La Mosler MT900 est une supercar américaine à moteur central arrière dévoilée en 2001 par Mosler Automotive. Imaginée par Warren Mosler et dessinée par Rod Trenne, elle repose sur une philosophie simple : obtenir des performances de premier plan grâce à une construction légère, une aérodynamique soignée et une mécanique éprouvée. Son V8 Chevrolet de 5,7 litres développe 350 chevaux américains, tandis que sa structure composite permet de contenir sa masse à environ 1 175 kg dans la configuration essayée à l’époque.
Produite initialement sous la forme d’un prototype routier, la MT900 inaugure une famille de voitures sportives particulièrement exclusives. Elle se distingue des supercars contemporaines par son approche technique pragmatique, associant des composants issus de la grande série à une architecture développée spécifiquement pour la performance. Son évolution donnera naissance à plusieurs déclinaisons routières et de compétition, dont certaines connaîtront une carrière remarquable dans les courses d’endurance.
Origines et développement de la Mosler MT900
L’histoire de la MT900 commence avec Warren Mosler, entrepreneur américain passionné d’ingénierie automobile. Dès les années 1980, il cherche à démontrer qu’une voiture légère et correctement conçue peut rivaliser avec des sportives beaucoup plus puissantes et coûteuses. Cette conviction se concrétise notamment avec la Mosler Consulier GTP, une voiture à structure composite dont les performances reposent davantage sur son faible poids que sur une puissance moteur exceptionnelle.
Malgré leurs qualités dynamiques, les premières créations de Mosler souffrent d’une esthétique controversée. Les modèles Intruder et Raptor prolongent cette approche radicale sans parvenir à transformer le constructeur en véritable rival des marques de prestige. Pour franchir une nouvelle étape, Warren Mosler doit développer une automobile aussi convaincante visuellement que techniquement.
Le projet prend forme au milieu des années 1990 avec l’intervention de Rod Trenne, designer ayant travaillé sur la Chevrolet Corvette C5. En novembre 1995, celui-ci présente à Warren Mosler l’idée d’une supercar à moteur central, dotée d’une carrosserie basse et aérodynamique. Les deux hommes partagent une vision commune : limiter la masse, employer des solutions mécaniques fiables et privilégier l’efficacité plutôt que la sophistication inutile.
Le développement s’appuie largement sur les outils de conception assistée par ordinateur d’Unigraphics Solutions. Plusieurs évolutions du dessin sont étudiées numériquement avant la réalisation des outillages de carrosserie. Cette méthode permet de concevoir les principaux éléments de la voiture sans multiplier les prototypes physiques, un avantage important pour un constructeur disposant de moyens limités.
La carrosserie est profondément différente de celle des précédentes Mosler. Rod Trenne impose notamment un pare-brise incurvé, alors que Warren Mosler envisageait initialement de conserver un vitrage composé de surfaces planes, comme sur la Raptor. Cette décision contribue à donner à la MT900 une silhouette plus fluide et une apparence proche des supercars européennes.
Le premier prototype roulant apparaît en 2001. Le magazine américain Car and Driver l’essaie sur le circuit de Sebring alors que sa mise au point n’est pas entièrement achevée. Malgré quelques défauts de jeunesse, les performances obtenues démontrent immédiatement le potentiel de cette nouvelle architecture.
Design extérieur et architecture légère
La Mosler MT900 adopte les proportions caractéristiques d’une supercar à moteur central. Son habitacle avancé, son capot avant plongeant et ses ailes arrière élargies composent une silhouette particulièrement basse. La carrosserie mesure environ 4,80 mètres de long pour un peu plus de 2 mètres de large, ce qui lui confère une présence imposante malgré sa faible hauteur.
La face avant se distingue par un nez arrondi et aplati, des projecteurs intégrés sous des protections transparentes et de larges surfaces sculptées pour guider les flux d’air. Le pare-brise fortement incliné prolonge naturellement la ligne du capot, tandis que les vitrages latéraux participent à l’impression d’un habitacle compact.
Une prise d’air installée sur le toit alimente le compartiment moteur. Les radiateurs sont disposés latéralement, libérant l’avant du véhicule et facilitant l’organisation des circuits de refroidissement. À l’arrière, les ouvertures de ventilation permettent d’évacuer la chaleur produite par le V8. Les portes à ouverture verticale renforcent l’identité spectaculaire de la voiture sans modifier sa vocation essentiellement fonctionnelle.
La véritable particularité de la MT900 se trouve toutefois sous sa carrosserie. Sa cellule centrale utilise une construction sandwich associant une âme en nid d’abeilles d’aluminium à des matériaux composites. Des structures auxiliaires tubulaires en acier chrome-molybdène supportent les ensembles mécaniques à l’avant et à l’arrière. Les panneaux extérieurs font largement appel à la fibre de carbone.
Cette combinaison permet de rechercher une rigidité élevée tout en limitant les masses inutiles. Elle évite également de recourir à une monocoque entièrement métallique, généralement plus lourde à résistance comparable. La MT900 n’utilise cependant pas une cellule centrale intégralement constituée de fibre de carbone, contrairement à certaines descriptions simplifiées.
Le nom MT900 traduit directement les ambitions de ses créateurs. Les lettres MT font référence à Mosler et Trenne, tandis que le nombre 900 évoque l’objectif initial d’une masse proche de 900 kg. Cette cible particulièrement ambitieuse n’est pas atteinte par le prototype terminé, mais elle illustre la priorité accordée à l’allègement pendant tout le développement.
L’habitacle reprend cette recherche d’efficacité. Le conducteur bénéficie d’une position très basse, légèrement décalée vers le centre du véhicule. Certains équipements et commandes proviennent de la Chevrolet Corvette, permettant de réduire les coûts de développement. La présentation reste relativement dépouillée, même si le prototype reçoit des matériaux de sellerie de qualité, notamment du cuir et de l’Ultrasuede.
Fiche technique de la Mosler MT900
| Caractéristique | Mosler MT900 originale (2001) |
|---|---|
| Constructeur | Mosler Automotive |
| Pays d’origine | États-Unis |
| Année de présentation | 2001 |
| Catégorie | Supercar, coupé sportif biplace |
| Carrosserie | Coupé 2 portes |
| Architecture | Moteur central arrière longitudinal |
| Motorisation | V8 Chevrolet LS1 atmosphérique |
| Cylindrée | 5 665 cm³ |
| Distribution | Arbre à cames central, 16 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique d’essence |
| Puissance maximale | 350 hp SAE, environ 355 ch DIN à 5 600 tr/min |
| Couple maximal | 475 Nm à 4 400 tr/min |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle ZF à 6 rapports |
| Structure | Cellule sandwich aluminium et composite |
| Carrosserie | Matériaux composites, dont fibre de carbone |
| Structures auxiliaires | Acier tubulaire chrome-molybdène |
| Suspension avant | Doubles triangles superposés |
| Suspension arrière | Doubles triangles superposés |
| Amortisseurs | Penske réglables |
| Direction | À crémaillère |
| Freinage | Disques Brembo d’environ 356 mm, ABS |
| Jantes du prototype de présentation | 20 pouces |
| Jantes utilisées lors des essais | 18 pouces |
| Pneumatiques d’essai | Hoosier |
| Longueur | Environ 4 801 mm |
| Largeur | Environ 2 007 mm |
| Hauteur | Environ 1 092 à 1 130 mm selon les configurations documentées |
| Empattement | Environ 2 769 mm |
| Masse du prototype essayé | 1 175 kg |
| 0 à 60 mph (96,6 km/h) | 3,5 secondes |
| Quart de mile départ arrêté | 12,0 secondes |
| Vitesse au quart de mile | Environ 190 km/h |
| Vitesse maximale atteinte lors de l’essai | Environ 241 km/h |
| Accélération latérale mesurée | 1,02 g |
| Freinage de 113 km/h à l’arrêt | Environ 45,4 mètres |
| Prix annoncé en 2001 | 163 840 dollars américains |
Moteur V8 Chevrolet et performances sur circuit
La Mosler MT900 originale utilise un V8 LS1 provenant de la famille Chevrolet Corvette. Ce moteur de 5,7 litres possède une architecture relativement traditionnelle, avec un arbre à cames central et deux soupapes par cylindre. Son principal avantage réside dans son rapport entre puissance, encombrement, poids et fiabilité mécanique.
Plutôt que de développer une motorisation spécifique, Mosler choisit donc un ensemble largement éprouvé. Le moteur bénéficie notamment d’un échappement Corsa moins restrictif. Sa position centrale longitudinale permet de concentrer les masses près du centre du véhicule et de favoriser la motricité des roues arrière.
Le V8 est associé à une boîte-pont manuelle ZF à six rapports d’origine Porsche, adaptée à cette implantation particulière. La transmission diffère ainsi de celle utilisée par la Corvette dont provient le moteur. Cette combinaison offre une architecture cohérente avec la vocation sportive de la MT900, tout en limitant les investissements nécessaires à la conception de composants entièrement nouveaux.
Les suspensions indépendantes à doubles triangles et les amortisseurs Penske réglables permettent d’adapter le comportement du véhicule aux conditions d’utilisation. Les barres antiroulis réglables participent également à la mise au point du châssis. Pour le freinage, Mosler retient de grands disques Brembo, associés à un système antiblocage recalibré pour la masse et les caractéristiques de la voiture.
Lors de son essai de 2001, Car and Driver constate que la MT900 possède un potentiel dynamique considérable. Le faible poids et la disposition centrale du moteur favorisent les changements d’appui, tandis que les pneumatiques Hoosier employés pendant les mesures contribuent à obtenir une adhérence latérale élevée.
Les résultats doivent toutefois être replacés dans leur contexte. Le prototype n’est pas encore une automobile de série entièrement finalisée, et certaines mesures sont effectuées avec une configuration de roues destinée à la piste. La vitesse maximale atteinte pendant l’essai est notamment limitée par le régime moteur et les rapports de transmission. Les vitesses proches de 300 km/h parfois attribuées à la MT900 ne correspondent donc pas à une mesure confirmée sur ce prototype.
Les journalistes relèvent également plusieurs imperfections : embrayage exigeant, ergonomie du pédalier perfectible et refroidissement nécessitant encore des ajustements. Ces défauts témoignent du stade de développement du véhicule. Ils n’empêchent pas la MT900 de démontrer qu’une mécanique américaine relativement conventionnelle peut fournir des performances impressionnantes lorsqu’elle est installée dans une structure légère et rigide.
Production confidentielle et évolution vers la MT900S
La MT900 de 2001 reste essentiellement un prototype de développement. Son prix annoncé de 163 840 dollars américains traduit l’ambition de Mosler de proposer une supercar capable de concurrencer des modèles européens beaucoup plus coûteux. Il ne correspond cependant pas à un tarif de commercialisation largement appliqué à une série de véhicules livrés.
La fabrication est organisée autour des installations américaines de Mosler Automotive, en Floride. La construction artisanale, les matériaux composites et les composants spécifiques rendent toute production importante difficilement envisageable. Le constructeur privilégie une diffusion très limitée, cohérente avec ses capacités industrielles et sa clientèle de passionnés.
Le développement se poursuit avec la Mosler MT900S, une évolution routière plus aboutie qui bénéficie de modifications mécaniques, d’une puissance supérieure et d’un travail d’homologation adapté à sa commercialisation. Cette version devient progressivement la principale représentante de la famille auprès des acheteurs privés.
La MT900S reçoit notamment des motorisations Chevrolet plus puissantes, tandis que certaines configurations ultérieures atteignent environ 600 hp. Des évolutions de carrosserie, de freinage et d’équipement accompagnent cette progression. La MT900S Photon pousse plus loin la recherche d’allègement, avec une dotation réduite et une préparation destinée aux conducteurs privilégiant les performances.
Ces déclinaisons expliquent les importantes différences de puissance et de poids rencontrées dans les fiches consacrées à la MT900. Les caractéristiques de la version originale ne doivent pas être confondues avec celles des modèles ultérieurs, dont les évolutions mécaniques et aérodynamiques peuvent être considérables.
Les volumes de fabrication de l’ensemble de la famille restent modestes. Certaines estimations évoquent quelques dizaines de voitures routières, auxquelles s’ajoutent les châssis de compétition. En revanche, les chiffres disponibles ne permettent pas d’établir une répartition définitive par version. La MT900 initiale occupe une place particulière dans cet ensemble puisqu’elle correspond au prototype ayant donné naissance à la lignée.
La Mosler MT900R et les succès en compétition
Parallèlement au développement routier, Mosler prépare une version destinée aux championnats de grand tourisme : la MT900R. Celle-ci conserve les principes fondamentaux de la voiture originale, notamment le moteur central, la propulsion et la construction légère, mais reçoit les transformations nécessaires à une utilisation intensive en compétition.
La carrosserie bénéficie d’éléments aérodynamiques spécifiques, notamment d’un important aileron arrière et de dispositifs destinés à améliorer l’appui. Le châssis est adapté aux contraintes des circuits, avec des suspensions, des freins et des équipements de sécurité propres à la course. L’habitacle est dépouillé de ses éléments de confort et aménagé pour répondre aux règlements sportifs.
La MT900R participe à plusieurs championnats GT et courses d’endurance, principalement en Europe et en Amérique du Nord. Son architecture légère et son V8 d’origine américaine lui permettent de rivaliser avec des voitures issues de constructeurs disposant de moyens industriels bien supérieurs.
La saison 2003 marque une étape importante avec des succès dans le championnat britannique GT. La MT900R s’illustre également dans les compétitions européennes, notamment à Spa-Francorchamps. Ces résultats contribuent à faire connaître Mosler auprès des équipes privées spécialisées dans les courses de grand tourisme.
En 2005, une MT900R engagée par Rollcentre Racing remporte les 24 Heures Britcar à Silverstone. Une autre victoire dans cette épreuve est obtenue en 2009 par Topcat Racing, confirmant la compétitivité de cette architecture plusieurs années après sa création.
La famille MT900 poursuit également sa carrière dans d’autres championnats, notamment en Espagne, en Belgique et dans l’International GT Open. Les voitures évoluent progressivement selon les règlements et les besoins des équipes, avec différentes configurations de moteurs et d’équipements aérodynamiques.
Ces résultats sportifs appartiennent aux versions de compétition et non au prototype routier présenté en 2001. Ils montrent néanmoins comment le programme initial de Warren Mosler et Rod Trenne a fourni une base technique suffisamment adaptable pour être exploitée durablement par des écuries indépendantes.
