Jaguar Xkss

Jaguar Xkss

La Jaguar Xkss naît en 1957 d’une idée aussi simple qu’inhabituelle : transformer une véritable voiture de course en sportive utilisable sur route. Jaguar ne développe donc pas un nouveau modèle à partir d’une feuille blanche. La marque reprend des exemplaires de sa D-type, victorieuse aux 24 Heures du Mans, et leur ajoute les équipements nécessaires à un usage routier. Le résultat conserve une proximité exceptionnelle avec la compétition et ne sera produit à l’époque qu’à 16 exemplaires.

Une Jaguar D-type transformée pour la route

L’origine de la Xkss est indissociable de la Jaguar D-type. Cette dernière avait été développée pour l’endurance et avait notamment remporté les 24 Heures du Mans en 1955, 1956 et 1957. Lorsque Jaguar met fin à son engagement officiel en compétition après la saison 1956, plusieurs châssis restent disponibles. Sir William Lyons décide alors de convertir 25 D-type en voitures de route, avec notamment le marché nord-américain en ligne de mire.

Cette filiation est plus profonde qu’une simple ressemblance esthétique. La Xkss conserve l’architecture, le moteur et l’essentiel de la conception de la voiture de course. Elle s’inscrit aussi dans une histoire sportive déjà solidement établie par la Jaguar C-type, qui avait précédé la D-type et contribué au développement des freins à disque en compétition.

Le projet intervient pourtant à une époque où les Jaguar routières suivent une logique très différente. Les XK de série sont des voitures de sport plus civilisées, à l’image de la Jaguar Xk150 lancée elle aussi en 1957. La Xkss occupe donc une position singulière : ce n’est pas la nouvelle génération de la gamme XK, malgré son nom, mais l’adaptation routière d’un prototype d’endurance.

Seize voitures au lieu des vingt-cinq prévues

Jaguar commence les conversions au début de 1957. Pour rendre la D-type plus adaptée à la circulation, la carrosserie reçoit un pare-brise pleine largeur, une porte côté passager, des protections chromées et une capote rudimentaire. Des équipements routiers sont ajoutés, tandis que la grande dérive située derrière le pilote sur certaines D-type disparaît. La séparation entre les deux places du cockpit est également supprimée.

Le programme devait porter sur 25 voitures, mais un événement bouleverse cette production minuscule. Le 12 février 1957, un important incendie frappe l’usine Jaguar de Browns Lane à Coventry. Seize Xkss avaient alors été achevées. Les neuf autres voitures prévues sont perdues dans l’incendie, fixant à 16 le nombre d’exemplaires originaux produits à l’époque.

Ce chiffre demande toutefois une nuance lorsque l’on étudie chaque châssis individuellement. Certaines D-type ont connu ultérieurement des transformations vers une configuration proche ou conforme à celle d’une Xkss. Leur histoire ne doit pas être confondue avec celle des 16 voitures effectivement réalisées dans le programme initial de 1957. L’origine D-type des automobiles explique également pourquoi leur identification historique peut associer des références XKD et XKSS.

Une mécanique de compétition presque intacte

Sous le long capot reste le célèbre six cylindres en ligne XK à double arbre à cames en tête. Dans cette application, sa cylindrée est de 3 442 cm3 et son alimentation repose sur trois carburateurs Weber. La puissance publiée varie suivant les références et les conventions de mesure, avec des valeurs généralement situées autour de 250 à 262 ch. Il est donc plus juste de retenir cet ordre de grandeur que d’attribuer artificiellement une valeur unique à toutes les Xkss.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports. Avec une masse voisine de 900 kg, la Xkss offre un rapport poids-puissance exceptionnel pour une automobile routière de la fin des années 1950. Certaines données historiques lui attribuent environ 230 km/h en vitesse maximale et un 0 à 60 mph proche de 5,5 secondes, même si les performances publiées diffèrent selon les sources et les configurations.

La conception du châssis demeure elle aussi directement issue de l’endurance. La structure associe une cellule monocoque légère à une structure avant portant notamment le groupe motopropulseur. La direction à crémaillère, les suspensions développées pour la D-type et les quatre freins à disque Dunlop participent à une définition technique bien plus proche d’une voiture de course homologuée pour la route que d’un grand tourisme traditionnel.

Fiche technique de la Jaguar Xkss

CaractéristiqueJaguar Xkss
Année1957
TypeSportive biplace ouverte
Architecture moteur6 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête
Cylindrée3 442 cm3
Alimentation3 carburateurs Weber
Puissance publiéeEnviron 250 à 262 ch selon les références et normes de mesure
ImplantationMoteur avant longitudinal
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
StructureCellule monocoque avec structure avant
Suspension avantIndépendante, doubles triangles et barres de torsion
Suspension arrièreEssieu rigide
DirectionÀ crémaillère
FreinsDisques Dunlop aux quatre roues
LongueurEnviron 3,99 m
LargeurEnviron 1,66 m
HauteurEnviron 1,12 m
EmpattementEnviron 2,30 m
Voie avantEnviron 1,27 m
Voie arrièreEnviron 1,22 m
PoidsEnviron 900 à 930 kg selon la référence
Vitesse maximaleEnviron 230 km/h selon les données historiques de référence
0 à 60 mphEnviron 5,5 s
Production originale16 exemplaires
Site de productionBrowns Lane, Coventry, Royaume-Uni

Le dessin de Malcolm Sayer adapté à la circulation

L’apparence de la Xkss découle directement du travail de Malcolm Sayer sur la D-type. Ingénieur et aérodynamicien passé par l’industrie aéronautique, Sayer avait conçu une carrosserie dans laquelle la maîtrise des flux d’air occupait une place essentielle. La Xkss en conserve les proportions spectaculaires : capot très long, habitacle reculé, surfaces enveloppantes et poupe compacte.

Les modifications routières suffisent pourtant à lui donner une identité propre. Le petit saute-vent de compétition cède la place à un pare-brise incurvé pleine largeur avec entourage chromé. Une porte supplémentaire facilite l’accès du passager. De petits pare-chocs chromés apparaissent à l’avant et à l’arrière, tandis qu’une capote et, sur les configurations connues, un porte-bagages complètent son équipement. Ces ajouts restent visuellement légers et ne masquent jamais son origine sportive.

La Xkss ne doit donc pas être interprétée comme une variante de la Jaguar Xk140 ou de la XK150. Le préfixe XK rapproche leurs appellations, mais leur conception est profondément différente. Les XK120, XK140 et XK150 sont des voitures de sport développées pour la route, alors que la Xkss part d’une automobile conçue pour gagner des courses d’endurance.

De la Xkss originale aux neuf Continuation

Près de soixante ans après l’incendie de Browns Lane, Jaguar décide de reprendre symboliquement le programme interrompu. En 2016, Jaguar Classic annonce la construction de neuf Xkss supplémentaires, soit exactement le nombre de voitures qui manquaient au projet initial de 25 exemplaires. Ces automobiles sont désignées comme des XKSS Continuation et leur réalisation s’appuie sur les archives et les plans historiques de la marque.

Jaguar Classic emploie des techniques modernes de relevé et de contrôle tout en reproduisant de nombreux procédés anciens. Les carrosseries sont formées à la main et la construction cherche à retrouver les matériaux, les assemblages et la configuration mécanique d’époque. Le moteur 3,4 litres à trois carburateurs Weber est notamment recréé dans une spécification annoncée à 262 hp.

Ces neuf voitures ne changent cependant pas le volume historique de la série de 1957 : il reste de 16 exemplaires originaux. Les Continuation constituent une reprise officielle du programme par Jaguar Classic, mais elles ont été fabriquées plusieurs décennies plus tard. Cette distinction est fondamentale pour comprendre les chiffres de production et la valeur historique des automobiles survivantes.

Steve McQueen et les Xkss devenues pièces de collection

La rareté n’est pas le seul élément ayant nourri la réputation de la Xkss. L’un des exemplaires les plus célèbres a appartenu à Steve McQueen. Sa voiture, aujourd’hui conservée au Petersen Automotive Museum, était initialement blanche avec un habitacle rouge. L’acteur la fit repeindre en vert et équiper d’un intérieur noir. Après l’avoir vendue au collectionneur Bill Harrah, il la racheta et la conserva jusqu’à sa mort en 1980.

Les transactions publiques donnent une idée de la place occupée par les exemplaires authentiques sur le marché des automobiles historiques. XKSS 707, issue du châssis D-type XKD 564, a été adjugée 13,205 millions de dollars en 2023. Chaque voiture possède néanmoins une histoire propre, avec des différences de provenance, de configuration et parfois de transformations qui rendent toute généralisation de valeur peu pertinente.

La Xkss préfigure aussi une idée que Jaguar explorera sous d’autres formes : transposer sur route une technologie et une expérience issues de la compétition. La Jaguar E-type, lancée en 1961, prolongera certains principes techniques et stylistiques dans une automobile produite à une tout autre échelle. Des décennies plus tard, des modèles très exclusifs comme la Jaguar Xjr-15 renoueront à leur manière avec cette proximité entre machine de course et automobile routière.