Jaguar Xk120

Jaguar Xk120

Présentée au salon de Londres d’Earls Court en octobre 1948, la Jaguar XK120 devait d’abord servir d’écrin au nouveau six cylindres XK de la marque. Son accueil transforma cette démonstration technique en véritable modèle de série. Avec sa carrosserie basse et fluide, son moteur à double arbre à cames en tête et une vitesse maximale voisine de 200 km/h en configuration routière, elle plaça immédiatement Jaguar parmi les constructeurs de voitures de sport les plus en vue de l’après-guerre.

Une sportive née autour du nouveau moteur XK

À la fin des années 1940, Jaguar prépare un six cylindres particulièrement moderne destiné à sa future grande berline. Cette dernière, la Jaguar Mark VII, n’étant pas prête à temps pour le salon de Londres de 1948, William Lyons choisit de présenter le moteur dans une sportive spectaculaire. La XK120 naît donc en partie comme une vitrine technique, avant que l’enthousiasme suscité par la voiture ne pousse Jaguar à l’industrialiser.

Le moteur XK est développé sous la responsabilité de William Heynes, avec notamment Walter Hassan et Claude Baily. Il adopte une architecture ambitieuse pour une automobile de série de cette époque : six cylindres en ligne, 3 442 cm³, culasse en alliage léger et deux arbres à cames en tête. La version standard de la XK120 développe environ 160 bhp, une puissance importante à la fin des années 1940.

Pour recevoir cette mécanique, Jaguar utilise un châssis séparé dérivé et raccourci de celui de la Jaguar Mark V. La suspension avant est indépendante, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide suspendu par ressorts à lames. La transmission reste classique avec moteur longitudinal avant, boîte manuelle à quatre rapports et roues arrière motrices.

Le nom XK120 fait directement référence au moteur XK et à l’objectif des 120 mph, soit environ 193 km/h. Cette valeur, remarquable pour une voiture de route de l’époque, sera effectivement dépassée. Lors d’un essai publié en 1949, une XK120 atteint environ 200,5 km/h, confirmant que la promesse contenue dans son appellation n’était pas simplement publicitaire.

Du roadster en aluminium à une véritable gamme XK120

Les premières XK120 sont des Open Two Seater, souvent appelées Roadster, construites selon des méthodes adaptées à une petite série. Leur carrosserie utilise largement l’aluminium. Jaguar n’avait pas prévu une demande aussi importante et cette fabrication artisanale devient rapidement incompatible avec le succès commercial de la voiture.

À partir de 1950, la production évolue donc vers une carrosserie principalement en acier, mieux adaptée aux volumes désormais envisagés. Le dessin général reste pratiquement intact : très long capot, cockpit rejeté vers l’arrière, ailes galbées, petite calandre verticale et poupe arrondie. Les XK120 équipées de roues acier peuvent recevoir des carénages sur les roues arrière, tandis que les roues à rayons nécessitent leur suppression pour accéder aux fixations centrales.

Le roadster d’origine est la variante la plus dépouillée. Son pare-brise bas en deux parties, ses portes profondément échancrées et ses protections latérales amovibles privilégient l’esprit sportif. Le Fixed Head Coupé enrichit ensuite la gamme avec un toit fixe, de véritables vitres descendantes et un habitacle plus confortable. Le Drop Head Coupé apparaît à son tour avec une capote plus élaborée et un équipement proche de celui du coupé.

Jaguar propose également une spécification Special Equipment, appelée fréquemment M sur le marché américain. Elle associe différents équipements sportifs et évolutions mécaniques selon la période. Il faut la distinguer des XK120 spécialement préparées pour la compétition, certaines pouvant recevoir des développements beaucoup plus poussés, notamment autour de la culasse de type C.

Fiche technique de la Jaguar Xk120

CaractéristiqueJaguar XK120
Présentation1948, Earls Court Motor Show à Londres
Production1949 à 1954 pour les voitures clientes, présentation initiale en 1948
CarrosseriesOpen Two Seater, Fixed Head Coupé, Drop Head Coupé
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
Moteur6 cylindres en ligne XK, essence
Cylindrée3 442 cm³
DistributionDouble arbre à cames en tête, 12 soupapes
Alésage x course83 x 106 mm
AlimentationDeux carburateurs SU H6 sur la version standard
Puissance standardEnviron 160 bhp à 5 000 tr/min
CoupleEnviron 264 à 265 Nm à 2 500 tr/min
Boîte de vitessesManuelle Moss à 4 rapports
StructureChâssis séparé, carrosserie aluminium sur les premières voitures puis principalement acier
Suspension avantIndépendante, doubles triangles et barres de torsion
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionÀ recirculation de billes
FreinsTambours hydrauliques aux quatre roues
PneumatiquesGénéralement 6.00 x 16
Empattement2 591 mm
LongueurEnviron 4 394 à 4 420 mm selon les sources et configurations
LargeurEnviron 1 562 mm
HauteurEnviron 1 333 à 1 359 mm selon carrosserie et source
PoidsEnviron 1,2 à 1,3 tonne pour l’OTS selon la convention de mesure
Vitesse maximaleEnviron 200 km/h pour une XK120 standard
0 à 60 mph10,0 s lors d’un essai d’époque publié en 1949

Les records de vitesse qui construisent sa réputation

La XK120 ne tarde pas à justifier son nom. Le 30 mai 1949, Jaguar organise une démonstration sur une route rapide près de Jabbeke, en Belgique. Dans une configuration optimisée comprenant notamment un petit saute-vent et un rapport de pont adapté, la voiture réalise une moyenne de 132,6 mph sur des passages en sens opposés, soit environ 213,4 km/h. Une configuration avec couvre-tonneau permet également d’approcher 135 mph, environ 217 km/h.

Ces résultats sont parfois présentés comme la vitesse maximale d’une XK120 standard, ce qui demande une distinction. La voiture utilisée bénéficiait d’éléments favorisant la vitesse de pointe. L’intérêt historique de la démonstration reste néanmoins considérable : une automobile étroitement dérivée du modèle vendu au public pouvait dépasser très largement les 200 km/h en 1949.

Un autre épisode spectaculaire intervient en août 1952 sur l’anneau de Montlhéry. Le Fixed Head Coupé immatriculé LWK 707 roule pendant sept jours et sept nuits avec Stirling Moss, Jack Fairman, Bert Hadley et Leslie Johnson. Malgré un incident mécanique, il parcourt 16 851,73 miles, soit plus de 27 000 km, à une moyenne finale de 100,31 mph, environ 161,4 km/h. Cette tentative permet d’établir plusieurs records mondiaux et de classe et démontre autant l’endurance du moteur XK que la vitesse de la voiture.

De la XK120 de série aux victoires Jaguar en compétition

La compétition joue très tôt un rôle dans la carrière de la XK120. Trois exemplaires proches de la série sont notamment engagés aux 24 Heures du Mans 1950. Jaguar comprend alors qu’un moteur performant ne suffit pas pour viser durablement la victoire : il faut une voiture plus légère, plus aérodynamique et spécifiquement conçue pour l’endurance.

Cette expérience conduit au développement de la XK120-C, rapidement connue sous le nom de Jaguar C-Type. Malgré son appellation d’origine, cette dernière ne doit pas être considérée comme une simple XK120 modifiée. Sa structure tubulaire et sa carrosserie de compétition en font un modèle distinct, même si le moteur XK et plusieurs solutions mécaniques établissent une filiation directe.

La XK120 connaît parallèlement une carrière importante en rallye. Ian Appleyard et Patricia Lyons, fille de William Lyons, obtiennent de nombreux résultats avec la célèbre NUB 120. Leurs performances dans la Coupe des Alpes, le RAC Rally et plusieurs grandes épreuves européennes contribuent à installer l’image d’une sportive capable d’être rapide sur circuit comme résistante sur de longues distances.

Les succès obtenus avec cette première génération alimentent une politique sportive qui culminera avec les prototypes Jaguar spécialisés. Après la C-Type, la Jaguar D-Type pousse beaucoup plus loin le travail sur l’aérodynamique et la construction légère, tout en conservant le six cylindres XK au coeur de son architecture mécanique.

Un dessin devenu emblématique des sportives Jaguar

William Lyons donne à la XK120 une silhouette immédiatement identifiable. La calandre étroite et verticale structure une face avant dominée par deux projecteurs ronds et de grandes ailes. Le capot très long descend vers le nez tandis que l’habitacle compact se place près du train arrière. Les volumes sont continus, avec peu d’ornements susceptibles d’interrompre les courbes de la carrosserie.

Cette forme spectaculaire n’impose pourtant pas une mécanique exotique. Sous la carrosserie se trouvent un châssis séparé, un essieu arrière rigide et des freins à tambour, solutions encore conventionnelles. C’est surtout l’association de cette base robuste avec le six cylindres XK, la suspension avant indépendante et une aérodynamique favorable qui explique les performances de la voiture.

La production totale fait l’objet de légères divergences dans les archives et publications. Les décomptes les plus courants se situent autour de 12 000 exemplaires, avec notamment des totaux publiés de 12 045, 12 055 ou 12 061 voitures selon la méthode retenue. Les toutes premières XK120 à carrosserie aluminium représentent une fraction beaucoup plus réduite, généralement estimée à environ 200 à 240 exemplaires.

De la XK120 à la XK150

En 1954, la Jaguar XK140 prend directement la relève. Elle conserve les principes fondamentaux de la XK120 tout en cherchant davantage de facilité d’utilisation et d’espace intérieur. Le moteur est déplacé vers l’avant, la direction évolue vers une crémaillère et l’aménagement devient plus adapté à une utilisation de grand tourisme.

La famille poursuit ensuite son évolution avec la Jaguar XK150, dont la carrosserie modernisée et les évolutions techniques éloignent progressivement la lignée de la XK120 originelle. Le six cylindres XK, lui, survit largement à cette première famille de sportives.

Cette mécanique accompagne finalement une autre rupture stylistique majeure avec la Jaguar E-Type au début des années 1960. Entre la XK120 de 1948 et cette nouvelle génération, Jaguar passe d’une sportive créée presque dans l’urgence pour présenter un moteur à une lignée complète de voitures de route et de compétition bâties autour de la même architecture mécanique.