Présentée au Salon de Genève en 1971, la Lamborghini Miura SV représente l’ultime évolution de série de la Lamborghini Miura. Plus puissante, mais surtout profondément revue au niveau du châssis et du train arrière, elle cherche à corriger certaines limites des premières Miura à haute vitesse. Son V12 atmosphérique de 3 929 cm³ développe 385 ch, tandis que ses ailes arrière élargies et la disparition des célèbres cils entourant les phares permettent de la reconnaître rapidement.
La Miura SV, aboutissement d’une supercar révolutionnaire
Lorsque Lamborghini dévoile la Miura au milieu des années 1960, son architecture tranche avec celle des grandes GT traditionnelles. Le V12 est installé transversalement derrière les deux occupants, dans un ensemble extrêmement compact comprenant également la transmission. Le dessin spectaculaire est réalisé chez Bertone sous la direction créative de Marcello Gandini, tandis que le développement technique repose notamment sur Gian Paolo Dallara, Paolo Stanzani et Bob Wallace.
La Lamborghini Miura P400 entre en production avec 350 ch, avant que la Miura S ne porte la puissance à environ 370 ch. La SV ne se contente pas d’ajouter quelques chevaux supplémentaires. Lamborghini profite de l’expérience accumulée pour revoir le comportement de la voiture, renforcer sa structure et améliorer son groupe mécanique. Cette évolution est essentielle sur une automobile capable d’approcher les 300 km/h.
La SV apparaît au Salon de Genève en mars 1971 dans un contexte particulièrement symbolique. Sur le même salon, Lamborghini présente la Lamborghini Countach LP500, prototype aux lignes radicalement différentes qui annonce déjà la génération suivante de supercars de Sant’Agata Bolognese. La Miura atteint ainsi sa forme la plus aboutie au moment même où sa future remplaçante se dessine.
La production de la SV se poursuit jusqu’en 1973. Lamborghini indique un total de 150 exemplaires, ce qui en fait une variante nettement plus rare que l’ensemble de la famille Miura. Toutes les voitures ne sont toutefois pas techniquement identiques, car plusieurs améliorations sont introduites progressivement au cours de la production.
Un V12 3,9 litres de 385 ch en position centrale
La mécanique reste fidèle au principe spectaculaire qui avait fait la réputation de la Miura. Le V12 atmosphérique à 60 degrés affiche 3 929 cm³ et utilise quatre carburateurs Weber triple corps. Avec 385 ch à 7 850 tr/min, la SV gagne encore en puissance par rapport aux P400 et S. Lamborghini indique aujourd’hui un couple de 388 Nm à 5 500 tr/min.
Le moteur demeure monté transversalement juste derrière l’habitacle. Cette implantation permet de concentrer le V12 et la boîte manuelle à cinq rapports dans un espace réduit, mais elle constitue également l’une des particularités techniques les plus délicates de la Miura. Sur les premières voitures, moteur et transmission partagent notamment leur lubrifiant.
La SV bénéficie en cours de carrière d’une évolution importante avec la séparation des circuits de lubrification du moteur et de la boîte. Les exemplaires tardifs ainsi configurés sont souvent désignés comme des voitures à lubrification séparée ou « split-sump ». Cette disposition ne doit cependant pas être attribuée à toutes les SV, les premiers exemplaires ayant conservé le système commun antérieur.
Les performances placent la voiture parmi les automobiles routières les plus rapides de son époque. Lamborghini annonce aujourd’hui plus de 290 km/h et un 0 à 100 km/h en moins de 5,5 secondes. Au-delà de ces chiffres, le véritable progrès de la SV concerne sa capacité à mieux exploiter les performances du V12 grâce aux modifications apportées au châssis et aux trains roulants.
Train arrière élargi et comportement profondément revu
La SV reçoit une structure rigidifiée et, surtout, une nouvelle géométrie de suspension arrière. La configuration des premières Miura est remplacée par un montage plus conventionnel destiné à mieux contrôler les roues. La voie arrière augmente fortement et permet d’installer des roues et des pneumatiques beaucoup plus larges.
Les jantes Campagnolo arrière atteignent ainsi 9 pouces de largeur. La monte historiquement associée à la SV comprend des pneumatiques de 215/70 R15 à l’avant et de 255/60 R15 à l’arrière. Cette différence de largeur entre les deux essieux participe autant au comportement de la voiture qu’à sa silhouette caractéristique. Les quatre roues conservent des suspensions indépendantes et la direction est à crémaillère.
Le freinage bénéficie de disques ventilés aux quatre roues. L’ensemble de ces transformations montre pourquoi la SV ne doit pas être considérée comme une simple finition plus puissante. Lamborghini intervient précisément sur les domaines qui limitaient les premières Miura lorsque leur V12 était exploité à très haute vitesse.
Fiche technique de la Lamborghini Miura SV
| Caractéristique | Lamborghini Miura SV |
|---|---|
| Production | 1971 à 1973 |
| Carrosserie | Coupé 2 places |
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Implantation | Central arrière transversal |
| Cylindrée | 3 929 cm³ |
| Alésage x course | 82 x 62 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par banc, 24 soupapes |
| Alimentation | 4 carburateurs Weber triple corps |
| Puissance | 385 ch à 7 850 tr/min |
| Couple | 388 Nm à 5 500 tr/min |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Structure en acier renforcée sur la SV |
| Suspension avant | Indépendante, triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques |
| Suspension arrière | Indépendante, géométrie spécifique à la SV |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques ventilés aux quatre roues |
| Jantes | Campagnolo en alliage, jusqu’à 9 pouces à l’arrière |
| Pneus avant | 215/70 R15 |
| Pneus arrière | 255/60 R15 |
| Longueur | Environ 4 360 mm |
| Largeur | Environ 1 780 mm |
| Hauteur | Environ 1 060 mm |
| Empattement | Environ 2 500 mm |
| Voie avant | Environ 1 412 mm |
| Voie arrière | Environ 1 541 mm |
| Poids à sec | Environ 1 245 kg |
| 0 à 100 km/h | Moins de 5,5 s annoncé par Lamborghini |
| Vitesse maximale | Plus de 290 km/h annoncés par Lamborghini |
| Production totale | 150 exemplaires |
Comment reconnaître une Lamborghini Miura SV ?
La transformation esthétique est subtile vue de loin, mais évidente pour qui connaît les différentes Miura. Les fameux cils noirs qui entouraient les phares des P400 et S disparaissent normalement sur la SV. Cette règle connaît toutefois des exceptions, dont une voiture personnelle de Ferruccio Lamborghini conservant ce traitement.
La différence la plus spectaculaire se trouve à l’arrière. Les ailes sont sensiblement élargies pour couvrir la nouvelle voie et les pneus de 255 mm. La poupe paraît ainsi plus massive et plus musclée que celle d’une P400 ou d’une S. Plusieurs détails de carrosserie et de finition évoluent également, sans dénaturer les proportions originales dessinées chez Bertone.
Cette largeur accrue n’est donc pas un simple artifice stylistique. Elle traduit directement les transformations du train arrière et constitue l’un des moyens les plus pertinents pour distinguer une véritable SV. Sur une voiture de collection, l’apparence extérieure ne suffit cependant pas à établir l’authenticité, certaines Miura ayant été modifiées au fil des décennies.
Miura SV, Jota et SVJ : des modèles à ne pas confondre
La SV de série est parfois associée à tort aux Miura les plus radicales développées autour du travail de Bob Wallace. La Lamborghini Miura Jota est une voiture expérimentale profondément transformée, développée autour d’une approche beaucoup plus proche de la compétition. Elle ne correspond donc pas à une version commerciale normale de la Miura SV.
Les SVJ constituent un autre cas particulier. Inspirées de la Jota, elles reçoivent des transformations spécifiques et n’ont été réalisées qu’à un nombre infime d’exemplaires. Lamborghini reconnaît quatre SVJ historiques dérivées de cette démarche. Une SV standard ne devient donc pas une SVJ simplement parce qu’elle possède des modifications esthétiques ou mécaniques inspirées de ces voitures.
Cette distinction est particulièrement importante aujourd’hui, compte tenu de la valeur des exemplaires authentiques. Les numéros de châssis, la configuration d’origine, l’historique et la correspondance des composants jouent un rôle déterminant. Certains châssis présentent en outre une histoire inhabituelle, avec des numéros réutilisés ou des transformations anciennes, ce qui rend l’examen des archives indispensable pour établir l’identité exacte d’une voiture.
150 exemplaires et la naissance de la lignée Super Veloce
Avec seulement 150 exemplaires annoncés par Lamborghini, la Miura SV est devenue l’une des Lamborghini historiques les plus recherchées. Les ventes publiques récentes des voitures les mieux documentées atteignent plusieurs millions d’euros, avec de fortes différences suivant l’état, la restauration, la provenance, la conformité à la configuration d’origine et la présence des composants mécaniques correspondants.
La SV occupe aussi une position particulière dans l’histoire de Lamborghini parce qu’elle installe durablement le principe « Super Veloce », littéralement très rapide, dans l’identité de la marque. L’appellation réapparaîtra notamment avec la Lamborghini Diablo SV, puis sur d’autres V12 à hautes performances. La logique reste comparable : partir d’une Lamborghini déjà très performante et en proposer une interprétation plus extrême.
La fin de la production de la Miura correspond au passage vers une architecture stylistique radicalement nouvelle. La Lamborghini Countach reprend le rôle de supercar V12 à moteur central, mais abandonne les courbes de la Miura au profit d’une carrosserie anguleuse et d’un V12 monté longitudinalement. La SV reste ainsi la dernière expression de l’architecture transversale et du dessin qui avaient fait de la Miura l’une des automobiles les plus singulières des années 1960 et du début des années 1970.




