Produite pour les millésimes 2005 et 2006, la Ford GT marque le retour de Ford dans l’univers des supercars avec une automobile directement inspirée de ses succès aux 24 Heures du Mans. Son dessin renvoie sans ambiguïté à la Ford GT40, victorieuse au Mans quatre années consécutives de 1966 à 1969, mais la GT n’est ni une réplique ni une simple réédition. Plus grande, plus puissante et conçue autour d’une structure moderne en aluminium, elle transpose cette silhouette historique dans une voiture de route du début des années 2000.
Le modèle doit aussi être distingué de la Mustang portant le même suffixe. La Ford Mustang GT reste une sportive à moteur avant dérivée de la Mustang, tandis que la Ford GT est une biplace à moteur central arrière développée comme une supercar à part entière.
Du concept GT40 à la Ford GT de série
Le projet prend forme à la fin des années 1990 dans le cadre du programme Living Legends, par lequel Ford réinterprète plusieurs modèles emblématiques de son histoire. Le dessin est confié à une équipe menée par Camilo Pardo, chief designer du projet, sous la direction du studio Living Legends de Doug Gaffka et de l’organisation du design alors supervisée par J Mays. Côté ingénierie, John Coletti et les équipes de Special Vehicle Team jouent un rôle essentiel dans la transformation de l’idée en automobile de série.
Ford dévoile le GT40 Concept au salon de Detroit en janvier 2002. La parenté avec la voiture des années 1960 est spectaculaire : capot plongeant, habitacle très avancé, ailes arrière massives, prises d’air latérales et poupe tronquée reprennent les grandes lignes de l’originale. L’accueil pousse rapidement Ford à engager un programme de production, avec l’objectif symbolique d’accompagner le centenaire de l’entreprise célébré en 2003.
Le nom change toutefois avant la commercialisation. Ford ne dispose pas des droits nécessaires pour utiliser librement l’appellation GT40 sur le modèle de série. La voiture devient donc simplement Ford GT. Ce changement est d’autant plus logique que la nouvelle venue ne mesure plus les fameux 40 pouces de hauteur à l’origine du nom historique : elle atteint environ 1,12 m.
Les premières voitures destinées aux clients sont livrées en août 2004 en tant que modèles 2005. La production se poursuit jusqu’en septembre 2006. Cette première génération moderne, détaillée également sous l’appellation Ford GT 2005, reste ainsi une automobile à la carrière particulièrement courte.
Un V8 compressé de 5,4 litres en position centrale
Derrière l’habitacle prend place un V8 Ford Modular de 5 409 cm3. Construit en aluminium, doté de quatre arbres à cames en tête et de 32 soupapes, il reçoit surtout un compresseur volumétrique et un échangeur. Dans sa spécification américaine, Ford annonce 550 hp SAE et 500 lb-ft de couple, soit environ 410 kW et 678 Nm. Les chiffres européens publiés à l’époque peuvent différer en raison des normes et spécifications utilisées.
Le V8 est associé exclusivement à une boîte-pont manuelle Ricardo à six rapports qui transmet la puissance aux roues arrière. Il n’existe donc ni transmission intégrale ni boîte automatique de série. Cette architecture place la GT dans une catégorie très différente des coupés Ford traditionnels et rappelle, par sa disposition mécanique, certaines réalisations beaucoup plus spécialisées de la marque. La Ford RS200 avait déjà utilisé un moteur central dans les années 1980, mais dans le contexte radicalement différent de l’homologation en rallye et avec quatre roues motrices.
La structure repose sur un spaceframe en aluminium combinant notamment extrusions et pièces moulées. Les suspensions indépendantes utilisent des doubles triangles en aluminium aux quatre roues. Ford retient également des freins Brembo à étriers quatre pistons et de très larges pneus arrière de 315 mm, indispensables pour exploiter les performances du V8 compressé.
La vitesse maximale annoncée atteint environ 330 km/h, soit 205 mph. Lors de mesures instrumentées d’époque, la GT a également démontré sa capacité à passer de 0 à 60 mph en environ 3,3 secondes. Ces performances la plaçaient au niveau des supercars européennes les plus rapides de son époque tout en conservant une mécanique et une présentation profondément liées à l’identité américaine de Ford.
Fiche technique de la Ford GT
| Caractéristique | Ford GT 2005-2006 |
|---|---|
| Type | Supercar, coupé 2 places |
| Architecture | Moteur central arrière longitudinal, propulsion |
| Moteur | V8 à 90°, aluminium, 32 soupapes |
| Cylindrée | 5 409 cm3 |
| Suralimentation | Compresseur volumétrique avec échangeur |
| Puissance | 550 hp SAE, environ 410 kW en spécification américaine |
| Couple | 500 lb-ft, environ 678 Nm en spécification américaine |
| Boîte de vitesses | Manuelle Ricardo à 6 rapports |
| Différentiel | À glissement limité |
| Structure | Spaceframe en aluminium |
| Suspension avant | Indépendante, doubles triangles en aluminium |
| Suspension arrière | Indépendante, doubles triangles en aluminium |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins | Brembo, étriers 4 pistons, disques ventilés et percés |
| Jantes | 18 x 9 pouces avant, 19 x 11,5 pouces arrière |
| Pneus avant | 235/45 ZR18 |
| Pneus arrière | 315/40 ZR19 |
| Longueur | 4 644 mm environ |
| Largeur | 1 953 mm environ, hors rétroviseurs |
| Hauteur | 1 125 mm environ |
| Empattement | 2 710 mm environ |
| Voie avant | 1 599 mm environ |
| Voie arrière | 1 618 mm environ |
| Poids | Environ 1 520 kg en spécification américaine, valeurs supérieures publiées pour certaines configurations européennes |
| Vitesse maximale annoncée | 205 mph, environ 330 km/h |
| 0 à 60 mph | Environ 3,3 s lors de mesures instrumentées d’époque |
| Réservoir | Environ 66 litres |
Un dessin historique sans être une réplique
La réussite esthétique de la GT tient à l’équilibre entre fidélité et modernisation. Camilo Pardo conserve les proportions fondamentales de la GT40, avec un museau très bas, un pare-brise fortement incliné, un habitacle compact et des ailes arrière qui encadrent une poupe presque verticale. Les portes prolongées dans le pavillon constituent l’un des clins d’oeil les plus évidents à l’ancienne voiture de course.
Les dimensions révèlent pourtant une automobile entièrement nouvelle. La Ford GT est plus longue, plus large et surtout plus haute que son inspiratrice. Ses grands projecteurs sous glace, ses prises d’air fonctionnelles, son capot moteur arrière vitré et ses deux sorties d’échappement centrales lui donnent également une identité propre. Le dessin n’a donc pas été obtenu en adaptant une carrosserie ancienne à une mécanique contemporaine : proportions et surfaces ont été redessinées pour une nouvelle plateforme.
L’habitacle applique la même logique. L’instrumentation analogique, les interrupteurs métalliques et les sièges perforés rappellent volontairement la compétition des années 1960, mais l’ensemble est conçu comme celui d’une voiture routière moderne. La climatisation et différents équipements de confort cohabitent ainsi avec une position de conduite basse et une visibilité arrière fortement conditionnée par l’architecture du moteur central.
Une production complexe et limitée
La fabrication reflète le caractère particulier du programme. Plusieurs sites américains interviennent dans le processus : des éléments de structure et de carrosserie passent notamment par l’Ohio et le Michigan, Saleen Special Vehicles participe aux opérations de carrosserie, peinture et assemblage, tandis que Ford réalise les dernières étapes à Wixom. Le V8 est produit à Romeo, également dans le Michigan.
Ford envisageait initialement une production pouvant atteindre environ 4 500 voitures. Le total finalement construit est généralement établi à 4 038 exemplaires, répartis entre 2 027 voitures du millésime 2005 et 2 011 du millésime 2006. La diffusion européenne reste beaucoup plus limitée que celle du marché nord-américain.
Aux États-Unis, le prix annoncé au début de la commercialisation est de 139 995 dollars. La demande initiale provoque cependant une forte spéculation autour des premières voitures. En Europe, où les volumes disponibles sont réduits, la GT est encore plus rare. Son caractère de série courte, sa boîte manuelle et son lien étroit avec la GT40 contribueront ensuite à son statut de voiture de collection.
Millésime 2006 et livrée Heritage
La GT évolue peu durant sa brève carrière. Ford ne cherche pas à multiplier les versions mécaniques et conserve le même principe technique pour le millésime 2006. Les différences concernent principalement les teintes, les options et certaines présentations. Des jantes BBS forgées allégées, un système audio McIntosh, des bandes peintes et des étriers colorés figurent notamment parmi les équipements proposés.
La déclinaison la plus immédiatement reconnaissable est le Heritage Paint Livery Package du millésime 2006. Sa carrosserie bleu clair, ses bandes orange et ses grands cercles blancs rendent hommage à la célèbre livrée Gulf associée aux GT40 de compétition. Ford Racing a indiqué ultérieurement que 343 GT avaient reçu cette présentation, alors que certaines publications donnent un total légèrement différent. Cette série se distingue par sa décoration, et non par une transformation fondamentale du groupe motopropulseur.
La GT a aussi connu des prolongements en compétition par l’intermédiaire de préparateurs et d’équipes privées. Matech Concepts développera notamment des Ford GT destinées aux catégories GT3 puis GT1. Ces voitures de course dérivent de la GT routière mais ne doivent pas être confondues avec le programme officiel qui permettra à Ford de revenir plus tard au Mans avec une toute nouvelle génération.
De la GT à la génération EcoBoost
Après l’arrêt de la production en 2006, Ford ne remplace pas immédiatement sa supercar. Près d’une décennie plus tard, la marque dévoile une nouvelle GT qui abandonne plusieurs principes fondamentaux de sa devancière. La Ford GT 2017 adopte un V6 3,5 litres EcoBoost biturbo, une boîte à double embrayage à sept rapports, une structure faisant largement appel à la fibre de carbone et une aérodynamique active.
Cette seconde génération est aussi développée avec un objectif de compétition beaucoup plus affirmé. Ford engage sa nouvelle GT en endurance et remporte notamment la catégorie LM GTE Pro aux 24 Heures du Mans 2016, cinquante ans après le premier succès de la GT40 dans l’épreuve. La Ford GT 2005 occupe ainsi une place singulière entre ces deux programmes : elle fait renaître la silhouette et le nom de la supercar Ford sans chercher à reproduire directement le parcours sportif de son ancêtre.




