite en plastique. Les panneaux composites sont associés à une structure métallique qui assure les fonctions essentielles de rigidité et de résistance mécanique. Cette distinction est importante : la fibre de verre permet de réaliser des formes de carrosserie particulières, mais ne remplace pas tous les éléments structurels traditionnels.
Le matériau présente plusieurs avantages. Il résiste à la corrosion qui affecte habituellement les panneaux en acier, permet de produire des formes complexes et peut être intéressant pour de petites séries ne justifiant pas des investissements considérables en outillages d’emboutissage. En revanche, la fabrication des éléments composites nécessite un travail manuel important, ce qui limite les économies réalisables sur le coût final.
La Stellina illustre ainsi une autre facette de la recherche technique menée par Autobianchi. En 1964, l’Autobianchi Primula explore une voie différente avec son moteur transversal avant et sa transmission aux roues avant. Les deux voitures ne partagent pas la même architecture, mais montrent comment la marque pouvait expérimenter des solutions nouvelles à partir de composants industriels existants.
Sur le plan esthétique, la Stellina adopte une silhouette basse et arrondie. Sa face avant est caractérisée par deux projecteurs circulaires, un capot plongeant et un pare-chocs chromé. L’absence de grande calandre de refroidissement rappelle indirectement que le moteur n’est pas installé à l’avant. Les surfaces lisses et les ailes galbées contribuent à donner à la voiture une apparence plus élégante que véritablement agressive.
De profil, le pare-brise relativement droit, les portes allongées et l’habitacle reculé créent des proportions typiques des petits spiders des années 1960. Les roues de faible diamètre, les enjoliveurs et les éléments chromés renforcent son caractère d’automobile de promenade. À l’arrière, le compartiment moteur impose un volume compact, sans empêcher les stylistes de conserver une ligne équilibrée.
La capote souple permet de transformer rapidement la voiture en cabriolet ouvert. Un hard-top amovible est également documenté dans les catalogues d’époque, notamment dans la documentation française de 1965. Cet équipement offre une protection supplémentaire contre les intempéries, sans faire de la Stellina un coupé distinct au sein de la gamme.
Moteurs et évolutions : de la Stellina 767 à la Stellina 800
La première Autobianchi Stellina reprend le quatre cylindres en ligne de 767 cm³ de la Fiat 600D. Installé à l’arrière et refroidi par liquide, ce moteur développe 29 ch. Il entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports. Cette configuration privilégie la simplicité mécanique et les coûts d’entretien raisonnables plutôt que les accélérations.
Malgré son apparence de petite sportive, la Stellina possède donc des performances proches de celles d’une voiture populaire. Sa vitesse maximale annoncée de 115 km/h convient aux déplacements sur les routes secondaires, mais ne permet pas de rivaliser avec les cabriolets plus puissants proposés à la même époque. Le poids contenu de la carrosserie ne suffit pas à compenser totalement la puissance limitée du moteur.
Cette mécanique présente néanmoins des avantages. Son origine Fiat facilite l’entretien courant et permet de bénéficier d’une architecture connue des réparateurs. L’implantation arrière libère également l’avant de la voiture pour un compartiment à bagages, même si les dimensions compactes de la Stellina limitent naturellement les possibilités de chargement.
En 1965 apparaît une évolution généralement désignée sous le nom de Stellina 800. Sa cylindrée passe à 792 cm³ et sa puissance est habituellement indiquée à 31,5 ch. La vitesse maximale atteint alors environ 125 km/h dans les fiches historiques. Cette amélioration reste modeste, mais elle répond à l’une des principales critiques formulées à l’encontre de la première version : le manque de puissance pour une automobile affichant une silhouette sportive.
Les deux séries conservent une présentation extérieure très proche. Les différences les plus significatives concernent la motorisation, plutôt qu’une transformation de la carrosserie. Pour identifier précisément un exemplaire, il est donc préférable de vérifier ses numéros de châssis et de moteur ainsi que ses documents d’origine, plutôt que de se fier uniquement à son apparence.
La Stellina ne doit pas être confondue avec la Bianchina Cabriolet, qui repose sur une mécanique de Fiat 500 à moteur bicylindre. Elle se distingue également de la Fiat 850 Spider, apparue en 1965, dont la carrosserie métallique dessinée par Bertone et la motorisation de cylindrée supérieure correspondent à un projet industriel différent.
Fiche technique de l’Autobianchi Stellina
| Caractéristique | Autobianchi Stellina 767 | Autobianchi Stellina 800 |
|---|---|---|
| Première apparition du modèle | 1963 | 1965 pour la version 800 |
| Période de production | 1963-1965, commercialisation principalement à partir de 1964 | 1965 |
| Carrosserie | Spider deux portes, deux places | Spider deux portes, deux places |
| Structure | Structure métallique et panneaux en polyester renforcé de fibres de verre | Structure métallique et panneaux en polyester renforcé de fibres de verre |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, 4 temps | 4 cylindres en ligne, 4 temps |
| Cylindrée | 767 cm³ | 792 cm³ |
| Alimentation | Carburateur | Carburateur |
| Refroidissement | Liquide | Liquide |
| Puissance | 29 ch | 31,5 ch environ |
| Position du moteur | Arrière | Arrière |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports | Manuelle à 4 rapports |
| Suspension avant | Roues indépendantes, architecture dérivée de la Fiat 600D | Roues indépendantes |
| Suspension arrière | Roues indépendantes, architecture dérivée de la Fiat 600D | Roues indépendantes |
| Direction | Mécanique, sans assistance | Mécanique, sans assistance |
| Freinage | Tambours hydrauliques aux quatre roues | Tambours hydrauliques aux quatre roues |
| Longueur | 3 670 mm | 3 670 mm |
| Largeur | 1 430 mm | 1 430 mm |
| Hauteur | 1 240 mm | 1 240 mm |
| Empattement | 2 000 mm | 2 000 mm |
| Poids à vide généralement publié | 660 kg | Environ 660 kg |
| Vitesse maximale | 115 km/h | Environ 125 km/h |
| Production généralement indiquée | 343 exemplaires | 159 exemplaires |
| Production totale du modèle | 502 exemplaires | |
| Pays de fabrication | Italie | |
Production limitée et difficultés commerciales
La carrière de l’Autobianchi Stellina se distingue par une diffusion extrêmement réduite. La production totale généralement retenue est de 502 exemplaires, répartis entre 343 voitures de première série et 159 Stellina 800. Cette quantité témoigne de la difficulté à transformer un projet techniquement original en véritable succès commercial.
Le prix constitue l’un des principaux obstacles. Le Registro Autobianchi mentionne un tarif de 993 000 lires italiennes, soit une somme importante pour une automobile aussi compacte. La Stellina utilise certes une mécanique populaire, mais sa carrosserie composite demande des opérations de fabrication et de finition relativement coûteuses. L’économie réalisée sur les composants mécaniques ne se traduit donc pas par un prix particulièrement accessible.
Ce positionnement place Autobianchi dans une situation délicate. Les acheteurs recherchant avant tout une voiture économique disposent de modèles Fiat beaucoup moins chers. Ceux qui souhaitent un cabriolet sportif peuvent, de leur côté, considérer les performances de la Stellina comme insuffisantes au regard de son tarif. Son esthétique originale ne suffit pas à résoudre ce décalage entre présentation, puissance et prix.
La concurrence évolue également rapidement. En 1965, Fiat lance la 850 Spider, dessinée par Bertone. Ce nouveau cabriolet bénéficie d’une motorisation plus généreuse et d’une fabrication mieux adaptée à une diffusion importante. Il occupe progressivement le créneau que la Stellina avait tenté d’explorer, sans reprendre directement sa carrosserie ni constituer une nouvelle génération du modèle Autobianchi.
La production s’achève en 1965, après une carrière commerciale d’environ deux ans. La Stellina ne reçoit pas de remplaçante directe sous le même nom. Autobianchi poursuit son développement avec des automobiles plus adaptées aux volumes de production du groupe Fiat, tout en conservant une identité fondée sur l’originalité technique et la distinction esthétique.
Cette orientation devient particulièrement visible avec l’Autobianchi A112, lancée en 1969. Cette petite citadine à traction avant ne descend pas directement de la Stellina, mais elle illustre une évolution de la stratégie du constructeur vers des voitures compactes distinctives, mieux adaptées aux attentes du marché européen.
Rareté, authenticité et entretien en collection
Avec seulement 502 exemplaires construits, l’Autobianchi Stellina appartient aujourd’hui à la catégorie des petites séries italiennes difficiles à rencontrer. Sa rareté ne repose pas sur une motorisation particulièrement puissante ou sur un palmarès sportif, mais sur une combinaison inhabituelle : carrosserie composite, mécanique Fiat populaire, dessin spécifique et production très limitée.
Pour un collectionneur, la première difficulté consiste à vérifier l’authenticité de l’automobile. Les numéros de châssis et de moteur, les documents d’immatriculation anciens et les catalogues correspondant à la période de fabrication permettent de déterminer la série et la conformité de l’exemplaire. Certaines voitures ont pu recevoir des pièces mécaniques remplacées au cours de leur existence, ce qui impose de distinguer les composants d’origine des modifications ultérieures.
La carrosserie nécessite une attention particulière. Contrairement à l’acier, le polyester renforcé de fibres de verre ne rouille pas, mais il peut présenter des fissures, des réparations anciennes, des déformations ou des défauts d’adhérence entre les différentes couches du matériau. Une peinture récente peut masquer ces imperfections. La qualité des réparations compte donc autant que l’apparence extérieure.
La structure métallique doit être examinée séparément. La résistance à la corrosion des panneaux composites ne protège pas les éléments porteurs en acier. Les zones de fixation de la carrosserie, les planchers, les ancrages des suspensions et les parties exposées aux infiltrations constituent des points de contrôle importants. Une Stellina extérieurement séduisante peut nécessiter des travaux structurels considérables.
La mécanique dérivée de la Fiat 600D représente un avantage pour l’entretien, grâce à sa conception simple et à l’existence d’un environnement de spécialistes des petites Fiat anciennes. Il faut néanmoins vérifier la compatibilité exacte des composants, notamment pour la Stellina 800. La parenté mécanique ne signifie pas que toutes les pièces soient interchangeables sans adaptation.
Les éléments spécifiques à la carrosserie sont potentiellement plus problématiques. Pare-brise, garnitures, accessoires chromés, mécanisme de capote, hard-top et pièces de finition propres au modèle peuvent être difficiles à retrouver. La présence d’équipements complets et conformes à l’origine constitue donc un critère important lors de l’examen d’un exemplaire.
La documentation d’époque reste particulièrement utile pour une restauration. Les catalogues italiens de 1964 et français de 1965 permettent notamment de comparer les détails extérieurs, les enjoliveurs, la présentation de l’habitacle et les équipements découvrables. Ils aident à éviter les reconstitutions fondées uniquement sur des photographies de voitures déjà restaurées.
Sur le marché de la collection, la faible fréquence des transactions empêche d’établir une cote aussi représentative que pour des modèles produits en grande série. Une estimation de vente publiée par Aste Bolaffi situait un exemplaire entre 18 000 et 22 000 euros, mais cette fourchette correspond à une voiture et à un contexte de vente particuliers. L’état réel, la provenance, la conformité mécanique et la qualité de la carrosserie demeurent déterminants pour apprécier chaque Stellina individuellement.
La conservation des pièces d’origine et des documents historiques présente enfin un intérêt particulier pour ce modèle. Les archives de fabrication étant moins accessibles que celles des grandes productions Fiat, un ancien certificat d’immatriculation, une facture de réparation ou un catalogue d’accessoires peut fournir des informations précieuses sur la configuration initiale d’une voiture et les transformations effectuées au cours de sa vie.
