Lancée en Espagne en 1966, la Seat 850 élargit l’offre du constructeur avec une petite berline plus habitable et plus performante que la Seat 600. Elle en conserve pourtant les grands principes techniques, avec un moteur installé à l’arrière et les roues arrière motrices. Fabriquée sous licence Fiat, elle dérive directement de la Fiat 850 apparue en Italie deux ans auparavant, mais sa carrière espagnole donnera naissance à des variantes spécifiques, notamment des berlines quatre portes.
La 850 occupe une place importante dans l’Espagne automobile de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Assez compacte pour rester accessible, mais sensiblement plus polyvalente que la 600, elle accompagne l’augmentation du niveau de vie et des besoins de mobilité. Sa gamme s’étendra progressivement des berlines deux et quatre portes aux Coupé et Spider, avant que des modèles à traction avant ne rendent son architecture mécanique moins compétitive.
Une Seat plus grande pour l’Espagne des années 1960
Lorsque Seat introduit la 850 en avril 1966, la 600 est déjà devenue l’un des symboles de la motorisation espagnole. La nouvelle venue ne cherche pas immédiatement à la remplacer. Elle s’installe un cran au-dessus avec une carrosserie trois volumes, davantage d’espace à bord et un moteur plus puissant, tout en conservant une conception familière et relativement économique à produire.
La filiation avec Fiat est directe. La 850 espagnole reprend la base du modèle italien conçu sous la direction de Dante Giacosa, avec son architecture à moteur longitudinal arrière. La voiture est présentée au public espagnol au printemps 1966 et son tarif de lancement est fixé à 80 000 pesetas franco usine. La première berline est une deux-portes équipée d’un quatre-cylindres de 843 cm³ développant 37 CV.
La 850 arrive aussi au moment où Seat commence à constituer une gamme beaucoup plus étendue. Elle prend place entre les petites voitures populaires et les grandes berlines telles que la Seat 1500. Cette diversification se poursuit avec des modèles comme la Seat 124, qui répond à des besoins familiaux supérieurs et confirme la montée en gamme du constructeur à la fin de la décennie.
Des berlines deux et quatre portes à l’Especial
La carrosserie deux portes constitue la définition originale de la Seat 850, mais le marché espagnol pousse rapidement le constructeur à proposer davantage d’accessibilité aux places arrière. Une première quatre-portes courte est produite à seulement quelques centaines d’exemplaires. Elle est suivie par une version longue beaucoup plus significative, dont l’empattement passe d’environ 2,03 à 2,18 m. Son développement est lié à Carrocerías Costa, avec une production ensuite associée à INDUCAR.
Cette berline quatre portes est particulièrement intéressante dans l’histoire de la 850, car elle différencie davantage la gamme espagnole de celle commercialisée à l’origine en Italie. Avec ses portes arrière et son empattement allongé, elle transforme une petite berline dérivée d’un modèle populaire en automobile familiale plus pratique sans bouleverser son architecture mécanique.
En 1968 apparaît la 850 Especial. Sa cylindrée reste fixée à 843 cm³, mais une alimentation par carburateur double corps et un rapport volumétrique supérieur portent la puissance à 47 CV. Les performances progressent et les freins avant à disque remplacent les tambours du modèle standard. Des détails de présentation, dont les jantes perforées et certaines garnitures, permettent également de reconnaître cette déclinaison plus dynamique.
La famille 850 ne se limite pas à ces berlines. Seat commercialise aussi un Coupé, puis un Sport Coupé et un Spider. Il faut toutefois éviter d’attribuer leurs caractéristiques à la berline classique. Le moteur de 903 cm³ et les 52 CV souvent associés au nom 850 concernent notamment les dérivés sportifs tardifs, alors que la berline Normal et l’Especial conservent leur quatre-cylindres de 843 cm³.
Une mécanique simple à moteur arrière
La conception de la Seat 850 reste fidèle à l’école des petites Fiat de l’après-guerre. Le quatre-cylindres refroidi par liquide est monté longitudinalement derrière l’habitacle et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte mécanique à quatre rapports. Cette disposition libère l’avant de la voiture de la mécanique de propulsion, mais impose les contraintes de comportement, de refroidissement et d’aménagement propres aux automobiles à moteur arrière.
Les quatre roues disposent d’une suspension indépendante. À l’avant, la 850 emploie notamment un ressort à lames transversal, tandis que l’essieu arrière repose sur des bras oscillants et des ressorts hélicoïdaux. La berline standard reçoit quatre freins à tambour, alors que l’Especial adopte des disques à l’avant. À partir de 1972, la gamme D apporte entre autres un système de freinage à double circuit.
Avec environ 3,58 m de longueur pour la deux-portes et un poids proche de 670 kg dans sa définition standard, la 850 reste une voiture légère. Ses 37 CV suffisent à lui permettre d’atteindre environ 125 km/h. L’Especial, malgré la même cylindrée, monte à 47 CV et environ 135 km/h, illustrant l’importante marge d’évolution du petit moteur.
Fiche technique de la Seat 850
| Caractéristique | Seat 850 berline |
|---|---|
| Période de production | 1966 à 1974 |
| Carrosserie | Berline 2 portes, puis 4 portes |
| Structure | Carrosserie autoporteuse |
| Moteur | 4 cylindres en ligne essence, 4 temps |
| Implantation | Longitudinale arrière |
| Cylindrée | 843 cm³ |
| Alésage x course | 65 x 63,5 mm |
| Distribution | Soupapes en tête, tiges et culbuteurs |
| Alimentation | Carburateur simple corps sur la version standard, double corps sur l’Especial |
| Rapport volumétrique | 8,8:1 standard, 9,3:1 Especial |
| Puissance | 37 CV standard, 47 CV Especial |
| Couple | 55 Nm à 3 400 tr/min standard, 60 Nm à 3 600 tr/min Especial |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Embrayage | Monodisque à sec |
| Suspension avant | Indépendante, ressort à lames transversal, amortisseurs et barre stabilisatrice |
| Suspension arrière | Indépendante, bras oscillants, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs et barre stabilisatrice |
| Direction | À vis sans fin |
| Freins | Tambours avant et arrière sur la standard, disques avant et tambours arrière sur l’Especial |
| Pneumatiques | 5.50-12 selon version standard tardive, 145-13 sur l’Especial |
| Longueur | Environ 3 575 mm en 2 portes, environ 3 725 mm en 4 portes longue |
| Largeur | Environ 1 425 mm |
| Hauteur | Environ 1 385 mm |
| Empattement | 2 027 mm en 2 portes, environ 2 177 mm en 4 portes longue |
| Poids | Environ 670 kg standard, 690 kg pour l’Especial 2 portes |
| Vitesse maximale | Environ 125 km/h standard, 135 km/h Especial |
| Réservoir | 30 litres |
| Consommation indicative | Environ 7 l/100 km pour la 850 N |
Du 850 Normal au 850 D
La carrière du modèle est ponctuée d’évolutions plutôt que d’une rupture complète. Après le Normal et l’Especial, Seat présente notamment l’Especial quatre portes Lujo, version mieux équipée destinée à élargir encore le positionnement de la petite berline. En septembre 1972, la gamme est remaniée autour des appellations 850 D et D Especial. Outre les évolutions d’équipement, ces voitures se reconnaissent à plusieurs modifications de présentation, dont des aérations sur les montants arrière.
Cette modernisation intervient cependant face à une évolution technique beaucoup plus profonde du marché. La Seat 127, apparue en 1972, adopte un moteur transversal avant et la traction. Son architecture permet une utilisation plus efficace du volume disponible et représente la voie que suivront progressivement les petites voitures européennes. La 850 reste, elle, fidèle jusqu’au bout au moteur arrière et à la propulsion.
La production se poursuit néanmoins après la disparition de la 600 en 1973. En 1974, Seat introduit la Seat 133, qui conserve précisément cette architecture à moteur arrière. La fabrication de la 850 s’arrête en juillet de la même année, après huit années de carrière.
Production et place de la 850 dans l’histoire de Seat
Les archives et compilations historiques ne donnent pas toutes exactement le même total de production. Seat Históricos retient 662 853 exemplaires pour l’ensemble de la famille 850, tandis que d’autres décomptes publiés s’écartent légèrement de cette valeur. Le chiffre de plus de 662 000 voitures permet donc de restituer l’ordre de grandeur sans confondre les berlines avec une seule version précise.
Les quatre-portes représentent une part substantielle de cette carrière, avec 124 649 exemplaires recensés pour l’ensemble de ces variantes. Leur existence montre combien Seat a adapté un modèle d’origine italienne aux attentes de son marché domestique. À l’autre extrémité de la gamme, les Coupé et autres dérivés sportifs ont donné à la famille 850 une image plus dynamique que celle de la seule berline populaire.
La compétition participe également à cette diversification. Le 850 Coupé obtient une homologation FIA en Groupe 1 à la fin de 1967, puis le 850 Especial est homologué dans la même catégorie en 1969. Ces versions restent toutefois distinctes de la paisible 850 Normal qui constitue le coeur commercial du modèle.
Par ses dimensions, son prix et ses différentes carrosseries, la Seat 850 accompagne surtout la transition entre la voiture populaire minimale du début des années 1960 et une demande croissante de polyvalence. Sa berline quatre portes illustre particulièrement cette évolution : Seat parvient à transformer une petite automobile à moteur arrière en familiale compacte plus accessible au quotidien, quelques années seulement avant que la traction avant ne s’impose dans cette catégorie.




