La Humber Hawk est une berline britannique produite de 1945 à 1967 par Humber, marque appartenant au groupe Rootes. Lancée immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, elle se distingue par sa construction traditionnelle, son moteur quatre cylindres et sa présentation soignée. Au fil de sa carrière, elle évolue d’une automobile héritée des années 1930 vers une berline moderne à carrosserie monocoque, proposée également en version break.
La Hawk occupe une place particulière dans l’histoire automobile britannique. Son nom traverse deux grandes familles techniques et de nombreuses évolutions, désignées successivement Mark I à VIA, puis Series I à IVA. Derrière une appellation inchangée se trouvent donc des voitures sensiblement différentes, tant par leur silhouette que par leur conception mécanique.
Humber Hawk : les origines d’une berline britannique d’après-guerre
En 1945, l’industrie automobile britannique reprend progressivement sa production civile. Comme plusieurs constructeurs de l’époque, Humber privilégie une solution industrielle éprouvée plutôt que le développement immédiat d’un modèle entièrement nouveau. La Hawk reprend ainsi une partie de l’architecture de la Hillman 14 d’avant-guerre, autre automobile issue de l’environnement industriel Rootes.
La première Humber Hawk, appelée Mark I, conserve une carrosserie quatre portes aux formes traditionnelles. Son long capot, ses ailes séparées, ses phares ronds indépendants et sa calandre verticale rappellent les grandes berlines britanniques des années 1930. La présentation intérieure et les finitions correspondent cependant au positionnement plus valorisant de Humber.
La voiture adopte une architecture classique avec moteur longitudinal avant, transmission aux roues arrière et châssis séparé. Son quatre cylindres de 1 944 cm³ à soupapes latérales développe environ 56 bhp, soit près de 57 chevaux métriques. Cette mécanique privilégie une utilisation routière tranquille plutôt que des performances élevées.
La Hawk se positionne sous les grandes Humber à moteur six cylindres, notamment la Super Snipe. Cette distinction est essentielle : malgré certaines ressemblances esthétiques et une appartenance commune au groupe Rootes, les deux modèles ne possèdent pas systématiquement les mêmes motorisations ni les mêmes caractéristiques techniques.
La Mark I est suivie dès 1947 par la Mark II. Cette évolution conserve l’essentiel de son apparence mais reçoit des modifications de transmission et de commande de boîte. Elle illustre la politique de développement progressif du constructeur, qui améliore régulièrement sa berline sans renouveler immédiatement toute sa conception.
De la Mark III à la Mark VIA : une évolution mécanique progressive
En 1948, la Humber Hawk Mark III marque une première étape importante. Sa carrosserie est modernisée et ses lignes deviennent plus intégrées, tout en conservant les proportions d’une berline traditionnelle. Les ailes restent visibles, mais le dessin s’éloigne progressivement de celui de la première Hawk.
La Mark IV, introduite en 1950, apporte une évolution mécanique majeure avec l’adoption d’un quatre cylindres de 2 267 cm³. L’augmentation de cylindrée vise à améliorer les capacités routières d’une automobile relativement lourde. Le moteur conserve toutefois une distribution à soupapes latérales, caractéristique de la conception initiale.
La Mark V apparaît en 1952 avec des modifications de présentation et d’équipement. Humber poursuit alors une stratégie de modernisation régulière plutôt que de rupture technique. Cette continuité facilite le maintien d’une gamme connue, mais explique également pourquoi plusieurs versions successives présentent des silhouettes très proches.
La véritable transformation mécanique intervient avec la Mark VI de 1954. Le moteur de 2 267 cm³ reçoit une distribution à soupapes en tête, plus favorable à la circulation des gaz dans les cylindres que l’ancienne disposition latérale. Cette évolution améliore le potentiel de rendement du quatre cylindres sans nécessiter un changement complet d’architecture.
La Mark VIA, apparue en 1956, constitue la dernière étape de cette première famille. Elle bénéficie de modifications de finition et d’équipement avant le remplacement de la carrosserie traditionnelle.
Durant cette période, Humber développe également des déclinaisons adaptées à différents usages. La carrosserie break, connue sous l’appellation Estate, permet de disposer d’un volume de chargement plus important tout en conservant les qualités routières et la présentation d’une voiture particulière.
Ces évolutions successives montrent que les désignations Mark ne correspondent pas toutes à des générations entièrement nouvelles. Le passage de la Mark IV à la Mark VI représente notamment une transformation de la motorisation, tandis que le changement intervenu en 1957 concerne beaucoup plus profondément la structure et le dessin de la voiture.
La Humber Hawk de 1957 : une nouvelle génération à carrosserie monocoque
En 1957, Humber présente une Hawk profondément renouvelée, désignée Series I. Cette génération abandonne l’apparence traditionnelle des modèles précédents au profit d’une silhouette plus basse, plus large et plus moderne. Les ailes sont désormais intégrées à la carrosserie, les surfaces vitrées sont agrandies et les lignes générales correspondent davantage aux tendances automobiles de la fin des années 1950.
Le changement ne se limite pas à l’esthétique. La nouvelle Hawk adopte une structure monocoque en acier, contrairement aux anciennes versions construites autour d’un châssis séparé. Dans une monocoque, la carrosserie participe directement à la résistance de l’ensemble. Cette solution modifie la répartition des efforts, l’organisation des éléments mécaniques et les possibilités d’aménagement intérieur.
La suspension avant repose sur des roues indépendantes avec ressorts hélicoïdaux, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide guidé par des ressorts à lames. Cette combinaison associe une conception avant plus moderne à une architecture arrière robuste, particulièrement adaptée à une berline familiale pouvant également être déclinée en break.
Le moteur demeure un quatre cylindres de 2 267 cm³ à soupapes en tête. La transmission reste une propulsion, avec une boîte manuelle et, suivant les versions et les marchés, des équipements de transmission supplémentaires. La continuité mécanique permet à Humber de conserver un ensemble connu tout en renouvelant considérablement l’automobile qui l’entoure.
Cette génération constitue donc une rupture plus importante que ne le laisse supposer son nom. Une Hawk Mark VI de 1954 et une Hawk Series I de 1957 partagent une identité commerciale et une cylindrée proche, mais ne doivent pas être considérées comme deux simples finitions d’une même voiture.
La Series IA succède à la Series I en 1959, puis la Series II apparaît en 1960. Les évolutions concernent notamment la présentation, les équipements et le freinage, avec l’introduction de freins à disque à l’avant sur les versions ultérieures. Cette amélioration est particulièrement pertinente pour une voiture familiale lourde, car les disques dissipent généralement mieux la chaleur lors des freinages répétés que des tambours de conception comparable.
La Series III, introduite en 1962, puis la Series IV de 1964 poursuivent cette modernisation. La dernière variante, Series IVA, apparaît en 1966. La production de la lignée s’achève à la fin des années 1960, après plus de vingt ans de présence dans la gamme Humber.
Fiche technique de la Humber Hawk
| Caractéristique | Humber Hawk Mark I (1945) | Humber Hawk Series I (1957) |
|---|---|---|
| Constructeur | Humber, groupe Rootes | Humber, groupe Rootes |
| Production | 1945-1947 | 1957-1959 |
| Carrosserie | Berline 4 portes | Berline 4 portes, break Estate |
| Moteur | 4 cylindres en ligne essence | 4 cylindres en ligne essence |
| Cylindrée | 1 944 cm³ | 2 267 cm³ |
| Distribution | Soupapes latérales | Soupapes en tête |
| Alimentation | Carburateur | Carburateur |
| Puissance | Environ 56 bhp | Environ 73 à 78 bhp suivant spécification |
| Couple | Environ 130 Nm | Environ 163 Nm |
| Implantation moteur | Longitudinale avant | Longitudinale avant |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports | Manuelle, avec variantes selon équipement |
| Structure | Châssis séparé | Monocoque en acier |
| Suspension avant | Indépendante, ressort à lames transversal | Indépendante, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames | Essieu rigide, ressorts à lames |
| Direction | Mécanique | Mécanique |
| Freinage | Tambours avant et arrière | Tambours avant et arrière |
| Pneumatiques | 5.75-16, monte historique recensée | Selon version et marché |
| Longueur | Environ 4,57 m | Environ 4,70 m |
| Largeur | Environ 1,75 m | Environ 1,78 m |
| Hauteur | Environ 1,67 m | Environ 1,52 m |
| Empattement | Environ 2,90 m | Environ 2,74 m |
| Poids | Environ 1 380 à 1 430 kg | Variable selon carrosserie et équipement |
| Vitesse maximale | Environ 105 km/h | Environ 135 km/h |
| Carburant | Essence | Essence |
Berline ou break : deux usages pour la Humber Hawk
La berline quatre portes constitue la carrosserie de référence de la Humber Hawk. Son habitacle est conçu pour accueillir une famille ou plusieurs adultes dans un environnement relativement confortable. La position de conduite élevée des premières versions, leurs grandes portes et leur habitacle traditionnel correspondent aux habitudes automobiles britanniques de l’immédiat après-guerre.
Les premières Hawk privilégient une conduite souple et régulière. Leur moteur à soupapes latérales, leur boîte manuelle et leurs freins à tambour correspondent aux standards de leur époque. Les performances relativement modestes rendent les longs trajets plus dépendants de l’anticipation, particulièrement lorsque la voiture est chargée.
La génération de 1957 apporte une expérience différente. Sa carrosserie plus moderne, ses suspensions avant indépendantes à ressorts hélicoïdaux et son moteur à soupapes en tête contribuent à une meilleure adaptation aux déplacements routiers des années 1960. Elle reste néanmoins une automobile de conception classique, avec propulsion et essieu arrière rigide.
La version Estate présente un intérêt particulier dans la gamme. Sa carrosserie allongée vers l’arrière permet de transporter des bagages ou du matériel plus volumineux qu’une berline traditionnelle. Le hayon et l’espace de chargement en font une voiture adaptée aux déplacements familiaux, aux activités professionnelles et à certains services administratifs.
Le break conserve cependant une mécanique proche de celle de la berline. Son intérêt principal réside dans la polyvalence de sa carrosserie plutôt que dans une augmentation des performances. Les différences de poids et de répartition des charges doivent également être prises en compte pour comprendre son comportement routier.
Les Hawk de dernière génération bénéficient d’améliorations de freinage et d’équipement, ce qui les distingue sensiblement des modèles de 1945. Pour comprendre leur évolution, il est donc plus utile de comparer les architectures et les équipements réels que de se fier uniquement à la puissance annoncée.
Production, diffusion et place dans la gamme Rootes
La Humber Hawk connaît une carrière relativement longue, répartie entre deux grandes familles industrielles. Les données historiques recensent 57 282 exemplaires pour les versions Mark I à VIA et 41 191 pour les Series I à IVA, soit un total de 98 473 voitures dans ces deux ensembles.
Ces volumes montrent que la Hawk n’était pas uniquement une automobile de prestige produite à très petite échelle. Elle constituait une composante régulière de l’offre Humber, destinée à une clientèle recherchant une voiture de tourisme confortable, de présentation sérieuse et capable de remplir différents usages.
La production britannique s’inscrit notamment dans l’activité industrielle de Rootes autour de Coventry et de Ryton-on-Dunsmore. Des véhicules ont également été destinés à l’exportation, parfois sous forme de collections de pièces à assembler localement, désignées CKD. Cette organisation explique l’existence de différences entre certains exemplaires selon leur marché de destination.
Les numéros de châssis constituent un élément essentiel pour identifier une Hawk ancienne. Les registres historiques distinguent les séries britanniques, les véhicules exportés avec conduite à droite ou à gauche et certaines fabrications particulières. Une année d’immatriculation ne suffit donc pas toujours à déterminer précisément la version, surtout lorsqu’une voiture a été exportée ou immatriculée tardivement.
La Hawk conserve sa place dans la gamme jusqu’aux années 1960, aux côtés d’autres modèles Humber et des différentes marques du groupe Rootes. La Humber Sceptre, apparue en 1963, représente une autre proposition de berline sous la même marque, mais appartient à une famille technique différente. Elle ne constitue pas le successeur direct de la Hawk.
La disparition de cette dernière intervient dans un contexte de rationalisation des gammes britanniques du groupe Rootes. Son nom cesse d’être commercialisé sur une automobile neuve, sans qu’une nouvelle génération Hawk soit lancée pour prolonger directement la lignée.
Reconnaître et identifier une Humber Hawk de collection
Pour identifier une Humber Hawk, la première étape consiste à déterminer sa famille de carrosserie. Les Mark I et II conservent les formes arrondies caractéristiques des années 1940, avec des ailes très apparentes et une calandre verticale. La Mark III et les versions suivantes adoptent progressivement une silhouette plus intégrée, mais restent visuellement distinctes des Series lancées en 1957.
Les Hawk Series I à IVA possèdent une carrosserie beaucoup plus basse et plus large, avec un pare-brise panoramique et des lignes plus horizontales. Leur apparence peut rappeler certaines Humber Super Snipe contemporaines. L’identification doit alors s’appuyer sur la motorisation, les détails de carrosserie, les insignes et les références de châssis, plutôt que sur une simple ressemblance extérieure.
La distinction entre Mark IV et Series IV mérite une attention particulière. La première apparaît en 1950 avec une carrosserie traditionnelle et un moteur à soupapes latérales de plus forte cylindrée. La seconde appartient à la génération monocoque des années 1960. Malgré leur numéro identique, elles ne sont ni de la même époque ni de la même conception.
Sur un exemplaire de collection, l’identification précise permet également de choisir des pièces mécaniques adaptées. Les différences de moteur, de suspension, de freinage et de transmission entre générations peuvent rendre certaines pièces incompatibles, même lorsque les véhicules portent tous le nom Humber Hawk.
L’examen d’une voiture ancienne doit aussi tenir compte de sa structure. Sur les premières Hawk, l’état du châssis séparé et de ses points de fixation est déterminant. Sur les modèles monocoques, la corrosion des bas de caisse, des planchers et des éléments structurels mérite une attention particulière, car la carrosserie assure directement une partie de la rigidité de l’ensemble.
Les exemplaires Estate nécessitent en outre un contrôle de la partie arrière, notamment des ouvrants, du plancher de chargement et des éléments spécifiques à cette carrosserie. Leur disponibilité en pièces peut différer de celle des berlines, puisque certaines pièces de carrosserie ne sont pas interchangeables.
Enfin, les registres de châssis et les documents d’origine restent les moyens les plus fiables pour établir le millésime, la version et la configuration initiale d’une Humber Hawk. Ils permettent notamment de distinguer une voiture conservée dans ses spécifications d’époque d’un exemplaire ayant reçu, au cours de sa vie, des éléments provenant d’une autre version.
