Présentée au Salon de Turin en octobre 1963, la Maserati Quattroporte inaugure une formule alors inhabituelle : réunir dans une véritable berline quatre portes les performances d’une grande GT italienne et le confort attendu d’une automobile de prestige. Cette première génération, connue sous le type AM107, est dessinée par Pietro Frua et développée sous la direction technique de Giulio Alfieri. Sa production débute en 1964 et se poursuit jusqu’en 1969, avec une évolution importante en 1966.
Le nom choisi décrit simplement sa caractéristique la plus évidente, quattro porte signifiant quatre portes en italien. Derrière cette appellation se cache pourtant une automobile très différente des berlines conventionnelles du début des années 1960. Maserati lui donne un puissant V8, une propulsion, une boîte manuelle à cinq rapports et des performances capables de la rapprocher des meilleures voitures de grand tourisme de son époque.
Une berline de prestige née de l’expérience des GT Maserati
Au début des années 1960, Maserati possède déjà une solide expérience des automobiles rapides destinées à une clientèle fortunée. La Quattroporte doit étendre cette philosophie à une voiture capable d’accueillir confortablement plusieurs passagers et leurs bagages sans renoncer aux performances. Giulio Alfieri et son équipe choisissent ainsi une architecture à moteur avant et propulsion, mais abandonnent le traditionnel châssis tubulaire au profit d’une structure monocoque en acier complétée par une sous-structure avant.
La filiation mécanique avec la Maserati 5000 GT est particulièrement importante. Le nouveau modèle reçoit en effet un V8 issu de cette prestigieuse GT, adapté à un usage moins exclusif et à une carrosserie beaucoup plus polyvalente. Dans sa configuration 4,2 litres, il développe 260 ch à 5 000 tr/min.
La première Quattroporte apparaît publiquement le 30 octobre 1963 au Salon de Turin. Cette date explique pourquoi 1963 constitue son année de lancement, alors que la production de la première série est donnée à partir de 1964. Avec près de cinq mètres de longueur et quatre véritables portes, elle propose une combinaison encore rare entre habitabilité, luxe et vitesse. Maserati revendique jusqu’à 210 km/h pour la 4.2 et 230 km/h pour la plus puissante 4.7.
Le dessin de Pietro Frua
Pietro Frua donne à la Quattroporte une silhouette tricorps classique dans son principe, mais sensiblement plus basse et élancée que celle de nombreuses grandes berlines contemporaines. Le long capot, les surfaces vitrées généreuses, les montants relativement fins et les lignes horizontales rapprochent visuellement l’AM107 d’une grande GT. Les chromes restent présents sans dominer une carrosserie dont les proportions constituent l’essentiel de la personnalité.
Frua connaissait déjà l’univers Maserati et avait notamment signé une carrosserie de 5000 GT. La Quattroporte reprend cette recherche d’élégance tout en répondant aux contraintes d’une berline. L’empattement de 2,75 m permet de ménager un véritable habitacle arrière, tandis que la longueur proche de cinq mètres inscrit clairement la voiture dans la catégorie des modèles de prestige.
La face avant aide aussi à distinguer les différentes périodes de production. Les premières voitures européennes sont notamment associées à des optiques rectangulaires, tandis que les doubles projecteurs ronds, déjà employés sur certaines voitures destinées à d’autres marchés, sont généralisés avec l’évolution de 1966. Cette différence est importante pour identifier correctement une Quattroporte AM107 précoce et ne pas lui attribuer systématiquement l’apparence des exemplaires tardifs.
Un V8 de grand tourisme dans une quatre-portes
Le moteur est l’un des éléments qui définissent le mieux la première Quattroporte. Installé longitudinalement à l’avant, le V8 à 90 degrés de 4 136 cm3 possède une distribution à double arbre à cames en tête. Il est associé à une boîte manuelle ZF à cinq rapports, tandis qu’une transmission automatique Borg-Warner à trois rapports est également proposée au cours de la carrière du modèle.
Une version de 4 719 cm3 porte la puissance à 290 ch à 5 200 tr/min. Elle permet à la Quattroporte d’atteindre officiellement 230 km/h, une vitesse particulièrement élevée pour une automobile à quatre portes au milieu des années 1960. Maserati a d’ailleurs présenté rétrospectivement l’AM107 comme la berline quatre portes de production la plus rapide de son époque.
La première série utilise à l’arrière un essieu De Dion, solution relativement sophistiquée destinée à concilier comportement routier et confort. À l’avant, les roues sont indépendantes. Quatre freins à disque complètent une conception qui rapproche davantage la voiture d’une grande automobile de grand tourisme que d’une berline traditionnelle simplement dotée d’un moteur puissant.
Fiche technique de la Maserati Quattroporte
| Caractéristique | Maserati Quattroporte AM107 |
|---|---|
| Présentation | Salon de Turin, 1963 |
| Production | 1964 à 1969 |
| Carrosserie | Berline quatre portes, 4/5 places |
| Structure | Monocoque en acier avec sous-structure avant |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Moteur 4.2 | V8 à 90 degrés, 4 136 cm3, double arbre à cames en tête |
| Puissance 4.2 | 260 ch à 5 000 tr/min |
| Moteur 4.7 | V8 à 90 degrés, 4 719 cm3 |
| Puissance 4.7 | 290 ch à 5 200 tr/min |
| Boîte manuelle | ZF à 5 rapports |
| Boîte automatique | Borg-Warner à 3 rapports selon version et période |
| Suspension avant | Roues indépendantes |
| Suspension arrière première série | Essieu De Dion |
| Suspension arrière seconde série | Pont rigide avec ressorts à lames |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Longueur | Environ 5 000 mm |
| Largeur | Environ 1 720 mm |
| Hauteur | Environ 1 360 mm |
| Empattement | 2 750 mm |
| Poids à sec | 1 810 kg selon les données historiques Maserati |
| Vitesse maximale 4.2 | 210 km/h |
| Vitesse maximale 4.7 | 230 km/h |
La seconde série de 1966
En 1966, Maserati fait évoluer sensiblement l’AM107 sans changer son identité générale. La modification technique la plus importante concerne le train arrière. L’essieu De Dion disparaît au profit d’un pont rigide suspendu par ressorts à lames, une solution apparentée à celle employée sur la Maserati Mistral. Ce choix simplifie la conception et s’accompagne d’un travail sur le confort acoustique.
La seconde série reçoit également les doubles projecteurs ronds généralisés et un habitacle remanié. Le tableau de bord évolue et la climatisation est mieux intégrée. Ces modifications donnent aux voitures produites à partir de 1966 une identité suffisamment distincte pour que la séparation entre les deux séries soit importante lorsqu’il s’agit de décrire ou d’identifier un exemplaire.
La gamme conserve le V8 4.2 et accorde davantage de place au 4.7. Les archives Maserati indiquent 252 exemplaires de première série en 4.2 et seulement sept en 4.7. Pour la seconde série, elles mentionnent 437 voitures en 4.2 et 64 en 4.7, ainsi que deux exemplaires équipés d’un V8 4.9. L’addition de ces chiffres aboutit à 764 voitures, alors que certaines publications historiques donnent un total légèrement supérieur pour l’ensemble de la génération. Le détail fourni par Maserati est donc plus utile qu’un total unique lorsqu’il s’agit d’apprécier la rareté de chaque variante.
La première d’une lignée de six générations
L’AM107 n’a pas de prédécesseur direct chez Maserati. Elle constitue la première berline quatre portes de série de la marque et établit les principes qui resteront associés au nom Quattroporte : une carrosserie statutaire, plusieurs vraies places, des performances élevées et une mécanique correspondant aux ambitions sportives du constructeur. Cette formule survivra cependant à travers des automobiles techniquement très différentes.
La Maserati Quattroporte II des années 1970 s’éloigne radicalement de l’AM107, notamment par son architecture. La Maserati Quattroporte III renoue ensuite avec l’idée d’une grande berline à moteur avant et propulsion, dans un style beaucoup plus anguleux correspondant à son époque.
Dans les années 1990, la Maserati Quattroporte IV devient plus compacte et s’inscrit dans l’univers mécanique développé autour des Maserati Biturbo. La lignée retrouve des dimensions et un positionnement plus prestigieux avec la Maserati Quattroporte V, avant que la sixième génération n’élargisse encore la gamme et les motorisations disponibles.
La première Quattroporte conserve néanmoins une place particulière parce qu’elle ne résulte pas de l’évolution d’une berline Maserati antérieure. En 1963, la marque part de son expérience des GT à hautes performances pour créer directement une grande quatre-portes. Cette origine explique aussi pourquoi l’AM107 associe des solutions aussi caractéristiques que le V8 à double arbre à cames, la boîte ZF à cinq rapports et, sur la première série, l’essieu arrière De Dion.
Une production limitée et des versions très inégalement rares
Avec quelques centaines d’exemplaires construits, la Quattroporte AM107 demeure une automobile peu diffusée, même à l’échelle des Maserati historiques. Toutes les versions ne présentent toutefois pas la même rareté. Les sept premières séries 4.7 constituent un groupe particulièrement restreint, tandis que les 4.2 de seconde série représentent la variante la plus produite d’après les chiffres détaillés conservés par Maserati.
Sa clientèle correspond au positionnement très haut de gamme recherché dès l’origine. Parmi les propriétaires de première Quattroporte cités par Maserati figurent notamment les acteurs Anthony Quinn, Marcello Mastroianni et Alberto Sordi, ainsi que le prince Rainier III de Monaco. Ces noms illustrent la place singulière qu’occupait alors cette grande berline italienne : une automobile capable de proposer quatre portes et un véritable habitacle arrière sans renoncer au caractère mécanique des GT de Modène.




