Présentée au Salon de Londres d’Earls Court en octobre 1954, la Jaguar XK140 succède à la Jaguar XK120. Elle en conserve la silhouette immédiatement reconnaissable et le six cylindres XK, mais corrige plusieurs limites de sa devancière. Plus habitable, plus confortable et dotée d’une direction à crémaillère, elle traduit la volonté de Jaguar de transformer sa spectaculaire sportive d’après-guerre en une automobile plus facile à utiliser au quotidien, sans renoncer à ses performances.
La XK140 reste relativement proche de la XK120 sur le plan architectural. Son évolution se joue surtout dans les détails techniques et ergonomiques. Le moteur et la cloison sont avancés d’environ 76 mm afin de dégager davantage d’espace pour les occupants, tandis que les suspensions sont revues et que l’équipement progresse. Ces changements répondent notamment aux attentes du marché nord-américain, devenu essentiel pour Jaguar au milieu des années 1950.
Une évolution profonde de la XK120
Jaguar ne repart pas d’une feuille blanche pour développer la XK140. La voiture conserve un châssis séparé et l’essentiel des proportions de la XK120. Sous la carrosserie, elle reçoit cependant plusieurs modifications qui changent sensiblement son comportement et son agrément. L’adoption d’une direction à crémaillère constitue l’une des plus importantes. Plus directe, elle participe à rendre la voiture plus précise et plus moderne à conduire.
À l’arrière, le pont rigide et les ressorts à lames semi-elliptiques sont conservés, mais Jaguar adopte des amortisseurs télescopiques et revoit le débattement de suspension. À l’avant, la XK140 reste fidèle aux roues indépendantes, aux doubles triangles et aux barres de torsion. Les quatre freins demeurent à tambour, les disques étant réservés à cette époque aux développements sportifs de la marque.
Le déplacement du groupe motopropulseur vers l’avant profite directement à l’habitacle. Les versions fermées Fixed Head Coupé et Drop Head Coupé peuvent accueillir de petites places arrière occasionnelles, tandis que l’Open Two Seater reste un strict deux-places. Cette recherche d’habitabilité illustre bien le positionnement de la XK140, moins radical que ne pouvait le paraître la première XK120 et davantage tournée vers le grand tourisme.
Trois carrosseries et une identité visuelle spécifique
La gamme comprend trois carrosseries d’usine. L’Open Two Seater, souvent appelé Roadster aux États-Unis, représente l’interprétation la plus dépouillée. Le Fixed Head Coupé propose un toit fixe et un habitacle plus protecteur, tandis que le Drop Head Coupé associe une capote plus élaborée à une présentation davantage orientée vers le grand tourisme.
Malgré sa parenté évidente avec la XK120, la XK140 peut être reconnue sans ouvrir son capot. Sa calandre devient plus imposante et reçoit sept larges barres verticales ainsi qu’un emblème Jaguar. Les pare-chocs avant et arrière sont sensiblement plus développés, avec des butoirs verticaux, tandis que des clignotants apparaissent à l’avant. Une baguette chromée court au centre du capot et se retrouve sur la partie arrière de la carrosserie.
Les voitures équipées de roues acier peuvent conserver les jupes couvrant partiellement les roues arrière, élément caractéristique de la silhouette des premières XK. Les roues à rayons à fixation centrale, proposées selon la configuration, imposent en revanche la suppression de ces éléments. Cette différence explique pourquoi deux XK140 parfaitement conformes à leur spécification d’époque peuvent présenter une allure assez différente.
Le six cylindres XK et les versions les plus performantes
Sous le long capot se trouve le célèbre six cylindres en ligne XK de 3 442 cm3, doté de deux arbres à cames en tête. Dans sa configuration standard, Jaguar annonce 190 bhp. Le moteur est installé longitudinalement et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports. Un overdrive Laycock de Normanville peut compléter la transmission selon la version et l’équipement.
Les variantes à hautes performances reçoivent une culasse dérivée de celle de la Jaguar C-Type, accompagnée notamment de carburateurs SU de plus grand diamètre. La puissance annoncée atteint alors environ 210 bhp à 5 750 tr/min. Les appellations peuvent varier avec les marchés, la désignation SE étant notamment employée en Grande-Bretagne tandis que MC est associée aux voitures nord-américaines à spécification renforcée.
Il faut distinguer ces puissances historiques en bhp des valeurs parfois présentées comme des chevaux DIN dans les fiches modernes. Les chiffres Jaguar de 190 et 210 bhp correspondent aux normes de puissance utilisées à l’époque et une conversion directe en une prétendue valeur DIN constructeur serait trompeuse.
La XK140 fait également évoluer l’offre de transmission. À partir de 1956, certaines versions peuvent recevoir une boîte automatique Borg-Warner. Cette possibilité est particulièrement significative pour le marché américain et fait de la XK140 la première sportive Jaguar proposée avec une transmission automatique.
Fiche technique de la Jaguar XK140
| Caractéristique | Jaguar XK140 |
|---|---|
| Présentation | Octobre 1954 |
| Période de production | 1954 à 1957 |
| Carrosseries | Open Two Seater, Fixed Head Coupé, Drop Head Coupé |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Structure | Carrosserie sur châssis séparé |
| Moteur | 6 cylindres en ligne Jaguar XK, double arbre à cames en tête |
| Cylindrée | 3 442 cm3 |
| Alésage x course | 83 x 106 mm environ |
| Alimentation | Deux carburateurs SU |
| Puissance standard | 190 bhp |
| Puissance avec culasse C-Type | Environ 210 bhp à 5 750 tr/min |
| Boîte manuelle | 4 rapports, overdrive disponible selon configuration |
| Boîte automatique | Borg-Warner disponible à partir de 1956 sur certaines versions |
| Suspension avant | Roues indépendantes, doubles triangles, barres de torsion |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques, amortisseurs télescopiques |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | 4 tambours hydrauliques de 12 pouces |
| Pneumatiques | 6.00 x 16 |
| Empattement | 2 591 mm |
| Longueur | Environ 4 470 mm |
| Largeur | Environ 1 638 mm |
| Poids | Environ 1 300 à 1 420 kg selon carrosserie, équipement et méthode de mesure |
| Vitesse maximale | Environ 200 km/h selon version et conditions de mesure |
| Production | Environ 8 900 exemplaires, total exact variable selon la méthode de comptage |
Performances et place de la XK140 en compétition
La dénomination XK120 avait été directement associée à une vitesse maximale spectaculaire pour son époque. La XK140 poursuit cette tradition, mais ses performances varient avec la carrosserie, le moteur, la transmission et les conditions de mesure. Jaguar annonçait environ 125 mph, soit un peu plus de 200 km/h, pour certaines configurations. Un essai américain d’une XK140 MC en 1955 mesura pour sa part 120,3 mph de moyenne sur des passages dans les deux sens et un 0 à 60 mph en 8,4 secondes.
Ces chiffres illustrent le niveau de performances de la voiture sans pour autant faire de la XK140 la principale Jaguar de compétition de son époque. Au milieu des années 1950, l’usine concentre ses ambitions sportives sur des machines spécialement conçues pour la course, en particulier la Jaguar D-Type. La XK140 reste avant tout une sportive routière, même si des pilotes privés l’engagent en compétition.
Une XK140 Fixed Head Coupé participe ainsi aux 24 Heures du Mans 1956 avec Peter Bolton et Robert Walshaw. La voiture atteint 209 tours mais est disqualifiée après un ravitaillement effectué trop tôt au regard du règlement. Cet engagement reste intéressant précisément parce qu’il est atypique : la XK140 n’a jamais été développée comme la remplaçante sportive des C-Type ou D-Type.
Production et diffusion internationale
La production totale est généralement située autour de 8 900 exemplaires, mais les archives et registres spécialisés ne donnent pas tous exactement le même résultat. On rencontre notamment 8 884, 8 950 ou 8 956 voitures, les écarts provenant en partie des méthodes de comptage et des numéros de châssis. Le chiffre le plus rigoureux à retenir à l’échelle de la gamme reste donc un ordre de grandeur plutôt qu’un total artificiellement précis.
Les trois carrosseries se répartissent de manière relativement équilibrée. Un registre spécialisé comptabilise environ 3 354 Open Two Seater, 2 807 Fixed Head Coupé et 2 789 Drop Head Coupé. La très forte proportion de voitures à conduite à gauche montre surtout l’importance des exportations : les États-Unis constituent alors un débouché fondamental pour Jaguar et influencent directement l’évolution de la gamme.
Cette orientation internationale explique aussi le caractère plus polyvalent de la XK140. La possibilité d’obtenir une boîte automatique, l’amélioration de l’espace intérieur et la présentation plus confortable des coupés répondent à une clientèle qui souhaite les performances et l’image d’une sportive britannique sans nécessairement accepter toutes les contraintes d’un roadster dépouillé.
De la XK140 à la XK150
La carrière de la XK140 est courte. Dès 1957, elle cède progressivement sa place à la Jaguar XK150. Cette dernière se distingue davantage de la XK120 originelle, avec une carrosserie modernisée, un pare-brise panoramique et, surtout, la généralisation des freins à disque qui matérialise les progrès accomplis par Jaguar en compétition.
La XK140 occupe ainsi une position très précise dans l’évolution des sportives de Coventry. Elle conserve les lignes étroites et les ailes galbées de la première génération tout en introduisant une utilisation plus civilisée et plusieurs améliorations qui annoncent la XK150. Cette succession des XK forme ensuite l’un des socles techniques et culturels sur lesquels Jaguar développe la Jaguar E-Type, présentée en 1961 avec une architecture et une carrosserie entièrement nouvelles.




