Lamborghini Countach Lp500

Lamborghini Countach Lp500

Présentée au Salon de Genève en mars 1971, la Lamborghini Countach LP500 est le prototype qui donne naissance à l’une des silhouettes les plus célèbres de l’histoire des supercars. Projet interne LP112, elle n’est pas encore une voiture de série : son V12 de près de cinq litres, son châssis spécifique et plusieurs détails de carrosserie disparaîtront pendant le développement. Cet exemplaire unique constitue néanmoins le point de départ direct de la Lamborghini Countach.

Le projet LP112 pour préparer l’après-Miura

À la fin des années 1960, Lamborghini doit imaginer la succession de la Lamborghini Miura. Celle-ci a imposé une architecture spectaculaire avec son V12 monté transversalement derrière l’habitacle, mais le constructeur veut aller plus loin. Le projet LP112 prend forme autour d’une nouvelle implantation mécanique et d’une carrosserie radicalement différente.

Paolo Stanzani dirige le développement technique. La carrosserie est confiée à Marcello Gandini, alors responsable du style chez Bertone et déjà associé à la Miura. Pour la future Countach, Gandini abandonne les courbes de cette dernière au profit d’une silhouette basse, anguleuse et tendue. Le pare-brise fortement incliné, le nez plongeant et les volumes géométriques donnent au prototype l’apparence d’un coin posé sur la route.

Le sigle LP renvoie à l’expression italienne « Longitudinale Posteriore ». Contrairement au moteur transversal de la Miura, le V12 est installé longitudinalement derrière les occupants. La boîte de vitesses prend place devant le moteur, près de l’habitacle, tandis que la transmission renvoie le mouvement vers l’essieu arrière. Cette organisation deviendra l’une des caractéristiques fondamentales de la Countach.

La Countach LP500 au Salon de Genève 1971

Le prototype est dévoilé au Salon de Genève le 11 mars 1971. Particularité de cette présentation : la nouvelle Lamborghini Miura SV occupe le stand du constructeur, tandis que la Countach LP500 est exposée chez Bertone. Avec sa carrosserie jaune et ses proportions inhabituelles, elle attire immédiatement l’attention.

Le modèle exposé est encore une voiture de salon qui doit être transformée en automobile réellement exploitable. Son dessin comporte pourtant déjà deux signatures essentielles de la future Countach : la silhouette en coin et les portes articulées vers le haut. Les phares escamotables permettent de conserver un avant extrêmement bas lorsqu’ils sont fermés.

Certains détails distinguent nettement cette première LP500 des voitures de série. Les prises d’air latérales du compartiment moteur prennent initialement une forme évoquant des branchies. Les grandes prises d’air supérieures qui caractériseront ensuite la Countach ne sont pas encore définies sous leur forme définitive. Les jantes de 14 pouces et l’habitacle expérimental participent également à l’identité du prototype.

L’instrumentation constitue une autre particularité. Lamborghini expérimente un affichage électronique inhabituellement ambitieux pour 1971, très éloigné du tableau de bord finalement retenu pour la production. La LP500 doit ainsi être comprise comme un laboratoire roulant autant que comme une proposition stylistique.

Un V12 de cinq litres qui ne survivra pas au développement

Le nom LP500 provient directement de la mécanique prévue pour le prototype. Le V12 atmosphérique atteint 4 971 cm³, une cylindrée nettement supérieure à celle du moteur de la Miura. La puissance généralement associée à cette configuration est d’environ 440 ch à 7 400 tr/min. L’alimentation repose sur six carburateurs Weber double corps.

Ce cinq litres expérimental ne devient toutefois pas le moteur de la première Countach commercialisée. Les essais révèlent des difficultés qui conduisent Lamborghini à revenir au V12 de quatre litres, mieux maîtrisé. Cette évolution explique pourquoi la Lamborghini Countach LP400 de série reçoit finalement un moteur de 3 929 cm³.

Les performances attribuées à la LP500 demandent une distinction entre objectifs et mesures vérifiées. Des valeurs proches de 300 km/h ont été annoncées ou estimées pour le prototype, mais elles ne correspondent pas à une vitesse maximale certifiée par un essai comparable à ceux d’une voiture de production. Il en va de même pour les chiffres d’accélération parfois associés rétrospectivement au modèle.

Les pneumatiques illustrent également le caractère expérimental du programme. Pirelli développe pour la voiture des Cinturato CN12 en 245/60 R14 à l’avant et 265/60 R14 à l’arrière. Leur profil particulièrement bas répond aux contraintes d’une supercar dont le style et les performances imposent alors des solutions encore inhabituelles.

Fiche technique de la Lamborghini Countach Lp500

CaractéristiqueLamborghini Countach LP500
Année de présentation1971
Projet interneLP112
TypePrototype, coupé 2 places
Moteur d’origineV12 atmosphérique à 60°
Cylindrée d’origine4 971 cm³
DistributionDouble arbre à cames en tête par rangée, 2 soupapes par cylindre
Alimentation6 carburateurs Weber double corps
Puissance communément annoncéeEnviron 440 ch à 7 400 tr/min
ImplantationMoteur central arrière longitudinal
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
StructureChâssis à plateforme, différent du treillis tubulaire de la LP400
SuspensionIndépendante aux quatre roues
DirectionÀ crémaillère
FreinsDisques Girling aux quatre roues
Jantes14 pouces
Pneus avantPirelli Cinturato CN12 245/60 R14
Pneus arrièrePirelli Cinturato CN12 265/60 R14
LongueurEnviron 4,01 m selon les données généralement publiées
LargeurEnviron 1,85 à 1,89 m selon les sources
HauteurEnviron 1,03 à 1,07 m selon les sources
EmpattementEnviron 2,45 m
Poids à sec généralement publiéEnviron 1 130 kg
Vitesse maximaleEnviron 290 à 300 km/h annoncés ou estimés, non certifiés par une mesure de référence
Nombre d’exemplaires originaux1

Du prototype LP500 à la Countach LP400

L’enthousiasme suscité à Genève pousse Lamborghini à transformer le spectaculaire exercice de style en modèle industrialisable. Le prototype commence alors une longue phase d’essais. Bob Wallace, pilote-essayeur de la marque, participe au développement routier tandis que les ingénieurs s’attaquent notamment au refroidissement, à la fiabilité mécanique et aux contraintes d’une utilisation réelle.

Les modifications deviennent suffisamment importantes pour que la LP500 de Genève et la Countach commercialisée ne puissent être considérées comme techniquement identiques. Outre le remplacement du V12 cinq litres, le châssis constitue une différence majeure. Le premier prototype emploie une structure à plateforme, alors que Lamborghini adopte pour la production un complexe treillis de tubes d’acier.

La carrosserie évolue elle aussi. Les besoins en refroidissement imposent de nouvelles prises d’air et modifient la pureté du dessin initial. Les prototypes successifs servent à mettre au point ces solutions jusqu’à la configuration de la LP400. La voiture de série conserve néanmoins l’essentiel de l’idée de Gandini : proportions extrêmement basses, surfaces anguleuses, moteur V12 longitudinal et portes à ouverture verticale.

Il faut également distinguer sans ambiguïté le prototype de 1971 de la Lamborghini Countach LP500S apparue au début des années 1980. Malgré leurs appellations proches, cette dernière est une évolution de série de la Countach, équipée d’un V12 de 4 754 cm³. Elle n’est ni une commercialisation tardive du prototype LP500, ni une voiture utilisant son moteur expérimental de 4 971 cm³.

Un prototype unique sacrifié pour la mise au point

La LP500 de 1971 n’a jamais été produite en série : un seul exemplaire original a été construit. Au fil des essais, cette voiture a perdu une partie de sa configuration initiale. Son moteur cinq litres a notamment cédé sa place à un quatre litres et les transformations destinées à résoudre les problèmes rencontrés ont progressivement éloigné l’auto de celle exposée à Genève.

Au début de 1974, le prototype est utilisé pour des essais de choc liés au processus d’homologation de la Countach. La voiture est ensuite mise au rebut. L’unique LP500 originelle disparaît donc avant même le véritable début de la carrière commerciale de sa descendante.

Cette disparition explique une partie de la confusion entourant aujourd’hui ses caractéristiques. Certaines données publiées correspondent à la voiture du Salon de Genève, d’autres à son état modifié pendant le développement, et d’autres encore ont été reprises de la LP400 de série. La structure du châssis, la cylindrée et certains détails de carrosserie sont précisément les éléments sur lesquels il est essentiel de séparer les deux automobiles.

La reconstruction officielle de 2021

À partir de 2017, Lamborghini Polo Storico entreprend à la demande d’un collectionneur un projet exceptionnel : reconstruire la LP500 telle qu’elle avait été présentée en 1971. L’objectif n’est pas de transformer une Countach de série, mais de recréer le prototype disparu en étudiant les archives disponibles, les documents techniques, les photographies et les témoignages liés au projet original.

Le travail dépasse 25 000 heures. La structure spécifique est reproduite au lieu d’utiliser simplement le châssis tubulaire d’une LP400. Pour retrouver la présentation de Genève, les recherches permettent également d’identifier la peinture comme Giallo Fly Speciale. Les pneumatiques font l’objet d’un travail particulier avec Pirelli afin de recréer les Cinturato CN12 correspondant aux dimensions développées pour le prototype.

La reconstruction est présentée publiquement au Concorso d’Eleganza Villa d’Este en octobre 2021, cinquante ans après l’apparition de la LP500. Elle reste historiquement distincte de l’unique voiture construite au début des années 1970 : elle constitue une recréation officielle fondée sur les archives de Lamborghini, et non un second exemplaire original retrouvé ou restauré.

Le dessin qui a défini la Countach

La portée de la LP500 tient moins à une carrière commerciale inexistante qu’à la force de ses choix. Gandini y fixe dès 1971 l’architecture visuelle qui accompagnera la Countach pendant près de deux décennies. Même lorsque les appendices aérodynamiques, élargisseurs, prises d’air et roues plus imposantes transformeront progressivement son apparence, le profil fondamental restera immédiatement reconnaissable.

La lignée culminera avec la Countach 25th Anniversary avant que la Lamborghini Diablo ne prenne sa succession parmi les V12 de Sant’Agata Bolognese. Le prototype LP500 reste toutefois un objet à part : la forme la plus précoce et la plus dépouillée du projet Countach, conçue avant que les impératifs de refroidissement, de fiabilité, d’homologation et de production ne transforment le spectaculaire dessin de Genève en automobile de série.