La Maserati 450S, connue en interne sous le type Tipo 54, est le spectaculaire sport-prototype à moteur V8 développé par Maserati pour viser les grandes épreuves internationales d’endurance. Apparue sous forme expérimentale en 1956 puis engagée au plus haut niveau en 1957, elle combine environ 400 ch à un poids inférieur à 800 kg. Sa carrière officielle sera brève, mais suffisamment intense pour produire une victoire aux 12 Heures de Sebring et quelques-unes des Maserati de course les plus impressionnantes des années 1950.
Du projet Tipo 54 à la Maserati 450S
Les origines de la 450S remontent à 1954, lorsque Maserati envisage un moteur de forte cylindrée pour ses voitures de sport. Le constructeur possède alors une solide expérience des prototypes, acquise notamment avec la Maserati A6GCS. Le développement du Tipo 54 est toutefois ralenti avant de reprendre en 1956, dans un contexte où Maserati cherche une arme capable de rivaliser avec les voitures les plus puissantes du Championnat du monde des voitures de sport.
La relance du programme est également liée à l’Américain Tony Parravano, dont une commande de moteurs V8 contribue à remettre le projet au premier plan. Les ingénieurs Vittorio Bellentani, Guido Taddeucci et Valerio Colotti participent à son développement. Le moteur retenu est un V8 à 90 degrés à double arbre à cames en tête par rangée de cylindres, une architecture autrement plus ambitieuse que celle du six-cylindres en ligne de la Maserati 300S.
Le premier laboratoire roulant n’est pas encore une 450S définitive. Maserati utilise le châssis 3501 d’une 350S, modifié et allongé pour recevoir le V8. Sous l’identité 4501, cette voiture participe aux essais du Grand Prix de Suède en août 1956. Elle se montre immédiatement très rapide, mais la puissance et les vibrations mettent en évidence les limites du châssis d’origine. Maserati choisit donc de développer une structure spécifique pour les voitures de 1957.
Cette période est particulièrement chargée pour la petite firme de Modène. Maserati dispute simultanément les Grands Prix avec la Maserati 250F et les grandes épreuves routières avec ses prototypes. Juan Manuel Fangio, Stirling Moss et Jean Behra se retrouvent ainsi associés à plusieurs des programmes les plus importants de la marque.
Un V8 de 4,5 litres dans une barchetta de 790 kg
La 450S définitive reçoit un V8 atmosphérique de 4 477 à 4 478 cm3, avec un alésage de 93,8 mm et une course de 81 mm. Alimenté par quatre carburateurs Weber double corps et doté d’un double allumage ainsi que d’une lubrification par carter sec, il développe environ 400 ch, certaines évolutions étant créditées d’une puissance supérieure. Dans une voiture pesant autour de 790 kg, ce moteur donne à la Maserati un rapport poids-puissance exceptionnel pour le milieu des années 1950.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant, mais la boîte à cinq rapports est regroupée avec le différentiel à l’arrière. Cette architecture transaxle contribue à mieux répartir les masses. Le châssis multitubulaire en acier reçoit une carrosserie légère en aluminium façonnée par Fantuzzi. À l’avant, les roues sont indépendantes avec doubles triangles, tandis que l’arrière utilise un essieu De Dion. Le freinage reste confié à quatre imposants tambours hydrauliques.
Les performances publiées illustrent le potentiel de l’ensemble. Plusieurs références donnent une vitesse maximale comprise autour de 310 et 320 km/h, tandis que des données historiques plus conservatrices la situent juste sous 300 km/h. Les rapports de transmission et la configuration aérodynamique pouvant varier suivant les circuits, une vitesse unique ne décrit pas toutes les 450S.
Fiche technique de la Maserati 450S
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Type | Sport-prototype biplace de compétition |
| Désignation usine | Tipo 54 |
| Première apparition | 1956 |
| Carrosserie principale | Barchetta en aluminium par Fantuzzi |
| Architecture moteur | V8 atmosphérique à 90 degrés |
| Implantation | Avant longitudinale |
| Cylindrée | 4 477 à 4 478 cm3 |
| Alésage x course | 93,8 x 81 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par rangée, 2 soupapes par cylindre |
| Alimentation | 4 carburateurs Weber 45 IDM double corps |
| Allumage | Double allumage |
| Lubrification | Carter sec |
| Puissance | Environ 400 ch, évolutions jusqu’à environ 420 ch |
| Régime de puissance | Environ 7 000 à 7 200 tr/min selon configuration |
| Couple publié | Environ 488 Nm à 5 500 tr/min |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports, disposition transaxle |
| Châssis | Structure multitubulaire en acier |
| Suspension avant | Indépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu De Dion, ressort à lame transversal |
| Direction | Vis et secteur |
| Freins | Tambours hydrauliques aux quatre roues |
| Roues | 16 pouces |
| Empattement | 2 400 mm sur la 450S définitive |
| Longueur | Environ 4 350 mm |
| Largeur | Environ 1 550 mm |
| Hauteur | Environ 1 000 mm |
| Voie avant | Environ 1 333 à 1 335 mm |
| Voie arrière | Environ 1 298 à 1 300 mm |
| Poids à sec | Environ 790 kg |
| Réservoir | Environ 140 à 180 litres selon configuration |
| Vitesse maximale publiée | Environ 300 à 320 km/h selon configuration et source |
1957, une saison entre victoires et abandons
La véritable campagne internationale de la 450S commence en 1957. Aux 1 000 km de Buenos Aires, Stirling Moss et Juan Manuel Fangio disposent déjà d’une voiture extrêmement rapide, mais la transmission ne permet pas de transformer cette performance en victoire. La revanche arrive aux 12 Heures de Sebring, où Fangio et Jean Behra imposent le châssis 4503. Ce succès constitue le résultat emblématique de la 450S et confirme qu’une fois fiable, la Maserati peut battre les meilleurs prototypes de son époque.
La suite de la saison est plus difficile. Mille Miglia, Nürburgring et Le Mans mettent à l’épreuve une mécanique très sollicitée. La puissance du V8 est un atout considérable, mais elle impose également de fortes contraintes au reste de la voiture. Maserati remporte néanmoins le Grand Prix de Suède à Kristianstad, une épreuve importante du championnat, et reste en position de jouer le titre mondial.
La décision intervient au Grand Prix du Venezuela, dernière manche de la saison. Maserati y connaît une accumulation d’accidents et d’abandons qui détruit ses chances de championnat. Ferrari décroche finalement le titre 1957. Pour Maserati, l’échec est d’autant plus lourd que la situation financière de l’entreprise ne permet plus de soutenir un programme officiel aussi coûteux.
La réglementation internationale change en 1958 avec une limitation à trois litres pour les voitures du championnat. Le V8 de 4,5 litres perd ainsi son débouché naturel au plus haut niveau. Des 450S poursuivent néanmoins leur carrière aux États-Unis, où leur puissance reste particulièrement appréciée. Certains exemplaires reçoivent alors des moteurs de cylindrée supérieure, notamment autour de 5,7 litres : ces transformations tardives ne correspondent pas à la spécification usine de référence de 1957.
La rare 450S Costin-Zagato du Mans
La majorité des 450S possède la barchetta ouverte de Fantuzzi, reconnaissable à son long capot, sa carrosserie très basse, sa grande ouverture frontale et ses roues à rayons. Pour les 24 Heures du Mans 1957, Maserati explore toutefois une solution radicalement différente. L’aérodynamicien britannique Frank Costin dessine une carrosserie fermée construite par Zagato afin de réduire la traînée et de tirer davantage parti du V8 sur les longues lignes droites de la Sarthe.
Ce coupé constitue un exemplaire particulier et non une seconde version produite en série. Son histoire est compliquée par plusieurs changements d’identité : la voiture est associée aux numéros 4506, 4501 puis 4512 au cours de son existence. Sa silhouette fermée permet de la distinguer immédiatement des spiders Fantuzzi. Dans l’histoire de Maserati, cette expérimentation rappelle aussi que les carrosseries fermées de compétition n’étaient pas nouvelles, comme l’illustrait déjà la Maserati A6GCS Berlinetta.
Une production minuscule aux identités complexes
Le nombre exact de 450S construites ne peut pas être résumé sans nuance. Les décomptes historiques oscillent généralement entre neuf et onze voitures, avec environ dix exemplaires souvent retenus. L’écart vient notamment du prototype dérivé de la 350S, des transformations ultérieures et surtout de numéros de châssis réattribués ou transférés. La succession numérique apparente des châssis ne constitue donc pas un moyen fiable de calculer la production.
Cette histoire explique aussi pourquoi deux 450S peuvent présenter des caractéristiques différentes sans nécessairement être des versions distinctes au sens commercial. Les voitures de course étaient réparées, modifiées et adaptées aux besoins des épreuves. À cela s’ajoute leur seconde carrière auprès de pilotes et propriétaires privés, particulièrement en Amérique du Nord.
Le V8 survit par ailleurs à la disparition du programme sportif officiel. Sa conception sert de point de départ au moteur développé pour la Maserati 5000 GT, même si la mécanique est profondément adaptée à un usage routier. La 450S se situe ainsi à la jonction entre les grandes Maserati de compétition des années 1950 et une nouvelle génération de GT à moteur V8.
Après la 450S, une autre approche de la compétition
L’arrêt du programme officiel ne signifie pas la disparition des prototypes Maserati. À la fin des années 1950, la marque privilégie une philosophie très différente avec la Maserati Tipo 61 Birdcage. Au lieu de poursuivre l’escalade de cylindrée de la 450S, la Birdcage recherche la légèreté à travers son célèbre treillis de petits tubes et un moteur plus compact.
La 450S reste donc étroitement liée à une période précise : celle où Maserati pouvait simultanément viser les sommets de la Formule 1 et du Championnat du monde des voitures de sport. La combinaison d’un V8 d’environ 4,5 litres, d’une carrosserie Fantuzzi extrêmement basse et d’une masse proche de 790 kg en fait l’une des expressions les plus radicales de cette stratégie. Après 1957, les changements réglementaires et la situation économique de la firme rendent ce type de programme impossible sous la même forme.




