Lamborghini Countach Lp500s

Lamborghini Countach Lp500s

Présentée en 1982, la Lamborghini Countach LP500 S marque une évolution mécanique majeure de la Lamborghini Countach. Sa carrosserie conserve l’allure spectaculaire des dernières LP400 S, mais son V12 gagne près de 0,8 litre de cylindrée. Cette transformation répond à un objectif précis : redonner davantage de puissance et surtout de couple à une supercar dont les performances avaient été affectées par les contraintes réglementaires de certains marchés.

La dénomination demande toutefois une clarification. Cette version est appelée LP500 S, LP5000 S ou simplement 5000 S suivant les sources et les marchés. Son moteur ne cube pourtant pas cinq litres, mais exactement 4 754 cm3. Elle ne doit surtout pas être confondue avec la Lamborghini Countach LP500, prototype de 1971 à l’origine de toute la lignée.

Une Countach profondément revue sous une carrosserie familière

Au début des années 1980, Lamborghini traverse une période décisive. La société est reprise par les frères Patrick et Jean-Claude Mimran, tandis que la Countach demeure son modèle emblématique. La LP400 S commercialisée depuis 1978 avait considérablement renforcé l’impact visuel de la voiture avec ses extensions d’ailes, ses pneumatiques Pirelli P7 et ses roues très larges. Sa mécanique de 3 929 cm3 n’offrait cependant plus, dans toutes ses configurations, les performances que suggérait cette apparence.

La solution retenue consiste à augmenter la cylindrée du V12 atmosphérique. Sous la direction technique de Giulio Alfieri, l’alésage et la course passent à 85,5 et 69 mm, portant la cylindrée à 4 754 cm3. Le moteur conserve son architecture à deux soupapes par cylindre et son alimentation par six carburateurs Weber double corps. Il reçoit également un allumage électronique.

Cette évolution est dévoilée au Salon de Genève en mars 1982. Avec environ 375 ch DIN dans sa configuration européenne, la LP500 S retrouve le niveau de puissance attendu d’une Lamborghini de premier plan, tout en bénéficiant d’un couple supérieur à celui de la 3,9 litres. La voiture demeure fidèle à une mécanique atmosphérique de grosse cylindrée plutôt qu’à une solution turbocompressée.

La filiation remonte à la Lamborghini Countach LP400 de série lancée en 1974. Le passage à la LP500 S illustre toutefois combien la Countach a évolué depuis cette première version : voies et pneumatiques élargis, appendices aérodynamiques plus visibles et moteur sensiblement plus gros ont transformé son caractère sans remettre en cause son architecture fondamentale.

Fiche technique de la Lamborghini Countach Lp500s

CaractéristiqueDonnée
Période de production1982 à 1985
CarrosserieCoupé 2 portes, 2 places
ArchitectureMoteur central arrière longitudinal, propulsion
MoteurV12 atmosphérique à 60 degrés
Cylindrée4 754 cm3
Alésage x course85,5 x 69 mm
DistributionDouble arbre à cames en tête par rangée, 24 soupapes
Alimentation6 carburateurs Weber double corps
Taux de compression9,2:1
Puissance européenneEnviron 375 ch DIN à 7 000 tr/min
CoupleEnviron 410 Nm
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
DifférentielAutobloquant
StructureChâssis spatial tubulaire en acier, carrosserie principalement en aluminium
Suspension avantRoues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs et barre antiroulis
Suspension arrièreRoues indépendantes, doubles triangles, doubles ensembles ressort-amortisseur et barre antiroulis
DirectionÀ crémaillère, non assistée
FreinsDisques ventilés aux quatre roues
Jantes15 pouces, 8,5 pouces AV et 12 pouces AR
PneusPirelli P7, 205/50 VR15 AV et 345/35 VR15 AR
Longueur4 140 mm
Largeur2 000 mm
Hauteur1 070 mm
Empattement2 450 mm
Voies1 492 mm AV, 1 606 mm AR dans la documentation d’époque
PoidsEnviron 1 480 à 1 490 kg suivant les références
RéservoirEnviron 120 litres
Vitesse maximaleEnviron 290 km/h ou davantage suivant les mesures et conditions
0 à 100 km/hEnviron 5,2 à 5,5 s suivant les mesures publiées

Un V12 de 4,8 litres au coeur d’une architecture singulière

La cylindrée accrue ne change pas la conception fondamentale de la Countach. Son V12 est installé longitudinalement derrière l’habitacle, mais la boîte de vitesses se trouve devant le moteur, pratiquement entre les occupants. Cette disposition permet notamment de rapprocher la masse de la transmission du centre de la voiture. Le mouvement repart ensuite vers le différentiel arrière par un arbre traversant le carter d’huile moteur.

Le V12 reste fidèle aux carburateurs Weber et à une distribution relativement conventionnelle pour Lamborghini, avec deux soupapes par cylindre. Le gain de cylindrée donne surtout à la LP500 S davantage de disponibilité à moyen régime. Elle ne constitue donc pas une simple opération commerciale destinée à changer son appellation : son moteur est l’évolution technique centrale de la version.

Les chiffres de performances publiés à l’époque et ultérieurement ne sont pas parfaitement homogènes. Des mesures proches de 293 km/h ont été rapportées, alors que d’autres essais aboutissent à des vitesses sensiblement inférieures et que les valeurs annoncées peuvent approcher 300 km/h. Le 0 à 100 km/h est généralement situé autour de 5,2 à 5,5 secondes. Ces écarts reflètent notamment les protocoles de mesure, les configurations des voitures et les différences entre marchés.

Les spécifications américaines constituent justement un cas particulier. Les contraintes antipollution et les adaptations nécessaires à l’homologation pouvaient modifier la puissance et l’équipement. Les chiffres de la version européenne à carburateurs ne doivent donc pas être appliqués indistinctement à toutes les LP500 S vendues dans le monde.

Le dessin de Marcello Gandini dans sa forme large

Visuellement, la LP500 S reste étroitement apparentée à la LP400 S. Le dessin originel de Marcello Gandini pour Bertone demeure immédiatement reconnaissable : carrosserie extrêmement basse, pare-brise très incliné, surfaces anguleuses, prises d’air NACA sur les flancs et portes s’ouvrant verticalement. Cette architecture stylistique avait rompu radicalement avec les formes plus sensuelles de la Lamborghini Miura.

Les extensions d’ailes noires sont nécessaires pour couvrir une monte pneumatique spectaculaire. À l’arrière, les Pirelli P7 atteignent 345 mm de largeur sur des jantes de 12 pouces, tandis que l’avant reçoit des 205/50 VR15. Ces dimensions donnent à la Countach une assise particulièrement large et constituent l’un des signes les plus caractéristiques des versions S.

Les jantes à cinq trous permettent également de situer la voiture dans son époque, même si les détails ont évolué au cours de la production. Les premières LP500 S auraient encore reçu des roues Campagnolo avant la généralisation des O.Z. L’habitacle évolue lui aussi par rapport aux premières Countach, avec une présentation révisée sans bouleverser l’environnement très particulier imposé par la faible hauteur de la voiture et son large tunnel central.

L’immense aileron arrière souvent associé à la Countach mérite une précision : il n’était pas monté systématiquement. Disponible en option, il est devenu tellement indissociable de l’image populaire du modèle que les exemplaires dépourvus d’aileron peuvent aujourd’hui sembler inhabituels. Une LP500 S authentique peut pourtant parfaitement présenter une poupe sans cet appendice.

Une production limitée et des chiffres qui divergent

La LP500 S reste en production jusqu’en 1985. Son volume exact varie légèrement dans les archives et les ouvrages consacrés au modèle. Plusieurs références retiennent 321 exemplaires, tandis que d’autres indiquent 323 voitures. La première valeur est notamment cohérente avec un décompte faisant état de 75 exemplaires en 1982, 114 en 1983 et 132 en 1984. En l’absence d’un consensus absolu entre les différentes sources historiques, la production peut donc être raisonnablement située autour de 320 exemplaires.

Cette faible diffusion s’explique par le positionnement de la voiture. La Countach était chère, complexe à construire et produite presque artisanalement à Sant’Agata Bolognese. Elle appartenait encore à une époque où Lamborghini fabriquait ses modèles en volumes très éloignés de ceux atteints plusieurs décennies plus tard.

La rareté ne suffit cependant pas à déterminer la valeur d’un exemplaire. Pour une LP500 S de collection, l’historique, la conformité de la mécanique, la présence de ses équipements d’origine, les éventuelles transformations et la qualité d’une restauration jouent un rôle essentiel. L’existence de voitures certifiées par Lamborghini Polo Storico permet également de documenter plus précisément certaines configurations.

De la LP500 S à la Countach Quattrovalvole

En 1985, Lamborghini poursuit le développement du concept avec la 5000 Quattrovalvole. Le V12 passe alors à 5 167 cm3 et adopte quatre soupapes par cylindre. Cette évolution apporte une hausse importante de puissance et entraîne plusieurs modifications visibles autour du moteur et de son alimentation. La LP500 S reste ainsi identifiable comme la dernière grande Countach à associer le moteur 4 754 cm3 à une culasse à deux soupapes par cylindre.

La carrière de la Countach se poursuivra jusqu’à la fin des années 1980, notamment avec la Lamborghini Countach 25th Anniversary. En 1990, la Lamborghini Diablo prend finalement sa succession et transpose le principe de la supercar Lamborghini à moteur V12 central dans une nouvelle génération.

Le nom Countach réapparaît beaucoup plus tard avec la Lamborghini Countach LPI 800-4. Cette réinterprétation moderne emprunte plusieurs références stylistiques aux différentes Countach historiques, mais la LP500 S demeure un produit très spécifique du début des années 1980, au croisement du dessin radical de Gandini, des pneus démesurés de la LP400 S et de la montée en cylindrée qui mènera bientôt à la Quattrovalvole.