Alpine A108 Berlinette

Alpine A108 Berlinette

Apparue en 1960, l’Alpine A108 Berlinette occupe une place déterminante dans l’histoire de la marque de Dieppe. Elle est la première Alpine à adopter pleinement la silhouette de Berlinette qui deviendra indissociable du constructeur français. Très basse, légère, dotée d’une carrosserie en polyester et d’un moteur Renault installé à l’arrière, elle fixe une formule que l’A110 portera quelques années plus tard au plus haut niveau des rallyes internationaux.

La Berlinette ne doit toutefois pas être confondue avec l’ensemble de la famille Alpine A108. Cette appellation existait avant 1960 et recouvrait plusieurs carrosseries, notamment des coupés et un cabriolet. La Berlinette constitue une version particulière de cette gamme, née d’une évolution stylistique et technique qui transforme progressivement les petites sportives de Jean Rédélé.

De l’A106 à la première Berlinette Alpine

À la fin des années 1950, Alpine est encore un jeune constructeur dont les voitures exploitent étroitement la mécanique Renault. L’Alpine A106, développée autour d’organes de Renault 4CV, a posé les bases de cette approche : une mécanique de grande série associée à une carrosserie légère pour obtenir une sportive efficace sans rechercher une puissance spectaculaire.

L’A108 poursuit cette logique en se rapprochant techniquement de la Renault Dauphine. L’appellation apparaît avant la Berlinette, dès la seconde moitié des années 1950. La transformation décisive intervient lorsque Jean Rédélé souhaite faire évoluer la carrosserie du cabriolet dessiné par Giovanni Michelotti. Philippe Charles, alors très jeune, travaille sur cette base et imagine une voiture fermée au profil particulièrement bas et effilé.

Le toit se prolonge vers un arrière profilé tandis que les projecteurs avant prennent place sous des protections transparentes. Cette nouvelle carrosserie ne constitue pas simplement un cabriolet auquel aurait été ajouté un pavillon : elle donne à l’Alpine une identité visuelle beaucoup plus affirmée et une silhouette immédiatement reconnaissable.

Deux nouvelles Berlinettes sont engagées au Tour de France Automobile en septembre 1960. L’événement est directement associé à l’appellation historique « Tour de France » employée pour la voiture. La Berlinette est ensuite présentée au Salon de Paris 1960. À partir de cette date, cette forme de carrosserie devient progressivement l’un des symboles d’Alpine.

Une carrosserie légère autour d’un châssis-poutre

L’A108 Berlinette repose sur une conception entièrement tournée vers la légèreté. Sa carrosserie en matériau composite, principalement constituée de polyester renforcé de fibre de verre, permet de contenir la masse autour de 520 à 530 kg suivant la configuration considérée. Avec seulement environ 1,12 m de hauteur, elle présente également une surface frontale très réduite.

L’évolution majeure de la famille A108 concerne son châssis-poutre, architecture généralisée dans la gamme en 1961. Une poutre centrale relie les structures supportant les trains roulants et la mécanique, tandis que la coque légère vient habiller cet ensemble. La solution apporte à Alpine une base à la fois simple, légère et suffisamment rigide pour une petite sportive. Elle deviendra l’un des principes techniques caractéristiques des Alpine à moteur arrière.

La mécanique est placée longitudinalement en porte-à-faux arrière et entraîne les roues arrière. Cette disposition reprend l’environnement technique des Renault contemporaines, mais le faible poids de l’Alpine change profondément le rapport entre puissance et performances. Les roues indépendantes complètent une architecture particulièrement adaptée aux petites routes et à la compétition.

Les premières voitures utilisent un freinage à tambours. La définition technique évolue au cours de la carrière et les dernières A108 reçoivent un équipement plus performant, avec notamment l’apparition des freins à disque. Il serait donc inexact d’attribuer une configuration de freinage unique à toutes les Berlinettes produites entre 1960 et le milieu de la décennie.

Des moteurs Renault de 845 à 998 cm3

L’A108 Berlinette n’existe pas avec une seule mécanique. Elle exploite plusieurs développements du quatre cylindres Renault refroidi par eau, avec des cylindrées de 845, 904 et 998 cm3 suivant les versions et préparations. Les puissances documentées pour la famille A108 s’étendent d’environ 27 ch pour certaines configurations de base jusqu’à environ 70 ch pour les moteurs de 998 cm3 les plus poussés.

Cette diversité explique les écarts considérables rencontrés dans les caractéristiques attribuées à l’A108. Une puissance ou une vitesse maximale isolée ne peut pas être appliquée à toutes les Berlinettes. Les versions les plus performantes sont créditées d’une vitesse pouvant approcher 185 km/h, valeur remarquable pour une automobile de moins de quatre mètres au début des années 1960. Les voitures moins puissantes restent sensiblement en dessous de ce niveau.

Les transmissions connaissent elles aussi plusieurs définitions. Des boîtes Renault à trois ou quatre rapports sont utilisées, tandis que des configurations à cinq rapports existent également, notamment pour les voitures les plus sportives. Là encore, la boîte cinq vitesses ne constitue pas un équipement uniforme de toute la production.

Fiche technique de l’Alpine A108 Berlinette

CaractéristiqueDonnée
Période1960 à 1965 environ
CarrosserieBerlinette 2 places en polyester et fibre de verre
ArchitectureMoteur longitudinal arrière, propulsion
Moteur4 cylindres en ligne Renault, essence, refroidissement par eau
Cylindrées documentées845, 904 et 998 cm3 selon version
PuissanceEnviron 27 à 70 ch selon moteur et préparation
Boîte de vitesses3, 4 ou 5 rapports selon configuration
StructureChâssis-poutre central, carrosserie légère en composite
SuspensionRoues indépendantes, architecture dérivée des organes Renault
FreinageTambours sur les premières configurations, disques sur des versions tardives
LongueurEnviron 3,78 m
LargeurEnviron 1,45 m
HauteurEnviron 1,12 m
EmpattementEnviron 2,10 m pour les versions courtes
PoidsEnviron 520 à 530 kg selon configuration
Vitesse maximaleVariable selon moteur, jusqu’à environ 185 km/h pour les versions les plus performantes

Un dessin qui annonce directement l’A110

Visuellement, l’A108 Berlinette possède déjà l’essentiel des proportions qui feront la célébrité de sa descendante. Le capot avant plongeant, les ailes marquées, le pavillon extrêmement bas et l’arrière arrondi composent un ensemble compact où la recherche aérodynamique rejoint les contraintes de légèreté. Les projecteurs placés dans les ailes et protégés par des éléments transparents participent fortement à son identité.

Cette proximité explique aussi pourquoi l’identification d’une A108 tardive peut être délicate sur une simple photographie. L’Alpine A110 Berlinette conserve le principe général de sa devancière et fait évoluer une silhouette déjà largement constituée. La différence fondamentale se trouve dans la génération technique : l’A108 appartient à l’univers mécanique de la Dauphine, alors que l’A110 lancée en 1962 adopte notamment le moteur à cinq paliers provenant de la Renault 8.

L’A108 Berlinette se distingue également des autres A108. Le Coupé Sport reste davantage lié au cabriolet dont il dérive, tandis que le Coupé 2+2 répond à une autre logique d’habitabilité. La Berlinette privilégie deux places, un gabarit ramassé et une carrosserie pensée autour de la conduite sportive.

La compétition au coeur de son développement

La compétition intervient dès la naissance du modèle. Au Tour de France Automobile 1960, Alpine engage notamment des A108 pour Jacques Féret et Guy Monraisse ainsi que Maurice Michy et Jean Estager. Les deux équipages ne rallient pas l’arrivée, mais cette apparition est historiquement importante : la nouvelle carrosserie est confrontée à la compétition au moment même où elle commence sa carrière.

L’A108 poursuit ensuite son activité dans les rallyes, courses de côte et épreuves sur circuit. En 1962, des A108 sont encore présentes au Tour de France Automobile, avec notamment Henri Greder et Hugues Hazard sur une voiture équipée d’un 998 cm3. Cette utilisation sportive accompagne les perfectionnements techniques qui conduisent progressivement à l’Alpine A110.

La philosophie est déjà clairement établie : plutôt que compenser la masse par une grosse cylindrée, Alpine exploite une voiture extrêmement légère, compacte et agile. Les développements ultérieurs pousseront cette recette beaucoup plus loin, jusqu’aux A110 de compétition et à des versions routières emblématiques comme l’Alpine A110 1600S.

Une production difficile à isoler de la famille A108

Le nombre exact d’A108 Berlinette françaises produites ne peut pas être établi à partir d’un chiffre unique incontestable. Les données historiques disponibles utilisent des périmètres différents : certaines concernent l’A108 dans son ensemble, d’autres additionnent plusieurs carrosseries, et certaines compilations intègrent des productions réalisées sous licence. Attribuer directement à la seule Berlinette un total souvent cité pour toute la famille A108 serait donc trompeur.

Cette distinction est d’autant plus importante que l’A108 a également connu une descendance hors de France. Au Brésil, Willys a fabriqué sous licence l’Interlagos, étroitement apparentée aux petites Alpine françaises. Ces voitures témoignent de la diffusion précoce de la formule conçue à Dieppe, mais ne doivent pas être comptabilisées automatiquement comme des A108 Berlinette françaises.

À partir de 1962, la nouvelle A110 commence parallèlement à prendre la relève. Les deux générations peuvent ainsi se chevaucher pendant une partie des années 1960, avant que l’A110 ne s’impose comme la Berlinette Alpine de référence. Sa carrière sportive internationale donnera une dimension considérable à une architecture dont les traits essentiels avaient été fixés avec l’A108 Berlinette dès 1960. Après la longue période de l’A110, l’Alpine A310 ouvrira à son tour une nouvelle étape dans l’histoire des coupés de Dieppe.