Maserati Ghibli

Maserati Ghibli

Présentée au Salon de Turin en novembre 1966, la Maserati Ghibli est une grande GT à moteur avant dessinée par Giorgetto Giugiaro, alors chez Ghia. Connue sous le type AM115, cette première Ghibli associe une carrosserie particulièrement basse à un V8 Maserati de 4,7 litres et à une architecture de propulsion classique. Les premières livraisons interviennent en 1967. Son nom, emprunté à un vent chaud d’Afrique du Nord, sera ensuite réutilisé par Maserati sur deux lignées très différentes.

La naissance de la Ghibli au Salon de Turin 1966

Au milieu des années 1960, Maserati dispose déjà d’une solide gamme de voitures de grand tourisme. La nouvelle Ghibli doit cependant adopter une personnalité plus sportive et spectaculaire. Elle s’inscrit aux côtés de modèles à V8 comme la Maserati Mexico, mais avec une silhouette beaucoup plus basse et une présentation davantage tournée vers la haute performance.

Le projet technique est étroitement associé à Giulio Alfieri, ingénieur majeur de Maserati. Pour la carrosserie, Ghia confie le dessin à Giorgetto Giugiaro. Celui-ci imagine un coupé extrêmement bas, construit autour d’un long capot presque horizontal, d’un habitacle reculé et d’un arrière fastback. La voiture est dévoilée le 3 novembre 1966 sur le stand Ghia du Salon de Turin. Le modèle de série devient une 2+2 et les premières voitures sont livrées à partir de mars 1967.

La fabrication fait intervenir plusieurs spécialistes italiens. Maserati assure l’assemblage à Modène, tandis que Vignale réalise les carrosseries en acier, complétées par un capot en aluminium. Cette organisation permet à la Ghibli de conserver le caractère artisanal des GT italiennes de son époque tout en atteignant une production nettement supérieure à celle des Maserati les plus exclusives des années 1950.

Un dessin de Giugiaro immédiatement reconnaissable

La Ghibli mesure environ 4,7 mètres de long pour seulement 1,16 mètre de haut. Son empattement de 2,55 mètres laisse une grande partie des proportions au capot, sous lequel le V8 est installé longitudinalement. Le pare-brise très incliné, le pavillon bas et la poupe large prolongent cette impression d’une voiture posée au ras de la route.

La face avant constitue l’un de ses signes distinctifs. Les projecteurs escamotables permettent de conserver un nez très mince lorsque les feux sont fermés. La calandre est installée très bas et l’ensemble forme un profil effilé souvent rapproché d’un museau de requin. Contrairement à une berline de prestige telle que la Maserati Quattroporte, dont elle partage la tradition mécanique du V8 Maserati, la Ghibli fait passer les proportions d’une GT sportive avant l’espace intérieur.

Le dessin ne cherche pourtant pas à produire une voiture de compétition pour la route. Le coupé conserve deux petites places arrière et un coffre utilisable, conformément à sa vocation de grand tourisme. Les roues en alliage participent à son identité, tandis que des roues à rayons Borrani pouvaient également équiper certaines voitures. Cette combinaison entre moteur avant, habitacle reculé et surfaces très tendues est devenue l’une des signatures les plus reconnaissables de la première période de Giugiaro.

Un V8 4,7 litres conçu pour la grande route

La première Ghibli reçoit un V8 à 90 degrés de 4 719 cm3. Réalisé en alliage léger et doté de quatre arbres à cames en tête, il est alimenté par quatre carburateurs Weber double corps. Maserati annonce 330 ch à 6 000 tr/min. Certaines documentations historiques donnent des puissances différentes, notamment en fonction des normes de mesure et des spécifications de marché, mais 330 ch correspond à la valeur communiquée par Maserati pour la version européenne de référence.

La lubrification par carter sec joue un rôle important dans l’architecture de la voiture. Elle contribue à permettre l’installation basse du V8 et donc à préserver le capot particulièrement plat imaginé par Giugiaro. La puissance est envoyée aux roues arrière par une boîte mécanique ZF à cinq rapports. Une transmission automatique Borg-Warner à trois rapports est également proposée, notamment pour répondre aux attentes du marché américain.

Le châssis repose sur une plateforme à structure tubulaire en acier. À l’avant, Maserati adopte une suspension indépendante à doubles triangles avec ressorts hélicoïdaux. L’arrière conserve un essieu moteur rigide associé à des ressorts à lames semi-elliptiques. Cette solution est plus traditionnelle que les suspensions indépendantes aux quatre roues de certaines concurrentes, mais elle s’inscrit dans une architecture éprouvée par la marque. Quatre freins à disque assurent le ralentissement.

Maserati annonce une vitesse maximale de 265 km/h pour le coupé 4,7 litres. Une telle performance situe la Ghibli parmi les GT les plus rapides de la fin des années 1960, sans pour autant en faire un modèle développé pour la compétition. Sa vocation reste celle d’une automobile capable de parcourir rapidement de longues distances avec le raffinement attendu d’une Maserati.

Fiche technique de la Maserati Ghibli

CaractéristiqueMaserati Ghibli AM115 4,7
PrésentationSalon de Turin, novembre 1966
Premières livraisons1967
CarrosserieCoupé 2 portes, 2+2
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
MoteurV8 à 90 degrés, quatre arbres à cames en tête
Cylindrée4 719 cm3
Alimentation4 carburateurs Weber double corps
LubrificationCarter sec
Puissance330 ch à 6 000 tr/min selon Maserati
CoupleEnviron 461 Nm à 3 500 tr/min dans certaines spécifications publiées
Boîte de vitessesManuelle ZF à 5 rapports
Boîte optionnelleAutomatique Borg-Warner à 3 rapports
StructurePlateforme à structure tubulaire en acier
Suspension avantIndépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques, amortisseurs
FreinsDisques aux quatre roues, assistance hydraulique
Empattement2 550 mm
LongueurEnviron 4 690 à 4 700 mm selon documentation
Largeur1 790 mm
Hauteur1 160 mm
Poids1 550 kg dans la fiche historique Maserati
Vitesse maximale265 km/h annoncés par Maserati
Production du coupé 4,7779 exemplaires selon la fiche Maserati Classiche

Ghibli SS et Spyder, les principales évolutions

La carrière de la Ghibli ne se limite pas au coupé 4,7 litres. À partir de la fin des années 1960 apparaît la Ghibli SS, identifiée par le type AM115/49. Son V8 passe à 4 930 cm3 et Maserati annonce 335 ch à 5 500 tr/min. La vitesse maximale revendiquée atteint 285 km/h. La fiche historique de la marque situe la production du coupé SS entre 1969 et 1972, même si certaines publications Maserati donnent une chronologie légèrement différente pour son lancement.

La seconde évolution importante est le Spyder, apparu en 1969. Il ne s’agit pas simplement d’un coupé privé de toit : son habitacle est configuré pour deux occupants. Il peut recevoir un hard-top et existe également avec le moteur 4,9 litres de la SS. Cette version ouverte est aujourd’hui beaucoup plus rare que le coupé.

Les chiffres de production demandent une distinction entre les différentes données publiées par Maserati. La fiche Classiche attribue 779 exemplaires au coupé 4,7 litres et 425 au coupé SS, tandis que d’autres textes officiels mentionnent 1 170 coupés au total. Pour les Spyder, les publications de la marque donnent 125 ou 128 voitures. Ces écarts empêchent de retenir un total unique comme définitivement établi, mais confirment la très faible diffusion de la version découvrable.

De la Ghibli originelle aux générations suivantes

Au début des années 1970, la gamme Maserati change profondément. La Maserati Bora introduit une sportive de série à moteur central, tandis que la Ghibli reste fidèle à l’architecture traditionnelle de la grande GT à moteur avant. Sa production s’achève suivant les versions entre 1972 et 1973.

La relève dans le rôle de grande GT à moteur avant est assurée par la Maserati Khamsin, présentée au début des années 1970. Celle-ci conserve un V8 et une architecture générale comparable, mais appartient déjà à une autre époque stylistique et technique, marquée par la période Citroën de Maserati.

Le nom Ghibli disparaît ensuite pendant près de deux décennies. Il revient avec la Maserati Ghibli II lancée en 1992, un coupé beaucoup plus compact appartenant à la famille Biturbo. Malgré son appellation, cette seconde Ghibli n’est donc pas une évolution de l’AM115 : elle repose sur une autre architecture, utilise des moteurs V6 biturbo et répond à un positionnement différent.

Une nouvelle rupture intervient en 2013 avec la Maserati Ghibli III. Le nom désigne alors une berline quatre portes, proposée avec plusieurs motorisations et conçue pour élargir la présence de Maserati sur le marché des berlines premium. Cette réutilisation du nom rend l’identification de la voiture de 1966 essentielle : la Ghibli originelle reste le coupé AM115 dessiné par Giugiaro, celui qui a inauguré l’appellation plus de quarante-cinq ans avant la berline moderne.

Une GT routière plutôt qu’une Maserati de compétition

Contrairement aux 250F, 300S ou Birdcage qui ont construit une partie de la réputation sportive de Maserati, la Ghibli AM115 n’est pas issue d’un programme officiel de compétition. Son moteur bénéficie du savoir-faire accumulé par la marque, mais sa conception répond d’abord aux exigences d’une GT routière : vitesse élevée, stabilité, confort sur longue distance et présentation luxueuse.

Son prestige attire rapidement une clientèle internationale. Maserati rapporte notamment qu’Henry Ford II en posséda un exemplaire et le fit exposer au Product Development Center de Ford à Detroit. La Ghibli acquiert aussi une présence culturelle particulière grâce au cinéma : une Ghibli apparaît dans La Piscine, film de Jacques Deray sorti en 1969. Ces associations accompagnent une automobile dont l’identité repose moins sur un palmarès sportif que sur la rencontre entre le V8 Maserati et l’un des dessins les plus caractéristiques de la carrière de Giorgetto Giugiaro.