Présentée au Salon de Paris en octobre 1926, l’Amilcar C6 est une voiturette sportive française conçue pour la compétition et destinée notamment aux pilotes privés. Son originalité tient à son moteur six cylindres en ligne de faible cylindrée, doté d’une distribution à double arbre à cames en tête et d’un compresseur mécanique. Dans une catégorie où la légèreté et l’efficacité mécanique jouent un rôle essentiel, elle représente une interprétation particulièrement ambitieuse de la voiture de course de petite cylindrée.
Produite à quelques dizaines d’exemplaires, la C6 se distingue des Amilcar plus courantes par son niveau de sophistication technique et ses performances. Elle appartient à une période où les constructeurs français spécialisés dans les cyclecars et les petites sportives cherchent à démontrer leur savoir-faire sur les circuits, dans les courses de voiturettes et lors des épreuves de vitesse.
La naissance d’une sportive ambitieuse chez Amilcar
Fondée en 1921 par Joseph Lamy et Émile Akar, Amilcar s’est d’abord fait connaître grâce à des automobiles légères et économiques, notamment des cyclecars. La marque comprend rapidement l’intérêt de la compétition pour renforcer sa notoriété et mettre en valeur la conception de ses voitures. Les succès sportifs contribuent alors à attirer une clientèle sensible aux performances, sans nécessairement disposer des moyens d’acquérir une grande voiture de course.
Au milieu des années 1920, Amilcar développe des mécaniques plus élaborées pour affronter la concurrence dans les catégories de faible cylindrée. La C6 s’inscrit dans cette démarche avec un moteur à six cylindres, une architecture plus complexe que celle des quatre-cylindres équipant plusieurs modèles sportifs de la marque. Le choix d’un compresseur mécanique permet d’augmenter la quantité d’air admise dans les cylindres et d’obtenir une puissance élevée au regard de la cylindrée.
La voiture est présentée publiquement en 1926. Sa conception s’appuie sur l’expérience acquise par Amilcar dans le domaine de la compétition, mais sa configuration biplace la distingue des monoplaces spécialement préparées pour les records. Elle vise une utilisation sportive dans laquelle la possibilité de participer à différentes épreuves compte autant que la recherche d’une vitesse maximale.
La C6 apparaît ainsi comme une voiture de spécialistes, construite en faibles quantités et techniquement plus exigeante que les modèles de tourisme de la marque. Sa diffusion reste limitée, ce qui contribue aujourd’hui à sa rareté dans les collections automobiles d’avant-guerre.
Un six-cylindres suralimenté au cœur du projet
Le moteur constitue l’élément le plus remarquable de l’Amilcar C6. Il s’agit d’un six-cylindres en ligne à refroidissement liquide, d’une cylindrée voisine de 1,1 litre. La distribution à double arbre à cames en tête témoigne d’une recherche de rendement mécanique particulièrement poussée pour une voiturette de cette époque. Cette solution permet de commander précisément les soupapes et convient à un moteur destiné à fonctionner à des régimes élevés.
La suralimentation est assurée par un compresseur mécanique de type Roots. En comprimant l’air admis dans le moteur, ce dispositif favorise le remplissage des cylindres et augmente la puissance disponible sans nécessiter une augmentation importante de la cylindrée. L’ensemble est alimenté par un carburateur et fonctionne à l’essence, selon une architecture typique des voitures de compétition les plus élaborées des années 1920.
La puissance couramment attribuée à la C6 de configuration client atteint environ 62 ch, autour de 5 500 tr/min. Certaines publications indiquent des valeurs légèrement différentes, en fonction des réglages ou des caractéristiques retenues. Cette puissance doit être distinguée de celle des voitures d’usine et des monoplaces de record issues de la même famille technique, qui pouvaient recevoir des préparations plus poussées.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. Une boîte manuelle à quatre rapports permet au pilote d’exploiter la plage de fonctionnement du six-cylindres. Dans une voiture de course légère, le choix du rapport de transmission et l’adaptation aux caractéristiques du circuit jouent un rôle déterminant, notamment lorsque le moteur est suralimenté et conçu pour délivrer ses meilleures performances à haut régime.
Cette mécanique distingue nettement la C6 des sportives Amilcar à quatre cylindres. La Amilcar CGS, par exemple, représente une autre approche de la voiture légère et sportive, fondée sur une architecture plus simple. La C6 privilégie pour sa part la sophistication du moteur et la recherche de performances dans les catégories de compétition adaptées à sa cylindrée.
Un châssis léger conçu pour la compétition
La recherche de performances ne repose pas uniquement sur le moteur. L’Amilcar C6 utilise un châssis séparé à longerons, associé à une carrosserie ouverte biplace. Cette construction permet de maintenir une masse contenue tout en offrant une base adaptée aux contraintes de la compétition. Les proportions sont celles d’une voiturette de course des années 1920 : un capot relativement long, une carrosserie étroite et une poupe effilée.
Les suspensions font appel à des essieux rigides et à des ressorts à lames, une solution courante à l’époque. Des amortisseurs à friction contribuent à contrôler les mouvements de la caisse. Si cette architecture ne possède pas la sophistication des trains roulants indépendants apparus sur certaines automobiles ultérieures, elle présente l’avantage d’une conception robuste et relativement facile à entretenir dans un environnement de course.
La direction à vis et secteur répond aux principes mécaniques de la période. Le freinage est assuré par des tambours aux quatre roues, tandis que les roues de dimensions étroites contribuent à limiter la masse non suspendue. L’ensemble privilégie la simplicité fonctionnelle, la légèreté et l’adaptation à une utilisation sportive plutôt que le confort d’une voiture de tourisme.
La vitesse maximale généralement annoncée pour la C6 atteint environ 165 km/h. Cette valeur, souvent associée à des essais réalisés à Montlhéry, illustre le niveau de performances revendiqué pour le modèle. Elle ne doit toutefois pas être considérée comme une mesure universelle applicable à chaque exemplaire, car les réglages, les rapports de transmission et l’état mécanique influencent directement les résultats.
Fiche technique de l’Amilcar C6
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Constructeur | Amilcar |
| Première présentation | 1926 |
| Période de production généralement retenue | 1926 à 1930, certaines sources prolongent la période jusqu’en 1931 |
| Type | Voiturette sportive de compétition |
| Carrosserie | Biplace ouverte |
| Moteur | Six-cylindres en ligne, essence, refroidissement liquide |
| Cylindrée | Environ 1 094 cm³, parfois indiquée à 1 097 cm³ |
| Alésage × course | 56 × 74 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, deux soupapes par cylindre |
| Alimentation | Carburateur, généralement identifié comme un Solex de diamètre 40 |
| Suralimentation | Compresseur mécanique Roots |
| Puissance maximale | Environ 62 ch vers 5 500 tr/min |
| Régime maximal mentionné | Environ 5 600 tr/min |
| Couple maximal | Non établi de manière suffisamment fiable |
| Implantation du moteur | Longitudinale avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à quatre rapports avant et marche arrière |
| Embrayage | Monodisque à sec selon les fiches descriptives |
| Châssis | Cadre séparé à longerons |
| Suspension avant | Essieu rigide et ressorts à lames |
| Suspension arrière | Pont rigide et ressorts à lames |
| Amortisseurs | À friction |
| Direction | À vis et secteur |
| Freins | Tambours aux quatre roues |
| Diamètre des tambours | Environ 260 mm selon une fiche spécialisée |
| Roues et pneus | Dimension de pneus indiquée dans certaines fiches : 400 × 19 |
| Longueur | Environ 3 400 mm selon certaines bases |
| Largeur | Environ 1 220 à 1 280 mm selon les sources |
| Hauteur | Non établie de manière suffisamment fiable |
| Empattement | Environ 2 195 mm dans une fiche spécialisée ; 2 235 mm dans une autre base |
| Voie avant | Environ 1 060 à 1 090 mm |
| Voie arrière | Environ 1 090 mm |
| Poids à vide | Environ 550 à 565 kg selon les fiches |
| Vitesse maximale annoncée | Environ 165 km/h |
| Accélération de 0 à 100 km/h | Pas de valeur suffisamment établie |
| Consommation | Des estimations de 12 à 20 l/100 km sont citées, sans protocole de mesure clairement établi |
| Autonomie | Pas de valeur suffisamment établie |
| Puissance fiscale | 12 CV selon certaines sources historiques |
La C6 en compétition et les distinctions avec les modèles d’usine
La vocation de l’Amilcar C6 est indissociable de la compétition automobile de la seconde moitié des années 1920. Les voitures de la marque sont engagées dans des courses de voiturettes, des épreuves sur circuit et des courses de côte, en France comme en Grande-Bretagne. L’autodrome de Montlhéry et le circuit de Brooklands figurent parmi les lieux associés à l’activité sportive des Amilcar de cette période.
Il faut cependant distinguer les résultats attribués à la marque de ceux qui peuvent être établis pour la C6 elle-même. Les comptes rendus anciens désignent parfois les voitures par le seul nom Amilcar, sans préciser la version. Les succès obtenus par les pilotes sur des modèles de la marque ne peuvent donc pas tous être inscrits au palmarès de la C6 sans identification complémentaire de la voiture engagée.
Cette distinction est particulièrement importante pour les Type CO et MCO. Ces modèles appartiennent à la famille des six-cylindres de compétition qui a contribué au développement technique de la C6, mais les monoplaces MCO sont conçues pour des objectifs plus spécialisés, notamment les records de vitesse. Certaines de leurs configurations atteignent des niveaux de puissance très supérieurs à ceux de la voiturette biplace destinée aux clients. Attribuer automatiquement ces chiffres à la C6 donnerait une image erronée de ses spécifications d’origine.
La C6 a également connu une vie sportive au-delà de sa période de production initiale. Certaines voitures ont été modifiées après la Seconde Guerre mondiale afin de poursuivre leur carrière en compétition. Des transformations ont notamment concerné la motorisation. Pour l’historien comme pour le collectionneur, l’identification doit donc reposer sur le numéro de châssis, l’historique de l’exemplaire et l’examen de ses composants, et non sur la seule appellation portée dans un catalogue ou une annonce.
Production limitée, prix et rareté aujourd’hui
La production de l’Amilcar C6 est généralement estimée à quelques dizaines d’exemplaires. Les publications spécialisées avancent des totaux variables, souvent compris entre une quarantaine et une soixantaine de voitures. Ces différences peuvent provenir de la manière de comptabiliser les voitures de compétition, les versions destinées aux clients et les exemplaires reconstruits ou transformés. Aucun total définitif ne peut être retenu sans registre de production exhaustif.
Les indications relatives aux numéros de châssis et de moteur constituent des éléments utiles pour l’étude des exemplaires survivants, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de déterminer exactement le volume fabriqué. L’histoire individuelle de chaque voiture revêt donc une importance particulière, notamment lorsque plusieurs décennies de compétition ou de restaurations ont modifié son état d’origine.
Les prix neufs rapportés pour la période se situent autour de 60 000 à 80 000 francs français dans certaines publications. Cette fourchette doit être comprise comme une indication historique, faute de disposer ici d’une grille tarifaire d’usine permettant de distinguer précisément les équipements et les configurations. La C6 était une voiture spécialisée, bien éloignée d’un cyclecar d’accès de gamme.
Sur le marché de la collection, sa rareté, son moteur à six cylindres suralimenté et son lien avec la compétition française d’avant-guerre lui confèrent un intérêt particulier. Les valeurs anciennes publiées ne constituent cependant pas une cote actuelle : l’état de conservation, l’authenticité mécanique, la qualité de la restauration et la continuité de l’historique sportif peuvent modifier considérablement la valeur d’un exemplaire.
La comparaison avec l’Amilcar CGSS aide à comprendre cette singularité. La CGSS est une sportive à quatre cylindres, tandis que la C6 se démarque par sa mécanique six-cylindres suralimentée et sa vocation de voiturette de compétition plus exclusive. Ces deux modèles illustrent des orientations techniques différentes au sein d’une même marque, à une époque où la légèreté, la puissance spécifique et l’expérience acquise sur circuit constituent des arguments majeurs.
