L’INEOS Fusilier est un projet de 4×4 électrifié présenté le 23 février 2024 par le constructeur britannique INEOS Automotive. Plus compact que le Grenadier, il devait associer les aptitudes d’un véritable véhicule tout-terrain à une propulsion électrique, avec deux architectures envisagées : une version entièrement électrique et une variante équipée d’un prolongateur d’autonomie à essence. Son développement a toutefois été suspendu en 2024, avant qu’une nouvelle perspective de lancement autour de 2028 soit évoquée en 2026.
Le Fusilier occupe une place particulière dans l’histoire encore récente d’INEOS Automotive. Contrairement au Grenadier, conçu autour d’une mécanique thermique traditionnelle et d’une architecture de franchisseur, il devait inaugurer une approche plus moderne de la mobilité tout-terrain. Son dessin a été officiellement dévoilé, mais ses caractéristiques définitives, son prix et son calendrier commercial restent à établir.
Origines et développement de l’INEOS Fusilier
L’histoire du Fusilier s’inscrit dans la diversification d’INEOS Automotive, entreprise fondée en 2017 à l’initiative de Jim Ratcliffe. Après avoir développé le Grenadier, un 4×4 robuste inspiré des principes classiques du tout-terrain, le constructeur a étendu son offre avec le Quartermaster, une déclinaison pick-up. Le Fusilier devait constituer une nouvelle étape, en introduisant une gamme de véhicules électrifiés sans abandonner les ambitions de franchissement de la marque.
Le projet répondait à deux objectifs complémentaires. Le premier consistait à proposer un véhicule moins encombrant que le Grenadier, plus adapté aux déplacements quotidiens et aux environnements où les dimensions d’un grand 4×4 deviennent contraignantes. Le second visait à développer une solution de propulsion permettant de réduire la dépendance aux motorisations thermiques classiques, tout en conservant une autonomie compatible avec les déplacements éloignés des infrastructures de recharge.
INEOS s’est associé à Magna, groupe industriel disposant d’une expérience importante dans le développement et la fabrication automobile. Le programme initial prévoyait une production chez Magna Steyr, à Graz, en Autriche. Ce choix permettait au constructeur britannique de s’appuyer sur un partenaire déjà implanté dans l’industrie automobile, plutôt que de créer immédiatement une nouvelle installation industrielle.
Le Fusilier a été dévoilé à Londres le 23 février 2024, en présence notamment de Jim Ratcliffe, du designer Toby Ecuyer et du présentateur automobile Richard Hammond. Le véhicule présenté affichait une carrosserie proche de celle d’un modèle de production, mais ne constituait pas une version commercialement homologuée. INEOS annonçait alors une phase de développement et de validation, notamment sur le mont Schöckl, près de Graz, connu pour ses parcours tout-terrain exigeants.
La stratégie a ensuite évolué. En juillet 2024, le programme a été reporté dans un contexte de ralentissement de la demande de véhicules électriques sur certains marchés et d’incertitudes économiques. Le bilan annuel 2024 du groupe INEOS a confirmé la suspension du développement, sans fixer de nouvelle date de commercialisation.
En mai 2026, la directrice générale d’INEOS Automotive, Lynn Calder, a évoqué la possibilité d’une arrivée autour de 2028. Cette nouvelle orientation s’accompagnait d’une réflexion sur le partage de technologies et de plateformes avec des partenaires industriels. Il ne s’agissait donc pas simplement de repousser la fabrication du véhicule initial : certains choix techniques et industriels du programme présenté en 2024 pouvaient également être réexaminés.
Un design de 4×4 traditionnel adapté à une architecture électrique
Le Fusilier reprend plusieurs éléments caractéristiques de l’identité visuelle d’INEOS, tout en adoptant des proportions différentes de celles du Grenadier. Sa carrosserie conserve une silhouette anguleuse, un capot relativement horizontal, des surfaces vitrées généreuses et un arrière presque vertical. Ces choix privilégient une apparence fonctionnelle, éloignée des lignes très arrondies de nombreux SUV électriques contemporains.
La face avant constitue l’un de ses signes distinctifs les plus visibles. Elle comporte quatre éléments lumineux circulaires, dont deux grands projecteurs extérieurs, intégrés à une calandre horizontale sombre. Le bouclier reçoit des éléments verticaux de finition métallisée et une partie inférieure largement ouverte. L’inscription Fusilier apparaît à l’avant du capot, tandis que les passages de roues marqués renforcent l’impression de robustesse.
De profil, le véhicule se reconnaît à ses cinq portes, à sa ceinture de caisse relativement droite et à son pavillon presque plat. Les montants de carrosserie sont bien visibles, les surfaces latérales restent peu sculptées et les protections inférieures soulignent sa vocation tout-terrain. Les véhicules de présentation disposent également de pneumatiques à sculpture prononcée, cohérents avec l’usage envisagé.
Le dessin du Fusilier a été développé sous la direction stylistique de Toby Ecuyer, responsable du design d’INEOS. Il ne s’agit pas d’une simple réduction du Grenadier : les proportions de la face avant, la forme des ailes et le traitement des boucliers donnent au modèle une identité propre.
Sur le plan structurel, le projet de 2024 reposait sur une plateforme spécifique de type skateboard, une architecture permettant d’intégrer les principaux composants électriques dans la partie inférieure du véhicule. INEOS annonçait une structure en acier associée à des portes et ouvrants en aluminium. Cette combinaison devait répondre aux exigences de robustesse et de maîtrise du poids, deux préoccupations importantes pour un 4×4 électrique.
L’utilisation d’une plateforme dédiée représentait une différence fondamentale avec le Grenadier thermique. Elle permettait de concevoir l’implantation des batteries et des composants de propulsion dès le début du développement, plutôt que de les adapter à une structure initialement prévue pour un moteur à combustion. En revanche, une telle architecture ne garantit pas à elle seule de bonnes capacités de franchissement : la garde au sol réelle, la protection des batteries, les débattements de suspension et la géométrie des soubassements restent déterminants.
Deux motorisations envisagées : électrique et prolongateur d’autonomie
La particularité technique du Fusilier présenté en 2024 résidait dans l’annonce de deux solutions de propulsion distinctes. La première était une version entièrement électrique à batterie, destinée à fonctionner exclusivement avec l’énergie stockée à bord. La seconde devait utiliser une propulsion électrique complétée par un petit moteur essence servant de générateur.
Dans la version électrique classique, l’énergie nécessaire au déplacement provient de la batterie, rechargée depuis une source extérieure. Cette solution présente l’avantage de ne produire aucune émission à l’échappement pendant la conduite. Elle implique cependant d’organiser les déplacements en fonction de l’autonomie disponible et des possibilités de recharge, particulièrement lors de voyages dans des régions isolées.
Le poids du véhicule, les pneumatiques tout-terrain, la vitesse et les conditions de circulation peuvent influencer sensiblement la consommation électrique. En conduite hors route, les fortes pentes, les terrains meubles et les déplacements à faible vitesse sollicitent également la chaîne de traction. Sans données de consommation homologuées ni capacité de batterie définitive, il n’est pas possible d’établir une autonomie réaliste du Fusilier pour ces différents usages.
La seconde architecture, dite électrique à prolongateur d’autonomie, devait apporter une réponse à cette contrainte. Le moteur essence n’était pas destiné à entraîner directement les roues. Son rôle consistait à actionner un générateur électrique afin de fournir de l’énergie lorsque la charge de la batterie devenait insuffisante ou lorsque l’accès à une borne était impossible.
Cette distinction est importante. Dans un véhicule hybride rechargeable classique, le moteur thermique peut généralement participer directement à la propulsion selon l’architecture retenue. Dans le système annoncé pour le Fusilier, la traction devait rester électrique, le moteur essence intervenant comme source complémentaire d’énergie.
Pour un conducteur effectuant principalement des trajets courts avec une possibilité de recharge régulière, une version entièrement électrique pourrait répondre aux besoins sans consommation de carburant. Pour les déplacements prolongés dans des zones où les bornes sont rares, le prolongateur d’autonomie offrirait une solution supplémentaire, sous réserve de disposer de carburant.
Cette architecture ne supprimerait toutefois pas les contraintes énergétiques. La consommation d’essence dépendrait notamment du rendement du générateur, de la puissance demandée et de la capacité du système à maintenir la charge de la batterie. Sur des parcours exigeants, l’énergie consommée pourrait dépasser temporairement celle fournie par le générateur. Les caractéristiques définitives du système seraient donc essentielles pour apprécier son intérêt réel en tout-terrain.
Lors de la présentation initiale, INEOS n’a pas publié de fiche d’homologation complète précisant la puissance des moteurs électriques, la capacité des batteries ou l’autonomie des deux versions. Les chiffres d’autonomie et de dimensions avancés dans certains articles de presse à cette époque correspondent à des informations préliminaires, et non à des caractéristiques commerciales définitives.
Fiche technique de l’INEOS Fusilier
| Caractéristique | INEOS Fusilier, projet présenté en 2024 |
|---|---|
| Constructeur | INEOS Automotive |
| Première présentation | 23 février 2024 |
| Catégorie | 4×4 électrifié à cinq portes |
| Carrosserie | Fermée, cinq portes |
| Motorisations annoncées | 100 % électrique à batterie et électrique à prolongateur d’autonomie |
| Motorisation électrique | Propulsion électrique, architecture définitive non communiquée |
| Prolongateur d’autonomie | Moteur essence entraînant un générateur électrique |
| Transmission | Vocation quatre roues motrices, configuration mécanique définitive non publiée |
| Plateforme | Architecture spécifique de type skateboard annoncée en 2024 |
| Structure | Acier, avec portes et ouvrants en aluminium selon le projet initial |
| Dimensions | Longueur et hauteur inférieures à celles du Grenadier, sans dimensions de série homologuées |
| Suspensions | Caractéristiques définitives non publiées |
| Direction | Caractéristiques définitives non publiées |
| Freinage | Caractéristiques définitives non publiées |
| Roues et pneumatiques | Pneumatiques à vocation tout-terrain sur le véhicule de présentation |
| Batterie | Capacité et technologie définitives non communiquées |
| Puissance et couple | Valeurs définitives non communiquées |
| Autonomie et consommation | Valeurs homologuées non publiées |
| Performances | Vitesse maximale et accélération non communiquées |
| Capacités tout-terrain | Garde au sol, angles de franchissement et profondeur de gué non homologués publiquement |
| Site industriel initialement prévu | Magna Steyr, Graz, Autriche |
| Production de série | Non lancée à la date d’octobre 2026 |
Positionnement face au Grenadier et capacités tout-terrain
Le Fusilier devait se positionner sous le Grenadier dans la gamme INEOS, sans devenir pour autant un simple SUV urbain. Son développement visait à conserver une véritable aptitude à circuler hors des routes goudronnées, tout en offrant un format moins imposant et une propulsion différente.
Le Grenadier utilise une conception traditionnelle reposant sur un châssis séparé, des essieux rigides et des motorisations thermiques à six cylindres. Cette architecture a été retenue pour sa robustesse et son adaptation aux contraintes du franchissement. Le Fusilier de 2024 s’éloignait de cette formule avec une plateforme pensée pour l’électrification.
La différence ne concerne pas seulement la mécanique. Un véhicule plus court peut présenter des avantages sur les chemins étroits, dans les manœuvres et lors du passage de certaines ruptures de pente. Toutefois, l’angle ventral dépend aussi de l’empattement et de la garde au sol. Il serait donc incorrect de considérer le Fusilier comme automatiquement plus efficace que le Grenadier sur les obstacles.
La propulsion électrique peut également présenter des caractéristiques intéressantes en terrain difficile. Un moteur électrique est capable de délivrer rapidement son couple et permet une régulation précise de la puissance transmise aux roues. Cette progressivité peut faciliter les déplacements à très faible vitesse, notamment sur des surfaces glissantes ou irrégulières.
Les résultats dépendent néanmoins de nombreux paramètres : gestion électronique de la motricité, répartition du couple, pneumatiques, débattements des suspensions et protections mécaniques. Les données disponibles sur le Fusilier ne permettent pas de déterminer précisément ses performances sur des terrains rocheux, boueux ou fortement inclinés.
Le constructeur avait annoncé une validation sur le Schöckl, site d’essais autrichien utilisé pour éprouver les véhicules tout-terrain. Ce programme devait permettre de confronter les ambitions du projet aux contraintes réelles du franchissement. Il ne constitue cependant pas une certification de performances, et aucun résultat chiffré définitif ne permet de comparer directement le Fusilier au Grenadier.
La capacité de remorquage représente une autre différence potentiellement importante entre les deux modèles. Le Grenadier thermique a été développé pour des usages utilitaires exigeants, notamment la traction de charges importantes. Pour le Fusilier, les limites de remorquage et de charge utile n’ont pas été fixées dans une documentation commerciale définitive. La seule présence d’une propulsion électrique ne permet pas de déduire ces capacités.
Commercialisation, prix et avenir du projet
Au moment de sa présentation en février 2024, l’INEOS Fusilier devait ouvrir une nouvelle phase de développement pour la marque britannique. Les premières communications envisageaient une commercialisation au cours de la seconde moitié des années 2020, avec des échéances initialement évoquées autour de 2026 ou 2027.
Le report annoncé quelques mois plus tard a profondément modifié cette perspective. Le ralentissement de la demande de véhicules électriques dans plusieurs marchés et les investissements nécessaires au développement d’une nouvelle plateforme ont conduit INEOS à suspendre le programme. Cette décision concernait le Fusilier et ne signifiait pas l’arrêt de la production du Grenadier.
Les déclarations de Lynn Calder en mai 2026 ont laissé entrevoir une reprise du projet avec une stratégie industrielle différente. Le constructeur envisageait de davantage s’appuyer sur des technologies et des plateformes partagées avec des partenaires, afin de limiter les coûts et les délais de développement.
Ce changement pourrait avoir des conséquences sur la configuration finale du véhicule. Une plateforme différente peut modifier l’empattement, les dimensions, la disposition des composants électriques ou les possibilités de transmission. Il n’est donc pas acquis que le Fusilier éventuellement commercialisé reprenne sans modification l’ensemble des solutions annoncées en 2024.
La perspective d’un lancement autour de 2028 ne correspond pas à un calendrier industriel définitif. En octobre 2026, aucune commercialisation neuve du Fusilier n’est officiellement établie, et aucun carnet de commandes ouvert n’a été confirmé. Le modèle ne dispose pas non plus d’un tarif catalogue français vérifié. Les dates de commercialisation parfois affichées par certains sites de fiches automobiles ne démontrent pas l’existence de véhicules clients disponibles à la vente.
Le prix du Fusilier dépendra notamment de son architecture définitive, de la batterie retenue, du système de prolongation d’autonomie et du niveau d’équipement. Ces paramètres restent suffisamment ouverts pour qu’aucune estimation tarifaire ne puisse être assimilée à un prix constructeur.
Le choix industriel sera également déterminant pour l’organisation de la production. Magna Steyr avait été désigné comme partenaire de fabrication dans le projet initial, mais les orientations évoquées en 2026 imposent de distinguer cette organisation annoncée de celle du futur véhicule. Le site de fabrication, les marchés de lancement et les conditions de distribution devront être confirmés lors d’une nouvelle présentation officielle.
Enfin, l’INEOS Fusilier n’a pas de carrière sportive ni de palmarès en compétition à son actif. Son histoire reste celle d’un programme automobile dévoilé publiquement, puis suspendu avant la production de série. La prochaine étape décisive sera la confirmation d’une configuration technique industrialisable, accompagnée d’un calendrier de fabrication et de commercialisation.
