Présentée en 2009, la Koenigsegg CCXR Trevita est l’une des déclinaisons les plus rares de la famille CC. Sa particularité ne réside pas seulement dans ses performances ou dans sa puissance de plus de 1 000 ch. Koenigsegg développa pour elle une méthode permettant de donner à la fibre de carbone apparente une finition argentée et scintillante, alors que ce matériau présente normalement une teinte noire. Le constructeur avait initialement prévu trois voitures, mais seules deux Trevita furent finalement réalisées.
Une CCXR transformée en série ultra-limitée
La Trevita appartient directement à la lignée de la Koenigsegg CCXR, version flex-fuel de la CCX. Cette dernière avait permis au constructeur suédois d’adapter son architecture aux exigences de différents marchés, tandis que la CCXR exploitait un carburant à forte teneur en éthanol pour atteindre un niveau de puissance supérieur.
La Trevita apparaît en septembre 2009, vers la fin du cycle de cette famille. Elle ne constitue donc pas une nouvelle génération de Koenigsegg, mais une interprétation particulièrement exclusive de la CCXR. Son nom vient du suédois et fait référence à l’idée de « trois blancs », en rapport avec les trois exemplaires initialement envisagés et leur carrosserie claire.
Ce programme fut cependant ramené à deux voitures. La fabrication du carbone spécifique s’avérait particulièrement complexe et chronophage, ce qui conduisit Koenigsegg à abandonner le troisième exemplaire. Cette différence entre le projet initial et la production effective explique pourquoi certaines publications contemporaines parlent encore de trois Trevita. Le chiffre à retenir pour les voitures réellement construites est bien deux exemplaires.
La Trevita ne doit pas non plus être confondue avec la Koenigsegg CCXR Edition. Les deux modèles partagent la même famille technique et une recherche poussée sur l’aérodynamique et le carbone, mais la finition argentée de la Trevita constitue sa signature propre.
Le Diamond Weave, signature de la Trevita
La caractéristique la plus immédiatement reconnaissable de la CCXR Trevita est sa carrosserie. À cette époque, la fibre de carbone visible est presque systématiquement noire. Koenigsegg met au point un procédé propriétaire, généralement désigné sous le nom de Diamond Weave, permettant aux fibres de prendre une apparence argentée lorsqu’elles réfléchissent la lumière.
Le résultat donne à la carrosserie une profondeur inhabituelle. Sous un éclairage direct, la trame du carbone produit une multitude de reflets brillants que Koenigsegg rapproche visuellement de petits diamants. Il ne s’agit donc pas simplement d’une CCXR recouverte d’une peinture argentée : l’effet provient du matériau composite visible et de son procédé de fabrication particulier.
La silhouette reste celle de la famille Koenigsegg CCX, avec un habitacle très avancé, un pare-brise fortement galbé, les portes à ouverture dièdre caractéristique de la marque et un toit rigide amovible. Celui-ci peut être rangé dans le compartiment avant, permettant de transformer rapidement la voiture en configuration ouverte.
La Trevita reçoit également des éléments aérodynamiques affirmés, notamment un splitter avant, des extracteurs au-dessus des passages de roues et un imposant double aileron arrière en carbone. Le soubassement plat et les tunnels Venturi participent à la gestion des flux d’air. La documentation technique associée à cette spécification annonce jusqu’à 350 kg d’appui à 250 km/h.
Un V8 flex-fuel de plus de 1 000 ch
Le moteur est installé longitudinalement en position centrale arrière. Il s’agit du V8 Koenigsegg suralimenté par deux compresseurs centrifuges, associé à une lubrification par carter sec. Sa capacité à fonctionner avec de l’E85 est fondamentale dans l’identité de la CCXR : le carburant à l’indice d’octane élevé permet d’exploiter une pression de suralimentation importante tout en développant jusqu’à 1 018 ch.
Les archives Koenigsegg ne sont toutefois pas parfaitement homogènes sur certaines valeurs. Les documents liés au lancement mentionnent généralement un V8 de 4,7 litres délivrant 1 018 ch et 1 060 Nm, alors qu’une documentation technique officielle publiée sur un autre marché indique 4 800 cm3 et 1 080 Nm. Il est donc préférable de conserver cette distinction plutôt que de présenter artificiellement l’une de ces valeurs comme universelle.
La puissance est transmise uniquement aux roues arrière. La Trevita associe cette mécanique à une transmission à six rapports avec commande par palettes et à un différentiel autobloquant. Malgré ses performances extrêmes, elle conserve des équipements destinés à rendre son potentiel exploitable, dont un contrôle de traction proposant plusieurs réglages.
Le châssis repose sur une monocoque en fibre de carbone intégrant une structure en nid-d’abeilles d’aluminium et les réservoirs de carburant. Koenigsegg annonçait une rigidité torsionnelle de 58 000 Nm par degré pour cette structure. Les suspensions à doubles triangles utilisent des combinés réglables actionnés par poussoirs, tandis que la hauteur de caisse peut être ajustée.
Fiche technique de la Koenigsegg CCXR Trevita
| Caractéristique | Koenigsegg CCXR Trevita |
|---|---|
| Année de présentation | 2009 |
| Architecture moteur | V8 en aluminium, double arbre à cames, 4 soupapes par cylindre |
| Cylindrée | 4,7 litres dans la documentation de lancement, 4 800 cm3 dans une autre documentation officielle |
| Suralimentation | 2 compresseurs centrifuges Rotrex |
| Carburant | Essence / E85 flex-fuel |
| Puissance maximale | 1 018 ch sur E85 |
| Couple maximal | 1 060 Nm dans la documentation de lancement, 1 080 Nm dans une autre documentation officielle |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte | 6 rapports, commande par palettes |
| Différentiel | Autobloquant |
| Structure | Monocoque carbone avec nid-d’abeilles d’aluminium |
| Rigidité torsionnelle annoncée | 58 000 Nm/degré |
| Suspension avant | Doubles triangles, amortisseurs réglables actionnés par poussoirs |
| Suspension arrière | Doubles triangles, amortisseurs réglables actionnés par poussoirs |
| Direction | Crémaillère à assistance électrohydraulique |
| Freins avant | Carbone-céramique, 380 x 34 mm, étriers 8 pistons |
| Freins arrière | Carbone-céramique, 362 x 32 mm, étriers 6 pistons |
| Jantes avant | 19 x 9,5 pouces |
| Jantes arrière | 20 x 12,5 pouces |
| Pneus avant | 255/35 R19 |
| Pneus arrière | 335/30 R20 |
| Longueur | 4 293 mm |
| Largeur | 1 996 mm |
| Hauteur | 1 114 mm selon la documentation technique détaillée |
| Empattement | 2 660 mm |
| Garde au sol | 100 mm |
| Poids à sec | 1 280 kg selon la documentation technique détaillée |
| Répartition des masses | 45 % avant / 55 % arrière |
| 0 à 100 km/h | 3,1 s selon la fiche constructeur actuelle, 2,9 s dans une autre documentation officielle |
| 0 à 200 km/h | 8,75 s selon la documentation technique détaillée |
| Vitesse maximale | 400 km/h estimés selon la fiche constructeur actuelle, 410+ km/h dans une autre documentation officielle |
| Freinage 100 à 0 km/h | 32 m |
| Coefficient aérodynamique | Cx 0,36 |
| Appui aérodynamique annoncé | 350 kg à 250 km/h |
| Réservoir | 70 litres |
| Volume de coffre | 120 litres |
| Production | 2 exemplaires |
Des performances annoncées proches de 400 km/h
Avec plus de 1 000 ch pour une masse contenue et une transmission aux seules roues arrière, la Trevita appartient à la catégorie très restreinte des hypercars du tournant des années 2010. Koenigsegg affiche aujourd’hui un 0 à 100 km/h en 3,1 secondes et une vitesse maximale estimée à 400 km/h. Une documentation technique détaillée de la marque avançait des valeurs encore plus ambitieuses, avec 2,9 secondes et plus de 410 km/h.
Ces différences expliquent les chiffres parfois contradictoires publiés sur le modèle. La valeur de 415 km/h fréquemment reprise lors de son lancement doit notamment être comprise comme une revendication ou une estimation de performance, et non comme un record de vitesse officiellement mesuré avec une Trevita. Le modèle n’a pas construit sa réputation autour d’une tentative de record spécifique.
Le freinage carbone-céramique et les pneumatiques Michelin de grande largeur complètent un ensemble pensé pour supporter ce niveau de performances. À l’avant, les disques de 380 mm travaillent avec des étriers à huit pistons ; les roues arrière utilisent des disques de 362 mm et des étriers à six pistons. La monte atteint 335 mm de largeur à l’arrière.
Deux exemplaires au lieu des trois annoncés
La production effective constitue l’un des aspects les plus importants pour identifier correctement la Trevita. Les informations publiées au moment de sa présentation annonçaient trois exemplaires. Koenigsegg confirme désormais que seulement deux voitures ont été construites, la complexité du procédé de fabrication du carbone argenté ayant rendu la troisième irréaliste à produire dans les conditions prévues.
Cette production minuscule rend également délicate la notion de prix catalogue. Lors de la présentation de 2009, le tarif définitif n’était pas encore communiqué publiquement dans certaines annonces contemporaines. Des montants d’environ 1,5 à 1,6 million d’euros ont ensuite circulé, mais ils ne doivent pas être confondus avec un prix constructeur universel clairement établi.
L’une des deux voitures est devenue particulièrement connue après avoir appartenu au boxeur Floyd Mayweather. Cet exemplaire, construit selon les spécifications américaines, a ensuite été vendu aux enchères en 2017 pour 2,6 millions de dollars. Les sommes beaucoup plus élevées parfois associées à cette même voiture correspondent à des transactions ou estimations ultérieures et non au tarif officiel de lancement de toutes les Trevita.
La Trevita dans l’histoire des Koenigsegg CC
La CCXR Trevita arrive à l’extrémité d’une évolution commencée bien avant 2009. La Koenigsegg CC8S avait posé au début des années 2000 plusieurs principes durables de la marque, notamment la silhouette compacte à moteur central et les spectaculaires portes dièdres. La CCR avait ensuite augmenté fortement les performances avant que la CCX ne transforme cette architecture en automobile pensée pour une diffusion internationale plus large.
La Trevita pousse cette philosophie dans une direction différente. Elle n’apporte pas une rupture mécanique comparable au passage d’une génération à l’autre, mais transforme une base déjà extrêmement performante en objet de très petite série grâce à un travail inédit sur le matériau même de la carrosserie. Avec deux exemplaires construits, elle est ainsi beaucoup plus rare que la CCXR dont elle dérive.
Sa présentation intervient également au moment où Koenigsegg prépare une nouvelle étape de son histoire. Dès 2010, la Koenigsegg Agera inaugure la génération appelée à prendre la relève de la famille CC. La Trevita reste ainsi l’une des expressions les plus exclusives de cette première grande lignée de voitures de route Koenigsegg, avec un procédé de carbone argenté développé spécifiquement pour distinguer deux automobiles seulement.




