Présentée le 4 août 2020, la Gordon Murray Automotive T.50 est une supercar britannique conçue sous la direction de Gordon Murray, ingénieur notamment connu pour la McLaren F1. Cette voiture à moteur central arrière se distingue par son V12 atmosphérique Cosworth capable d’atteindre 12 100 tr/min, sa boîte manuelle à six rapports et son habitacle à trois places avec conducteur central. Produite en série limitée à 100 exemplaires annoncés, elle privilégie la légèreté, la précision de conduite et les sensations mécaniques plutôt que la course à la puissance.
La T.50 possède également une particularité spectaculaire : un ventilateur aérodynamique de 400 mm installé à l’arrière, associé à un système actif destiné à contrôler les écoulements d’air sous la carrosserie. Cette solution permet de générer de l’appui sans recourir à un immense aileron fixe. Avec une masse à sec officiellement annoncée à 997 kg dans sa fiche technique de 2023, la T.50 adopte une approche devenue rare parmi les hypercars contemporaines.
Fiche technique de la Gordon Murray Automotive T.50
| Caractéristique | Gordon Murray Automotive T.50 |
|---|---|
| Marque | Gordon Murray Automotive |
| Présentation officielle | 4 août 2020 |
| Début de production cliente | Mars 2023 |
| Pays de fabrication | Royaume-Uni |
| Sites de production | Dunsfold Park, puis Highams Park |
| Carrosserie | Coupé deux portes, trois places |
| Architecture | Moteur central arrière longitudinal |
| Motorisation | V12 Cosworth atmosphérique à 65° |
| Cylindrée | 3 994 cm³ |
| Alésage x course | 81,5 x 63,8 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par banc, 48 soupapes |
| Taux de compression | 14:1 |
| Alimentation | Injection d’essence, admission à quatre papillons |
| Puissance maximale | 670 ch DIN à 11 000 tr/min, fiche GMA 2023 |
| Couple maximal | 479 Nm à 8 000 tr/min, fiche GMA 2023 |
| Régime maximal | 12 100 tr/min |
| Lubrification | Carter sec |
| Masse du moteur | 178 kg |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle Xtrac à six rapports |
| Différentiel | Autobloquant de type Salisbury |
| Embrayage | Multidisque, trois plateaux |
| Structure | Monocoque et panneaux de carrosserie en fibre de carbone |
| Suspension avant | Doubles triangles superposés, poussoirs et ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Doubles triangles superposés, poussoirs et ressorts hélicoïdaux |
| Direction | Crémaillère, assistance électrique à basse vitesse |
| Freins avant | Disques carbone-céramique de 370 mm, étriers à six pistons |
| Freins arrière | Disques carbone-céramique de 340 mm, étriers à quatre pistons |
| Pneus avant | 235/35 ZR19 Michelin Pilot Sport 4 S |
| Pneus arrière | 295/30 ZR20 Michelin Pilot Sport 4 S |
| Jantes | Aluminium forgé, fixation centrale |
| Longueur | 4 352 mm |
| Largeur | 1 850 mm |
| Hauteur | 1 164 mm |
| Empattement | 2 700 mm |
| Voie avant | 1 586 mm |
| Voie arrière | 1 525 mm |
| Masse à sec | 997 kg, fiche GMA 2023 |
| Rapport poids/puissance | Environ 672 ch par tonne à sec |
| Vitesse maximale annoncée | 226 mph, soit environ 364 km/h |
| Réservoir | 80 litres, dont 6 litres de réserve |
| Volume de bagages | 226 à 288 litres selon l’occupation |
| Ventilateur aérodynamique | 400 mm de diamètre, jusqu’à 7 000 tr/min |
| Alimentation du ventilateur | Système électrique 48 V |
| Production annoncée | 100 exemplaires routiers |
| Prix de lancement | 2 360 000 £ hors taxes |
Origines et développement de la Gordon Murray Automotive T.50
La création de la T.50 s’inscrit dans la volonté de Gordon Murray de revisiter les principes qui avaient guidé la conception de la McLaren F1 au début des années 1990. Cette dernière associait déjà un moteur V12 atmosphérique, une position de conduite centrale et une construction légère. Toutefois, la T.50 n’est pas une nouvelle génération de McLaren F1 : elle constitue un projet indépendant développé par Gordon Murray Automotive, société britannique fondée en 2017.
Le nom T.50 fait référence à la cinquantième création automobile de Gordon Murray, dans le cadre d’une carrière consacrée à la conception de voitures de compétition et de route. Le projet repose sur une idée précise : améliorer les sensations du conducteur grâce à une faible inertie, une réponse moteur immédiate et une transmission offrant une interaction mécanique directe.
Le développement mobilise plusieurs spécialistes britanniques. Cosworth conçoit un V12 atmosphérique entièrement spécifique, tandis que Xtrac fournit la boîte de vitesses manuelle. Formaplex participe à la fabrication de la structure en composites. Gordon Murray supervise personnellement les choix d’architecture, d’ergonomie et de comportement routier. Le pilote Dario Franchitti intervient également dans les activités de développement et de présentation du modèle.
Après la révélation officielle d’août 2020, le programme entre dans une phase prolongée de validation. Les premières prévisions envisageaient des livraisons plus précoces, mais l’assemblage des voitures clientes commence finalement en mars 2023 à Dunsfold Park, dans le Surrey. Gordon Murray participe à la validation finale du véhicule et signe la première monocoque destinée à un client.
En avril 2024, Gordon Murray Automotive annonce le transfert de la production vers ses nouvelles installations de Highams Park, toujours dans le Surrey. Ce changement accompagne le développement industriel du constructeur et l’élargissement de son catalogue.
La gamme accueille notamment la Gordon Murray Automotive T.33, une supercar à deux places qui conserve un V12 atmosphérique Cosworth mais adopte une architecture et une carrosserie différentes. La T.50 demeure le modèle emblématique du concept à trois places et à aérodynamique assistée par ventilateur.
Un V12 Cosworth atmosphérique conçu pour les sensations
Le moteur de la T.50 est l’un des éléments fondamentaux de son identité. Développé par Cosworth, ce V12 de 3 994 cm³ possède une architecture à 65 degrés, quatre soupapes par cylindre et une distribution à double arbre à cames en tête sur chaque banc. Contrairement aux nombreuses supercars modernes équipées de turbocompresseurs ou d’une assistance hybride de forte puissance, il repose principalement sur un fonctionnement atmosphérique.
Sa conception privilégie la montée en régime et la réponse à l’accélérateur. Le vilebrequin à faible inertie, les bielles en titane, les soupapes en titane et les dimensions internes du moteur favorisent une rotation particulièrement rapide. Avec une course de seulement 63,8 mm, le V12 peut atteindre un régime maximal de 12 100 tr/min, exceptionnellement élevé pour un moteur de série à douze cylindres.
La fiche technique constructeur datée de mai 2023 annonce 670 ch DIN à 11 000 tr/min et un couple maximal de 479 Nm à 8 000 tr/min. D’autres communications officielles mentionnent 663 ch ou 650 ch, avec des régimes et valeurs de couple différents. Ces divergences ne permettent pas d’établir une évolution mécanique précise entre toutes les voitures produites. Les valeurs de la fiche technique 2023 constituent donc la référence retenue ici.
Le moteur utilise un carter sec afin de garantir sa lubrification dans les conditions de conduite exigeantes tout en permettant une implantation basse. Son échappement emploie notamment de l’Inconel et du titane, des matériaux adaptés aux températures élevées et à la recherche de légèreté. L’ensemble moteur est annoncé à seulement 178 kg.
La transmission participe directement à cette philosophie. La T.50 reçoit une boîte manuelle Xtrac à six rapports, avec grille en H et levier de vitesses en titane. Son embrayage multidisque et son différentiel autobloquant assurent la transmission de la puissance aux seules roues arrière. Une sixième vitesse surmultipliée figure parmi les possibilités de configuration.
L’expérience sonore fait également l’objet d’un développement particulier. Le système Direct Path Induction Sound transmet une partie des bruits d’admission vers l’habitacle, sans recourir à une reproduction artificielle par les haut-parleurs. L’intensité sonore évolue naturellement avec le régime et l’ouverture des papillons, renforçant le lien entre les commandes du conducteur et la mécanique.
Une aérodynamique active inspirée de la Formule 1
La caractéristique technique la plus visible de la T.50 se trouve à l’arrière de sa carrosserie. Un ventilateur circulaire de 400 mm de diamètre, entraîné électriquement, contribue à contrôler l’écoulement de l’air sous le véhicule. Ce dispositif fonctionne avec des diffuseurs et des éléments aérodynamiques mobiles pour modifier l’appui et la traînée selon les conditions de conduite.
Le principe possède une filiation historique avec la Brabham BT46B de 1978, monoplace de Formule 1 conçue sous la direction de Gordon Murray. Cette voiture utilisait également un ventilateur pour influencer les écoulements aérodynamiques. La T.50 transpose cette réflexion à une automobile routière moderne, avec une architecture et une gestion électronique différentes.
Le système dispose de six modes de fonctionnement. Le mode Auto adapte les réglages aux conditions normales de conduite. High Downforce augmente l’appui, tandis que Streamline réduit la résistance à l’air. Le mode Braking intervient lors des freinages importants en modifiant la configuration aérodynamique afin d’améliorer la stabilité et l’efficacité du ralentissement.
Vmax Boost privilégie les performances à haute vitesse et exploite les possibilités du système électrique associé à l’admission dynamique. Enfin, le mode Test permet de vérifier le fonctionnement des éléments mobiles. Cette polyvalence explique pourquoi la T.50 n’a pas besoin d’un grand aileron arrière permanent pour obtenir les caractéristiques aérodynamiques recherchées.
Gordon Murray Automotive annonce notamment une augmentation possible de l’appui de 50 % dans certaines configurations et une réduction de traînée de 12,5 % en mode approprié. Le constructeur évoque également un raccourcissement de la distance de freinage d’environ dix mètres depuis 150 mph, soit approximativement 241 km/h, grâce au fonctionnement aérodynamique actif.
L’ensemble repose sur une conception de carrosserie volontairement sobre. Les surfaces extérieures restent relativement épurées, tandis que le soubassement assure une part importante du travail aérodynamique. Cette approche cherche à préserver une silhouette élégante sans sacrifier la stabilité à haute vitesse.
Design, habitacle central et comportement routier
La T.50 reprend une architecture à trois places particulièrement inhabituelle. Le conducteur est installé au centre de l’habitacle, légèrement en avant de deux passagers placés de part et d’autre. Cette disposition offre une position de conduite symétrique, une visibilité dégagée et une perception directe des dimensions du véhicule. Elle rappelle immédiatement la McLaren F1, tout en bénéficiant d’une ergonomie modernisée.
Les deux portes s’ouvrent vers le haut et l’avant, facilitant l’accès à un habitacle dont la configuration diffère fortement d’une supercar conventionnelle. À l’intérieur, l’instrumentation privilégie les informations essentielles. Un grand compte-tours analogique de 120 mm occupe la position centrale, accompagné de deux écrans numériques latéraux.
Le choix des matériaux participe à la réduction de masse. Les commandes métalliques, le levier de vitesses en titane et le pédalier usiné témoignent d’une attention particulière portée aux sensations tactiles. Les sièges sont conçus pour maintenir les occupants sans recourir à des structures inutilement lourdes. Malgré cette recherche de légèreté, la voiture conserve une sonorisation Arcam et des espaces de rangement adaptés à un usage routier.
À l’extérieur, les proportions restent compactes pour une hypercar. Le capot avant est bas, les projecteurs sont effilés et la ligne de toit forme une courbe continue vers l’arrière. Les prises d’air sont intégrées à la carrosserie plutôt que traitées comme des éléments décoratifs. Le ventilateur central et les petits feux arrière circulaires constituent les principaux signes distinctifs de la poupe.
Le châssis repose sur une monocoque en fibre de carbone, associée à des panneaux composites et à des structures légères. Le moteur et la transmission contribuent à la rigidité de l’ensemble grâce à une implantation semi-structurelle. Le système de fixation Inclined Axis Shear Mounting vise à concilier la précision mécanique et la maîtrise des vibrations transmises aux occupants.
Les suspensions à doubles triangles superposés utilisent des composants en aluminium forgé et des commandes par poussoirs. La direction à crémaillère reçoit une assistance électrique principalement destinée aux manœuvres à basse vitesse. À allure plus élevée, l’objectif est de préserver le retour d’information dans le volant et la relation directe entre le conducteur et les roues avant.
Les freins carbone-céramique, les pneus Michelin Pilot Sport 4 S et le différentiel autobloquant complètent une configuration pensée pour la route. La T.50 ne cherche pas à reproduire les réglages extrêmes d’une voiture de compétition. Gordon Murray a notamment insisté sur l’importance de la progressivité des réactions, de la qualité de conduite et de l’exploitation des performances sans devoir atteindre systématiquement des vitesses très élevées.
Production limitée, prix et variantes de la gamme
Gordon Murray Automotive a limité la production annoncée de la T.50 routière à 100 exemplaires. Lors de sa présentation en 2020, son prix de base était fixé à 2,36 millions de livres sterling hors taxes. Les allocations ont rapidement trouvé preneur, reflétant l’intérêt des collectionneurs pour une supercar combinant une mécanique atmosphérique très élaborée et une transmission manuelle.
La fabrication implique un niveau important de personnalisation. Les clients peuvent sélectionner les couleurs, les matériaux et plusieurs éléments de présentation intérieure. L’ergonomie de la position de conduite fait également l’objet d’une attention particulière afin d’adapter l’expérience au propriétaire. La faible cadence de production permet une approche artisanale, malgré la complexité technique du véhicule.
La rareté du modèle influence naturellement son positionnement sur le marché de collection. Des exemplaires ont été proposés à des montants nettement supérieurs au prix de lancement, mais les transactions publiques demeurent trop peu nombreuses pour établir une cote moyenne représentative. L’historique, la configuration, le kilométrage et l’état de conservation jouent un rôle déterminant dans l’appréciation de chaque voiture.
La principale variante du programme est la Gordon Murray Automotive T.50s Niki Lauda, développée exclusivement pour le circuit. Prévue à 25 exemplaires, elle abandonne la configuration routière à trois places au profit d’un habitacle à deux occupants. Son V12 reçoit une préparation spécifique, avec une puissance annoncée de 772 ch, tandis qu’une boîte séquentielle remplace la transmission manuelle en H.
La T.50s se distingue aussi par son aérodynamique beaucoup plus agressive, notamment un grand aileron arrière fixe, des appendices spécifiques et un soubassement optimisé pour la piste. Sa masse à sec annoncée de 890 kg et son orientation sportive ne doivent pas être confondues avec les caractéristiques de la T.50 routière.
Le constructeur a parallèlement élargi son offre avec la Gordon Murray Automotive T.33 Spider, version découvrable de la T.33. Ce modèle conserve la philosophie du V12 atmosphérique et de la construction légère, mais répond à une autre conception de la supercar, centrée sur deux occupants et la conduite à ciel ouvert.
La T.50 routière n’a pas été développée pour participer à un championnat automobile et ne possède pas de palmarès officiel en compétition. Elle a néanmoins reçu le titre Hypercar of the Year lors des GQ Car Awards 2021. Sa production en série limitée et la validation individuelle de ses composants illustrent le positionnement particulier adopté par Gordon Murray Automotive, à mi-chemin entre construction artisanale de prestige et ingénierie de très haute précision.
