Présentée en 1966, la Maserati Mexico est un grand coupé de tourisme à moteur V8, connu en interne sous le type AM112. Avec sa carrosserie Vignale, ses quatre places et son moteur avant, elle occupe une position particulière dans la gamme Maserati de la seconde moitié des années 1960. Moins radicale dans son dessin que la Ghibli, elle privilégie l’élégance, l’habitabilité et les performances à grande vitesse, dans la tradition des grandes GT italiennes destinées aux longs parcours.
La Mexico est également un modèle rare. La documentation historique de Maserati fait état de 482 exemplaires, répartis entre 300 voitures équipées du V8 4,2 litres et 182 dotées du 4,7 litres. Cette production limitée, associée à une histoire inhabituelle et à une mécanique directement apparentée aux grands V8 de la marque, en fait aujourd’hui l’une des Maserati routières caractéristiques de cette période.
Une naissance liée à la Maserati 5000 GT
L’histoire de la Mexico commence avant son lancement commercial. Au Salon de Turin 1965, Vignale présente un nouveau coupé Maserati. La genèse de cette voiture est traditionnellement associée à une Maserati 5000 GT accidentée, appartenant alors à un client mexicain après avoir été liée au président du Mexique Adolfo López Mateos. Revenue à Modène, cette automobile aurait servi de point de départ à une réalisation Vignale dont l’accueil encouragea Maserati à développer un véritable modèle de série.
Cette histoire explique l’origine généralement admise du nom Mexico, mais le prototype et la future AM112 ne doivent pas être confondus. La voiture commercialisée à partir de 1966 possède sa propre définition technique et n’est pas simplement une 5000 GT habillée différemment. Maserati dévoile officiellement la Mexico au Salon de Paris le 6 octobre 1966, après une apparition en Italie quelques semaines auparavant.
La nouvelle GT arrive dans une gamme en pleine transformation. La Maserati Sebring représente encore la génération des coupés à six cylindres, tandis que la Mexico affirme une montée en gamme par son V8, son gabarit et son habitacle plus généreux. Elle accompagne aussi la transition de Maserati vers des automobiles routières capables de conjuguer vitesse élevée et confort sur longue distance.
Un coupé Vignale pensé pour quatre occupants
La carrosserie est réalisée par Vignale. L’identité personnelle du styliste fait l’objet d’attributions divergentes, Virginio Vairo étant fréquemment cité tandis que d’autres références mentionnent Giovanni Michelotti. L’attribution certaine reste donc celle de la carrosserie Vignale. Le résultat tranche avec les lignes beaucoup plus spectaculaires de certaines GT italiennes contemporaines.
La Mexico adopte un profil classique de grand coupé à moteur avant. Son long capot précède un habitacle vitré aux montants relativement fins, puis un coffre nettement individualisé. La face avant se reconnaît à sa large calandre portant le Trident et à ses quatre projecteurs ronds. Les pare-chocs chromés et les surfaces relativement sobres renforcent une élégance davantage statutaire qu’agressive.
Cette philosophie permet aussi de différencier la Mexico de la Maserati Ghibli, apparue à la même époque. Toutes deux disposent d’un V8 avant et de la propulsion, mais la Ghibli privilégie une silhouette très basse et une expression plus sportive. La Mexico accorde davantage d’importance aux places arrière, à la visibilité et au confort d’un véritable grand tourisme.
L’intérieur suit la même logique. Cuir, éléments en bois et instrumentation complète créent une ambiance luxueuse sans sacrifier la vocation routière. Maserati proposait des équipements de confort inhabituels pour une sportive de cette époque, notamment les vitres électriques, la climatisation et, en option, une transmission automatique ainsi qu’une assistance de direction.
Le V8 Maserati au coeur de la Mexico
La principale caractéristique mécanique de la Mexico est son V8 atmosphérique à 90 degrés, doté de deux arbres à cames en tête par banc. Cette famille de moteurs trouve ses racines dans l’expérience acquise avec la Maserati 450S de compétition, avant d’être profondément adaptée aux exigences d’une automobile routière. La Mexico fait ainsi partie des modèles qui installent durablement le V8 dans le haut de gamme Maserati.
Deux cylindrées sont associées à l’AM112. Le 4 136 cm3 développe 260 hp à 5 000 tr/min dans les données historiques Maserati, tandis que le 4 719 cm3 atteint 290 hp à 5 200 tr/min. L’alimentation repose sur quatre carburateurs Weber double corps. La puissance est transmise aux roues arrière, normalement par une boîte manuelle ZF à cinq rapports, avec une automatique Borg-Warner à trois rapports proposée en alternative.
La parenté avec la première Maserati Quattroporte dépasse la seule présence d’un V8. La construction de la Mexico reprend les principes techniques de la grande berline avec un empattement ramené à 2 640 mm. Cette architecture privilégie la stabilité et le confort routier plutôt que la sophistication maximale du train arrière.
La suspension avant est indépendante, avec ressorts hélicoïdaux, tandis que l’arrière conserve un pont rigide associé à des ressorts à lames. Quatre freins à disque assistés assurent le ralentissement, Maserati documentant notamment des disques avant ventilés. Cette combinaison illustre bien la personnalité de la Mexico : une mécanique très performante installée dans une architecture conçue avant tout pour le grand tourisme rapide.
Fiche technique de la Maserati Mexico
| Caractéristique | Maserati Mexico 4.2 | Maserati Mexico 4.7 |
|---|---|---|
| Type usine | AM112 | AM112 |
| Période de production | 1966-1972 | 1966-1972 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes | Coupé 2 portes |
| Carrossier | Vignale | Vignale |
| Architecture moteur | V8 à 90 degrés, atmosphérique | V8 à 90 degrés, atmosphérique |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par banc, 16 soupapes | Double arbre à cames en tête par banc, 16 soupapes |
| Cylindrée | 4 136 cm3 | 4 719 cm3 |
| Alésage x course | 88 x 85 mm | 93,9 x 85 mm |
| Alimentation | 4 carburateurs Weber double corps | 4 carburateurs Weber double corps |
| Puissance | 260 hp à 5 000 tr/min | 290 hp à 5 200 tr/min |
| Implantation | Longitudinale avant | Longitudinale avant |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîte manuelle | ZF 5 rapports | ZF 5 rapports |
| Boîte optionnelle | Automatique Borg-Warner 3 rapports | Automatique Borg-Warner 3 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques | Indépendante, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts à lames, amortisseurs télescopiques | Pont rigide, ressorts à lames, amortisseurs télescopiques |
| Freins | 4 disques assistés | 4 disques assistés |
| Pneumatiques documentés | 205 VR 15 | 205 VR 15 |
| Empattement | 2 640 mm | 2 640 mm |
| Longueur | Environ 4 760 mm | Environ 4 760 mm |
| Largeur | Environ 1 720 à 1 730 mm | Environ 1 720 à 1 730 mm |
| Hauteur | Environ 1 340 à 1 360 mm | Environ 1 340 à 1 360 mm |
| Vitesse maximale annoncée | 240 km/h | 255 km/h |
| Production documentée par Maserati | 300 exemplaires | 182 exemplaires |
Une GT rapide plutôt qu’une sportive radicale
Avec 240 km/h annoncés pour la 4.2 et 255 km/h pour la 4.7, la Mexico appartient aux automobiles routières les plus rapides de son époque. Ces performances ne doivent cependant pas masquer sa vocation. L’empattement relativement long, l’habitacle quatre places, le pont arrière rigide et les nombreux équipements de confort montrent qu’elle a été pensée pour maintenir une vitesse élevée sur de longues distances plutôt que pour rechercher le comportement d’une voiture de compétition.
La version 4.7 représente l’expression la plus puissante de cette formule. Ses 290 hp lui donnent des performances importantes sans modifier la personnalité générale du modèle. La 4.2 réduit la cylindrée et la puissance tout en conservant la même architecture fondamentale. La documentation historique actuelle de Maserati présente les deux motorisations comme appartenant à la gamme dès le lancement, même si certaines sources anciennes situent l’arrivée commerciale du 4,2 litres plus tardivement.
La Mexico partage alors les catalogues Maserati avec des automobiles aux caractères très différents. La Maserati Mistral, plus compacte et animée par un six-cylindres, représente encore une autre conception de la GT. Cette diversité montre l’étendue inhabituelle de la gamme Maserati à la fin des années 1960, entre coupés traditionnels, grandes routières V8 et modèles au style beaucoup plus spectaculaire.
Une production limitée à quelques centaines d’exemplaires
La Mexico reste une automobile de petite série. Maserati indique 300 exemplaires en 4,2 litres et 182 en 4,7 litres, soit 482 voitures au total. D’autres publications historiques avancent 480 ou 485 unités, mais le total de 482 correspond à la documentation patrimoniale du constructeur et constitue la référence la plus cohérente pour décrire la production.
Les voitures ont évolué discrètement au cours de leur carrière, notamment par leurs roues et certains détails de présentation. Les premières 4.7 sont particulièrement associées aux roues à rayons Borrani, tandis que d’autres types de jantes apparaissent suivant les années et les spécifications. Ces différences imposent d’examiner la date de fabrication et la configuration individuelle d’un exemplaire plutôt que de considérer toutes les Mexico comme strictement identiques.
La production s’achève en 1972 selon les archives historiques Maserati. La Mexico n’a pas de successeur unique et immédiat : l’évolution de la gamme et l’arrivée d’autres GT redistribuent progressivement son rôle. Bien plus tard, la Maserati Kyalami retrouvera néanmoins une formule comparable, celle d’un coupé V8 à quatre places davantage orienté vers le grand tourisme que vers la recherche d’une silhouette de supercar.




