Produite à seulement cinq exemplaires entre 2012 et 2014, la Koenigsegg Agera S occupe une place très particulière dans la lignée des hypercars suédoises. Elle reprend l’essentiel des solutions de l’Agera R, mais répond à une contrainte concrète : offrir plus de 1 000 hp sur les marchés où l’E85 nécessaire à l’exploitation maximale du moteur flex-fuel de l’Agera R était difficilement disponible. Son V8 biturbo de 5,0 litres est ainsi optimisé pour fonctionner à l’essence à haut indice d’octane et développe officiellement 1 030 hp, soit environ 1 044 ch métriques.
L’Agera S appartient directement à la famille de la Koenigsegg Agera, dont elle conserve la monocoque en carbone, le moteur central arrière, la propulsion et la silhouette très basse. Elle ne constitue donc ni une génération indépendante ni une simple série décorative : sa spécificité repose d’abord sur son groupe motopropulseur et son adaptation à certains marchés.
Une Agera pensée pour fonctionner à l’essence
Pour comprendre l’Agera S, il faut la replacer dans la stratégie technique de Koenigsegg au début des années 2010. Le constructeur avait déjà exploré les carburants à forte teneur en éthanol avec la Koenigsegg CCXR. Cette approche se poursuit avec l’Agera R, capable d’exploiter l’E85 pour atteindre son niveau de puissance maximal.
Cette solution posait toutefois un problème dans les régions où l’E85 n’était pas facilement accessible. Koenigsegg développa donc l’Agera S afin de proposer des performances proches avec de l’essence conventionnelle à haut indice d’octane. La voiture conserve ainsi de nombreux équipements et caractéristiques de la Koenigsegg Agera R, mais son V8 reçoit une configuration adaptée à ce carburant.
Le résultat reste spectaculaire : 1 030 hp à 7 100 tr/min et 1 100 Nm à 4 100 tr/min, avec plus de 1 000 Nm disponibles sur une large plage comprise entre 2 700 et 6 170 tr/min. La puissance officielle exprimée par Koenigsegg en horsepower correspond à environ 1 044 ch métriques. Cette distinction évite notamment de confondre l’Agera S avec des évolutions ultérieures de la famille auxquelles sont parfois attribuées des valeurs proches de 1 160 ch.
La production débute en 2012 et s’achève en 2014 après seulement cinq voitures. Cette chronologie explique pourquoi certaines publications associent surtout l’Agera S aux années 2013 et 2014, alors que Koenigsegg situe bien son apparition en 2012.
V8 biturbo de 5,0 litres et transmission à sept rapports
Le moteur est un V8 Koenigsegg de 5,0 litres entièrement inscrit dans la philosophie de réduction de masse du constructeur. Réalisé en aluminium et doté de quatre soupapes par cylindre et de doubles arbres à cames en tête, il utilise deux turbocompresseurs avec une pression de suralimentation annoncée à 1,4 bar. L’admission fait largement appel à la fibre de carbone tandis que l’échappement en Inconel reçoit un revêtement céramique. Le moteur complet ne pèse que 197 kg.
La transmission mérite également d’être distinguée d’une boîte à double embrayage conventionnelle. Koenigsegg emploie une boîte à sept rapports commandée par palettes, développée autour d’un seul arbre d’entrée et associée à un différentiel électronique. Un embrayage humide secondaire intervient pour accélérer les changements de rapport, une architecture destinée à obtenir des passages rapides tout en limitant la masse et l’encombrement.
L’Agera S demeure une propulsion. Malgré les 1 100 Nm transmis aux seules roues arrière, Koenigsegg annonce un 0 à 100 km/h en 2,9 secondes et un 0 à 200 km/h en 7,9 secondes. Le constructeur indique une vitesse maximale supérieure à 400 km/h. Les 420 km/h fréquemment repris dans certaines fiches ne correspondent pas à une vitesse maximale officiellement mesurée et publiée pour cette version précise.
Monocoque carbone et jantes Aircore
L’Agera S repose sur une monocoque en fibre de carbone à âme en nid d’abeilles d’aluminium intégrant les réservoirs de carburant. Koenigsegg annonce seulement 70 kg pour cet ensemble et une rigidité torsionnelle de 65 000 Nm par degré. À l’arrière, le moteur et la transmission participent à la structure, tandis que la carrosserie associe principalement fibre de carbone et Kevlar.
Les suspensions à doubles triangles utilisent des amortisseurs Öhlins réglables actionnés par poussoirs. À l’arrière, le système Triplex ajoute un élément transversal destiné à mieux contrôler les mouvements de la voiture lors des fortes accélérations. La hauteur de caisse est réglable électroniquement et la direction à crémaillère reçoit une assistance électro-hydraulique.
L’une des signatures techniques les plus importantes de l’Agera S réside dans ses roues Aircore. Cette version fut la première Koenigsegg équipée de ces jantes creuses en fibre de carbone développées par la marque. Le constructeur annonçait un gain de masse d’environ 40 % par rapport à des roues en alliage classiques. Elles mesurent 19 pouces à l’avant et 20 pouces à l’arrière et sont associées à des Michelin spécifiques de 265/35 R19 et 345/30 R20.
Le freinage repose sur des disques carbone-céramique ventilés avec étriers à six pistons à l’avant et quatre pistons à l’arrière. Koenigsegg annonce 30,5 mètres pour passer de 100 km/h à l’arrêt. La documentation actuelle indique des disques avant de 392 mm, tandis qu’une documentation Koenigsegg destinée au marché japonais mentionnait 397 mm. Cette différence documentaire ne modifie pas l’architecture générale du système.
Fiche technique de la Koenigsegg Agera S
| Caractéristique | Koenigsegg Agera S |
|---|---|
| Production | 2012 à 2014 |
| Nombre d’exemplaires | 5 |
| Architecture | Moteur central arrière longitudinal, propulsion |
| Moteur | V8 biturbo aluminium, 4 soupapes par cylindre |
| Cylindrée | 5,0 litres |
| Alésage x course | 91,7 x 95,25 mm |
| Rapport volumétrique | 9,0:1 |
| Pression de suralimentation | 1,4 bar |
| Puissance | 1 030 hp à 7 100 tr/min, environ 1 044 ch métriques |
| Couple maximal | 1 100 Nm à 4 100 tr/min |
| Régime maximal | 8 250 tr/min |
| Masse du moteur | 197 kg |
| Boîte de vitesses | 7 rapports commandés par palettes |
| Différentiel | Électronique |
| Structure | Monocoque carbone avec âme en nid d’abeilles d’aluminium |
| Rigidité torsionnelle | 65 000 Nm/degré |
| Suspension | Doubles triangles, amortisseurs Öhlins, système Triplex arrière |
| Direction | Crémaillère à assistance électro-hydraulique |
| Freins | Disques carbone-céramique ventilés |
| Jantes | Aircore carbone, 19 pouces AV et 20 pouces AR |
| Pneus avant | 265/35 R19 |
| Pneus arrière | 345/30 R20 |
| Longueur | 4 293 mm |
| Largeur | 1 996 mm |
| Hauteur | 1 120 mm |
| Empattement | 2 662 mm |
| Voie avant | 1 700 mm |
| Voie arrière | 1 650 mm |
| Garde au sol | 100 mm |
| Poids à sec | 1 330 kg |
| Répartition des masses | 44 % AV, 56 % AR |
| Réservoir | 80 litres |
| Volume de chargement | 120 litres |
| 0 à 100 km/h | 2,9 s |
| 0 à 200 km/h | 7,9 s |
| 0 à 200 à 0 km/h | 12,8 s |
| 0 à 300 à 0 km/h | 22,7 s |
| 100 à 0 km/h | 30,5 m |
| Vitesse maximale annoncée | Plus de 400 km/h |
| Accélération latérale annoncée | 1,6 g |
| Coefficient de traînée | Cx 0,33 à 0,37 selon configuration aérodynamique |
| Appui aérodynamique | 300 kg à 250 km/h |
| Consommation combinée annoncée | 14,7 l/100 km |
Un dessin dicté par l’aérodynamique
Visuellement, l’Agera S reste très proche de l’Agera R. Sa carrosserie extrêmement basse mesure seulement 1,12 m de haut pour presque deux mètres de large. Les proportions sont organisées autour de l’habitacle avancé, des passages de roues puissants et d’un arrière où l’évacuation de l’air conditionne largement les volumes. Les portes Dihedral Synchro-Helix, qui pivotent vers l’extérieur puis vers le haut, restent l’un des signes distinctifs des Koenigsegg de cette période.
Le toit rigide en carbone peut être retiré pour transformer la voiture en découvrable et se range dans le compartiment avant. Cette solution permet de conserver une véritable polyvalence de carrosserie sans renoncer à la rigidité de la monocoque. Malgré son moteur central et ses performances, l’Agera S dispose également d’un volume de chargement annoncé de 120 litres.
L’aérodynamique associe un fond plat, des tunnels Venturi à l’arrière et un aileron adaptatif. Le coefficient de traînée varie ainsi de 0,33 à 0,37 en fonction de la configuration aérodynamique. À 250 km/h, Koenigsegg annonçait 300 kg d’appui total, une valeur essentielle pour comprendre pourquoi la carrosserie ne se limite pas à rechercher une faible traînée.
Cinq exemplaires et une Agera S Hundra unique
Avec seulement cinq voitures construites, l’Agera S est l’une des déclinaisons les plus rares de la première famille Agera. Koenigsegg indique par comparaison une production totale de 30 voitures en réunissant les Agera, Agera R et Agera S. Cette diffusion minuscule explique la faible visibilité de la S face aux variantes qui lui ont succédé.
L’exemplaire le plus connu est la Agera S Hundra, réalisée à l’occasion de la centième Koenigsegg produite. Présentée au Salon de Genève en 2013, elle associait une carrosserie en fibre de carbone apparente à des détails en or 24 carats. Le traitement spectaculaire de cette voiture ne changeait pas son identité mécanique : elle conservait le V8 de 1 030 hp propre à l’Agera S.
La famille poursuivit ensuite son développement dans une direction encore plus radicale. La Koenigsegg One:1 exploita profondément la base Agera dans une recherche de rapport poids-puissance extrême, avant que la Koenigsegg Agera RS ne prolonge cette évolution avec une production plus importante. L’Agera S reste pour sa part attachée à une problématique très précise de son époque : délivrer les performances d’une Agera de plus de 1 000 hp sans dépendre de la disponibilité de l’E85.




