La Maserati Tipo 61 Birdcage est une voiture de sport-prototype de compétition apparue en 1959 pour prendre la suite de la Tipo 60. Conçue sous la direction de Giulio Alfieri, elle reprend le principe d’un châssis tubulaire extrêmement léger et rigide, associé à une carrosserie barquette en aluminium. Son surnom « Birdcage », qui signifie « cage à oiseaux », vient de cette structure composée d’environ 200 petits tubes d’acier soudés.
La Tipo 61 se distingue surtout par une approche différente de celle des prototypes de grosse cylindrée de son époque. Avec environ 600 kg et un quatre cylindres de 2,9 litres développant 250 ch, elle privilégie le rapport entre masse, puissance, rigidité et efficacité aérodynamique. Destinée principalement aux courses de voitures de sport et d’endurance, elle connaît ses plus grands succès avec des équipes privées, notamment l’écurie américaine Camoradi.
La naissance de la Maserati Tipo 61
Le projet Birdcage apparaît dans un contexte difficile pour Maserati. À la fin des années 1950, la marque cherche à poursuivre son activité en compétition tout en maîtrisant les coûts et en développant une voiture capable de rivaliser avec des prototypes plus puissants. La famille Orsi confie alors à Giulio Alfieri une grande liberté technique pour concevoir une voiture de sport particulièrement légère.
Le premier résultat est la Tipo 60, développée et construite en 1959. Son châssis multitubulaire constitue l’élément central du projet. Plutôt que d’utiliser une structure traditionnelle plus lourde, les ingénieurs assemblent un réseau très dense de petits tubes d’acier formant des triangles. La solution offre une rigidité élevée pour une masse réduite et permet également de placer le moteur très bas dans la voiture.
La Tipo 60 fait rapidement ses preuves. Le 12 juillet 1959, Stirling Moss remporte à Rouen une épreuve au volant de cette voiture, démontrant immédiatement le potentiel du nouveau châssis. Cette première victoire ne correspond toutefois pas encore à la Tipo 61. La version 61 apparaît plus tard dans l’année, avec une évolution destinée notamment à répondre aux besoins de la catégorie 3 litres.
En novembre 1959, le moteur passe ainsi de 1 990 à environ 2 890 cm3. La nouvelle voiture reçoit la désignation Tipo 61. Cette évolution permet à Maserati de disposer d’une voiture mieux adaptée aux courses internationales d’endurance et notamment aux contraintes du Mans. La production se poursuit jusqu’au début de 1961, les deux derniers exemplaires étant assemblés en janvier et février de cette année.
Un châssis qui explique le surnom Birdcage
La caractéristique la plus spectaculaire de la Tipo 61 n’est pas son moteur, mais son châssis. Environ 200 tubes d’acier de petit diamètre sont soudés pour former un treillis spatial particulièrement complexe. Le résultat ressemble visuellement à une cage métallique, ce qui explique le surnom Birdcage donné à la famille Tipo 60 et Tipo 61.
La structure est conçue pour obtenir une rigidité élevée sans augmenter inutilement le poids. Le châssis seul est souvent donné autour de 35 à 36 kg. Cette recherche de légèreté concerne également la carrosserie, réalisée en aluminium par Gentilini et Allegretti. La barquette adopte une silhouette très basse, avec un long capot, des ailes séparées et un cockpit ouvert à deux places.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant, mais son implantation est particulièrement reculée et il est incliné d’environ 45 degrés. Cette disposition permet d’abaisser le centre de gravité et de conserver un capot très bas. La transmission et le train arrière participent également à la répartition des masses recherchée par les ingénieurs.
La suspension avant est indépendante, tandis que l’arrière utilise un essieu De Dion. La direction à crémaillère et les quatre freins à disque hydrauliques témoignent de la recherche de précision et d’efficacité caractéristique de la voiture. L’ensemble donne à la Tipo 61 un comportement particulièrement adapté aux circuits sinueux comme aux épreuves d’endurance.
Fiche technique de la Maserati Tipo 61 Birdcage
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Constructeur | Maserati |
| Modèle | Tipo 61 Birdcage |
| Première apparition | 1959 |
| Production | 1959 à 1961 |
| Carrosserie | Barchetta biplace ouverte |
| Châssis | Treillis spatial tubulaire en acier, environ 200 tubes |
| Carrosserie | Aluminium |
| Moteur | 4 cylindres en ligne, essence atmosphérique |
| Cylindrée | 2 890 cm3 |
| Distribution | Double arbre à cames en tête |
| Alimentation | Deux carburateurs Weber |
| Allumage | Double allumage |
| Lubrification | Carter sec |
| Implantation | Moteur longitudinal avant, incliné à 45 degrés |
| Puissance | Environ 250 ch |
| Régime maximal | Environ 6 800 à 7 000 tr/min selon la documentation |
| Transmission | Propulsion arrière |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports avec marche arrière |
| Transmission finale | Différentiel arrière, architecture de type transaxle |
| Suspension avant | Indépendante, triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Essieu De Dion, ressort à lames transversal et amortisseurs télescopiques |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Quatre freins à disque hydrauliques |
| Roues | Roues à rayons, généralement de 16 pouces |
| Longueur | Environ 3,80 m |
| Largeur | Environ 1,50 m |
| Hauteur | Environ 1,00 m |
| Empattement | Environ 2,20 m |
| Poids | Environ 600 kg |
| Vitesse maximale | Environ 285 km/h |
Une voiture pensée pour l’endurance
La Tipo 61 n’est pas conçue comme une simple évolution de la Tipo 60 destinée à augmenter la puissance. Son moteur de 2 890 cm3 reste un quatre cylindres, choix qui permet de conserver une mécanique relativement compacte et légère face aux moteurs de plus grosse cylindrée utilisés par certains concurrents. Avec environ 250 ch pour seulement 600 kg, le rapport poids puissance devient l’un de ses principaux atouts.
La boîte manuelle à cinq rapports est associée à une transmission arrière de type transaxle. Cette disposition contribue à la répartition des masses et s’inscrit dans une philosophie technique proche de certaines solutions employées sur les monoplaces de la marque. La Maserati 250F constitue notamment un point de comparaison pertinent pour comprendre la continuité des recherches de Maserati en matière de mécanique de compétition.
La vitesse maximale annoncée atteint environ 285 km/h. Sur le circuit des 24 Heures du Mans en 1960, une Tipo 61 est parvenue à atteindre 270 km/h, une performance particulièrement élevée pour une voiture de sport de 3 litres. Les valeurs d’accélération et de consommation publiées dans certaines sources secondaires sont moins solidement documentées et ne constituent pas des caractéristiques d’origine suffisamment établies.
La Tipo 61 en compétition
La carrière sportive de la Tipo 61 est étroitement liée aux équipes privées américaines. Camoradi devient l’un de ses principaux utilisateurs et engage plusieurs voitures dans les grandes épreuves internationales. La présence de pilotes de premier plan contribue à faire connaître le potentiel du prototype bien au-delà de l’Italie.
En 1960, Stirling Moss remporte le Grand Prix Libertad de Cuba au volant d’une Tipo 61. La voiture devance notamment une Ferrari 250 TR pilotée par Pedro Rodríguez. La même année, Moss et Dan Gurney remportent les 1 000 km du Nürburgring avec une Tipo 61 engagée par Camoradi. Une autre Tipo 61 termine troisième de cette épreuve avec Masten Gregory et Gino Munaron.
Le Nürburgring devient ainsi l’un des circuits emblématiques de la Birdcage. En 1961, Masten Gregory et Lloyd Casner offrent une nouvelle victoire absolue à la Tipo 61 dans les 1 000 km du Nürburgring. Cette performance confirme la compétitivité du prototype alors que Maserati prépare déjà la génération suivante de ses voitures de sport.
Les 24 Heures du Mans 1960 constituent en revanche une déception. Trois Tipo 61 sont engagées par Camoradi, mais aucune ne rallie l’arrivée. Les abandons sont notamment liés à des problèmes électriques et de transmission. La voiture reste néanmoins suffisamment rapide pour signer une pointe d’environ 270 km/h sur le circuit de la Sarthe.
La Tipo 61 participe également à de nombreuses épreuves américaines et européennes, notamment des courses de voitures de sport, des épreuves de côte et des compétitions d’endurance. Stirling Moss, Dan Gurney, Masten Gregory, Lloyd Casner, Carroll Shelby, Jim Hall et Ken Miles figurent parmi les pilotes associés à différents exemplaires au cours de leur carrière.
Une production très limitée et des exemplaires recherchés
La Tipo 61 est produite en très petite série. Maserati retient le chiffre de 17 Tipo 61, en incluant une Tipo 60 transformée en Tipo 61. Certaines sources spécialisées retiennent 16 voitures, selon leur méthode de comptage des conversions. Cette différence explique les chiffres divergents rencontrés dans les historiques de la Birdcage.
Les numéros de châssis sont particulièrement importants pour comprendre l’histoire de chaque voiture. Certains exemplaires ont connu plusieurs propriétaires, des accidents, des transformations ou des carrières sportives très différentes. Le châssis 2461 est notamment associé aux victoires de la Camoradi au Nürburgring, tandis que certains autres exemplaires ont été profondément modifiés au fil de leur carrière.
Cette rareté explique la place exceptionnelle de la Tipo 61 dans le marché des voitures de compétition historiques. Plusieurs exemplaires ont dépassé plusieurs millions de dollars aux enchères. En 2026, une Tipo 61 de 1959 carrossée par Allegretti a atteint 4,24 millions de dollars, illustrant le niveau de valorisation atteint par les exemplaires les mieux documentés et préservés.
Tipo 61, Tipo 60 et autres Maserati Birdcage
La distinction entre les différentes Birdcage est essentielle. La Tipo 60 est la première version du concept, apparue en 1959 avec un quatre cylindres de 1 990 cm3. La Tipo 61 lui succède la même année avec une cylindrée portée à 2 890 cm3 et une puissance d’environ 250 ch. Les deux modèles partagent le principe du châssis tubulaire et conservent une implantation du moteur à l’avant.
La Tipo 61 peut être replacée dans une évolution plus large des sport-prototypes Maserati. Des modèles comme la Maserati A6GCS, la Maserati 150S et la Maserati 300S permettent de suivre les étapes qui précèdent cette recherche poussée de légèreté et de rigidité. La Maserati 450S représente à l’inverse une philosophie beaucoup plus orientée vers la puissance brute avec son imposant V8.
La famille Birdcage évolue ensuite avec les Tipo 63, 64 et 65. Ces voitures ne sont pas de simples Tipo 61 dotées d’un moteur différent. Elles adoptent notamment une implantation centrale arrière et une architecture de châssis profondément renouvelée. Il est donc incorrect d’attribuer à la Tipo 61 les caractéristiques techniques de ces générations ultérieures.
Enfin, le nom Birdcage a été repris plusieurs décennies plus tard pour le concept Maserati Birdcage 75th, présenté en 2005. Cette étude dessinée par Pininfarina n’a pas de lien technique direct avec la Tipo 61. Son appellation rend hommage aux anciennes voitures de compétition, mais elle appartient à une tout autre époque et repose sur une architecture de supercar à moteur central.




