Maserati A6gcs Berlinetta

Maserati A6gcs Berlinetta

Produite à seulement quatre exemplaires en 1953 et 1954, la Maserati A6GCS Berlinetta est la déclinaison fermée dessinée par Pinin Farina de la sportive de compétition A6GCS/53. Sous sa carrosserie profilée se trouvent ainsi le châssis tubulaire et le six cylindres 2 litres d’une véritable voiture de course. Cette association entre mécanique de compétition et dessin italien en fait l’une des Maserati les plus rares des années 1950.

Une A6GCS de compétition transformée en berlinette

La Berlinetta appartient à la famille Maserati A6GCS, dont la génération A6GCS/53 est développée pour les courses de voitures de sport. L’essentiel de la production reçoit une carrosserie ouverte adaptée à la compétition, mais les longues épreuves routières font apparaître l’intérêt d’une version fermée. Maserati rattache notamment cette idée aux conditions particulièrement pluvieuses rencontrées lors des Mille Miglia 1952.

Le projet prend forme par l’intermédiaire de Guglielmo « Mimmo » Dei, concessionnaire Maserati à Rome et personnalité importante de la compétition automobile italienne. Dei acquiert plusieurs châssis A6GCS/53 et sollicite Pinin Farina pour créer une carrosserie fermée. Quatre voitures seulement sont finalement réalisées dans cette configuration.

Cette filiation explique aussi la nomenclature du modèle. L’A6GCS/53 Berlinetta ne constitue pas une nouvelle GT développée indépendamment, mais une interprétation carrossée d’une machine de course. Elle s’inscrit dans la vaste généalogie initiée par la Maserati A6, tout en occupant une position nettement plus radicale que les modèles routiers de la famille.

Il ne faut notamment pas la confondre avec la Maserati A6G, davantage associée aux coupés et spiders de grand tourisme. La Berlinetta Pinin Farina conserve au contraire l’architecture fondamentale de l’A6GCS/53 de compétition et sa mécanique à haut rendement.

Pinin Farina habille un châssis de course

La carrosserie tranche avec les A6GCS ouvertes par son pavillon très bas et son profil entièrement fermé. Le long capot descend vers une grande calandre ovale portant le Trident, tandis que les ailes avant sont intégrées dans des volumes continus. L’habitacle compact est rejeté vers l’arrière et se prolonge par une poupe fastback fortement effilée. Cette silhouette recherche autant la finesse aérodynamique que l’élégance.

Pinin Farina est officiellement crédité pour le dessin. La littérature spécialisée attribue plus précisément le travail à Aldo Brovarone, alors actif auprès de Battista « Pinin » Farina. La carrosserie en aluminium permet de conserver l’esprit d’une voiture de compétition malgré l’ajout d’un toit et d’une structure fermée.

Les quatre exemplaires ne sont cependant pas des copies absolument identiques. Des différences concernent notamment le pavillon, le pare-brise et plusieurs détails de carrosserie. L’une des voitures présente ainsi une ligne de toit abaissée et un pare-brise en deux parties. Ces variations sont importantes pour identifier correctement les exemplaires sur les photographies d’époque.

La Berlinetta possède aussi une place particulière dans l’histoire des relations entre les deux entreprises. Après ces A6GCS/53, Pinin Farina ne signera plus de Maserati de série pendant plusieurs décennies. Cette collaboration ne reprendra véritablement qu’au XXIe siècle, ce qui renforce la singularité des quatre coupés des années 1950.

Un six cylindres 2 litres conçu pour la course

La mécanique reste fidèle à la vocation de l’A6GCS/53. Le six cylindres en ligne atmosphérique de 1 985,5 cm³ utilise deux arbres à cames en tête, un double allumage et trois carburateurs Weber double corps. Maserati annonce 170 ch, une puissance remarquable pour un moteur atmosphérique de deux litres au début des années 1950.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports. La lubrification par carter sec permet de répondre aux contraintes de la compétition et participe à une implantation mécanique adaptée à un centre de gravité bas. Le châssis est constitué d’une structure tubulaire en acier.

À l’avant, les roues indépendantes utilisent des doubles triangles, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide. Le freinage repose sur quatre tambours hydrauliques, une solution encore courante sur les voitures de compétition de cette période. Maserati indique une vitesse maximale de 235 km/h, ce qui replace la Berlinetta dans l’univers des voitures de course plutôt que dans celui d’un coupé routier conventionnel.

Fiche technique de la Maserati A6gcs Berlinetta

CaractéristiqueDonnée
Années de production1953-1954
CarrosserieBerlinette 2 places Pinin Farina
StructureChâssis tubulaire en acier, carrosserie en aluminium
Moteur6 cylindres en ligne atmosphérique
Cylindrée1 985,5 cm³
Alésage x course76,5 x 72 mm
DistributionDouble arbre à cames en tête, 2 soupapes par cylindre
AllumageDouble allumage
Alimentation3 carburateurs Weber double corps
LubrificationCarter sec
Puissance170 ch à 7 500 tr/min selon Maserati
ImplantationMoteur avant longitudinal
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
Suspension avantRoues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide
FreinsTambours hydrauliques aux 4 roues
Empattement2 310 mm
LongueurEnviron 3 880 mm selon les fiches spécialisées
LargeurEnviron 1 570 mm selon les fiches spécialisées
HauteurEnviron 1 150 mm selon les fiches spécialisées
Poids à sec740 kg selon Maserati
Vitesse maximale235 km/h selon Maserati
Production4 Berlinetta Pinin Farina

Quatre exemplaires et une histoire complexe

La production constitue l’un des éléments essentiels pour comprendre la rareté du modèle. Alors que Mimmo Dei avait acquis six châssis nus, seulement quatre furent habillés en Berlinetta par Pinin Farina. Les châssis associés aux quatre réalisations originales sont généralement identifiés comme 2056, 2057, 2059 et 2060.

L’histoire devient plus délicate après leur construction. Ces automobiles restent avant tout des voitures de compétition, susceptibles d’être accidentées, réparées ou transformées. Certaines carrosseries Pinin Farina sont séparées de leur châssis initial puis montées sur d’autres A6GCS/53. Des châssis comme 2070 et 2089 ont ainsi été associés ultérieurement à des carrosseries de Berlinetta.

Cette circulation des éléments impose aujourd’hui de distinguer un châssis ayant reçu une carrosserie Pinin Farina à l’origine d’une A6GCS/53 recarrossée ultérieurement avec l’une de ces enveloppes. Le numéro de châssis, l’historique de la carrosserie et les transformations successives doivent donc être considérés ensemble lorsqu’il s’agit d’établir l’identité d’un exemplaire.

Maserati indique que les quatre Berlinetta ont survécu. Le châssis 2059 est régulièrement cité parmi les voitures ayant conservé une configuration particulièrement proche de son état historique. L’un des exemplaires appartient par ailleurs à la Collection Umberto Panini, importante collection consacrée à l’histoire de la marque de Modène.

Entre salons automobiles et compétition

La première Berlinetta est réalisée en 1953, mais l’année 1954 joue un rôle majeur dans la visibilité du modèle. Une voiture est présentée au Salon de Turin, tandis que les historiques spécialisés documentent également la présence d’un exemplaire au Salon de Paris. Maserati évolue alors simultanément sur plusieurs fronts sportifs, avec notamment la Maserati 250F qui inaugure en 1954 une période importante de la marque en Grand Prix.

Les Berlinetta ne sont pas pour autant de simples voitures d’exposition. Certaines connaissent une utilisation en compétition, notamment aux Mille Miglia. Il convient toutefois de séparer leur palmarès de celui de l’ensemble des A6GCS/53. Les nombreux résultats associés à cette appellation ont été obtenus majoritairement par les versions ouvertes, beaucoup plus nombreuses.

La carrière sportive de Maserati évolue rapidement après l’A6GCS. Des modèles spécialisés prennent le relais dans différentes catégories, dont la Maserati 150S et surtout la Maserati 300S, qui poursuit au milieu des années 1950 l’engagement de la marque dans les grandes courses internationales de voitures de sport.

Une Maserati à l’identité très particulière

L’A6GCS Berlinetta occupe une position inhabituelle entre plusieurs catégories. Sa silhouette pourrait faire penser à une GT italienne raffinée, mais sa conception demeure celle d’une voiture de course. Le châssis, le moteur à haut régime, le carter sec, la transmission et le freinage viennent directement de l’univers de la compétition. Pinin Farina n’a pas transformé l’A6GCS en confortable coupé de tourisme, mais lui a donné une enveloppe fermée adaptée à une autre interprétation de la course sur route.

Cette distinction permet aussi de comprendre pourquoi les chiffres publiés pour le modèle ne sont pas toujours homogènes. Les caractéristiques générales de l’A6GCS/53 sont parfois appliquées sans distinction aux quatre Berlinetta, alors que leur carrosserie et certains équipements diffèrent. Maserati indique notamment 740 kg à sec et 235 km/h, tandis que certaines documentations spécialisées donnent une masse supérieure pour le coupé et jusqu’à 240 km/h. Les valeurs officielles de Maserati constituent donc les références les plus cohérentes pour caractériser le modèle.

La rareté des quatre carrosseries, leurs différences de détail et les échanges intervenus au cours de leur existence expliquent enfin pourquoi chaque A6GCS/53 Pinin Farina possède aujourd’hui un historique propre. Plus qu’une simple variante fermée de l’A6GCS, la Berlinetta témoigne d’un moment très bref où une mécanique Maserati conçue pour les grandes courses routières a rencontré le travail de Pinin Farina dans l’une de ses réalisations les plus exclusives.