Lancée en 1961, la Volvo P1800 apporte à la marque suédoise une véritable voiture d’image. Ce coupé sportif associe une ligne italienne dans l’esprit, une mécanique Volvo éprouvée et, pour les premiers exemplaires, une fabrication largement britannique. Sa carrière donnera naissance à toute une famille de 1800, mais l’appellation P1800 désigne d’abord précisément le modèle assemblé par Jensen entre 1961 et 1963.
Une sportive pour transformer l’image de Volvo
La P1800 apparaît après une première tentative beaucoup plus confidentielle, la Volvo Sport P1900. Volvo souhaite alors disposer d’une voiture séduisante capable d’attirer l’attention sur une gamme surtout connue pour ses berlines robustes. Au début des années 1960, le contraste est important avec des modèles plus traditionnels comme la Volvo PV544, encore commercialisée lorsque le nouveau coupé arrive sur le marché.
Helmer Petterson joue un rôle déterminant dans le développement du projet. Le dessin est réalisé par son fils Pelle Petterson, jeune designer suédois travaillant alors auprès de Pietro Frua en Italie. Cette paternité a longtemps été éclipsée par le nom de Frua, dont l’atelier réalise les prototypes à Turin. Trois prototypes sont construits en 1957 et 1958 avant la présentation publique du modèle en 1960 et le démarrage de la production en 1961.
La silhouette tranche avec les Volvo de grande série. Le long capot, le pavillon bas, les ailes avant marquées et la poupe effilée donnent à la P1800 des proportions de GT. Les premiers exemplaires se reconnaissent notamment à leur abondance de chromes, à leurs pare-chocs en deux parties et aux baguettes latérales qui remontent vers l’arrière. L’habitacle poursuit cette recherche de distinction avec une instrumentation particulièrement travaillée et une position de conduite plus sportive que dans les berlines de la marque.
Une Volvo suédoise d’abord fabriquée en Grande-Bretagne
Le lancement industriel de la P1800 présente une particularité majeure. Volvo ne dispose pas immédiatement des capacités nécessaires pour fabriquer ce modèle en Suède. Les carrosseries sont donc produites par Pressed Steel en Grande-Bretagne, tandis que Jensen Motors assure la peinture et l’assemblage final à West Bromwich. Les 6 000 premières voitures sont ainsi assemblées en Angleterre.
Cette organisation prend fin en 1963. Volvo rapatrie l’assemblage dans son usine de Lundby, à Göteborg, et fait évoluer l’appellation vers P1800S, puis 1800S. La lettre S fait référence à la fabrication suédoise. La Volvo 1800S constitue donc la continuation directe du coupé initial plutôt qu’un modèle entièrement nouveau. Les carrosseries restent néanmoins produites au Royaume-Uni pendant plusieurs années avant que leur fabrication soit elle aussi transférée en Suède, à Olofström, en 1969.
Cette distinction est importante lorsqu’il est question des chiffres de production. Les quelque 6 000 exemplaires Jensen correspondent à la P1800 originelle, alors que les totaux proches de 39 400 voitures généralement associés au coupé regroupent plusieurs évolutions successives de la famille 1800. Ajouter la variante ES conduit encore à un autre total.
Une mécanique Volvo éprouvée sous une carrosserie de GT
Sous son dessin spécifique, la P1800 conserve une conception mécanique rationnelle. Sa structure et plusieurs de ses organes sont étroitement apparentés à ceux de la Volvo Amazon, avec une plateforme adaptée et un empattement ramené à 2,45 m. Le moteur est placé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière.
Le quatre cylindres B18B de 1 778 cm3 développe 100 ch au lancement. Alimenté par deux carburateurs SU, il est associé à une boîte manuelle à quatre rapports M40, tandis qu’une transmission M41 avec overdrive Laycock de Normanville permet d’obtenir un rapport supplémentaire destiné notamment aux parcours rapides. Cette mécanique reste proche de celle employée dans la Volvo 122S, mais son réglage et son installation dans un coupé plus bas donnent à la P1800 une personnalité nettement différente.
Le châssis ne cherche pas davantage l’exotisme. L’avant reçoit des roues indépendantes avec doubles triangles et ressorts hélicoïdaux, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide également suspendu par ressorts hélicoïdaux. Des disques à l’avant et des tambours à l’arrière assurent le freinage des premières voitures. La P1800 est ainsi davantage une GT compacte et robuste qu’une sportive radicale conçue autour de solutions de compétition.
Fiche technique de la Volvo P1800
| Caractéristique | Volvo P1800 |
|---|---|
| Production de la version initiale | 1961 à 1963 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes en acier |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | Volvo B18B, 4 cylindres en ligne, soupapes en tête |
| Cylindrée | 1 778 cm3 |
| Alésage x course | 84,14 x 80 mm |
| Alimentation | 2 carburateurs SU |
| Puissance au lancement | 100 ch à 5 500 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle 4 rapports M40, M41 avec overdrive selon configuration |
| Structure | Monocoque en acier |
| Suspension avant | Roues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux, barre Panhard |
| Direction | Mécanique, rapport 15,5:1 |
| Freins | Disques avant, tambours arrière |
| Roues | 15 pouces |
| Pneumatiques | 165-15 |
| Longueur | 4 400 mm selon la documentation de lancement |
| Largeur | 1 700 mm |
| Hauteur | 1 285 mm |
| Empattement | 2 450 mm |
| Voies | Environ 1 315 mm à l’avant et à l’arrière |
| Garde au sol | Environ 160 mm |
| Réservoir | 45 litres |
| Vitesse maximale relevée selon les sources | Environ 169 à 177 km/h |
| Production Jensen | 6 000 exemplaires |
Du P1800 au 1800E et au break de chasse
La carrière du dessin original dépasse largement les deux premières années de fabrication. Après le transfert en Suède, la 1800S reçoit progressivement différentes améliorations mécaniques. Le moteur B18 gagne en puissance, puis laisse place en 1968 au B20 de 1 986 cm3. La 1800E introduit ensuite l’injection et poursuit la modernisation technique du coupé, notamment avec un système de freinage plus évolué.
La transformation la plus visible arrive au début des années 1970 avec la Volvo P1800 ES. Cette variante abandonne la poupe traditionnelle du coupé au profit d’une carrosserie de type break de chasse, dominée par un grand hayon entièrement vitré. Elle ne doit donc pas être confondue avec la P1800 de 1961 malgré son appartenance à la même lignée. Le coupé 1800E disparaît en 1972 et l’ES reste produite jusqu’en 1973.
Ce traitement du hayon connaîtra un écho beaucoup plus tard dans l’histoire de la marque. La Volvo 480 ES des années 1980 reprend notamment l’idée d’une partie arrière largement vitrée, même si sa conception, son architecture et son époque n’ont plus rien de commun avec celles de la P1800.
Le Saint et la célébrité internationale de la P1800
La notoriété de la P1800 dépasse rapidement celle d’un simple coupé Volvo grâce à la télévision. Dès les années 1960, elle devient la voiture associée à Simon Templar, personnage incarné par Roger Moore dans la série Le Saint. Sa silhouette immédiatement reconnaissable lui offre une exposition internationale considérable et contribue durablement à son image.
Plusieurs voitures sont utilisées au cours de la production de la série, ce qui explique que les exemplaires visibles à l’écran ne soient pas tous des P1800 Jensen de 1961. Certaines sont des 1800S plus tardives. Roger Moore possède lui-même une 1800S immatriculée en 1967, également employée pour le tournage avec les plaques fictives ST 1.
Un autre épisode célèbre de l’histoire des 1800 concerne la voiture d’Irv Gordon. Là encore, il ne s’agit pas d’une P1800 Jensen, mais d’une 1800S de 1966. Son propriétaire parcourt avec elle plusieurs millions de miles, dépassant les trois millions en 2013. L’exploit devient une démonstration spectaculaire de la longévité mécanique associée à cette famille de Volvo, tout en appartenant à une évolution postérieure au modèle originel.
Les P1800 Jensen, premières représentantes de la lignée
Les exemplaires construits entre 1961 et 1963 occupent une place particulière parce qu’ils réunissent les caractéristiques originelles du projet et cette organisation industrielle anglo-suédoise de courte durée. Le seuil des 6 000 voitures assemblées chez Jensen fournit une séparation claire avec les versions produites ensuite par Volvo à Göteborg.
Cette première série se distingue aussi par des détails esthétiques qui évolueront progressivement : abondance de chromes, baguettes latérales courbes, présentation des roues et éléments de finition propres aux premiers millésimes. Ces caractéristiques permettent d’identifier plus précisément une P1800 ancienne sans réduire toute la famille 1800 à une seule configuration.
La P1800 reste ainsi un cas singulier dans l’histoire de Volvo : dessinée par un Suédois travaillant en Italie, dotée d’une mécanique dérivée des modèles de grande série de Göteborg, équipée de carrosseries britanniques et initialement assemblée en Angleterre. À partir de 1963, le rapatriement de l’assemblage en Suède ouvre une nouvelle étape de la même lignée sous le nom 1800S.




