Jaguar 3.8s

Jaguar 3.8s

Présentée en 1963, la Jaguar 3.8s est la version la plus puissante de la première S-Type. Cette berline britannique associe le six cylindres XK de 3 781 cm3 à une architecture sensiblement plus sophistiquée que celle de la Jaguar Mark 2 dont elle dérive. Plus longue, plus lourde et davantage orientée vers le grand tourisme, elle adopte surtout une suspension arrière indépendante qui transforme son comportement et son confort.

La dénomination demande une précision. Les documents et références historiques emploient notamment 3.8 S, 3.8 “S” ou S-Type 3.8. Il s’agit dans tous les cas de la berline apparue en 1963, et non de la Jaguar S-Type moderne lancée à la fin des années 1990. La 3.8s historique appartient pleinement à la génération des berlines Jaguar des années 1960.

Une berline entre la Mark 2 et le haut de gamme Jaguar

Au début des années 1960, Jaguar dispose avec la Mark 2 d’une berline compacte rapide et populaire, mais sa conception conserve un essieu arrière rigide. À l’autre extrémité de la gamme, la grande Mark X lancée en 1961 introduit une suspension arrière indépendante élaborée. Jaguar cherche alors à appliquer une partie de ce raffinement à une berline de dimensions plus raisonnables.

Le projet, connu au cours de son développement sous les désignations Utah Mk III et XJ3, conserve une partie importante de la cellule centrale de la Mark 2. Les transformations sont toutefois profondes. La partie arrière est allongée et redessinée afin de loger la nouvelle suspension et d’offrir un coffre plus généreux. Le résultat n’est donc pas une simple Mark 2 mieux équipée, mais une berline au positionnement différent, privilégiant davantage le confort et la stabilité à haute vitesse.

La S-Type est annoncée le 30 septembre 1963 avec des moteurs XK de 3,4 et 3,8 litres. La 3.8s occupe le sommet de cette petite gamme. Elle se place entre la Mark 2 et les grandes berlines de prestige dont la Jaguar 420G prolongera ensuite la lignée de la Mark X. Cette position intermédiaire explique une partie de son caractère, mélange de berline sportive et de routière luxueuse.

Le six cylindres XK 3,8 litres

Sous le long capot prend place le célèbre six cylindres en ligne XK. Dans cette configuration, sa cylindrée atteint 3 781 cm3 grâce à un alésage de 87 mm et une course de 106 mm. Le bloc en fonte reçoit une culasse en aluminium à double arbre à cames en tête et l’alimentation repose sur deux carburateurs SU.

La puissance annoncée à l’époque atteint 220 bhp à 5 500 tr/min, avec un couple d’environ 240 lb-ft, soit 325 Nm, à 3 000 tr/min. Cette puissance répond aux méthodes de mesure utilisées à l’époque et ne doit pas être assimilée directement à 220 ch DIN modernes. Le moteur privilégie autant la souplesse que les performances, une caractéristique bien adaptée au positionnement plus routier de la S-Type.

Une boîte manuelle à quatre rapports est proposée, éventuellement associée à un overdrive Laycock de Normanville. Les premières voitures utilisent une boîte Moss dont le premier rapport n’est pas synchronisé. À partir de la fin de 1964, Jaguar introduit progressivement sa propre boîte entièrement synchronisée. Une transmission automatique Borg-Warner à trois rapports est également disponible, avec des évolutions de type au cours de la carrière.

Fiche technique de la Jaguar 3.8s

CaractéristiqueJaguar 3.8s
Production1963 à 1968
CarrosserieBerline 4 portes, monocoque
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurJaguar XK, 6 cylindres en ligne
Cylindrée3 781 cm3
Alésage x course87 x 106 mm
DistributionDouble arbre à cames en tête, 2 soupapes par cylindre
Alimentation2 carburateurs SU
Taux de compression8:1 en spécification standard, autres rapports disponibles selon marché
Puissance annoncée220 bhp à 5 500 tr/min
Couple annoncé240 lb-ft, environ 325 Nm, à 3 000 tr/min
Boîte manuelle4 rapports, boîte Moss puis Jaguar entièrement synchronisée
OverdriveLaycock de Normanville disponible
Boîte automatiqueBorg-Warner 3 rapports selon version et période
Suspension avantIndépendante, triangles et ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis
Suspension arrièreIndépendante Jaguar, ressorts hélicoïdaux
DirectionBurman à recirculation de billes, assistance disponible
Freins4 disques assistés, disques arrière inboard
Roues15 pouces, roues acier ou roues à rayons selon équipement
Pneumatiques6.40 x 15 à l’origine, puis pneumatiques radiaux selon période
LongueurEnviron 4 750 mm
LargeurEnviron 1 683 mm
HauteurEnviron 1 416 mm
EmpattementEnviron 2 731 mm
Voie avantEnviron 1 403 mm
Voie arrièreEnviron 1 378 mm
PoidsEnviron 1 625 à 1 676 kg selon définition et équipement
Vitesse maximaleEnviron 185 à 195 km/h selon transmission et essai
0 à 60 mphEnviron 10,2 à 11,6 s selon transmission et essai
Consommation relevée lors d’essais d’époqueEnviron 12,8 à 15,4 mpg impériaux selon conditions

La suspension arrière indépendante change son caractère

La différence fondamentale avec la Mark 2 se trouve sous la partie arrière de la carrosserie. Jaguar installe son système à roues indépendantes, avec ressorts hélicoïdaux et freins montés près du différentiel. Cette disposition réduit les masses non suspendues et permet à chaque roue arrière de mieux suivre les irrégularités de la chaussée.

Cette architecture améliore le confort, la motricité et la tenue de route sur revêtement dégradé. La 3.8s reste une berline rapide, mais son comportement correspond davantage à celui d’une grande routière que celui de la Mark 2. L’empattement porté à environ 2,73 m et l’allongement de la carrosserie participent également à cette orientation.

Les quatre freins à disque assistés correspondent à la tradition technique de Jaguar à cette époque. Les disques arrière sont installés inboard, près du différentiel, conformément à l’architecture de la suspension indépendante. La direction assistée figure parmi les équipements disponibles, particulièrement appréciables sur une voiture dont le poids dépasse sensiblement 1,6 tonne selon les spécifications.

Un style familier mais une poupe profondément différente

Vue de face, la 3.8s conserve une parenté évidente avec la Mark 2. Le pavillon, le vitrage et les proportions générales de l’habitacle entretiennent également cette filiation. C’est en observant le profil et surtout la partie arrière que les différences deviennent plus nettes. Le coffre est allongé et les volumes sont travaillés pour donner à la voiture une allure plus statutaire tout en procurant davantage d’espace à bagages.

La carrosserie accompagne ainsi le changement de vocation technique. Les lignes plus étirées rapprochent visuellement la S-Type des grandes Jaguar contemporaines sans lui faire perdre le visage caractéristique des berlines compactes de Coventry. Les versions 3.4 et 3.8 restent extérieurement très proches, l’identification précise reposant notamment sur les emblèmes et la spécification mécanique.

À bord, Jaguar conserve les codes qui ont fait la réputation de ses berlines : bois largement présent sur la planche de bord, instrumentation complète et présentation traditionnelle. La 3.8s vise une clientèle qui souhaite conserver les performances du gros moteur XK tout en bénéficiant d’un niveau de confort et de raffinement supérieur à celui de la Mark 2.

Performances et évolution de la gamme

Les mesures publiées à l’époque varient avec la transmission. Une 3.8s manuelle avec overdrive pouvait approcher 121 mph, soit environ 195 km/h, et atteindre 60 mph en un peu plus de dix secondes. Une automatique était sensiblement moins rapide, avec des essais autour de 115 mph et un 0 à 60 mph proche de 11,6 secondes. Ces écarts expliquent pourquoi une valeur de performance unique décrit mal l’ensemble des 3.8s.

La carrière du modèle connaît plusieurs évolutions discrètes. Jaguar adopte notamment des pneumatiques radiaux au cours de 1964 et introduit sa boîte manuelle entièrement synchronisée à la fin de la même année. La S-Type atteint ensuite son rythme commercial le plus important au milieu de la décennie.

En 1966 apparaît la Jaguar 420. Très proche dans son architecture générale, elle reçoit le six cylindres XK de 4,2 litres et une face avant redessinée qui l’éloigne visuellement de la Mark 2. Son arrivée réduit progressivement la place de la S-Type, sans provoquer toutefois son arrêt immédiat.

Parallèlement, Jaguar maintient des descendantes simplifiées de la Mark 2, dont les Jaguar 240 et 340. Cette coexistence illustre une gamme de berlines devenue particulièrement complexe à la fin des années 1960. La rationalisation intervient en 1968 avec l’arrivée de la Jaguar XJ, destinée à réunir dans une nouvelle architecture les qualités jusque-là réparties entre plusieurs familles.

Production et homologation de la 3.8s

La production de la 3.8s se situe autour de 15 000 exemplaires. Un décompte détaillé fréquemment retenu fait état de 15 135 voitures, dont 9 717 à conduite à droite et 5 418 à conduite à gauche, tandis qu’une autre comptabilité historique aboutit à 15 065 unités. La différence entre ces totaux justifie de retenir environ 15 000 exemplaires plutôt que de présenter l’un d’eux comme incontestable.

Les numéros de châssis permettent de distinguer certaines séries. Les 3.8 S à conduite à droite sont notamment répertoriées à partir de la séquence 1B50001, tandis que les voitures à conduite à gauche commencent à 1B75001. La transmission et l’équipement introduisent ensuite d’autres distinctions utiles pour identifier précisément un exemplaire.

Bien que moins associée à la compétition que la Mark 2, la 3.8s possède une histoire sportive officielle. La FIA a homologué la Jaguar 3.8 S Type Saloon en Groupe 1 sous le numéro 5017, avec prise d’effet le 2 janvier 1966. Elle n’a cependant pas construit un palmarès international comparable à celui des Jaguar de tourisme les plus célèbres, sa vocation restant avant tout celle d’une berline rapide et raffinée.