Présentée à Monaco le 28 mai 1992, la Mclaren F1 est la première voiture de route conçue par McLaren et l’une des réalisations les plus radicales de l’histoire de l’automobile. Son développement débute en 1988 sous la direction de Gordon Murray, avec une idée simple mais ambitieuse : créer une voiture de grand tourisme extrêmement légère, efficace et utilisable sur route, sans partir d’une architecture de compétition adaptée à la route. Le résultat associe une monocoque en fibre de carbone, un V12 atmosphérique BMW de 6,1 litres et une architecture à trois places avec conducteur installé au centre.
La F1 se distingue aussi par son approche globale. McLaren ne cherche pas uniquement la puissance, mais une masse réduite, une aérodynamique maîtrisée, une excellente visibilité et un comportement aussi précis que possible. La voiture reçoit notamment des éléments en carbone, magnésium, titane et aluminium, tandis que le compartiment moteur est isolé par une fine feuille d’or destinée à réfléchir la chaleur.
Une conception menée par Gordon Murray
Le projet prend forme à la fin des années 1980 alors que McLaren souhaite développer une automobile de route indépendante de ses activités en Formule 1. Gordon Murray dirige la conception technique, avec le soutien de Ron Dennis et de Mansour Ojjeh. Le designer Peter Stevens travaille de son côté sur la carrosserie et l’habitacle afin de conserver une cohérence entre l’efficacité aérodynamique et les exigences pratiques d’une voiture destinée à la route.
L’architecture centrale constitue l’une des décisions les plus importantes du projet. Le conducteur prend place au milieu de l’habitacle, tandis que deux passagers sont installés légèrement en retrait de chaque côté. Cette disposition permet une position de conduite particulièrement centrée et une excellente visibilité. Elle devient également l’un des signes distinctifs les plus immédiatement reconnaissables de la F1.
Pour la mécanique, McLaren se tourne vers BMW Motorsport. Paul Rosche et ses équipes développent un V12 atmosphérique spécifique, baptisé S70/2. Malgré sa cylindrée importante, le moteur reste relativement compact et contribue au caractère très particulier de la voiture par sa réponse immédiate et sa capacité à monter en régime. Il est installé longitudinalement en position centrale arrière et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à six rapports.
Les premiers prototypes permettent de mettre au point progressivement la structure, la mécanique et l’aérodynamique. Les mulets de développement, connus sous les noms d’Albert et Edward, utilisent notamment une base Ultima avant l’arrivée des prototypes spécifiques. La mise au point se poursuit avec plusieurs châssis expérimentaux, dont XP5, qui deviendra célèbre plusieurs années plus tard pour ses essais de vitesse.
Une supercar construite autour du carbone
La structure repose sur une monocoque en fibre de carbone, solution encore exceptionnelle pour une automobile de route au début des années 1990. McLaren cherche ainsi à obtenir une rigidité élevée tout en limitant la masse. Des matériaux comme le magnésium, le titane et l’aluminium sont également employés lorsque leur rapport entre résistance et poids présente un avantage.
La suspension adopte quatre roues indépendantes à double triangulation. La direction à crémaillère privilégie le ressenti mécanique et la précision. La F1 routière conserve par ailleurs des freins à disques ventilés en acier et ne reçoit ni ABS ni système électronique destiné à filtrer les réactions de la voiture. Les freins en carbone, envisagés pendant le développement, ne sont finalement pas retenus pour la version routière en raison notamment de leur comportement à basse température.
La recherche de légèreté ne se limite pas au châssis. Les jantes sont en magnésium, certains éléments de carrosserie et d’habillage sont optimisés au gramme près et l’habitacle reste volontairement dépouillé par rapport à celui d’une grande GT traditionnelle. Pourtant, la F1 conserve des coffres et des espaces de rangement, ainsi qu’un niveau d’équipement permettant réellement son utilisation sur route.
Fiche technique de la Mclaren F1
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Moteur | V12 atmosphérique BMW Motorsport S70/2 |
| Cylindrée | 6 064 cm³ |
| Architecture | V12 à 60 degrés, double arbre à cames en tête, 4 soupapes par cylindre |
| Alimentation | Injection électronique |
| Puissance | 627 ch, soit 461 kW, à 7 500 tr/min |
| Couple maximal | Environ 650 Nm |
| Implantation | Moteur longitudinal central arrière |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 6 rapports |
| Châssis | Monocoque en fibre de carbone |
| Suspensions | Indépendantes à double triangulation aux quatre roues |
| Direction | Crémaillère, sans assistance sur la version standard |
| Freins | Disques ventilés en acier, sans ABS |
| Roues | Jantes en magnésium de 17 pouces |
| Longueur | 4 287 mm |
| Largeur | 1 820 mm |
| Hauteur | Environ 1 140 mm |
| Empattement | 2 718 mm |
| Voie avant | Environ 1 568 mm |
| Voie arrière | Environ 1 472 mm |
| Poids à sec | Environ 1 140 kg |
| Places | 3 |
| 0 à 100 km/h | Environ 3,4 s |
| Vitesse maximale | Environ 386 km/h dans la mesure de référence |
| Réservoir | Environ 90 litres |
Une production extrêmement limitée
La production de la Mclaren F1 s’étend jusqu’en 1998, avec les premières livraisons aux clients à partir de 1993. McLaren annonce un total de 106 automobiles pour l’ensemble du programme F1. Ce chiffre englobe les voitures de route, les variantes spéciales, les voitures de compétition et les prototypes, et ne correspond donc pas au nombre de F1 routières standard.
La version routière classique représente 64 exemplaires. À côté de ces voitures figurent notamment cinq F1 LM, deux F1 GT et 28 F1 GTR, auxquels s’ajoutent les prototypes de développement. Cette distinction est essentielle lorsqu’il est question de production, car les chiffres de 64 et 106 décrivent deux périmètres différents.
Le prix de lancement se situe autour de 540 000 livres sterling, ce qui place déjà la F1 au sommet du marché automobile au début des années 1990. Sa rareté et son importance historique ont depuis transformé les exemplaires préservés en pièces de collection majeures. Les transactions publiques les plus spectaculaires dépassent aujourd’hui plusieurs dizaines de millions de dollars pour certains châssis bénéficiant d’une provenance et d’un état exceptionnels.
La F1 GTR et la victoire au Mans
La F1 n’est pas conçue à l’origine comme une voiture de course. L’intérêt de plusieurs équipes privées conduit toutefois McLaren à développer une version de compétition adaptée aux catégories GT. La McLaren F1 GTR apparaît ainsi en 1995 avec une transformation importante de l’aérodynamique, du châssis et de l’équipement afin de répondre aux exigences de la compétition.
Pour sa première participation aux 24 Heures du Mans en 1995, la F1 GTR remporte la victoire au classement général. Le châssis 01R, engagé sous les couleurs de Kokusai Kaihatsu UK, s’impose avec Yannick Dalmas, J.J. Lehto et Masanori Sekiya. Cette performance constitue l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire de la F1 et démontre le potentiel de son architecture initiale face à des prototypes spécialement conçus pour l’endurance.
Cette expérience donne naissance à la McLaren F1 LM, une variante routière directement inspirée de la voiture victorieuse au Mans. Produite à seulement cinq exemplaires, elle se distingue notamment par une masse réduite et une évolution du moteur destinée à rapprocher ses caractéristiques de celles de la F1 GTR.
La fin du programme voit également apparaître la McLaren F1 GT, reconnaissable à sa carrosserie allongée de type « longtail ». Cette version répond aux besoins d’homologation liés à la compétition et reste extrêmement rare avec seulement deux exemplaires destinés à la route, en plus du prototype associé au développement.
Un record de vitesse devenu emblématique
La Mclaren F1 devient surtout célèbre pour ses performances à haute vitesse. Le prototype XP5 réalise en 1998 une pointe mesurée de 240,1 mph, soit environ 386,4 km/h. Ce chiffre est devenu la référence historique généralement associée à la F1. Il faut toutefois distinguer cette mesure du chiffre parfois avancé de 391 km/h, qui correspond à une estimation ou à une configuration théorique débridée et non au record officiellement mesuré de XP5.
XP5 n’est pas une F1 de série standard : il s’agit d’un prototype de développement utilisé pour les essais à très haute vitesse, avec une configuration permettant notamment un régime moteur supérieur à celui des voitures de production. Le record conserve néanmoins une portée particulière puisqu’il illustre directement les capacités de la conception originale de Gordon Murray et du V12 BMW.
La F1 reste également associée au record des voitures de production à moteur atmosphérique, ce qui contribue à son statut particulier. Son approche diffère en effet de celle des hypercars modernes, qui utilisent souvent la suralimentation, l’hybridation ou une assistance électronique beaucoup plus importante pour atteindre leurs performances.
Une silhouette immédiatement reconnaissable
Peter Stevens signe une carrosserie dont les proportions privilégient à la fois la stabilité, la pénétration dans l’air et la visibilité. La voiture est très basse, avec une cabine avancée et des volumes arrière compacts. Les portes à ouverture en élytre, les prises d’air latérales, les ouvertures arrière et la grande surface vitrée permettent de distinguer immédiatement la F1 d’une autre supercar contemporaine.
L’absence d’un grand aileron fixe sur la version routière standard est également significative. La F1 privilégie une aérodynamique intégrée à la carrosserie et à son soubassement plutôt qu’une apparence de voiture de course. Les variantes GTR, LM et GT adoptent au contraire des solutions aérodynamiques spécifiques qui les rendent visuellement différentes de la F1 de route originale.
L’habitacle constitue probablement son signe distinctif le plus fort. Le conducteur installé au centre bénéficie d’une position symétrique par rapport à l’axe de la voiture, tandis que les deux sièges passagers sont placés de part et d’autre. Cette architecture sera reprise bien plus tard par la McLaren Speedtail, qui adopte elle aussi trois places avec conducteur central, dans une philosophie toutefois très différente.
La Mclaren F1 n’a pas de successeur direct au sens strict. La McLaren P1 occupe plusieurs décennies plus tard une position comparable au sommet de la gamme, mais avec une motorisation hybride et une philosophie technologique radicalement différente. La F1 demeure ainsi une réalisation singulière, née d’une volonté de réduire au minimum les compromis plutôt que de suivre une évolution progressive d’un modèle précédent.




