Présentée dans sa forme de série en 2002, la Ford Streetka transpose l’univers de la petite Ka dans un véritable roadster biplace. Sa silhouette compacte, sa capote entièrement escamotable et ses ailes fortement marquées lui donnent une personnalité distincte de la citadine dont elle est issue. Commercialisée à partir de 2003, elle reçoit un unique moteur essence 1,6 litre de 95 ch associé à une boîte manuelle à cinq rapports.
La Streetka occupe une place inhabituelle dans l’histoire récente de Ford Europe. Plutôt que de simplement retirer le toit d’une Ford Ka, le constructeur développe une carrosserie et une structure adaptées au roadster, puis confie l’industrialisation à Pininfarina en Italie. Cette formule explique à la fois son style particulier, son faible volume de production et sa carrière relativement courte.
Du concept StreetKa au roadster de série
L’histoire commence au Salon de Turin en 2000. Ghia, le studio turinois alors propriété de Ford, y dévoile un concept baptisé StreetKa. Le projet reprend les codes stylistiques de la Ka, notamment les surfaces tendues et les formes géométriques caractéristiques du langage New Edge, mais les applique à un petit roadster deux places. David Wilkie est cité comme designer du concept.
L’accueil favorable réservé au prototype convainc Ford d’en préparer une déclinaison commercialisable. La décision est prise en 2001 et le passage du concept à la série s’effectue en coopération avec Industrie Pininfarina. Le modèle définitif est dévoilé au Mondial de l’Automobile de Paris en 2002, avant son arrivée sur le marché européen en 2003. Cette chronologie permet d’éviter une confusion fréquente : la StreetKa de 2000 est un concept-car, tandis que la voiture de production apparaît en 2002.
Ford accompagne ce lancement d’une campagne particulièrement visible avec Kylie Minogue. La chanteuse participe à la présentation parisienne du modèle et devient l’un des visages de sa communication européenne. Ce positionnement donne à la Streetka une image davantage tournée vers le style et le plaisir que vers la polyvalence d’une citadine traditionnelle.
Un design de Ka profondément transformé
La parenté avec la Ka reste évidente dans le dessin des ailes et dans certaines proportions, mais la Streetka possède une carrosserie largement spécifique. Elle mesure seulement 3,65 m de long et adopte une poupe très arrondie, des passages de roues prononcés et une ligne nettement plus basse. Deux arceaux prennent place derrière les sièges. Avec ses grandes roues de 16 pouces et ses voies généreuses pour son gabarit, elle paraît sensiblement plus posée sur la route que la Ka classique.
L’habitacle est strictement biplace. La capote textile fonctionne manuellement et disparaît entièrement derrière les occupants lorsqu’elle est repliée, préservant ainsi la silhouette du roadster. Un hard-top amovible figurait également parmi les équipements proposés. Le coffre conserve une capacité d’environ 214 litres, valeur intéressante pour une automobile aussi courte et conçue autour de deux places seulement.
La transformation ne se limite pas à la carrosserie. L’absence de pavillon impose une structure renforcée et spécifiquement adaptée. Ford présente donc la Streetka comme un véritable modèle dérivé plutôt que comme une simple conversion de Ka. La direction, les trains roulants et le freinage sont également adaptés à sa vocation plus dynamique.
Un 1.6 de 95 ch pour une mécanique volontairement simple
La gamme européenne repose sur une formule mécanique unique. Le quatre cylindres essence atmosphérique Duratec de 1 597 cm3 développe 95 ch à 5 500 tr/min et 135 Nm à 4 250 tr/min. Il entraîne les roues avant par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à cinq rapports. Ford ne cherche donc ni la sophistication mécanique ni la puissance élevée : la Streetka mise surtout sur son faible encombrement, son châssis et la conduite à ciel ouvert.
Le 0 à 100 km/h demande 12,1 secondes et la vitesse maximale atteint 173 km/h. Ces performances replacent clairement le modèle parmi les petits roadsters accessibles plutôt que parmi les sportives. La consommation mixte homologuée d’époque s’établit autour de 7,9 l/100 km, avec un écart important entre circulation urbaine et extra-urbaine.
Les trains roulants associent des jambes McPherson à l’avant à un essieu arrière à poutre de torsion. La direction à crémaillère est assistée et le freinage fait appel à des disques ventilés à l’avant et à des tambours à l’arrière, avec ABS. Les pneumatiques 195/45 R16 participent à la présentation plus sportive du roadster. Cette orientation rapproche techniquement la Streetka de la SportKa, version dynamique et fermée développée autour du même univers mécanique.
Fiche technique de la Ford Streetka
| Caractéristique | Ford Streetka |
|---|---|
| Type | Roadster 2 portes, 2 places |
| Période de production | 2003 à 2005 |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne essence atmosphérique |
| Distribution | Simple arbre à cames en tête, 8 soupapes |
| Cylindrée | 1 597 cm3 |
| Alésage x course | Environ 82,1 x 75,5 mm |
| Rapport volumétrique | 9,5:1 |
| Alimentation | Injection |
| Puissance maximale | 95 ch, 70 kW à 5 500 tr/min |
| Couple maximal | 135 Nm à 4 250 tr/min |
| Implantation | Moteur transversal avant |
| Transmission | Traction avant |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Monocoque en acier renforcée |
| Suspension avant | Jambes McPherson, bras en L, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Essieu à poutre de torsion |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins avant | Disques ventilés |
| Freins arrière | Tambours |
| ABS | Oui |
| Pneumatiques | 195/45 R16 |
| Longueur | 3 650 mm |
| Largeur | Environ 1 695 mm |
| Hauteur | Environ 1 335 à 1 340 mm |
| Empattement | 2 448 mm |
| Voie avant | Environ 1 417 mm |
| Voie arrière | Environ 1 452 mm |
| Poids à vide | Environ 1 060 kg selon les spécifications d’époque |
| Vitesse maximale | 173 km/h |
| 0 à 100 km/h | 12,1 s |
| Consommation urbaine | 10,6 l/100 km |
| Consommation extra-urbaine | 6,4 l/100 km |
| Consommation mixte | 7,9 l/100 km |
| Volume du coffre | Environ 214 litres |
| Puissance fiscale en France | 7 CV |
Une fabrication confiée à Pininfarina en Italie
La Streetka présente aussi la particularité de ne pas suivre le circuit industriel habituel des petites Ford européennes. Sa production en petite série est confiée à Pininfarina en Italie. Le carrossier participe à l’ingénierie nécessaire au passage du concept à une automobile industrialisée, tandis que Ford conserve la responsabilité globale du modèle. Attribuer entièrement le dessin de la Streetka à Pininfarina serait donc inexact : le concept naît chez Ghia, puis le projet de série est développé avec l’industriel italien.
Environ 37 000 Streetka sont produites durant cette courte carrière. Ce chiffre reste très éloigné des volumes des citadines Ford contemporaines, comme la Ford Fiesta 5. La Streetka est précisément conçue comme un modèle de niche, avec les contraintes industrielles propres à une carrosserie spécifique et à un assemblage en petite série.
En France, son tarif est relevé à 18 900 euros au printemps 2003, auquel pouvait notamment s’ajouter le hard-top. Le prix la plaçait nettement au-dessus d’une petite citadine classique, ce qui reflétait autant son positionnement de roadster que son mode de production particulier.
Une carrière courte au sein des Ford plaisir
La Streetka arrive dans une gamme où Ford possède déjà plusieurs modèles cherchant à dépasser leur fonction strictement utilitaire. Quelques années auparavant, la Ford Puma avait appliqué une logique comparable en transformant une base de petite voiture en coupé compact. La Streetka pousse cependant le principe plus loin avec deux places seulement, une carrosserie ouverte et une production externalisée.
Sa carrière industrielle s’achève en 2005, même si certaines bases françaises répertorient encore des exemplaires commercialisés jusqu’au début de 2006. Elle ne connaît ni seconde génération ni remplaçante directe. La Streetka reste ainsi liée à la première Ka et à cette période précise du design Ford, au lieu de devenir une famille de modèles autonome.
Son volume de production limité ne suffit pas, à lui seul, à établir une valeur de collection précise. Il permet en revanche de mesurer le caractère atypique du programme : avec environ 37 000 voitures assemblées, une seule motorisation et seulement quelques années de fabrication, la Streetka demeure l’un des dérivés les plus spécialisés de la gamme européenne Ford du début des années 2000.




