Présentée au Salon de Bologne en décembre 1999, la Lamborghini Diablo GTR est une version de compétition développée pour prendre la relève de la Diablo SV-R dans le championnat monomarque de Lamborghini. Dérivée de la Lamborghini Diablo GT, elle pousse encore plus loin la transformation de la supercar italienne avec un habitacle dépouillé, une carrosserie largement réalisée en fibre de carbone, un châssis adapté à la course et un V12 atmosphérique de 6 litres porté à environ 590 ch.
La GTR occupe ainsi une place particulière dans l’histoire de la Lamborghini Diablo. Elle n’est ni une série routière particulièrement radicale, ni un simple kit destiné aux propriétaires de GT. Il s’agit d’une véritable voiture de course construite à Sant’Agata Bolognese et produite en quantité extrêmement limitée pour le Lamborghini GTR Supertrophy.
De la Diablo GT à une véritable voiture de course
À la fin des années 1990, Lamborghini possède déjà une expérience concrète des championnats monomarques. Depuis 1996, le Lamborghini Supertrophy utilise la Diablo SV-R, elle-même dérivée de la Lamborghini Diablo SV. L’arrivée de la Diablo GT en 1999 fournit cependant une base nettement plus moderne pour préparer la génération suivante de voiture de course.
La Diablo GT avait déjà profondément évolué par rapport aux Diablo de grande série. Son V12 atteignait 5 992 cm3, sa carrosserie faisait largement appel aux matériaux composites et son aérodynamique était beaucoup plus agressive. La GTR conserve cette architecture générale mais abandonne les compromis nécessaires à une automobile homologuée pour la circulation. Elle est conçue autour des besoins du circuit, avec une sécurité renforcée, un refroidissement adapté à un usage intensif et des équipements permettant des interventions rapides dans les stands.
La présentation de décembre 1999 explique une petite ambiguïté chronologique. La GTR apparaît publiquement en 1999, mais sa carrière sportive et l’essentiel de sa production sont associés à l’année 2000. Cette dernière correspond au lancement du Lamborghini GTR Supertrophy qui succède à la formule employant les SV-R.
Un V12 6 litres poussé à 590 ch
Le moteur reste fidèle à l’architecture historique des grandes Lamborghini : un V12 atmosphérique ouvert à 60 degrés et installé longitudinalement en position centrale arrière. Sa cylindrée de 5 992 cm3 est obtenue avec un alésage de 87 mm et une course de 84 mm. Chaque banc reçoit deux arbres à cames en tête et le moteur dispose de quatre soupapes par cylindre.
Dans la GTR, le V12 développe environ 590 ch à 7 300 tr/min et 640 Nm à 5 500 tr/min. Les publications anglophones créent parfois une confusion en présentant directement la valeur de 590 PS comme 590 hp. La puissance européenne de 590 PS correspond en réalité à environ 582 hp SAE. Parmi les adaptations figurent notamment des bielles en titane, un vilebrequin allégé et une admission optimisée pour la compétition.
La puissance est transmise exclusivement aux roues arrière. La GTR conserve une boîte manuelle synchronisée à cinq rapports plutôt qu’une transmission séquentielle. Elle reçoit un différentiel à glissement limité et un embrayage monodisque à sec à commande hydraulique. Cette architecture relativement traditionnelle participe au caractère très mécanique de la voiture malgré le niveau de performances atteint.
Le refroidissement est profondément adapté aux longues sollicitations du circuit. Les radiateurs d’eau sont installés latéralement, tandis que différents circuits assurent le contrôle thermique du moteur, de la boîte et du différentiel. Une cellule de carburant de compétition et un dispositif de remplissage rapide remplacent également l’installation d’une Diablo routière.
Un châssis et un habitacle entièrement tournés vers le circuit
La structure repose toujours sur le principe du châssis tubulaire en acier de la Diablo, associé à des éléments composites. Une cage de sécurité transforme toutefois l’environnement intérieur. La carrosserie utilise largement la fibre de carbone afin de réduire la masse, tandis que certains éléments structurels restent métalliques. Le poids annoncé est d’environ 1 395 kg, avec une répartition de 40 % sur l’avant et 60 % sur l’arrière.
L’habitacle montre immédiatement que la GTR n’est pas une GT routière simplement allégée. La présentation luxueuse de la Diablo disparaît au profit d’un siège baquet en carbone, d’un harnais de compétition, d’un volant de course et de l’instrumentation nécessaire au pilote. Les vitres latérales en Plexiglas disposent de petites ouvertures coulissantes. Des coupe-circuits accessibles de l’extérieur répondent également aux impératifs de sécurité en compétition.
Les suspensions indépendantes sont adaptées à la course et offrent différents réglages. Les freins Brembo Racing utilisent des disques ventilés et perforés de 355 mm à l’avant et 335 mm à l’arrière. Les roues Speedline en magnésium de 18 pouces adoptent une fixation centrale et reçoivent des pneumatiques Pirelli de compétition.
La GTR possède également des vérins pneumatiques intégrés permettant de lever rapidement la voiture lors des interventions. Son imposant aileron arrière réglable est fixé directement à la structure afin de transmettre les efforts aérodynamiques au châssis. Avec ses voies généreuses, ses roues de course et sa garde au sol d’environ 100 mm, elle se distingue facilement d’une Diablo GT utilisée sur route.
Fiche technique de la Lamborghini Diablo Gtr
| Caractéristique | Lamborghini Diablo GTR |
|---|---|
| Première présentation | Décembre 1999 |
| Type | Coupé de compétition |
| Architecture | Moteur central arrière longitudinal, propulsion |
| Moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Cylindrée | 5 992 cm3 |
| Alésage x course | 87 x 84 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par banc, 4 soupapes par cylindre |
| Rapport volumétrique | 10,7:1 |
| Alimentation | Injection électronique multipoint séquentielle |
| Puissance | 590 PS environ à 7 300 tr/min |
| Couple | 640 Nm à 5 500 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Transmission | Propulsion, différentiel à glissement limité |
| Structure | Châssis tubulaire en acier, éléments composites et cage de sécurité |
| Suspension | Indépendante aux quatre roues, réglages compétition |
| Direction | À crémaillère avec assistance |
| Freins | Brembo Racing, disques ventilés et perforés |
| Disques avant | 355 mm |
| Disques arrière | 335 mm |
| Jantes | Speedline magnésium 18 pouces à fixation centrale |
| Jantes avant | 8,5 x 18 pouces |
| Jantes arrière | 13 x 18 pouces |
| Pneus avant | 245/645-18 |
| Pneus arrière | 325/705-18 |
| Longueur | 4 430 mm |
| Largeur | 2 040 mm |
| Hauteur | 1 115 mm |
| Empattement | 2 650 mm |
| Voie avant | 1 650 mm |
| Voie arrière | 1 670 mm |
| Garde au sol | 100 mm environ |
| Poids | 1 395 kg environ |
| Répartition des masses | 40 % avant, 60 % arrière |
| 0 à 100 km/h | Environ 3,5 s |
| Vitesse maximale | Environ 338 km/h dans la configuration documentée |
| Capacité de carburant | 98 litres |
Une production minuscule destinée au Supertrophy
La production constitue l’un des sujets les plus souvent brouillés concernant la Diablo GTR. Le chiffre le mieux établi est celui de 30 voitures complètes. Des châssis et des pièces supplémentaires auraient été prévus pour assurer le fonctionnement du championnat, ce qui explique l’apparition de totaux supérieurs dans certaines publications. Assimiler ces réserves à autant de voitures clientes achevées conduit donc à surestimer la production.
Cette rareté s’explique par la raison d’être du modèle. Lamborghini ne cherchait pas à créer une nouvelle série routière mais à fournir une machine homogène aux participants de son championnat. Chaque voiture était ainsi pensée comme un outil de compétition, et plusieurs exemplaires ont ensuite été transformés ou adaptés pour courir dans d’autres catégories.
La vitesse maximale mérite une réserve similaire. Environ 338 km/h est la valeur la mieux recoupée pour la configuration documentée, alors que 348 km/h apparaît également dans certaines publications. Les rapports de transmission pouvant être adaptés au circuit, une vitesse maximale unique ne décrit de toute façon qu’imparfaitement une voiture dont les réglages étaient destinés à évoluer selon les épreuves.
Du Lamborghini GTR Supertrophy aux championnats GT
La vocation première de la Diablo GTR est le Lamborghini GTR Supertrophy lancé en 2000. Le principe reste celui du championnat précédent : mettre en piste des Lamborghini très proches techniquement afin de privilégier la confrontation entre pilotes et équipes. La nouvelle GTR apporte cependant les performances du V12 6 litres et une base sensiblement plus poussée que la SV-R.
La voiture reste employée dans le Supertrophy au début des années 2000. En 2002, Jean-Marc Gounon et Franck Sevin remportent notamment le championnat avec le Team Corona. Mais la carrière de la GTR ne se limite pas à la série monomarque. Certains exemplaires sont adaptés aux règlements de championnats GT nationaux et internationaux, parfois avec l’intervention de préparateurs spécialisés tels que Reiter Engineering.
La Diablo GTR connaît aussi une carrière notable en Australie. Paul Stokell remporte l’Australian Nations Cup Championship en 2003 puis en 2004 avec une Diablo GTR engagée par Team Lamborghini Australia. Une Diablo GTR participe également aux 24 Heures de Bathurst 2003 et termine huitième au classement général, avec notamment Stokell, Luke Youlden, Peter Hackett et Allan Simonsen au volant.
La forme la plus radicale de la Diablo produite pour le circuit
La GTR se reconnaît moins à une transformation complète du dessin de la Diablo qu’à l’accumulation de détails fonctionnels. L’énorme aileron, les jantes à écrou central, les ouvertures de carrosserie, les vitrages allégés et l’assiette extrêmement basse donnent à la silhouette dessinée à l’origine autour du projet de Marcello Gandini une apparence de voiture de championnat. Le responsable précis des modifications stylistiques propres à la GTR n’est cependant pas clairement attribué dans la documentation disponible.
Elle doit surtout être distinguée des Diablo GT1 et GT2, issues d’autres programmes ou projets de compétition. La GTR présentée fin 1999 correspond avant tout à la voiture développée pour le Supertrophy. Les transformations réalisées ultérieurement sur certains châssis pour répondre à d’autres règlements peuvent donc présenter des caractéristiques différentes de celles des GTR livrées initialement.
Son apparition intervient enfin au crépuscule de la Diablo. Dès 2001, la Lamborghini Murciélago prend la relève de la supercar V12 dans la gamme routière. La GTR demeure ainsi étroitement associée aux dernières années de la Diablo, à une époque où Lamborghini pouvait encore transformer son V12 atmosphérique, sa boîte manuelle et son châssis tubulaire en une machine de championnat presque sans intermédiaire entre la voiture de série et le circuit.




