La Jaguar XJR-12 est un prototype d’endurance développé par Tom Walkinshaw Racing pour Jaguar et apparu en compétition en 1990. Alors que les XJR-10 et XJR-11 contemporaines avaient adopté un V6 turbocompressé, Jaguar choisit pour les grandes courses de 24 heures une solution déjà éprouvée : son imposant V12 atmosphérique. Ce choix porte immédiatement ses fruits avec des victoires aux 24 Heures de Daytona puis aux 24 Heures du Mans en 1990.
La dénomination XJR-12 recouvre toutefois plusieurs configurations. La XJR-12D destinée au championnat IMSA américain utilise initialement un V12 d’environ 6 litres, tandis que la XJR-12 LM engagée au Mans reçoit en 1990 un moteur de 6 995 cm3. Des évolutions ultérieures atteignent environ 7,4 litres. Les caractéristiques de ces versions ne doivent donc pas être mélangées.
Une évolution ultime des prototypes Jaguar à moteur V12
La XJR-12 ne part pas d’une feuille blanche. Elle constitue l’aboutissement d’une famille de prototypes développée par TWR sous la direction de Tom Walkinshaw, avec Tony Southgate comme figure majeure de leur conception. Cette lignée avait permis à Jaguar de revenir au premier plan de l’endurance internationale durant les années 1980.
Sa filiation la plus directe est celle de la Jaguar XJR-9, victorieuse au Mans en 1988. La proximité entre les deux voitures est telle que certaines XJR-12 sont issues de châssis antérieurs transformés. Pour 1990, TWR réalise néanmoins deux nouveaux châssis XJR-12 LM, désignés J12-C-190 et J12-C-290, en complément des voitures converties.
Le maintien du V12 peut sembler paradoxal puisque Jaguar dispose alors de prototypes plus récents à moteur turbo. Il répond en réalité à une logique d’endurance. Pour les courses de 24 heures, TWR préfère la robustesse et la connaissance accumulée autour du V12 atmosphérique. La XJR-12 devient ainsi une machine spécialisée dans les épreuves où la fiabilité compte autant que la performance pure.
Cette architecture s’inscrit aussi dans une histoire plus ancienne chez Jaguar. Le constructeur avait déjà exploré le prototype à moteur V12 avec la Jaguar XJ13 dans les années 1960, même si cette dernière ne participa jamais au Mans. La XJR-12 appartient à une autre époque technique, mais elle prolonge cette association entre moteur douze cylindres et compétition.
Le V12 Jaguar porté à près de 7 litres
Dans sa configuration Le Mans 1990, la XJR-12 reçoit un V12 atmosphérique à 60 degrés de 6 995 cm3. Cette mécanique à deux soupapes par cylindre développe environ 730 ch à 7 000 tr/min, avec un couple voisin de 785 Nm à 5 500 tr/min. Le moteur est installé longitudinalement en position centrale arrière et entraîne les roues arrière.
La transmission illustre bien la nécessité de distinguer la voiture de 1990 des exemplaires restaurés ou modifiés par la suite. Pour la course, TWR retient une boîte manuelle à cinq rapports. Une transmission à six rapports avait été envisagée, tandis que certaines fiches contemporaines de voitures restaurées mentionnent aujourd’hui une boîte Hewland à six vitesses. Cette dernière donnée ne décrit donc pas nécessairement la configuration utilisée au Mans en 1990.
La structure repose sur une monocoque en matériaux composites, issue du travail engagé par Tony Southgate sur les précédents prototypes Jaguar. Les suspensions indépendantes à doubles triangles et l’utilisation de freins de compétition répondent aux contraintes d’une voiture capable de maintenir une vitesse très élevée pendant plusieurs heures. Avec un poids proche du minimum réglementaire de 900 kg dans sa configuration Groupe C de 1990, le rapport poids-puissance est particulièrement favorable.
L’aérodynamique évolue également par rapport aux Jaguar précédentes. L’édition 1990 du Mans inaugure deux chicanes dans la ligne droite des Hunaudières, ce qui modifie les besoins en compromis entre traînée et appui. TWR adapte notamment le capot avant, les prises d’air latérales, le refroidissement et l’aileron arrière. La XJR-12 conserve ainsi la silhouette très basse et allongée de ses devancières tout en étant optimisée pour les nouvelles caractéristiques du circuit.
Fiche technique de la Jaguar Xjr-12
| Caractéristique | Jaguar XJR-12 LM 1990 |
|---|---|
| Type | Prototype d’endurance fermé, Groupe C |
| Année d’apparition | 1990 |
| Conception et développement | Jaguar / Tom Walkinshaw Racing |
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 6 995 cm3 |
| Distribution | Simple arbre à cames en tête par banc, 2 soupapes par cylindre |
| Puissance | Environ 730 ch à 7 000 tr/min |
| Couple | Environ 785 Nm à 5 500 tr/min |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle, 5 rapports en configuration de course 1990 |
| Structure | Monocoque en matériaux composites |
| Suspensions | Indépendantes à doubles triangles |
| Freins | Disques aux quatre roues |
| Pneumatiques | Goodyear |
| Longueur | Environ 4 800 mm |
| Largeur | Environ 2 000 mm |
| Hauteur | Environ 1 010 mm |
| Empattement | Environ 2 780 mm |
| Poids | Environ 900 kg en configuration Groupe C 1990 |
| Vitesse maximale | Environ 353 km/h relevés au Mans 1990, valeur théorique publiée jusqu’à environ 368 km/h |
Daytona 1990, première démonstration de la XJR-12
La carrière de la XJR-12 commence de manière spectaculaire aux États-Unis. Après des essais à Daytona en janvier 1990, Jaguar engage ses prototypes aux 24 Heures de Daytona des 3 et 4 février. La XJR-12 n°61 pilotée par Davy Jones, Jan Lammers et Andy Wallace s’impose, devant la voiture n°60 de Price Cobb, John Nielsen et Martin Brundle. Jaguar obtient ainsi un doublé dès la première grande course de cette évolution.
Ce résultat confirme la pertinence du choix du V12 pour les très longues distances. À Sebring, quelques semaines plus tard, une XJR-12 monte encore sur le podium avec une troisième place. Mais l’objectif majeur reste Le Mans, où Jaguar doit affronter notamment les prototypes Porsche et Nissan sur une édition profondément modifiée par l’installation des chicanes des Hunaudières.
La septième victoire de Jaguar aux 24 Heures du Mans
Quatre XJR-12 LM sont engagées aux 24 Heures du Mans 1990 sous les couleurs Silk Cut Jaguar. La n°3 confiée à John Nielsen, Price Cobb et Martin Brundle remporte l’épreuve. La n°2 de Jan Lammers, Andy Wallace et Franz Konrad prend la deuxième place, offrant à Jaguar un doublé particulièrement marquant.
Cette victoire constitue le septième succès absolu de Jaguar au Mans. Elle rattache la XJR-12 à une histoire commencée plusieurs décennies auparavant avec la Jaguar C-Type, puis prolongée par la Jaguar D-Type. Après le retour victorieux de Jaguar en 1988 avec la XJR-9, le résultat de 1990 confirme que le programme TWR a pleinement restauré le constructeur britannique parmi les références de l’endurance.
Le succès prend une dimension supplémentaire par les circonstances de la course. Les nouvelles chicanes réduisent les très longues périodes à pleine charge caractéristiques de l’ancien tracé, mais les prototypes dépassent toujours largement 300 km/h. La Jaguar victorieuse couvre environ 4 882 km à plus de 200 km/h de moyenne, malgré les arrêts aux stands et les contraintes inhérentes à une course de 24 heures.
Des XJR-12 différentes selon les championnats et les années
L’appellation XJR-12 ne désigne pas une spécification technique immuable. En IMSA, la XJR-12D du début de saison 1990 utilise un V12 d’environ 6 litres, alors que la LM dispose de près de 7 litres. Lors des évolutions suivantes, la cylindrée peut atteindre environ 7,4 litres et la puissance publiée avoisine 740 ch. Cette diversité explique une grande partie des chiffres contradictoires associés au modèle.
La carrière ne s’arrête pas non plus à la victoire de 1990. Jaguar revient au Mans en 1991 avec quatre XJR-12. La Mazda 787B remporte cette édition, mais les Jaguar terminent aux deuxième, troisième et quatrième places. Malgré son architecture issue de la précédente génération du Groupe C, la XJR-12 reste donc extrêmement compétitive au plus haut niveau.
Son remplacement marque en revanche une rupture radicale. La Jaguar XJR-14 est développée pour le nouveau règlement à moteurs atmosphériques de 3,5 litres et abandonne le V12 au profit d’un V8. Avec sa conception aérodynamique beaucoup plus moderne, elle ouvre une nouvelle phase du programme Jaguar en championnat du monde.
Une silhouette de Groupe C façonnée pour l’endurance
Visuellement, la XJR-12 conserve les proportions caractéristiques des Jaguar Groupe C de la fin des années 1980 : carrosserie extrêmement basse, cockpit fermé avancé, pare-brise enveloppant, ailes massives et longue partie arrière. La configuration Le Mans 1990 se distingue par ses évolutions aérodynamiques, son aileron arrière adapté et ses dispositifs de refroidissement revus. La livrée blanche, violette et dorée Silk Cut des voitures européennes est devenue indissociable de sa victoire mancelle.
La XJR-12 représente aussi l’un des derniers grands aboutissements du partenariat entre Jaguar et TWR autour du V12 atmosphérique. Cette expérience ne reste pas cantonnée aux circuits : la Jaguar XJR-15, supercar développée avec TWR, reprend directement l’idée d’une structure en composites associée à un V12 Jaguar central arrière. Elle transpose ainsi sur route une partie de la philosophie technique qui avait fait des prototypes XJR des références de l’endurance.




