L’AMC Metropolitan est une petite automobile conçue pour le marché américain et fabriquée au Royaume-Uni par Austin entre 1953 et 1961. Commercialisée à partir du 19 mars 1954 sous la marque Nash, puis également sous le nom Hudson, elle poursuit sa carrière sous la seule appellation Metropolitan après la réorganisation d’American Motors Corporation (AMC). Proposée en coupé et en cabriolet, cette voiture de 3,80 mètres de long se distingue par ses proportions compactes, son style typiquement américain et sa mécanique britannique.
À une époque où les constructeurs de Detroit privilégient les grandes berlines, la Metropolitan propose une approche différente : une automobile économique, facile à stationner et destinée notamment aux déplacements urbains. Sa fabrication transatlantique, ses moteurs Austin de 1,2 puis 1,5 litre et sa silhouette aux roues partiellement carénées en font l’un des modèles les plus singuliers de l’industrie automobile américaine des années 1950.
Origines et développement de l’AMC Metropolitan
Le projet Metropolitan prend forme à la fin des années 1940 sous l’impulsion de George W. Mason, président de Nash-Kelvinator. Convaincu qu’une clientèle américaine pourrait rechercher une seconde voiture plus petite et moins coûteuse à utiliser, il encourage le développement d’un modèle rompant avec les standards nationaux. L’objectif n’est pas de remplacer les grandes Nash, mais de compléter la gamme avec une automobile adaptée aux trajets quotidiens.
Cette stratégie prolonge l’intérêt de Nash pour les voitures compactes. La future Metropolitan doit se positionner sous la AMC Rambler, dont les dimensions et la polyvalence répondent à des besoins différents. Elle vise particulièrement les automobilistes qui souhaitent conserver une présentation américaine sans subir l’encombrement des modèles traditionnels.
Le designer William J. Flajole joue un rôle central dans la définition de sa silhouette. Les premières études, regroupées sous les désignations NXI puis NKI, donnent naissance à une petite voiture aux formes arrondies, avec des ailes enveloppantes et des passages de roues partiellement fermés. Des prototypes sont présentés à des consommateurs afin d’évaluer l’intérêt du public pour un véhicule aussi inhabituel.
La fabrication aux États-Unis aurait nécessité des investissements importants pour un volume de ventes encore incertain. Nash recherche donc un partenaire européen capable de produire la voiture à un coût acceptable. Après différentes discussions industrielles, un accord est annoncé avec Austin en octobre 1952. Le constructeur britannique fournit la mécanique et assure l’assemblage final à Longbridge, près de Birmingham, tandis que les carrosseries sont réalisées par Fisher & Ludlow.
La production commence en octobre 1953. Les premières voitures sont initialement désignées NKI Custom avant l’adoption du nom Metropolitan. Le lancement commercial intervient le 19 mars 1954, quelques semaines avant la fusion de Nash-Kelvinator et Hudson Motor Car Company qui donne naissance à American Motors Corporation.
La Metropolitan est alors proposée dans les réseaux Nash et Hudson, avec des différences d’identification commerciale plutôt qu’une conception technique distincte. Après l’abandon de ces deux marques, elle continue d’être vendue sous son propre nom. L’appellation AMC Metropolitan désigne donc rétrospectivement l’ensemble de cette lignée, et non une génération indépendante apparue après 1954.
Un design américain dans un format inhabituel
La Metropolitan conserve plusieurs caractéristiques stylistiques des automobiles américaines de son époque, mais dans des proportions nettement réduites. Son capot relativement court, sa cabine arrondie, ses ailes intégrées et ses surfaces vitrées généreuses lui donnent une silhouette immédiatement reconnaissable. Les passages de roues avant partiellement carénés reprennent un thème déjà employé par Nash sur ses voitures plus grandes.
La face avant présente une calandre chromée de dimensions modestes, encadrée par deux projecteurs ronds. Sur les premiers exemplaires, une prise d’air factice apparaît au centre du capot. Elle disparaît lors de l’évolution de 1956, qui introduit également une présentation bicolore plus élaborée et une baguette chromée séparant les teintes sur les flancs.
Le coupé possède un toit rigide fixe et une petite banquette arrière, tandis que le cabriolet reçoit une capote repliable. Dans les deux cas, l’habitacle adopte une configuration 2+2. Les places arrière restent limitées, mais elles permettent un usage occasionnel au-delà des deux occupants avant. Le tableau de bord conserve une présentation simple, avec une instrumentation réduite et un levier de vitesses placé sur la colonne de direction.
La roue de secours installée à l’extérieur, sur la partie arrière de la carrosserie, constitue un autre signe distinctif. Jusqu’en 1959, le compartiment à bagages ne possède pas de couvercle extérieur classique : son accès s’effectue depuis l’habitacle, derrière la banquette arrière. Cette disposition permet de préserver les formes compactes de la carrosserie, mais complique le chargement des bagages.
Le style de la Metropolitan ne cherche pas à reproduire celui d’une petite voiture européenne. Ses chromes, ses couleurs contrastées et ses formes arrondies conservent une identité américaine affirmée. Cette volonté de proposer une automobile urbaine différente se retrouvera, dans un autre contexte et sans filiation technique directe, sur l’AMC Pacer lancée en 1975.
Moteurs Austin et évolutions de 1954 à 1961
La Metropolitan repose sur une architecture mécanique conventionnelle, avec un moteur quatre cylindres longitudinal à l’avant et une transmission aux roues arrière. Sa structure monocoque en acier s’accompagne d’une suspension avant indépendante et d’un essieu arrière rigide à ressorts à lames. Cette conception privilégie la simplicité et l’économie d’utilisation plutôt que les performances.
Les premières voitures reçoivent un moteur Austin de 1,2 litre développant environ 42 chevaux selon les spécifications américaines de l’époque. La mécanique évolue rapidement, avec l’adoption d’un quatre cylindres de la famille Austin B-Series. Ces changements interviennent avant la grande modification de 1956, ce qui explique les différences techniques entre les premières Metropolitan 1200.
En 1956 apparaît la Metropolitan 1500, équipée d’un moteur Austin B-Series de 1 489 cm³. La puissance atteint environ 52 chevaux, puis 55 chevaux sur les dernières évolutions. Ce gain améliore l’agrément de conduite et permet de mieux exploiter la boîte manuelle à trois rapports, sans transformer la voiture en modèle sportif.
La Metropolitan conserve des freins à tambour aux quatre roues et une direction non assistée. Ses roues de petit diamètre et son empattement réduit favorisent la maniabilité, même si les passages de roues avant carénés limitent le braquage. Sur route, ses performances restent adaptées à une conduite modérée, avec une vitesse maximale généralement située autour de 110 à 120 km/h suivant les versions.
L’évolution la plus visible intervient en 1959. La carrosserie reçoit enfin un véritable couvercle de coffre extérieur, ce qui facilite considérablement l’accès aux bagages. Le coupé bénéficie également d’une lunette arrière agrandie et réalisée d’une seule pièce, tandis que des vitres déflectrices améliorent la ventilation. Ces modifications rendent la Metropolitan plus pratique sans modifier fondamentalement sa conception.
Les chiffres de puissance publiés pour ce modèle correspondent à différentes spécifications américaines d’époque. Ils ne doivent pas être assimilés directement à des puissances mesurées selon les normes DIN modernes. De même, les performances et les poids varient avec le moteur, la carrosserie et le millésime.
Fiche technique de l’AMC Metropolitan
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Constructeur | Nash, puis American Motors Corporation |
| Modèle | Metropolitan |
| Commercialisation | 1954 à 1962 |
| Production | Octobre 1953 à avril 1961 |
| Fabrication | Austin, Longbridge, Royaume-Uni |
| Carrosserie | Coupé deux portes ou cabriolet deux portes |
| Nombre de places | 2+2 |
| Structure | Monocoque en acier |
| Moteur | Quatre cylindres en ligne Austin, essence |
| Cylindrée | Environ 1 200 cm³, puis 1 489 cm³ |
| Distribution | Soupapes en tête, arbre à cames latéral |
| Alimentation | Carburateur |
| Refroidissement | Liquide |
| Puissance | 42 hp au lancement, environ 52 à 55 hp sur les versions 1500 |
| Couple | Environ 84 Nm sur la première version ; jusqu’à environ 111 Nm sur les dernières évolutions |
| Implantation moteur | Avant longitudinale |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à trois rapports, commande au volant |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames |
| Direction | Mécanique non assistée |
| Freinage | Quatre tambours à commande hydraulique |
| Roues | Jantes en acier de 13 pouces |
| Longueur | Environ 3 797 mm |
| Largeur | Environ 1 562 mm |
| Hauteur | Environ 1 384 mm |
| Empattement | 2 159 mm |
| Poids à vide | Environ 810 à 828 kg pour les premières versions, variable ensuite |
| Vitesse maximale | Environ 110 à 120 km/h selon version |
| Roue de secours | Montage extérieur à l’arrière |
Commercialisation, production et place sur le marché
Au lancement de 1954, la Metropolitan est affichée aux États-Unis à 1 445 dollars pour le coupé et 1 469 dollars pour le cabriolet. Ces tarifs la positionnent comme une voiture accessible, même si sa conception particulière et son habitabilité limitée la distinguent des automobiles économiques plus conventionnelles.
La clientèle visée recherche avant tout une voiture simple à conduire et à stationner, capable d’assurer les déplacements quotidiens. La publicité met en avant la faible consommation, la maniabilité et les dimensions réduites. Certaines annonces d’époque évoquent environ 40 miles par gallon américain, soit près de 5,9 l/100 km, une valeur promotionnelle qui ne correspond pas à une mesure de consommation normalisée actuelle.
La Metropolitan connaît une carrière commerciale relativement longue pour une automobile aussi spécialisée. Ses ventes bénéficient notamment de la popularité croissante des voitures importées aux États-Unis durant la seconde moitié des années 1950. L’année 1959 constitue un sommet, avec plus de 22 000 exemplaires expédiés vers les marchés américain et canadien.
Les statistiques historiques font état de 94 986 Metropolitan expédiées vers les États-Unis et le Canada. Ce total comprend 83 442 voitures destinées au marché américain et 11 544 au Canada. Il ne représente pas nécessairement l’ensemble de la production mondiale, puisque des Austin Metropolitan ont également été proposées sur certains marchés extérieurs, notamment au Royaume-Uni.
Les chiffres annuels doivent être distingués des dates de fabrication. La production commence dès 1953, avant le lancement commercial, et s’arrête en avril 1961. Les dernières voitures continuent cependant d’être vendues jusqu’en 1962 grâce aux stocks disponibles. La présence d’exemplaires commercialisés cette année-là ne signifie donc pas que la fabrication s’est poursuivie jusqu’en 1962.
À la fin des années 1950, American Motors dispose également de la Rambler American, une voiture économique plus grande et plus polyvalente. Ce modèle, souvent désigné dans les nomenclatures historiques comme l’AMC American, répond à des besoins familiaux que la Metropolitan ne peut satisfaire aussi facilement. Il ne s’agit toutefois pas de son successeur direct.
L’arrêt de la Metropolitan intervient dans un contexte où AMC concentre davantage ses ressources sur ses gammes Rambler. Le constructeur ne lance pas immédiatement de remplaçante équivalente. Il revient ensuite sur le segment des petites voitures avec l’AMC Gremlin en 1970, un modèle de conception très différente, développé à partir d’une architecture américaine existante.
Versions particulières et intérêt en collection
La Metropolitan a également donné naissance à plusieurs études de carrosserie et de présentation qui ne sont pas entrées en production régulière. Parmi elles figurent les projets Fifth Avenue, Westerner et Cape Cod, ainsi que des recherches autour d’une carrosserie familiale. Ces prototypes témoignent des tentatives d’élargissement de la gamme, mais les coûts de développement et les perspectives commerciales ne justifient pas leur industrialisation.
Un exemplaire particulier, connu sous le nom de Royal Runabout, est associé à la princesse Margaret du Royaume-Uni. Réalisé en 1960, il illustre la possibilité de personnaliser cette petite voiture au-delà des configurations ordinaires. Ces réalisations spéciales restent distinctes des coupés et cabriolets de série.
La Metropolitan occupe aujourd’hui une place particulière dans l’univers des automobiles de collection. Sa silhouette, ses coloris bicolores et ses dimensions inhabituelles attirent les amateurs de voitures américaines des années 1950, tandis que sa mécanique Austin intéresse également les passionnés de véhicules britanniques.
Pour identifier correctement un exemplaire, le millésime ne suffit pas toujours. Les changements mécaniques et esthétiques ont parfois été introduits en cours de production. Le numéro de série, la cylindrée du moteur, la présence de la prise d’air sur le capot, le dessin des baguettes latérales et l’existence d’un couvercle de coffre extérieur constituent des éléments utiles pour déterminer sa configuration d’origine.
Les premières Metropolitan 1200 se distinguent notamment des versions 1500 par leur mécanique et certains détails de carrosserie. Les voitures produites à partir de 1959 sont généralement plus faciles à utiliser au quotidien grâce à leur coffre accessible depuis l’extérieur. Sur un exemplaire ancien, l’authenticité de la peinture, des chromes, des garnitures et des éléments de carrosserie mérite une attention particulière, notamment lorsque des pièces de différentes années ont été mélangées lors d’une restauration.
La corrosion de la structure monocoque constitue également un point important lors de l’examen d’une Metropolitan. Les bas de caisse, les planchers, les passages de roues et les zones de fixation des suspensions doivent être inspectés avec soin. La disponibilité de nombreuses pièces mécaniques d’origine Austin facilite certaines interventions, mais elle ne dispense pas de vérifier la compatibilité exacte des composants avec la version et l’année de fabrication.
