L’Alpine M64 est un prototype d’endurance développé pour la saison 1964. Petite, légère et particulièrement profilée, elle traduit une stratégie différente de celle des constructeurs visant la victoire absolue avec de grosses cylindrées. Alpine cherche alors à exploiter des moteurs Renault-Gordini modestes grâce à un poids contenu et à une aérodynamique très travaillée, avec pour objectifs les victoires de classe et les classements récompensant l’efficacité.
Cette approche porte ses fruits aux 24 Heures du Mans 1964. Une M64 termine 17e au classement général, remporte sa catégorie et s’impose au classement du rendement énergétique. Derrière ce résultat se trouve une voiture qui, malgré sa proximité visuelle avec la M63, constitue une évolution technique importante du programme d’endurance de la jeune marque française.
Une nouvelle étape après l’Alpine M63
La M64 s’inscrit directement dans le prolongement de l’Alpine M63, engagée en compétition dès 1963. Alpine conserve le principe d’un prototype fermé à moteur central arrière, mais revoit profondément l’ensemble pour la saison suivante. Le châssis multitubulaire est conçu pour gagner en rigidité et en légèreté, tandis que la carrosserie évolue afin de réduire encore la résistance à l’air.
Le projet reste fidèle à la philosophie voulue par Jean Rédélé : compenser une puissance limitée par l’efficacité générale de la voiture. Le programme associe notamment les compétences développées autour de Bernard Boyer et Richard Bouleau pour la partie technique, tandis que Marcel Hubert joue un rôle important dans le travail aérodynamique. Les moteurs Renault préparés par Gordini complètent cet ensemble pensé spécifiquement pour les longues courses.
Les proportions témoignent de cette recherche. La M64 conserve un empattement de 2,30 m, mais sa silhouette est plus compacte et plus basse que celle de la M63. Sa carrosserie en matériau composite enveloppe étroitement la mécanique et le cockpit. Le résultat est un prototype dont la forme en goutte d’eau privilégie clairement la pénétration dans l’air, qualité particulièrement précieuse sur les longues lignes droites du circuit du Mans.
Une carrosserie dictée par l’aérodynamique
Visuellement, la M64 se reconnaît à sa silhouette extrêmement basse, à son cockpit étroit et à son pare-brise fortement incliné. Les ailes avant sont intégrées à une carrosserie très arrondie, tandis que la partie arrière s’effile progressivement. L’objectif n’est pas de créer une berlinette dérivée d’un modèle routier, mais une véritable machine de compétition dont chaque volume répond aux contraintes de l’endurance.
Cette apparence peut toutefois prêter à confusion lorsqu’on observe des photographies prises à différentes périodes. Certaines M64 ont évolué après leur première saison. Le châssis 1711 a notamment servi au développement aérodynamique et reçu une poupe modifiée avec des dérives. Ces éléments ne correspondent donc pas nécessairement à la configuration dans laquelle les M64 ont débuté en 1964.
Sous la carrosserie se trouve un treillis tubulaire en acier associé à des suspensions indépendantes aux quatre roues. Le freinage repose sur quatre disques Girling et la transmission utilise une boîte manuelle Hewland à cinq rapports. L’ensemble permet à Alpine de maintenir une masse très faible, autour de 640 kg dans les configurations de 1964.
Des moteurs Renault-Gordini de petite cylindrée
La M64 n’est pas liée à une unique cylindrée pendant toute sa carrière. En 1964, Alpine utilise notamment des quatre cylindres Renault-Gordini de 1 001 et 1 149 cm3. Cette diversité répond aux catégories dans lesquelles les prototypes doivent être engagés et explique pourquoi les fiches techniques publiées pour la M64 ne donnent pas toujours les mêmes chiffres.
Pour le moteur de 1 149 cm3, les données historiques disponibles situent la puissance entre environ 105 et 115 ch selon la configuration et la source. Il serait donc trompeur de présenter l’une de ces valeurs comme caractéristique de toutes les M64. Avec son faible poids et son aérodynamique, le prototype peut néanmoins atteindre environ 240 km/h, ce qui illustre précisément l’intérêt de la démarche d’Alpine.
La carrière du modèle ne s’arrête pas à sa définition de 1964. Certains châssis sont ensuite modifiés et reçoivent une mécanique de plus forte cylindrée. En 1965, le châssis 1710 utilise notamment un Gordini de 1 296 cm3 donné pour environ 125 ch. Cette évolution appartient à la carrière ultérieure de l’auto et ne doit pas être confondue avec sa spécification initiale.
Fiche technique de l’Alpine M64
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Année d’apparition | 1964 |
| Type | Prototype fermé d’endurance |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne Renault-Gordini atmosphérique |
| Cylindrées utilisées en 1964 | 1 001 cm3 et 1 149 cm3 |
| Puissance du 1 149 cm3 | Environ 105 à 115 ch selon configuration et documentation |
| Implantation | Moteur central arrière, longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle Hewland à 5 rapports |
| Structure | Châssis multitubulaire en acier |
| Carrosserie | Matériau composite / polyester |
| Suspensions | Indépendantes aux quatre roues, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques Girling aux quatre roues |
| Empattement | 2 300 mm |
| Longueur documentée sur le châssis 1710 évolué | 4 250 mm |
| Largeur documentée sur le châssis 1710 évolué | 1 510 mm |
| Hauteur documentée sur le châssis 1710 évolué | 1 270 mm |
| Voies documentées sur le châssis 1710 évolué | 1 280 mm avant, 1 290 mm arrière |
| Poids en configuration 1964 | Environ 640 kg |
| Vitesse maximale | Environ 240 km/h |
| Moteur évolué en 1965 | 1 296 cm3, environ 125 ch |
Les 24 Heures du Mans 1964
La M64 apparaît dès les essais préliminaires des 24 Heures du Mans au printemps 1964. Pour la course organisée en juin, Alpine aligne trois exemplaires. Le résultat le plus marquant est obtenu par le châssis 1711, numéro 46, confié à Roger Delageneste et Henry Morrogh.
La voiture parcourt 292 tours et termine 17e au classement général. Surtout, elle remporte la catégorie des 1 001 à 1 150 cm3. Pour une machine disposant d’une puissance très inférieure à celle des prototypes de tête, cette performance valide le choix d’une voiture légère et très aérodynamique plutôt que celui d’une course à la puissance.
La M64 remporte également le classement du rendement énergétique au Mans cette année-là. Ce résultat est parfois confondu avec l’Indice de Performance, mais il s’agit de deux classements distincts. Les données historiques associées à cette performance font état d’une consommation moyenne de 13,16 l/100 km pour une vitesse moyenne de 163,176 km/h, chiffres particulièrement révélateurs de l’objectif poursuivi par Alpine.
Le châssis 1711 poursuit sa saison avec Roger Delageneste et Henry Morrogh et obtient également une victoire de classe aux 12 Heures de Reims. Les M64 participent à d’autres épreuves d’endurance, notamment les 1 000 km du Nürburgring et les 1 000 km de Paris, donnant à Alpine une base technique précieuse pour poursuivre le développement de ses prototypes.
Trois M64 neuves et des châssis en constante évolution
Trois Alpine M64 construites comme telles sont clairement identifiées : les châssis 1709, 1710 et 1711. Certaines publications avancent le chiffre de quatre voitures en incluant une M63 transformée, ce qui explique la divergence que l’on rencontre parfois. Pour les exemplaires neufs correspondant directement au type M64, le décompte de trois est le mieux documenté.
Cette production minuscule ne signifie pas que les voitures restent figées dans leur état de 1964. Dans un programme de compétition, les châssis servent continuellement de bancs de développement. Motorisations, carrosseries et détails techniques évoluent en fonction des courses et des expérimentations, d’où l’importance d’identifier le châssis et la saison lorsqu’une M64 historique est décrite.
Le 1711 illustre particulièrement cette évolution. Après ses succès de 1964, il est utilisé pour des essais aérodynamiques et reçoit une partie arrière différente, avec des dérives qui préfigurent certaines solutions adoptées ensuite par Alpine. Cet exemplaire a poursuivi sa carrière en collection et a notamment été adjugé 313 600 euros lors d’une vente aux enchères organisée à Monaco en 2014.
De la M64 aux prototypes Alpine suivants
La M64 appartient à une période où le programme d’endurance d’Alpine progresse très rapidement. Dès la saison suivante, l’Alpine M65 pousse plus loin le développement technique et aérodynamique. Les essais réalisés avec les différentes M64 participent ainsi à une évolution continue plutôt qu’à une succession de modèles totalement indépendants.
Cette logique mène ensuite à l’Alpine A210, qui prolonge la formule du petit prototype léger et profilé. Alpine reste alors attaché à des cylindrées modestes et à la recherche d’efficacité, domaine dans lequel l’expérience acquise avec les M63, M64 et M65 constitue une base essentielle.
À la fin des années 1960, les ambitions changent d’échelle. Avec l’Alpine A220, la marque développe un prototype doté d’une mécanique nettement plus importante afin de se confronter davantage aux voitures visant les premières places du classement général. La M64 représente ainsi une phase très précise de cette histoire : celle où Alpine démontre au Mans qu’un prototype d’environ un litre, conçu autour du poids et de l’aérodynamique, peut transformer une puissance modeste en véritable avantage de compétition.




