Monteverdi Safari

Monteverdi Safari

Présenté au Salon de Genève en mars 1976, le Monteverdi Safari est un véhicule tout-terrain de luxe conçu par le constructeur suisse Monteverdi. Avec sa carrosserie italienne, ses moteurs V8 américains et son habitacle raffiné, il propose une interprétation particulièrement exclusive du 4×4. Développé à partir de l’International Harvester Scout II, il se distingue de son modèle d’origine par une silhouette entièrement redessinée et des équipements dignes d’une berline de prestige.

Commercialisé principalement entre 1977 et le début des années 1980, le Safari apparaît à une époque où le marché des véhicules tout-terrain haut de gamme commence à se développer. Face au Range Rover britannique, Monteverdi choisit une approche différente : associer la robustesse d’une mécanique américaine éprouvée au savoir-faire d’un carrossier italien. Cette formule donne naissance à l’un des modèles les plus singuliers de l’histoire automobile suisse.

La naissance du Monteverdi Safari en 1976

Dans les années 1960 et au début des années 1970, Peter Monteverdi construit la réputation de sa marque autour de voitures de grand tourisme puissantes et luxueuses. La Monteverdi High Speed 375 illustre cette philosophie en associant des moteurs américains de grosse cylindrée à des carrosseries européennes élégantes. Le constructeur vise une clientèle fortunée, à la recherche de performances élevées et d’une automobile produite en petite série.

La Monteverdi Hai 450 SS, dévoilée au début des années 1970, témoigne également des ambitions sportives de la marque. Toutefois, la crise pétrolière de 1973 fragilise le marché des grandes GT à moteur V8. Peter Monteverdi entreprend alors de diversifier ses activités vers un segment susceptible d’attirer une clientèle différente : celui des véhicules tout-terrain luxueux.

Le Range Rover, lancé en 1970, a déjà démontré qu’un véhicule capable de quitter la route pouvait également offrir du confort et une certaine distinction. Monteverdi souhaite aller plus loin dans le raffinement intérieur et l’exclusivité, sans engager les investissements nécessaires à la conception d’une plateforme entièrement nouvelle.

Le choix se porte sur l’International Harvester Scout II, un 4×4 américain à châssis séparé commercialisé depuis 1971. Sa construction robuste, ses essieux rigides et ses motorisations V8 constituent une base adaptée au projet. Monteverdi conserve une grande partie de cette architecture mécanique, mais fait développer une carrosserie spécifique par la Carrozzeria Fissore, installée à Cherasco, en Italie.

Le Safari est présenté au public au Salon international de l’automobile de Genève en mars 1976. Sa commercialisation prend véritablement forme en 1977. La conception associe ainsi la direction du projet assurée par Peter Monteverdi, une mécanique issue de l’industrie américaine et une carrosserie réalisée en Italie. Cette organisation industrielle permet à une petite marque suisse de proposer un véhicule original sans disposer de ses propres installations de production à grande échelle.

Un design italien pour un tout-terrain de prestige

Le Monteverdi Safari adopte une carrosserie trois portes aux lignes tendues, caractéristique du design automobile des années 1970. Son capot horizontal, sa calandre rectangulaire et ses grandes surfaces vitrées lui donnent une silhouette sobre, très différente de celle du Scout II. Les formes anguleuses répondent autant à une recherche d’élégance qu’à la volonté de proposer un habitacle spacieux.

La partie avant se reconnaît à ses phares rectangulaires, intégrés de part et d’autre d’une calandre géométrique. Les pare-chocs métalliques et les passages de roues marqués rappellent sa vocation tout-terrain, tandis que les surfaces de carrosserie relativement lisses lui confèrent une apparence plus raffinée que celle des 4×4 utilitaires contemporains.

Le profil est dominé par de longues portes avant, une ligne de ceinture presque horizontale et un pavillon plat. Les vitres latérales de grandes dimensions favorisent la visibilité et atténuent l’impression de masse. À l’arrière, la carrosserie conserve une forme verticale permettant de préserver le volume du compartiment à bagages.

La Carrozzeria Fissore joue un rôle essentiel dans la fabrication de cette carrosserie. L’utilisation d’éléments provenant d’autres automobiles permet également de limiter les coûts de développement. Des composants d’éclairage sont notamment associés à la Fiat 125 et à la Peugeot 504 break dans la documentation historique du modèle.

À bord, Monteverdi privilégie une ambiance plus proche de celle d’une automobile de luxe que d’un véhicule destiné exclusivement aux travaux agricoles ou aux déplacements hors route. La présentation intérieure fait appel à des matériaux valorisants, avec des selleries en cuir disponibles et une instrumentation traditionnelle. L’aménagement conserve néanmoins les commandes nécessaires à l’utilisation de la transmission tout-terrain.

Selon les versions et les commandes, le Safari peut recevoir la climatisation, des vitres électriques, le verrouillage centralisé, un régulateur de vitesse ou un toit ouvrant. Des équipements particulièrement inhabituels pour l’époque, comme un réfrigérateur ou une télévision, figurent également parmi les possibilités d’aménagement. Cette personnalisation contribue au positionnement exclusif du modèle, notamment auprès des acheteurs fortunés des marchés européens et du Moyen-Orient.

Des motorisations V8 américaines et une véritable transmission 4×4

Contrairement à de nombreux véhicules de prestige européens, le Monteverdi Safari ne cherche pas à développer une mécanique spécifique. Il utilise plusieurs moteurs V8 d’origine américaine, choisis pour leur couple et leur capacité à déplacer un véhicule particulièrement lourd. Les principales motorisations répertoriées proviennent de Chrysler et d’International Harvester.

La version équipée du Chrysler 318 de 5,2 litres développe environ 152 ch dans les caractéristiques historiques généralement citées. Le V8 International Harvester SV-345 de 5,7 litres constitue une autre proposition importante, avec une puissance annoncée autour de 165 ch. Ces deux moteurs privilégient la souplesse et la disponibilité du couple plutôt que les hauts régimes.

Une motorisation Chrysler de 5,9 litres, donnée pour 182 ch, apparaît également dans certaines archives techniques, mais sa diffusion commerciale exacte est moins clairement établie. À l’autre extrémité de la gamme, le Chrysler 440 de 7,2 litres développe jusqu’à 305 ch dans la configuration documentée sur un prototype de 1976. Ce moteur permet d’annoncer des performances remarquables pour un tout-terrain de cette époque, avec une vitesse maximale proche de 200 km/h.

Les différences de puissance entre les documents historiques s’expliquent notamment par les motorisations, les millésimes et les méthodes de mesure. Les performances les plus élevées du 7,2 litres ne doivent donc pas être attribuées à l’ensemble des Safari commercialisés.

La transmission repose sur une architecture classique de 4×4 à châssis séparé. Une boîte automatique à trois rapports est proposée, tandis qu’une boîte manuelle à quatre vitesses figure parmi les possibilités. La boîte de transfert permet d’utiliser une gamme de rapports courts, indispensable pour franchir des obstacles ou circuler sur des terrains difficiles.

Le Safari conserve des essieux rigides à l’avant et à l’arrière, associés à des ressorts à lames. Cette solution privilégie la robustesse et les capacités de franchissement, mais elle impose des compromis en matière de confort et de précision de conduite. La direction assistée facilite les manœuvres, tandis que le freinage associe des disques avant à des tambours arrière.

Malgré son apparence luxueuse, le Safari demeure donc un authentique véhicule tout-terrain. Sa garde au sol, sa transmission et sa construction mécanique lui permettent de s’éloigner des routes asphaltées, même si sa masse élevée et ses dimensions le destinent davantage aux déplacements confortables qu’à la pratique sportive du franchissement.

Fiche technique du Monteverdi Safari

CaractéristiqueDonnées techniques
ConstructeurMonteverdi
ModèleSafari
Première présentationSalon de Genève, mars 1976
CommercialisationPrincipalement de 1977 à 1981-1982
OrigineSuisse, carrosserie réalisée en Italie
CarrossierCarrozzeria Fissore
CatégorieVéhicule tout-terrain de luxe
Carrosserie3 portes, 5 places selon configuration
PlateformeInternational Harvester Scout II
StructureChâssis séparé à longerons, carrosserie en acier
Implantation moteurAvant longitudinal
Architecture moteurV8 essence atmosphérique, refroidissement liquide
Moteur 5,2 litresChrysler LA 318, 5 210 cm³, environ 152 ch
Moteur 5,7 litresInternational Harvester SV-345, 5 653 cm³, environ 165 ch
Moteur 5,9 litresChrysler V8, 5 898 cm³, 182 ch selon certaines archives
Moteur 7,2 litresChrysler RB 440, 7 206 cm³, jusqu’à 305 ch sur prototype documenté
AlimentationCarburateur
DistributionSoupapes en tête, arbre à cames central
Couple V8 5,7 litres383 Nm à 2 500 tr/min sur prototype de 1976
Couple V8 7,2 litres620 Nm à 3 250 tr/min sur prototype de 1976
Transmission4 roues motrices enclenchables
Boîte de vitessesAutomatique à 3 rapports ou manuelle à 4 rapports
Boîte de transfert2 gammes de rapports, dont une gamme courte
Suspension avantEssieu rigide, ressorts à lames, amortisseurs
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames, amortisseurs
DirectionAssistée, mécanisme à vis et galets
Freins avantDisques
Freins arrièreTambours
Longueur4 510 à 4 560 mm selon les fiches
Largeur1 790 à 1 800 mm
Hauteur1 740 à 1 760 mm
Empattement2 540 mm
Voies avant et arrièreEnviron 1 480 mm sur prototype documenté
MasseEnviron 1 900 à 2 200 kg selon version et source
Vitesse maximaleEnviron 150 à 200 km/h selon motorisation
Accélération de 0 à 100 km/hEnviron 9 à 13,5 secondes selon les données historiques
ConsommationEnviron 20 à 25 l/100 km dans plusieurs fiches historiques, selon version et conditions

Les différentes versions et les projets dérivés

Au cours de sa carrière, le Monteverdi Safari évolue principalement par ses motorisations et ses équipements. La diversité des moteurs V8 permet au constructeur de proposer plusieurs niveaux de puissance, tandis que les possibilités de personnalisation répondent aux attentes d’une clientèle recherchant un véhicule distinctif.

En 1978, Monteverdi présente le Sahara, un autre véhicule tout-terrain développé à partir du Scout II. Contrairement au Safari, celui-ci conserve une carrosserie beaucoup plus proche du modèle américain. Son positionnement est également moins exclusif. Le Sahara constitue donc un modèle distinct et non une simple finition d’entrée de gamme du Safari.

Monteverdi explore parallèlement la possibilité d’élargir l’utilisation de son tout-terrain. En 1979, un prototype de Safari à cinq portes est réalisé. Cette carrosserie offre un accès plus pratique aux places arrière, mais ne débouche pas sur une production régulière comparable à celle du trois portes.

Un autre projet particulièrement original apparaît au début des années 1980 : le Safari Antiterror. Conçu comme un véhicule blindé destiné à assurer la protection de ses occupants, il témoigne de l’intérêt de Monteverdi pour des applications spécialisées, notamment auprès de clients institutionnels ou privés exigeant une sécurité renforcée. Présenté en 1981, il reste un projet à diffusion extrêmement limitée.

Ces développements montrent que Peter Monteverdi envisageait le Safari comme une plateforme susceptible d’accueillir différentes carrosseries et configurations. Toutefois, les coûts de fabrication et l’étroitesse du marché ne permettent pas de transformer ces projets en une famille de modèles produite à grande échelle.

Production, prix et rareté du Monteverdi Safari

Le Safari demeure une automobile de petite série, dont les volumes de fabrication exacts font l’objet de divergences. Certaines publications avancent environ 850 exemplaires, d’autres évoquent 1 500 véhicules ou des chiffres supérieurs. Une partie des estimations les plus élevées semble toutefois réunir la production des Safari et Sahara, tandis que les déclarations historiques attribuées à Peter Monteverdi ne sont pas confirmées par un registre public exhaustif des châssis.

La fabrication repose sur une organisation industrielle inhabituelle, avec une base mécanique américaine, une carrosserie réalisée par Fissore en Italie et la supervision du constructeur suisse. Ce processus, associé aux faibles volumes, contribue au prix élevé du véhicule.

Au lancement, les tarifs historiques mentionnent environ 39 000 francs suisses pour une version 5,2 litres et 42 900 francs suisses pour une version 5,7 litres. Les prix augmentent ensuite avec les années et les équipements. Le Safari s’adresse ainsi à une clientèle nettement plus restreinte que celle des véhicules tout-terrain traditionnels.

Le Moyen-Orient constitue un débouché important pour Monteverdi, en raison de la demande pour des automobiles puissantes, luxueuses et capables de circuler sur des routes difficiles. Le Safari répond à ces attentes par son habitacle confortable, sa transmission intégrale et ses grosses motorisations. En Europe, il séduit surtout par son exclusivité et son originalité face aux véhicules de grande diffusion.

La production s’achève au début des années 1980, généralement située entre 1981 et janvier 1982 suivant les chronologies. Le modèle ne reçoit pas de successeur direct de série. Monteverdi poursuit certaines activités de conception et de transformation automobile, mais le Safari reste sa principale incursion dans le segment des tout-terrain de luxe fabriqués sous son propre nom.

Aujourd’hui, le Monteverdi Safari appartient au cercle restreint des automobiles suisses de collection. Sa mécanique d’origine américaine présente l’avantage de partager certains composants avec des véhicules produits en plus grand nombre. En revanche, les pièces spécifiques de carrosserie, les garnitures intérieures et certains éléments de finition sont beaucoup plus difficiles à retrouver.

Les exemplaires conservant leur carrosserie Fissore d’origine, leur équipement intérieur et une mécanique conforme à leur configuration historique présentent un intérêt particulier. Le suivi des numéros de châssis, des anciennes immatriculations et des documents d’entretien joue un rôle essentiel dans l’identification des voitures, notamment lorsque leur motorisation a été modifiée au cours de leur existence.

La rareté du modèle explique sa présence occasionnelle dans les ventes spécialisées. Un Safari a notamment été proposé lors d’une vente Bonhams en juin 2024. Le faible nombre de transactions publiques rend cependant difficile l’établissement d’une cote représentative de l’ensemble des versions, dont l’état de conservation, l’authenticité et l’historique peuvent varier considérablement.

Marque Monteverdi

Année de sortie 1976

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