Lamborghini Silhouette

Lamborghini Silhouette

Présentée en 1976, la Lamborghini Silhouette occupe une place singulière dans l’histoire de Sant’Agata Bolognese. Cette sportive à moteur V8 central transversal transforme la base de l’Urraco en une stricte deux places dotée d’un toit amovible. Produite à quelques dizaines d’exemplaires seulement, elle constitue aussi une étape essentielle entre les premières Lamborghini V8 et la future Jalpa.

De l’Urraco à une Lamborghini deux places à toit amovible

La Silhouette naît directement de la Lamborghini Urraco, dont elle reprend l’architecture générale et, plus précisément dans le cas de l’Urraco P300, le V8 de trois litres. Lamborghini cherche ainsi à développer une nouvelle sportive sans repartir d’une feuille blanche, dans une période où la situation financière du constructeur impose une certaine rationalisation.

Le changement dépasse pourtant une simple évolution esthétique. L’Urraco est conçue comme une 2+2, tandis que la Silhouette abandonne les places arrière et devient une véritable deux places. Sa particularité la plus visible est son panneau de toit amovible de type Targa, qui peut être rangé derrière les sièges. Cette formule en fait la première Lamborghini de série ouverte au sens retenu par l’histoire officielle de la marque.

Le modèle est dévoilé au Salon de Genève en mars 1976. Il apparaît dans une gamme alors particulièrement contrastée. Lamborghini propose encore des grandes GT à moteur avant, comme la Lamborghini Jarama, tandis que la marque développe parallèlement ses sportives à moteur central. La Silhouette représente l’alternative V8 compacte face aux modèles V12 beaucoup plus ambitieux.

Cette stratégie prend tout son sens lorsqu’on la replace face à la Lamborghini Countach LP400, commercialisée durant la même période. Les deux voitures partagent une recherche stylistique spectaculaire et une architecture à moteur central, mais leur positionnement mécanique diffère nettement : V8 transversal de trois litres pour la Silhouette, V12 longitudinal et performances de supercar pour la Countach.

Un dessin Bertone immédiatement reconnaissable

La carrosserie est dessinée chez Bertone sous la direction stylistique de Marcello Gandini, déjà étroitement associé aux Lamborghini de cette époque. La Silhouette conserve les proportions basses et anguleuses de l’Urraco, mais les transforme grâce à des modifications suffisamment importantes pour lui donner une identité propre.

Le toit amovible noir constitue l’élément le plus évident. Il s’accompagne de larges montants arrière qui préservent la rigidité et donnent au profil sa physionomie caractéristique. À l’avant, la carrosserie cunéiforme reçoit des phares escamotables, dans la continuité du langage stylistique adopté par les sportives Lamborghini des années 1970.

Les passages de roues fortement élargis comptent parmi les autres signatures du modèle. Ils accueillent de larges jantes Campagnolo en magnésium, facilement identifiables à leurs cinq ouvertures circulaires. À l’arrière, les roues de 15 pouces atteignent 11 pouces de largeur et reçoivent des pneumatiques Pirelli P7 particulièrement imposants. Cette combinaison donne à la Silhouette une assise beaucoup plus agressive que celle de l’Urraco dont elle dérive.

Cette évolution s’inscrit dans une histoire du moteur central déjà bien établie chez Lamborghini. La Lamborghini Miura avait imposé cette architecture au sommet de la gamme dès les années 1960. La Silhouette applique une philosophie comparable de concentration des organes mécaniques derrière l’habitacle, mais dans un ensemble plus compact animé par un V8.

Un V8 3 litres monté transversalement

La Silhouette reprend le V8 atmosphérique de l’Urraco P300. Installé transversalement derrière les occupants, ce moteur en alliage léger affiche environ 3 litres de cylindrée et possède quatre arbres à cames en tête, deux par rangée de cylindres. Son alimentation repose sur quatre carburateurs Weber double corps.

Dans sa spécification européenne, la puissance généralement retenue est de 260 ch à 7 500 tr/min. Certaines documentations donnent 265 bhp ou environ 269 ch selon les unités et les spécifications considérées. Cette différence ne traduit donc pas nécessairement une évolution mécanique du modèle. Le couple se situe autour de 273 Nm, avec des valeurs publiées comprises approximativement entre 272 et 275 Nm.

La puissance est envoyée exclusivement aux roues arrière par une boîte manuelle à cinq rapports. Avec une masse généralement donnée autour de 1 240 kg, la Silhouette peut atteindre environ 260 km/h et réaliser le 0 à 100 km/h en approximativement 6,5 secondes. Ces performances la placent parmi les sportives rapides de son époque sans chercher à concurrencer directement la Lamborghini Countach et son V12.

Le châssis conserve quatre roues indépendantes avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques. Le freinage repose sur quatre disques ventilés. L’association de cette architecture, du moteur central transversal et des pneus Pirelli P7 très larges distingue techniquement la Silhouette des grandes GT Lamborghini à moteur avant.

Fiche technique de la Lamborghini Silhouette

CaractéristiqueLamborghini Silhouette
Année de présentation1976
CarrosserieCoupé deux places à toit Targa amovible
ArchitectureMoteur central arrière transversal, propulsion
MoteurV8 atmosphérique à 90 degrés
CylindréeEnviron 2 996 cm3
Alésage x course86 x 64,5 mm
Distribution4 arbres à cames en tête, 16 soupapes
Alimentation4 carburateurs Weber double corps
Puissance260 ch à 7 500 tr/min en spécification européenne couramment documentée
CoupleEnviron 273 Nm
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
TransmissionRoues arrière
Suspensions4 roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques
DirectionÀ crémaillère
Freins4 disques ventilés
JantesCampagnolo en magnésium, 15 pouces
Pneus arrièrePirelli P7 285/40 VR15
Longueur4 320 mm
Largeur1 880 mm
Hauteur1 120 mm
Empattement2 450 mm
PoidsEnviron 1 240 kg
Vitesse maximaleEnviron 260 km/h
0 à 100 km/hEnviron 6,5 s
Capacité du réservoirEnviron 80 litres

Une production extrêmement limitée

La Silhouette n’a jamais atteint les volumes envisagés pour une véritable gamme V8. La période de fabrication effective est principalement concentrée entre 1976 et 1978, même si le modèle est régulièrement répertorié jusqu’en 1979. Cette différence explique certaines variations dans les chronologies publiées.

Le décompte des voitures mérite également une distinction. La valeur la plus cohérente est de 52 exemplaires de production auxquels s’ajoutent deux prototypes, soit 54 Silhouette généralement comptabilisées au total. D’autres chiffres, notamment 53 ou 55 voitures, apparaissent dans certaines publications, mais ils proviennent de méthodes de comptage différentes ou de registres historiques incomplets.

Les numéros de châssis appartiennent à la série 400xx. Le prototype 40002 est notamment documenté comme voiture de présentation, tandis que le châssis 40058 occupe une place particulière dans l’histoire du modèle. Initialement construit comme Silhouette, cet exemplaire retournera à l’usine afin de servir au développement d’une évolution qui conduira à la Jalpa.

La faiblesse de la production rend aujourd’hui la Silhouette beaucoup plus rare que la plupart des Lamborghini de son époque. Les transactions publiques restent trop peu nombreuses pour établir une cote homogène : l’état, l’authenticité des composants et l’historique individuel de chaque châssis prennent une importance considérable sur un ensemble aussi réduit.

Le chaînon entre l’Urraco et la Jalpa

La Silhouette n’est ni une simple Urraco découvrable, ni une première version de la Jalpa. Elle constitue un modèle distinct. Par rapport à l’Urraco P300, elle abandonne la configuration 2+2, adopte son panneau de toit amovible et reçoit une carrosserie sensiblement élargie ainsi qu’un ensemble roues-pneus beaucoup plus généreux. Elle conserve en revanche le V8 trois litres et l’implantation mécanique fondamentale de sa devancière.

La Jalpa reprendra ensuite le principe de la sportive Lamborghini V8 à deux places et toit amovible, mais avec une mécanique profondément revue. Sa cylindrée passe notamment à environ 3,5 litres, tandis que la carrosserie et l’habitacle sont remaniés. Le développement du châssis 40058 montre de manière particulièrement concrète la continuité entre les deux programmes.

Cette filiation explique pourquoi la Silhouette dépasse son statut de Lamborghini rare. Elle expérimente dès 1976 une formule que la marque parviendra ensuite à rendre plus viable avec la Jalpa : une sportive compacte, découvrable, à moteur V8 central, placée sous les prestigieuses Lamborghini V12. Sa production minuscule en fait aujourd’hui le témoignage le plus rare de cette transition technique et stylistique.