Jaguar Xjr-14

Jaguar Xjr-14

La Jaguar XJR-14 est un prototype d’endurance développé par Tom Walkinshaw Racing pour Jaguar en 1991. Elle inaugure une nouvelle génération de voitures de compétition conçues autour de la réglementation FIA des prototypes de 3,5 litres atmosphériques. Contrairement aux précédentes Jaguar de Groupe C, elle abandonne donc le V12 ou les moteurs suralimentés au profit d’un V8 Ford-Cosworth HB dérivé de la Formule 1.

Cette rupture réglementaire explique en grande partie l’apparence et la philosophie de la XJR-14. Très légère, extrêmement travaillée sur le plan aérodynamique et conçue autour d’un moteur compact, elle privilégie la déportance et la vitesse de passage en courbe. Elle est engagée principalement dans le Championnat du monde des voitures de sport 1991, où elle permet à Jaguar et à Teo Fabi de décrocher les titres mondiaux.

Une nouvelle Jaguar pour le règlement 3,5 litres

La XJR-14 apparaît dans un contexte de profonde transformation de l’endurance internationale. Pour 1991, la réglementation abandonne le principe précédent du Groupe C fondé notamment sur la consommation de carburant et impose une nouvelle génération de prototypes à moteur atmosphérique de 3,5 litres. Jaguar doit alors remplacer sa génération précédente, représentée notamment par la Jaguar Xjr-12, dont le V12 reste cependant utilisé pour les épreuves longues comme les 24 Heures du Mans.

La conception est confiée à l’équipe de Tom Walkinshaw Racing sous la direction de Ross Brawn. John Piper participe au dessin de la voiture et Mark Thomas intervient sur son développement aérodynamique. L’approche est fortement inspirée de la Formule 1, avec une recherche poussée de légèreté, d’efficacité aérodynamique et de rigidité.

Le premier châssis, numéroté 591, est assemblé au début de 1991 et effectue son shakedown en mars. Les châssis 591 et 691 sont ensuite préparés pour les débuts en compétition à Suzuka, en avril. Une troisième voiture, la 791, rejoint le programme plus tard dans la saison.

La XJR-14 constitue ainsi une évolution radicale par rapport à la Jaguar Xjr-9. La filiation avec les prototypes Jaguar-TWR demeure, mais la nouvelle réglementation impose une architecture mécanique et une conception aérodynamique profondément différentes.

Une conception dominée par l’aérodynamique

La XJR-14 adopte une monocoque composite très légère, avec une structure associant carbone, Kevlar et éléments en nid d’abeilles. Le moteur est installé longitudinalement en position centrale arrière et participe directement à l’architecture du prototype. La carrosserie en matériau composite est dessinée autour des exigences aérodynamiques du nouveau règlement.

Son V8 Ford-Cosworth HB atmosphérique de 3 493 cm³ développe environ 650 ch à 11 500 tr/min selon la valeur technique la plus couramment retenue. Certaines sources spécialisées donnent une puissance supérieure, mais la valeur de 650 ch constitue la référence la plus prudente. La boîte TWR comporte six rapports et la voiture transmet sa puissance aux roues arrière.

L’aérodynamique constitue l’une des grandes forces de la XJR-14. La carrosserie génère un niveau d’appui considérable, avec des pontons sculptés, une partie arrière très travaillée et un imposant aileron. La voiture est conçue pour exploiter au maximum la vitesse en courbe, tandis que son faible poids contribue également à son efficacité.

Visuellement, le prototype se reconnaît à sa silhouette extrêmement basse, à son cockpit fermé, à sa prise d’air placée derrière le cockpit et à ses formes très tendues. Les radiateurs sont intégrés dans les pontons et les éléments aérodynamiques occupent une place particulièrement importante dans la carrosserie. Cette conception tranche nettement avec les prototypes Jaguar de la génération précédente.

Fiche technique de la Jaguar Xjr-14

CaractéristiqueDonnée
MoteurFord-Cosworth HB
ArchitectureV8 à 75°, atmosphérique
Cylindrée3 493 cm³
DistributionDouble arbre à cames en tête, 4 soupapes par cylindre
AlimentationInjection électronique Bosch Motronic 1.8
PuissanceEnviron 650 ch à 11 500 tr/min
ImplantationCentrale longitudinale arrière
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle TWR à 6 rapports
ChâssisMonocoque composite carbone/Kevlar avec structure en nid d’abeilles
SuspensionsDoubles triangles superposés, commandes par poussoirs
DirectionCrémaillère sans assistance
FreinsDisques ventilés carbone/carbone aux quatre roues
JantesSpeedline
PneumatiquesGoodyear
LongueurEnviron 4 800 mm
LargeurEnviron 2 000 mm
HauteurEnviron 1 030 mm selon la référence retenue
EmpattementEnviron 2 794 à 2 807 mm selon les données publiées
PoidsEnviron 750 kg
Vitesse maximaleEnviron 330 km/h
RéservoirEnviron 100 litres

Une saison 1991 dominée par Jaguar

La première course de la XJR-14 a lieu à Suzuka le 14 avril 1991. Le début de saison permet rapidement de mesurer le potentiel du nouveau prototype. À Monza, le 5 mai, Martin Brundle et Derek Warwick offrent à Jaguar la première victoire de la XJR-14, tandis que l’autre voiture termine deuxième.

Deux semaines plus tard, à Silverstone, Teo Fabi et Derek Warwick s’imposent avec le châssis 691. La voiture confirme alors sa compétitivité sur les circuits rapides et techniques du championnat. Le châssis 791 fait ensuite ses débuts au Nürburgring en août et gagne dès sa première course avec Derek Warwick et David Brabham.

La XJR-14 connaît également une situation particulière aux 24 Heures du Mans. Elle est présente lors des essais et des qualifications, mais Jaguar choisit finalement de ne pas l’engager dans la course. Pour une épreuve de 24 heures, l’équipe préfère conserver la Jaguar Xjr-12 à moteur V12, mieux adaptée à la logique spécifique du Mans. La XJR-14 reste donc une voiture essentielle du championnat mondial de 1991, mais sans participation effective à la course mancelle cette année-là.

En fin de saison, les résultats permettent à Teo Fabi de remporter le championnat pilotes et à Jaguar de décrocher le titre mondial des équipes. La XJR-14 s’impose également à Sugo, où le châssis 691 remporte les 500 Miles avec Teo Fabi et David Brabham.

Une carrière prolongée en IMSA et une descendance exceptionnelle

Jaguar ne poursuit pas son programme mondial avec la XJR-14 en 1992, mais la voiture connaît une seconde carrière aux États-Unis dans le championnat IMSA GTP. Exploitée par TWR sous une livrée Bud Light et confiée notamment à Davy Jones, elle remporte les courses de Road Atlanta et de Mid-Ohio. Jones termine vice-champion IMSA GTP cette année-là.

La carrière de certains châssis est particulièrement remarquable. La base technique de la XJR-14 est réutilisée par TWR pour le programme Mazda. Des voitures dérivées deviennent les Mazda MX-R01, équipées d’un V10 Mazda dérivé de la mécanique Judd. Cette transformation démontre la capacité de la conception de Ross Brawn à être adaptée à un autre moteur et à un autre programme sportif.

Le destin du châssis 691 est encore plus spectaculaire. Il est profondément transformé pour devenir le prototype TWR-Porsche WSC-95. Sous sa nouvelle identité, cette voiture remporte les 24 Heures du Mans en 1996 puis en 1997, sous l’exploitation de Joest. La XJR-14 n’a donc jamais gagné au Mans sous son propre nom, mais l’un de ses châssis a directement participé à deux victoires mancelles quelques années plus tard.

Trois châssis et une rareté absolue

Trois châssis de XJR-14 sont généralement considérés comme les voitures de compétition originales construites en 1991 : 591, 691 et 791. Leur histoire sportive est aujourd’hui indissociable des transformations et reconstructions intervenues après leur carrière Jaguar. Certaines voitures présentées comme des XJR-14 historiques sont ainsi des reconstructions ou des voitures ayant changé de configuration au fil de leur vie.

Cette rareté distingue fortement la XJR-14 des modèles Jaguar de série. Il ne s’agit pas d’une voiture proposée à la clientèle, mais d’un prototype construit pour répondre à un programme sportif précis. Aucun prix neuf de catalogue comparable à celui d’un modèle routier n’existe donc pour cette voiture.

La XJR-14 partage par ailleurs son époque avec d’autres programmes Jaguar-TWR comme la Jaguar Xjr-15, mais les deux voitures répondent à des objectifs très différents. La XJR-15 est une sportive destinée à la route et à la compétition monotype, tandis que la XJR-14 est un prototype d’endurance conçu pour la lutte au championnat du monde.

La XJR-14 dans l’histoire sportive de Jaguar

La XJR-14 s’inscrit dans une tradition Jaguar qui remonte aux grands prototypes ayant construit la réputation de la marque en endurance. La Jaguar C-type avait déjà associé une mécanique performante à une recherche aérodynamique avancée, tandis que la Jaguar D-type avait poussé encore plus loin l’intégration de l’aérodynamique et de la structure dans la conception d’une voiture de course.

Le programme XJR-14 représente cependant une étape très différente. Avec son V8 atmosphérique Ford-Cosworth, sa monocoque composite et son aérodynamique fortement orientée vers l’appui, elle appartient à une génération de prototypes dont la conception se rapproche beaucoup de la Formule 1. Son faible poids et son efficacité en virage lui permettent de s’imposer dès sa première saison complète.

Le programme Jaguar-TWR du début des années 1990 ne se limite pas aux prototypes d’endurance. La Jaguar Xj220 constitue alors un autre projet majeur issu de cet environnement sportif, mais sous la forme d’une supercar routière. La XJR-14 reste, elle, une machine entièrement pensée pour la compétition, dont la courte carrière officielle masque une influence durable sur plusieurs prototypes victorieux des années suivantes.