La Humber Super Snipe est une grande automobile britannique produite de 1938 à 1967, avec une interruption pendant la Seconde Guerre mondiale. Développée par Humber, marque appartenant au groupe Rootes, elle se distingue par son moteur six cylindres, son confort et sa présentation soignée. D’abord conçue comme une berline traditionnelle à châssis séparé, elle évolue profondément au fil de sa carrière pour devenir, en 1958, une grande routière à carrosserie monocoque.
La Super Snipe occupe une place particulière dans l’histoire automobile britannique. Elle traverse trois décennies de transformations industrielles, depuis les voitures d’avant-guerre aux ailes séparées jusqu’aux berlines des années 1960 inspirées par le style américain. Son nom désigne plusieurs générations très différentes, dont les motorisations, les dimensions et les caractéristiques techniques ne doivent pas être confondues.
Les origines de la Humber Super Snipe en 1938
La première Humber Super Snipe apparaît en octobre 1938, pour le millésime 1939. Le constructeur cherche alors à proposer une automobile spacieuse et performante, capable de rivaliser avec les grandes berlines britanniques sans atteindre les tarifs des marques les plus prestigieuses. Pour y parvenir, Humber associe une carrosserie dérivée de la Snipe à un moteur six cylindres provenant de la gamme Pullman.
Cette mécanique de 4 086 cm³, équipée de soupapes latérales, développe environ 100 chevaux. Elle privilégie la souplesse et la disponibilité du couple plutôt que les hauts régimes. Associée à une transmission aux roues arrière, elle permet à la Super Snipe d’atteindre une vitesse maximale proche de 127 km/h, une performance respectable pour une grande berline de la fin des années 1930.
La conception reste classique, avec un châssis séparé, un long capot, une calandre verticale et des ailes bien marquées. L’habitacle offre une présentation traditionnelle, des sièges généreusement rembourrés et un espace adapté aux longs déplacements. Cette philosophie correspond aux attentes d’une clientèle recherchant une automobile statutaire, mais suffisamment robuste pour un usage quotidien.
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale interrompt rapidement cette première carrière commerciale. La production civile cesse en 1940, tandis que Humber participe à l’effort de guerre britannique. La Super Snipe est notamment adaptée aux besoins des forces armées, avec des carrosseries spécifiques destinées au transport des officiers et des responsables militaires.
De l’après-guerre aux Humber Super Snipe Mark IV
Après 1945, Humber relance la Super Snipe dans un contexte de reconstruction industrielle. La première génération d’après-guerre, appelée Mark I, conserve une architecture largement héritée du modèle initial. Le moteur six cylindres de 4,1 litres à soupapes latérales reste au programme, tandis que la carrosserie et les équipements sont progressivement adaptés aux nouvelles attentes du marché.
En 1948, la Mark II marque une évolution esthétique importante. Les projecteurs sont davantage intégrés aux ailes avant, la carrosserie gagne en largeur et les voies sont élargies. La commande de boîte au volant contribue à moderniser l’aménagement intérieur. La voiture conserve cependant ses marchepieds et ses proportions traditionnelles, caractéristiques des grandes berlines conçues avant la généralisation des carrosseries ponton.
La Mark III apparaît en 1950. Elle reçoit plusieurs modifications de présentation ainsi qu’une barre Panhard destinée à mieux contrôler les déplacements latéraux du pont arrière. Ces améliorations témoignent de la volonté de Humber de perfectionner progressivement un modèle dont les principes mécaniques remontent aux années 1930.
Le changement le plus important intervient en 1952 avec la Mark IV. Humber adopte un nouveau moteur six cylindres de 4 138 cm³ à soupapes en tête. Cette architecture améliore la respiration du moteur et permet d’obtenir une puissance supérieure à celle des versions précédentes. La voiture conserve une présentation imposante, avec un capot élevé, une calandre chromée et un habitacle particulièrement spacieux.
Les évolutions IVA et IVB prolongent cette génération jusqu’en 1957. L’équipement s’enrichit et la transmission évolue avec l’arrivée d’un overdrive, puis d’une boîte automatique proposée à partir de 1956. Ces équipements répondent aux attentes d’une clientèle privilégiant le confort de conduite, notamment sur les grands axes routiers.
La Super Snipe est alors positionnée au-dessus de la Humber Hawk, plus modeste et généralement équipée d’un moteur quatre cylindres. Elle constitue l’une des propositions les plus prestigieuses de la marque, sans adopter le format particulièrement imposant des Humber Pullman destinées notamment aux usages officiels.
La nouvelle génération monocoque lancée en 1958
En octobre 1958, Humber présente une Super Snipe entièrement renouvelée. Cette génération, désignée Series I, abandonne le châssis séparé des modèles précédents au profit d’une structure monocoque dérivée de celle de la Humber Hawk. La transformation concerne aussi bien la silhouette que la conception mécanique et l’aménagement intérieur.
La nouvelle carrosserie adopte des lignes plus basses et plus horizontales, avec des ailes intégrées, une large calandre chromée et deux grands projecteurs ronds. L’influence des automobiles américaines est visible dans les proportions, les surfaces vitrées et le traitement décoratif. La voiture conserve néanmoins une présentation intérieure britannique, avec des matériaux valorisants et une attention particulière au confort des occupants.
Sous le capot, Humber installe un six cylindres en ligne de 2 651 cm³ développant environ 112 chevaux. Ce moteur, issu d’une architecture Armstrong Siddeley, représente une rupture avec les gros blocs de 4,1 litres utilisés auparavant. La réduction de cylindrée accompagne une conception plus moderne, mais la puissance reste adaptée à une conduite souple plutôt qu’à une utilisation sportive.
La Series II, lancée en 1959, corrige rapidement certaines limites de cette première version. La cylindrée passe à 2 965 cm³, ce qui améliore les reprises et l’agrément de conduite. Des freins à disque Girling sont également adoptés à l’avant, apportant une meilleure résistance à l’échauffement lors des ralentissements répétés.
En 1960, la Series III se reconnaît immédiatement à sa nouvelle face avant équipée de quatre projecteurs. La calandre est redessinée et la partie avant légèrement allongée. Cette modification permet notamment de faciliter l’installation de certains équipements destinés aux marchés d’exportation, dont la climatisation. Le style gagne en présence et se rapproche davantage des grandes berlines américaines contemporaines.
La Series IV apparaît en 1962. Elle reçoit des modifications de présentation, des améliorations mécaniques et des équipements supplémentaires. Humber poursuit ainsi une stratégie d’évolution régulière, sans remettre en cause l’architecture fondamentale introduite en 1958.
En 1964, la Series V apporte la dernière transformation stylistique majeure. Le pavillon devient plus plat, les surfaces vitrées sont modifiées et la silhouette prend une allure plus rectiligne. Le moteur de 2 965 cm³ reçoit deux carburateurs Zenith-Stromberg, tandis que la transmission manuelle bénéficie d’une synchronisation complète. La Series VA, apparue en 1965, poursuit cette évolution avec notamment des modifications de transmission et d’équipement.
Fiche technique de la Humber Super Snipe
| Caractéristique | Données selon génération |
|---|---|
| Constructeur | Humber, groupe Rootes |
| Origine | Royaume-Uni |
| Première présentation | Octobre 1938 |
| Période de production | 1938-1940, puis 1945-1967 |
| Catégorie | Grande berline de catégorie supérieure |
| Carrosseries | Berline quatre portes, break et carrosseries spéciales selon génération |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur 1938-1952 | Six cylindres en ligne, 4 086 cm³, soupapes latérales |
| Moteur Mark IV | Six cylindres en ligne, 4 138 cm³, soupapes en tête |
| Moteur Series I | Six cylindres en ligne, 2 651 cm³ |
| Moteur Series II à VA | Six cylindres en ligne, 2 965 cm³ |
| Alimentation | Carburateur, deux Zenith-Stromberg sur Series V et VA |
| Puissance premières générations | Environ 100 à 113 bhp selon version |
| Puissance Series I | Environ 112 bhp |
| Puissance Series IV | 124,5 bhp nets selon certaines documentations |
| Puissance Series V | 128,5 bhp nets selon certaines documentations |
| Transmission | Boîte manuelle, overdrive ou boîte automatique selon millésime |
| Structure jusqu’en 1957 | Châssis séparé |
| Structure à partir de 1958 | Carrosserie monocoque |
| Suspension avant, séries monocoques | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière, séries monocoques | Essieu rigide, ressorts à lames |
| Direction | Mécanique, assistance disponible selon version |
| Freins premières générations | Tambours |
| Freins Series II à VA | Disques avant Girling, tambours arrière |
| Roues | Jantes en acier avec enjoliveurs |
| Empattement première génération | Environ 2 896 mm |
| Empattement Mark IV | Environ 2 946 mm |
| Empattement Series I à VA | 2 794 mm |
| Longueur Series I et II | Environ 4 699 mm |
| Longueur Series III à V | Environ 4 775 mm |
| Largeur séries monocoques | Environ 1 765 à 1 791 mm selon version |
| Hauteur séries monocoques | Environ 1 575 mm selon version |
| Vitesse maximale Mark III | 131 km/h, essai d’époque |
| Vitesse maximale Mark IV | 146 km/h, essai d’époque |
| Vitesse maximale Series II | 152,4 km/h, essai d’époque |
| Accélération Mark IV | 0 à 60 mph en 14,7 secondes, essai de 1953 |
| Accélération Series II | 0 à 60 mph en 16,5 secondes, essai de 1960 |
| Consommation Mark IV | Environ 18,2 L/100 km, essai de 1953 |
| Consommation Series II | Environ 11,5 L/100 km, essai de 1960 |
| Capacité du réservoir | Environ 72,7 litres sur certaines Series IV |
Confort, comportement routier et place dans la gamme Humber
La Humber Super Snipe n’a jamais eu pour objectif principal de devenir une berline sportive. Son développement privilégie la douceur de fonctionnement du six cylindres, l’insonorisation et le confort des passagers. Les versions les plus anciennes misent sur une cylindrée importante pour offrir des reprises sans solliciter excessivement la boîte de vitesses, tandis que les modèles monocoques cherchent un meilleur compromis entre agrément, performances et consommation.
Les essais publiés à l’époque montrent les progrès réalisés entre les générations. Une Mark III testée en 1951 atteint environ 131 km/h, contre 146 km/h pour une Mark IV essayée en 1953. La Series II de 1960 dépasse légèrement 152 km/h. Ces résultats illustrent l’amélioration progressive des performances, même si les différences de carrosserie, de masse et de transmission influencent les mesures.
La suspension des générations monocoques conserve un essieu arrière rigide à ressorts à lames, associé à une suspension avant indépendante. Cette disposition favorise la robustesse et le confort sur route, sans offrir la sophistication de certaines concurrentes européennes plus coûteuses. La direction assistée, proposée selon les versions, facilite les manœuvres d’une automobile dont les dimensions restent importantes.
À bord, Humber soigne particulièrement l’ambiance. Les versions haut de gamme reçoivent des boiseries, des garnitures généreuses et une instrumentation complète. Les sièges sont conçus pour les longs trajets, tandis que la largeur de l’habitacle permet d’accueillir confortablement plusieurs passagers. La boîte automatique, disponible sur certaines générations, renforce cette orientation vers une conduite détendue.
Dans les années 1960, la Super Snipe représente l’une des grandes berlines de prestige du catalogue Humber. La marque commercialise également la Humber Sceptre, une automobile plus compacte à moteur quatre cylindres, destinée à une clientèle différente. La Super Snipe conserve pour sa part une vocation de grande routière statutaire, adaptée aussi bien aux particuliers aisés qu’aux administrations et aux usages professionnels.
La Humber Imperial, commercialisée parallèlement durant la dernière partie de cette période, reprend une grande partie de la base technique de la Super Snipe tout en proposant une présentation plus luxueuse. Certaines versions disposent d’équipements spécifiques, notamment une direction assistée et des dispositifs de réglage de suspension. L’Imperial constitue ainsi une déclinaison plus prestigieuse plutôt qu’une génération supplémentaire de la Super Snipe.
Production, carrosseries particulières et histoire militaire
La production de la Humber Super Snipe se répartit entre de nombreuses générations et variantes. Les chiffres généralement retenus pour les Mark I à IV totalisent 38 966 exemplaires, tandis que les Series I à V et VA représentent environ 30 031 voitures. Ces volumes témoignent d’une diffusion relativement limitée à l’échelle de l’industrie automobile britannique, mais significative pour une grande berline de cette catégorie.
La gamme ne se limite pas aux berlines classiques. Certaines générations ont été proposées en break, notamment durant la période monocoque. Les premières Super Snipe ont également servi de base à des carrosseries spéciales, dont des cabriolets réalisés en petites séries. Tickford a notamment produit des versions ouvertes de la Mark II, aujourd’hui particulièrement rares.
L’histoire militaire de la Super Snipe constitue l’un des aspects les plus remarquables du modèle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Humber fournit des véhicules destinés aux états-majors britanniques. Certaines voitures reçoivent des carrosseries ouvertes adaptées aux déplacements des officiers supérieurs, tandis que le constructeur développe également des véhicules militaires spécialisés à partir d’éléments techniques de sa gamme.
L’exemplaire le plus célèbre est une Humber Super Snipe de 1943 utilisée par le maréchal Bernard Montgomery. Surnommée Monty’s Victory Car, cette voiture d’état-major possède une carrosserie ouverte réalisée par Thrupp & Maberly. Elle accompagne Montgomery pendant les opérations alliées en Europe, notamment après le débarquement de Normandie.
Conservée au Coventry Transport Museum, cette automobile témoigne directement de l’utilisation des véhicules Humber dans les opérations militaires. Son histoire comprend notamment un accident au cours duquel elle est tombée à l’eau près d’une installation portuaire alliée, avant d’être récupérée et remise en état de fonctionnement.
La Super Snipe possède également une présence patrimoniale en France. Une Mark IV de 1955 figure dans la base nationale Palissy du ministère de la Culture. Ce véhicule, associé à la famille Massimi, a fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par arrêté du 27 novembre 2008, reconnaissance inhabituelle pour une automobile de grande série.
Fin de production et intérêt en collection
La carrière de la Humber Super Snipe s’achève en 1967, dans un contexte de profonde transformation du groupe Rootes, progressivement passé sous le contrôle de Chrysler. Le constructeur britannique rationalise alors ses gammes et abandonne plusieurs modèles traditionnels. La Super Snipe disparaît sans véritable successeur direct sous la marque Humber.
Cette disparition marque également la fin d’une certaine conception de la grande automobile britannique : une berline six cylindres à présentation classique, destinée à offrir un confort élevé sans appartenir aux marques de luxe les plus exclusives. La concurrence des modèles européens plus modernes, l’évolution des attentes de la clientèle et les changements industriels contribuent à rendre cette formule moins viable.
Sur le marché de la collection, la Humber Super Snipe reste moins connue que les grandes Jaguar ou certaines Rover contemporaines. Elle intéresse cependant les amateurs de véhicules britanniques du groupe Rootes, notamment pour son moteur six cylindres, sa qualité de présentation et la diversité de ses générations. Les Mark IV et les Series V présentent des caractères très différents, ce qui rend indispensable l’identification précise du millésime avant tout achat.
Les modèles d’avant-guerre et les carrosseries spéciales sont particulièrement difficiles à rencontrer. Les berlines monocoques des années 1960 sont généralement plus accessibles, mais leur conservation dépend fortement de l’état de la carrosserie, des soubassements et des éléments décoratifs. La corrosion, la disponibilité des pièces spécifiques et la conformité de la mécanique doivent être examinées attentivement.
Les clubs spécialisés Humber et Rootes jouent un rôle important dans l’entretien de ces automobiles. Ils permettent notamment d’identifier les séries, de retrouver les spécifications d’origine et de rechercher des composants devenus rares. Les archives de pièces et les documents de production sont particulièrement utiles pour distinguer une Series IV d’une Series V, ou pour vérifier l’authenticité d’une carrosserie et de ses équipements.
