Présentée en 1966, la Lamborghini 400 GT transforme la première expérience de grand tourisme de Sant’Agata Bolognese en une automobile plus puissante et plus accueillante. Elle conserve l’architecture classique à moteur V12 avant et propulsion de sa devancière, mais porte la cylindrée à 3,9 litres et, dans sa principale évolution 2+2, offre de véritables places arrière. Cette évolution rapide contribue à installer Lamborghini parmi les constructeurs italiens de prestige quelques années seulement après la création de sa division automobile.
Le nom 400 GT demande toutefois une précision. Avant la 400 GT 2+2 existe une petite série aujourd’hui couramment appelée 400 GT « Interim » : elle associe essentiellement la carrosserie de la 350 GT au nouveau V12 de 3 929 cm3. La 400 GT 2+2, dévoilée au Salon de Genève 1966, constitue l’évolution plus profonde et la version généralement désignée simplement comme Lamborghini 400 GT.
De la 350 GT à la 400 GT
La Lamborghini 350 GT avait donné à la jeune marque son premier modèle produit en série. Son V12 de 3,5 litres, son châssis tubulaire et sa carrosserie Touring établissent les bases techniques et stylistiques sur lesquelles Lamborghini développe rapidement une GT plus aboutie. L’objectif n’est pas de rompre avec cette formule, mais d’en améliorer les performances et la polyvalence.
Le changement mécanique essentiel est l’augmentation de cylindrée du V12 à 3 929 cm3. Cette évolution du moteur conçu à l’origine avec la participation de Giotto Bizzarrini délivre 320 ch à 6 500 tr/min dans la 400 GT. Le bloc en alliage léger conserve une architecture ambitieuse pour une GT de l’époque : douze cylindres en V à 60 degrés, deux arbres à cames en tête par banc et six carburateurs Weber double corps.
Une première série reçoit ce moteur tout en conservant largement la silhouette et l’aménagement de la 350 GT. La dénomination « Interim », pratique pour distinguer aujourd’hui ces automobiles, est rétrospective. Elle ne doit donc pas être interprétée comme le nom commercial officiel d’une version régulièrement cataloguée sous cette appellation.
La transformation devient beaucoup plus importante avec la 400 GT 2+2 présentée à Genève en mars 1966. Touring remanie la carrosserie pour dégager davantage de place dans l’habitacle, notamment à l’arrière. Lamborghini ne se contente donc plus d’augmenter la puissance : la voiture évolue vers une véritable grande routière capable d’accueillir quatre occupants dans de meilleures conditions.
Une 2+2 signée Carrozzeria Touring
La parenté visuelle avec la 350 GT reste évidente. La 400 GT conserve une carrosserie basse aux lignes arrondies, un long capot et un habitacle reculé typiques d’une GT à moteur avant. Touring modifie néanmoins plusieurs volumes. Le pavillon est rehaussé d’environ cinq centimètres afin d’améliorer la garde au toit, la partie arrière est retravaillée et l’aménagement reçoit une véritable banquette arrière.
L’avant permet aussi de différencier facilement la 400 GT 2+2 de la 350 GT grâce à ses quatre projecteurs circulaires, disposés par paire. La poupe et la lunette arrière évoluent également. L’ensemble reste volontairement sobre : la 400 GT appartient encore à la première période stylistique de Lamborghini, avant que la marque ne soit associée aux formes beaucoup plus spectaculaires de ses modèles à moteur central.
La construction change elle aussi. Alors que les premières 350 GT mettent largement à profit l’aluminium et le principe Superleggera de Touring, la carrosserie de la 400 GT 2+2 emploie davantage d’acier. Le châssis reste constitué d’une structure tubulaire en acier. Cette évolution, combinée aux aménagements supplémentaires de la 2+2, explique en partie l’augmentation de masse par rapport aux premières Lamborghini de série.
La disparition de Carrozzeria Touring pendant la carrière du modèle bouleverse cependant l’organisation industrielle. Marazzi intervient ensuite dans la réalisation de carrosseries. Cette transition prépare indirectement la génération suivante, puisque la Lamborghini Islero reprend en 1968 le principe de la GT V12 à moteur avant dans une carrosserie entièrement renouvelée.
Un V12 de 3,9 litres au coeur de la 400 GT
Le V12 longitudinal avant est associé à une boîte manuelle à cinq rapports entièrement synchronisés. Lamborghini développe sa propre transmission, alors que les premières étapes de son histoire avaient davantage recours à des composants provenant de fournisseurs extérieurs. La puissance est transmise uniquement aux roues arrière.
Le châssis reste techniquement sophistiqué pour le milieu des années 1960. Les quatre roues disposent de suspensions indépendantes à triangles, avec ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barres antiroulis. Le freinage repose sur quatre disques Girling assistés. L’empattement de 2 550 mm contribue à conserver des proportions relativement compactes malgré l’aménagement 2+2.
Les performances publiées à l’époque et dans les documentations ultérieures ne donnent pas toutes exactement les mêmes valeurs. La vitesse maximale se situe généralement autour de 250 à 270 km/h suivant les références et les conditions de mesure. Il est préférable de conserver cette plage plutôt que d’attribuer artificiellement une vitesse unique à toutes les voitures. La même réserve concerne le poids, les sources mélangeant notamment poids à sec et poids en ordre de marche.
Le 3,9 litres dépasse largement le cadre de la seule 400 GT. Cette cylindrée devient une référence durable pour le V12 Lamborghini. Au même moment, la marque développe la Lamborghini Miura, qui installe le V12 derrière l’habitacle dans une architecture radicalement différente. Les deux automobiles illustrent ainsi deux directions simultanées : la grande GT traditionnelle à moteur avant et la sportive à moteur central.
Fiche technique de la Lamborghini 400 GT
| Caractéristique | Lamborghini 400 GT 2+2 |
|---|---|
| Production | 1966 à 1968 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, configuration 2+2 |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 3 929 cm3 |
| Alésage x course | 82 x 62 mm |
| Distribution | 4 arbres à cames en tête, 24 soupapes |
| Alimentation | 6 carburateurs Weber double corps |
| Taux de compression | 10,2:1 |
| Puissance maximale | 320 ch à 6 500 tr/min |
| Couple | Environ 375 Nm à 5 500 tr/min suivant les spécifications publiées |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports, entièrement synchronisée |
| Structure | Châssis tubulaire en acier |
| Suspension avant | Indépendante à triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Indépendante à triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Freins | Disques Girling aux quatre roues, assistance |
| Pneumatiques documentés | Pirelli Cinturato 205 VR 15 |
| Empattement | 2 550 mm |
| Voies | Environ 1 380 mm à l’avant et à l’arrière |
| Longueur | Environ 4 460 à 4 640 mm suivant les sources |
| Largeur | Environ 1 730 mm |
| Hauteur | Environ 1 250 à 1 285 mm suivant les sources |
| Poids | Environ 1 250 à 1 470 kg selon la définition retenue |
| Vitesse maximale | Environ 250 à 270 km/h suivant les sources et méthodes de mesure |
Production et rareté de la Lamborghini 400 GT
La production est faible, même à l’échelle des Lamborghini historiques. Un décompte fréquemment repris distingue 23 premières 400 GT, généralement qualifiées d’« Interim », et 224 exemplaires de la 400 GT 2+2, soit 247 voitures. Lamborghini indique pour sa part 250 unités dans sa documentation historique actuelle. Cette différence de trois exemplaires entre le chiffre du constructeur et plusieurs décomptes spécialisés ne permet pas de retenir un total unique sans réserve.
Cette faible diffusion doit être replacée dans le contexte d’un constructeur encore très jeune. Lamborghini ne produit des automobiles que depuis quelques années lorsque la 400 GT arrive sur le marché. Elle contribue néanmoins à consolider la présence commerciale de la marque, notamment aux États-Unis, tout en démontrant que Sant’Agata peut produire une GT plus mature et plus utilisable que son premier modèle.
La 400 GT n’est pas développée comme une voiture de compétition et ne possède pas de palmarès d’usine majeur. Son rôle est celui d’une automobile de grand tourisme rapide, destinée à parcourir de longues distances avec le niveau de performances attendu d’un V12 italien. Sa rareté actuelle découle avant tout de sa production limitée et de sa position au tout début de l’histoire de Lamborghini.
Une place particulière dans les premières Lamborghini
La carrière de la 400 GT coïncide avec une transformation spectaculaire de la gamme. La première Lamborghini Miura P400 reprend elle aussi un V12 de 3,9 litres, mais monté transversalement en position centrale arrière. La proximité mécanique ne doit donc pas masquer l’opposition de philosophie entre une 400 GT conçue comme une grande routière 2+2 et une Miura beaucoup plus radicale.
La 400 GT demeure ainsi attachée à la conception originelle de Ferruccio Lamborghini d’une automobile rapide mais adaptée au grand tourisme. Elle n’est pas remplacée directement par la Miura : l’Islero poursuit sa lignée à moteur avant dès 1968. La même année apparaît également la Lamborghini Espada, qui pousse beaucoup plus loin l’idée d’une Lamborghini V12 capable de transporter quatre personnes.
Quelques dérivés très rares témoignent enfin du potentiel de sa base mécanique. La 400 GT Monza, réalisée par Neri & Bonacini, adopte une carrosserie spécifique, tandis que Touring crée la Flying Star II, spectaculaire shooting brake présenté en 1966 et resté unique. Ces réalisations n’appartiennent pas à la production régulière de la 400 GT 2+2, mais illustrent la diversité des projets construits autour des premières mécaniques V12 de Sant’Agata.




