DeLorean DMC-12

DeLorean DMC-12

La DeLorean DMC-12 est un coupé sportif à deux places produit en Irlande du Nord entre 1981 et 1982 par la DeLorean Motor Company. Reconnaissable à sa carrosserie en acier inoxydable brossé, ses portes papillon et sa silhouette anguleuse dessinée par Giorgetto Giugiaro, elle constitue l’unique modèle commercialisé en série par le constructeur fondé par John DeLorean. Équipée d’un moteur V6 PRV installé à l’arrière, cette voiture ambitieuse connaît une carrière industrielle particulièrement courte avant de devenir mondialement célèbre grâce à la trilogie cinématographique Retour vers le futur.

Malgré son apparence futuriste, la DMC-12 privilégie davantage le grand tourisme que les performances sportives pures. Son développement complexe, son prix élevé et les difficultés financières de son constructeur expliquent en grande partie son échec commercial initial. Son histoire reste indissociable des ambitions de l’industrie automobile américaine à la fin des années 1970 et de l’étonnante aventure industrielle menée à Dunmurry, près de Belfast.

Origines et développement de la DeLorean DMC-12

Le projet DeLorean prend forme au milieu des années 1970 sous l’impulsion de John Zachary DeLorean. Ancien dirigeant de General Motors, où il avait notamment participé au développement de Pontiac, il quitte le groupe américain en 1973 avec l’ambition de créer sa propre automobile. La DeLorean Motor Company est fondée en 1975 afin de commercialiser une voiture sportive originale, durable et technologiquement avancée.

L’appellation DMC-12 est traditionnellement associée à un prix de vente initialement envisagé autour de 12 000 dollars. John DeLorean souhaite proposer une automobile distinctive, dotée d’une carrosserie résistante à la corrosion et de dispositifs de sécurité modernes. Le projet doit également se démarquer des coupés sportifs conventionnels par son style et son architecture.

Le dessin est confié au styliste italien Giorgetto Giugiaro et à son entreprise Italdesign. Un premier prototype est présenté en 1976. Il possède déjà les principales caractéristiques esthétiques de la future voiture de série, notamment les portes papillon, le profil en coin et les panneaux métalliques apparents. Sa conception technique demeure cependant très différente de celle finalement retenue pour la production.

Les premières études envisagent plusieurs solutions mécaniques, dont une motorisation rotative. Les contraintes de développement conduisent progressivement à l’adoption du V6 PRV, un moteur issu de la coopération entre Peugeot, Renault et Volvo. Cette décision permet de disposer d’un groupe motopropulseur existant plutôt que de financer une mécanique entièrement nouvelle.

Le développement industriel connaît une transformation majeure lorsque Lotus intervient dans le programme. Sous l’autorité de Colin Chapman, les ingénieurs britanniques reprennent une grande partie de l’architecture technique afin de rendre le véhicule compatible avec les exigences de fabrication, de coût et d’homologation. Le châssis définitif s’inspire des principes employés sur la Lotus Esprit, sans être une simple reproduction de celui-ci.

Pour accueillir la production, une usine est construite à Dunmurry, dans l’agglomération de Belfast, avec le soutien financier des pouvoirs publics britanniques. Le choix de l’Irlande du Nord répond notamment à une politique de développement industriel et de création d’emplois. Cette implantation donne au projet une dimension économique et politique dépassant largement le cadre automobile.

Commercialisation de 1981 à 1982 et faillite du constructeur

La fabrication de la DeLorean DMC-12 commence au début de l’année 1981. Le premier exemplaire de série, portant le numéro de châssis VIN 500, est achevé le 18 janvier. John DeLorean découvre officiellement les premières voitures quelques jours plus tard, le 21 janvier. Les livraisons destinées au marché américain débutent au printemps, tandis que le modèle est également présenté en Europe.

La DMC-12 est principalement destinée aux États-Unis, où son constructeur espère séduire une clientèle attirée par les automobiles européennes de grand tourisme. Son positionnement commercial se révèle toutefois délicat. Alors que le projet initial évoquait un tarif beaucoup plus accessible, son prix de lancement atteint environ 25 000 à 26 000 dollars, soit un montant important pour l’époque.

Ce prix place la DeLorean face à des automobiles sportives déjà établies, disposant généralement de réseaux commerciaux et de services après-vente plus solides. Les performances modestes de son V6, les défauts de jeunesse des premiers exemplaires et les difficultés rencontrées dans la montée en cadence industrielle compliquent son lancement.

La production évolue rapidement pendant l’année 1981, mais les ventes ne suivent pas durablement les prévisions. Le ralentissement du marché automobile américain et l’accumulation des stocks fragilisent davantage l’entreprise. En 1982, la DeLorean Motor Company traverse une crise financière majeure qui aboutit à l’arrêt de son activité industrielle et à sa liquidation.

L’arrestation de John DeLorean en octobre 1982, dans une affaire de trafic de drogue dont il sera acquitté en 1984, contribue à la médiatisation de la disparition du constructeur. Toutefois, les difficultés économiques et commerciales de l’entreprise étaient déjà profondes avant cet événement.

La fabrication principale s’achève en 1982, mais certaines voitures sont commercialisées sous le millésime 1983 à partir de véhicules existants ou de stocks repris après la liquidation. Il n’existe donc pas de nouvelle génération de DMC-12 lancée en 1983. La carrière de la voiture d’origine couvre trois millésimes commerciaux, de 1981 à 1983, malgré une période de production particulièrement brève.

Design Giugiaro, carrosserie inox et portes papillon

La DeLorean DMC-12 se distingue immédiatement par son dessin signé Giorgetto Giugiaro. Sa silhouette très basse, son long pare-brise incliné et ses surfaces géométriques correspondent aux tendances stylistiques des années 1970. Les lignes tendues de la carrosserie lui donnent une apparence futuriste, renforcée par les éléments noirs contrastant avec le métal brut.

Sa particularité la plus visible réside dans l’utilisation de panneaux extérieurs en acier inoxydable brossé, généralement de type 304. Contrairement aux carrosseries traditionnelles, ces éléments ne reçoivent pas de peinture. Leur finition métallique constitue directement l’aspect extérieur de la voiture. Les panneaux sont fixés sur une structure composite renforcée de fibres de verre, elle-même associée à un châssis en acier.

Cette construction ne signifie pas que l’ensemble du véhicule est insensible à la corrosion. Si les panneaux inox résistent efficacement à l’oxydation, le châssis en acier demeure vulnérable lorsque son revêtement protecteur est endommagé. La carrosserie présente également des contraintes particulières de réparation, notamment lorsqu’un panneau subit une déformation importante.

Les deux portes papillon représentent l’autre signature visuelle de la DMC-12. Articulées au niveau du pavillon, elles s’ouvrent vers le haut grâce à un système combinant barres de torsion et vérins à gaz. Leur conception permet de limiter le dégagement latéral nécessaire à l’ouverture, malgré leur apparence spectaculaire.

La face avant possède quatre projecteurs rectangulaires fixes, intégrés dans un ensemble noir, ainsi qu’un bouclier enveloppant. À l’arrière, les feux rectangulaires, les persiennes recouvrant la lunette et les larges éléments de carrosserie noirs prolongent le style anguleux de l’ensemble. Les jantes en alliage présentent une particularité technique et esthétique : leur diamètre est plus petit à l’avant qu’à l’arrière.

L’habitacle adopte une présentation de grand tourisme avec deux sièges séparés par une console centrale, une instrumentation analogique et une sellerie en cuir. La climatisation, les vitres électriques, les rétroviseurs électriques et le verrouillage centralisé correspondent au positionnement relativement haut de gamme recherché par le constructeur. Les petites sections ouvrantes intégrées aux vitres latérales résultent directement de l’architecture particulière des portes.

Fiche technique de la DeLorean DMC-12

CaractéristiqueDeLorean DMC-12 de série
ConstructeurDeLorean Motor Company
Années de production1981 à 1982
Millésimes commercialisés1981, 1982 et 1983
Lieu de fabricationDunmurry, Irlande du Nord
CarrosserieCoupé 2 portes papillon, 2 places
ArchitectureMoteur arrière longitudinal, propulsion
MoteurV6 PRV atmosphérique à 90°
Cylindrée2 849 cm³
Distribution2 arbres à cames en tête, 12 soupapes
AlimentationInjection mécanique Bosch K-Jetronic
Puissance américaine130 hp SAE, environ 132 ch
Puissance européenne répertoriéeEnviron 145 ch DIN selon configuration
CoupleEnviron 207 à 211 Nm en configuration américaine
Régime de puissanceEnviron 5 500 tr/min
Boîte manuelle5 rapports
Boîte automatique3 rapports, optionnelle
TransmissionRoues arrière motrices
ChâssisChâssis-poutre en acier, développé avec Lotus
Structure de carrosserieComposite renforcé de fibres de verre
Panneaux extérieursAcier inoxydable brossé
Suspension avantIndépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreIndépendante, bras longitudinaux et transversaux, ressorts hélicoïdaux
AmortisseursTélescopiques
DirectionÀ crémaillère, sans assistance
FreinageDisques aux quatre roues, assistance hydraulique
Pneus avant195/60 HR14
Pneus arrière235/60 HR15
LongueurEnviron 4 267 mm
LargeurEnviron 1 850 mm
HauteurEnviron 1 140 mm
EmpattementEnviron 2 410 mm
Masse à videEnviron 1 233 à 1 245 kg selon configuration
Répartition des massesEnviron 35 % avant et 65 % arrière
Vitesse maximaleEnviron 190 à 210 km/h selon configuration et source
0 à 100 km/hEnviron 9,5 à 11 secondes selon configuration
RéservoirEnviron 51 litres
Consommation indicativeEnviron 10 à 15 L/100 km selon utilisation
Production totaleEnviron 9 000 exemplaires, estimation

Comportement routier et évolutions des millésimes

Malgré sa silhouette de voiture de sport, la DeLorean DMC-12 propose une expérience de conduite davantage orientée vers le grand tourisme. Son moteur V6 atmosphérique privilégie la souplesse et la progressivité plutôt que les accélérations spectaculaires. La puissance disponible apparaît relativement limitée au regard de la masse du véhicule et de son positionnement commercial.

L’implantation du moteur derrière l’essieu arrière influence directement le comportement routier. La forte proportion de masse reposant sur les roues arrière favorise la motricité, mais impose une mise au point attentive des suspensions et des pneumatiques. Le développement réalisé avec Lotus vise à obtenir un compromis entre stabilité, confort et tenue de route.

La direction à crémaillère non assistée et les quatre freins à disque correspondent à une architecture relativement classique pour une sportive de cette période. La boîte manuelle à cinq rapports permet de mieux exploiter le moteur, tandis que la transmission automatique à trois rapports répond davantage aux habitudes du marché américain.

Les différences entre les millésimes concernent principalement des améliorations de fabrication et des modifications de présentation. Les premières voitures de 1981 possèdent notamment un capot nervuré comportant une petite trappe extérieure permettant d’accéder au bouchon du réservoir. Cette disposition disparaît ensuite au profit d’un capot sans trappe, avant l’apparition d’une version à surface plus lisse.

Les équipements évoluent également au cours de la production. Les systèmes d’antenne radio changent, les autoradios Craig laissent progressivement place à d’autres équipements et les finitions intérieures se diversifient. La sellerie grise vient compléter la présentation noire initiale. Certaines modifications interviennent en cours de millésime, ce qui rend le numéro de châssis particulièrement utile pour identifier la configuration d’origine.

La mécanique principale reste inchangée pendant toute la carrière industrielle. La DMC-12 de série ne reçoit ni turbocompresseur, ni moteur plus puissant homologué en grande série. Les versions fortement préparées rencontrées aujourd’hui sont donc des transformations ultérieures ou des réalisations particulières, et non des déclinaisons sportives commercialisées par le constructeur historique.

Production, rareté et place de la DMC-12 en collection

La production totale de la DeLorean DMC-12 est généralement estimée à environ 9 000 exemplaires. Les chiffres publiés diffèrent toutefois selon les méthodes de comptage, avec notamment des totaux de 8 583 ou 8 742 voitures. Ces écarts s’expliquent en partie par les stocks, les véhicules achevés après l’arrêt de l’activité principale et les particularités de numérotation des derniers millésimes.

La voiture connaît plusieurs variantes de présentation, mais aucune véritable déclinaison de carrosserie produite en série. Les différences les plus significatives concernent la boîte de vitesses, la couleur de l’habitacle et les détails de finition. Quelques exemplaires à carrosserie dorée ont également été réalisés, notamment dans le cadre d’opérations promotionnelles, sans constituer une gamme régulière.

Sur le marché de la collection, l’état du châssis représente l’un des critères d’évaluation les plus importants. Son revêtement protecteur peut masquer une corrosion avancée, particulièrement sur les voitures ayant circulé dans des régions humides ou exposées au sel. L’état du circuit de refroidissement, de l’injection Bosch et des composants électriques mérite également une attention particulière.

Les portes papillon demandent un entretien spécifique de leurs vérins, articulations et dispositifs de compensation. Les panneaux en inox nécessitent quant à eux des méthodes de réparation adaptées pour conserver leur finition brossée. Une restauration approximative peut laisser des différences de texture visibles entre les éléments de carrosserie.

La disponibilité des pièces constitue un aspect particulier de la possession d’une DMC-12. Après la disparition du constructeur historique, une partie des stocks de composants et des équipements de production a été conservée puis reprise par des entreprises spécialisées. Cette situation a contribué au maintien d’un réseau de fournisseurs et de restaurateurs capables d’entretenir les exemplaires survivants.

La DeLorean DMC-12 dans Retour vers le futur et la culture automobile

La célébrité internationale de la DeLorean DMC-12 est indissociable du film Retour vers le futur, réalisé par Robert Zemeckis et sorti en 1985. Dans cette œuvre, le scientifique Emmett Brown, interprété par Christopher Lloyd, transforme une DeLorean en machine à voyager dans le temps. Le véhicule devient l’un des objets les plus reconnaissables de l’histoire du cinéma populaire.

Le choix de la DMC-12 repose notamment sur son apparence futuriste et ses portes papillon, qui contribuent à lui donner l’allure d’un engin technologique inhabituel. Les véhicules utilisés pour les tournages reçoivent de nombreux accessoires spécifiques, dont les circuits extérieurs, les équipements lumineux et les dispositifs fictifs liés au voyage temporel. Ces modifications ne correspondent à aucune option proposée sur la voiture de série.

Le succès du premier film, puis des deux suites sorties en 1989 et 1990, transforme profondément l’image de la DeLorean. Initialement associée à un échec industriel et commercial, elle devient progressivement un symbole de la culture populaire des années 1980. Sa reconnaissance dépasse largement celle des autres coupés sportifs produits à la même époque.

Cette notoriété contribue à entretenir l’intérêt des collectionneurs, des restaurateurs et des passionnés d’automobiles atypiques. Certains propriétaires conservent leur voiture dans sa configuration d’origine, tandis que d’autres réalisent des répliques de la machine temporelle du cinéma. Les deux approches correspondent à des usages différents et peuvent influencer fortement la valeur d’un exemplaire.

La silhouette de la DMC-12 continue également d’inspirer les projets automobiles associés au nom DeLorean. Présentée en 2022, la DeLorean Alpha5 reprend notamment le principe des portes papillon dans une interprétation contemporaine de grand tourisme électrique. Elle ne constitue cependant pas une nouvelle génération technique de la DMC-12, mais un projet distinct exploitant certains éléments de son identité visuelle.

Parmi les exemplaires historiques conservés, la première DeLorean de série, identifiée par le VIN 500, occupe une place particulière. Ce véhicule est aujourd’hui associé aux collections du Crawford Auto-Aviation Museum de Cleveland, dans l’Ohio. Sa conservation permet de documenter les caractéristiques des premières voitures fabriquées à Dunmurry, avant les nombreuses modifications introduites pendant la courte carrière industrielle du modèle.

Marque De Lorean

Année de sortie 1981

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