Lamborghini Cheetah

Lamborghini Cheetah

Présentée en 1977, la Lamborghini Cheetah est un prototype tout-terrain à vocation militaire, très éloigné des berlinettes et grandes routières qui ont alors construit l’image de Sant’Agata Bolognese. Avec son V8 Chrysler placé derrière l’habitacle, sa transmission intégrale et sa carrosserie ouverte, elle constitue la première véritable incursion de Lamborghini dans l’univers du 4×4. Le projet ne débouche sur aucune production en série, mais ouvre une voie qui conduira progressivement à la famille LM.

Un prototype militaire présenté en 1977

Au milieu des années 1970, Lamborghini traverse une période financière délicate et cherche à diversifier ses activités. Le constructeur s’intéresse notamment aux contrats militaires, susceptibles d’offrir des volumes sans rapport avec ceux de ses voitures de sport. La Cheetah naît dans ce contexte, à travers une collaboration avec la société américaine Mobility Technology International, généralement désignée par le sigle MTI.

L’objectif est de mettre au point un véhicule tout-terrain capable de répondre à des besoins de mobilité tactique et d’intéresser notamment les forces armées américaines. Les marchés du Moyen-Orient représentent également un débouché potentiel. Le projet tranche radicalement avec les Lamborghini de route contemporaines : priorité est donnée à la capacité de franchissement, à la transmission intégrale et à une architecture suffisamment robuste pour une utilisation hors bitume.

La Cheetah apparaît publiquement au Salon de Genève en 1977. Sa présence sous le nom Lamborghini est d’autant plus spectaculaire que le constructeur expose alors des automobiles sportives basses et exotiques. La Lamborghini Countach incarne précisément cette autre facette de la marque à la même époque, avec une architecture et une vocation diamétralement opposées.

La conception du Cheetah est étroitement liée à MTI et à son président Rodney Pharis, auquel le dessin du véhicule est généralement attribué. Le développement possède donc une forte composante américaine, même si Lamborghini participe au projet et présente le prototype sous sa marque. Cette origine explique notamment l’utilisation d’un groupe motopropulseur Chrysler plutôt que d’un moteur conçu à Sant’Agata Bolognese.

Un V8 Chrysler installé derrière l’habitacle

La mécanique constitue l’une des particularités les plus importantes du Cheetah. Le prototype reçoit un V8 Chrysler atmosphérique de 5,9 litres développant 183 ch à 4 000 tr/min et 362 Nm à 2 500 tr/min. Il est associé à une boîte automatique Chrysler A727 à trois rapports et à une transmission intégrale permanente.

Le choix d’un moteur américain relativement simple répond à la vocation du véhicule, mais son implantation se révèle beaucoup plus problématique. Le V8 est placé en position arrière, derrière l’habitacle. Avec une masse d’environ deux tonnes et une importante concentration de poids sur l’arrière, cette disposition pénalise l’équilibre général du 4×4. Elle deviendra l’une des principales leçons tirées du programme.

Le Cheetah repose sur une structure tubulaire en acier. La documentation Lamborghini récente décrit une carrosserie ouverte utilisant des panneaux en aluminium, alors que plusieurs publications historiques ont longtemps mentionné de la fibre de verre. Pour caractériser le prototype présenté par Lamborghini, la description officielle en panneaux d’aluminium constitue la référence la plus solide.

Les suspensions sont indépendantes, avec doubles triangles superposés et ressorts hélicoïdaux à l’avant. L’arrière reprend une architecture apparentée complétée par un dispositif de torsion réglable. Les freins avant sont à disques ventilés et proviennent de la technologie employée sur la Countach. Malgré son apparence rudimentaire, le Cheetah n’est donc pas simplement un véhicule militaire assemblé autour d’organes utilitaires : Lamborghini lui applique aussi certaines solutions issues de son savoir-faire automobile.

Fiche technique de la Lamborghini Cheetah

CaractéristiqueLamborghini Cheetah
Année de présentation1977
TypePrototype tout-terrain à vocation militaire
CarrosserieOuverte, panneaux en aluminium
StructureChâssis tubulaire en acier
MoteurV8 Chrysler atmosphérique
CylindréeEnviron 5,9 litres
Puissance183 ch à 4 000 tr/min
Couple362 Nm à 2 500 tr/min
Implantation du moteurArrière, longitudinale
Boîte de vitessesAutomatique Chrysler A727 à 3 rapports
TransmissionIntégrale permanente
Suspension avantDoubles triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis
Suspension arrièreArchitecture indépendante avec dispositif de torsion réglable
Freins avantDisques ventilés
Empattement3 000 mm
Poids à videEnviron 2 042 kg
Vitesse maximale sur route167 km/h
Vitesse maximale sur sableEnviron 140 km/h
0 à 100 km/h9 s
Capacité de franchissement annoncéePentes de 60 à 85 %
Production1 prototype Lamborghini

Un dessin dicté par le franchissement

Visuellement, le Cheetah ne cherche presque aucun rapprochement avec les voitures de sport Lamborghini. La carrosserie est très ouverte, large et basse pour un tout-terrain militaire. Le pare-brise presque vertical domine un habitacle dépouillé, tandis que les quatre grandes roues sont rejetées vers les extrémités de la carrosserie. Les surfaces supérieures des ailes sont pratiquement horizontales et les porte-à-faux restent contenus.

La face avant se distingue par son traitement simple et fonctionnel. Sur le prototype historique, le treuil occupe une place importante et les éléments de protection privilégient manifestement la robustesse à l’aérodynamique. Les trappes d’inspection et certaines parties tubulaires visibles renforcent cette impression de machine expérimentale conçue autour de contraintes mécaniques plutôt qu’autour d’un langage stylistique traditionnel.

Cette silhouette permet aussi de distinguer facilement le Cheetah des futurs LM. Il ne faut notamment pas le considérer comme une première version du LM002 simplement équipée d’un autre moteur. Le prototype de 1977 possède sa propre architecture, notamment avec son V8 Chrysler arrière, et appartient à une phase beaucoup plus précoce du programme tout-terrain de Lamborghini.

Pourquoi le Cheetah n’est jamais entré en production

Le projet ne permet pas à Lamborghini d’obtenir le contrat militaire espéré. Surtout, l’architecture du prototype révèle des limites qui rendent nécessaire une profonde évolution. Le moteur arrière représente un handicap majeur en matière de répartition des masses, particulièrement sensible pour un véhicule appelé à évoluer sur des terrains difficiles.

Le Cheetah reste donc au stade expérimental. Lamborghini indique une production limitée à un unique prototype sous cette définition. Certains récits historiques mentionnent d’autres châssis ou véhicules liés à MTI et à Teledyne, mais leur statut ne permet pas de les comptabiliser simplement comme des Lamborghini Cheetah supplémentaires. De la même manière, le récit selon lequel l’unique prototype aurait été détruit au cours d’essais militaires n’est pas suffisamment établi pour être présenté comme un fait certain.

L’échec commercial ne signifie pourtant pas l’abandon immédiat du principe. Au début des années 1980, Lamborghini reprend le dossier avec de nouveaux prototypes de la famille LM. Cette phase de développement explore différentes mécaniques et configurations. Le Lamborghini LM004 illustre notamment les expérimentations poursuivies autour de cette famille avant la définition du véhicule finalement commercialisé.

Du Cheetah au Lamborghini LM002

La rupture technique décisive intervient lorsque Lamborghini abandonne le principe du moteur arrière pour placer la mécanique à l’avant. Cette évolution améliore la répartition des masses et permet surtout d’associer le concept de grand tout-terrain à l’un des éléments les plus caractéristiques de la marque : son V12. Le LMA002 constitue une étape essentielle de cette transformation avant le passage à la série.

En 1986, le Lamborghini LM002 concrétise enfin le programme. Il ne reprend pas simplement la mécanique du Cheetah : le changement de moteur et d’implantation traduit près d’une décennie d’évolution. La filiation tient davantage à l’idée initiale d’un imposant Lamborghini à quatre roues motrices capable de quitter la route qu’à une continuité technique directe.

Cette branche reste longtemps isolée dans l’histoire de la marque. Après l’arrêt du LM002, Lamborghini se recentre sur ses voitures de sport pendant plusieurs décennies. Le Lamborghini Urus Concept présenté en 2012 réintroduit officiellement l’idée d’un véhicule Lamborghini à quatre portes, transmission intégrale et garde au sol élevée, mais dans un contexte désormais entièrement civil et orienté vers le marché des SUV de hautes performances.

La place du Cheetah dans l’histoire des SUV Lamborghini

Le Cheetah occupe une position singulière parce qu’il précède de près de quarante ans l’expansion de Lamborghini sur le marché des SUV. Sa vocation militaire, son moteur Chrysler et son développement transatlantique en font toutefois un projet très différent des véhicules modernes de la marque. Il serait donc excessif d’y voir un SUV sportif au sens actuel : en 1977, il s’agit d’abord d’un prototype tout-terrain conçu pour répondre à un cahier des charges fonctionnel.

La continuité historique devient néanmoins évidente lorsqu’on observe la succession Cheetah, prototypes LM, LM002 puis Lamborghini Urus. Ces véhicules n’appartiennent pas à une même génération et ne partagent pas une architecture commune, mais ils matérialisent à différentes époques la volonté de Lamborghini d’appliquer son identité à un véhicule lourd, puissant et capable d’évoluer hors du cadre traditionnel de la supercar.

Le prototype de 1977 reste surtout révélateur de la capacité de Lamborghini à explorer des directions inattendues. Son V8 américain arrière et son objectif militaire seront rapidement abandonnés, tandis que l’idée fondamentale du grand tout-terrain à transmission intégrale survivra. C’est précisément cette transformation, plutôt que les performances du prototype lui-même, qui donne au Cheetah sa place particulière dans l’histoire de Sant’Agata Bolognese.