Présentée en 2017, la Lamborghini Terzo Millennio est une vision de la supersportive électrique selon Sant’Agata Bolognese. Son nom signifie « troisième millénaire » et résume son ambition : explorer des technologies suffisamment avancées pour transformer non seulement la propulsion, mais aussi la structure même d’une automobile. Développé dans le cadre d’une collaboration entre Lamborghini et le Massachusetts Institute of Technology, le projet s’intéresse notamment au stockage de l’énergie, aux matériaux composites multifonctionnels et à une architecture reposant sur des moteurs électriques intégrés aux roues.
La Terzo Millennio n’est toutefois ni une Lamborghini électrique de série ni le prototype quasiment définitif d’un futur modèle. Le véhicule dévoilé sert avant tout à matérialiser plusieurs axes de recherche. Cette distinction est essentielle pour comprendre pourquoi Lamborghini n’a communiqué ni puissance totale, ni accélération de 0 à 100 km/h, ni vitesse maximale, ni autonomie homologuée. Les chiffres parfois attribués au concept ne constituent pas une fiche technique officielle comparable à celle d’une automobile commercialisée.
Un laboratoire Lamborghini développé avec le MIT
Lamborghini dévoile la Terzo Millennio le 6 novembre 2017 à Cambridge, dans le Massachusetts. Le concept s’inscrit dans une collaboration de recherche engagée avec le MIT et doit répondre à une question particulièrement délicate pour le constructeur italien : comment transposer l’expérience d’une supersportive Lamborghini dans un monde où le moteur thermique pourrait ne plus occuper le centre de la voiture ?
Le projet se concentre sur cinq grands domaines : stockage de l’énergie, matériaux innovants, propulsion, design et émotion de conduite. Il prolonge ainsi les premières réflexions de Lamborghini autour de l’électrification. Le Lamborghini Asterion, présenté en 2014, avait déjà exploré cette voie, mais avec une chaîne de traction hybride associant moteur thermique et moteurs électriques. La Terzo Millennio pousse l’exercice beaucoup plus loin en imaginant une supersportive entièrement électrique.
Le Centro Stile Lamborghini, dirigé par Mitja Borkert, traduit ces recherches en une automobile spectaculaire, tandis que les équipes techniques de Lamborghini travaillent avec des chercheurs du MIT. Les travaux concernent notamment le stockage électrique avancé et l’utilisation de matériaux composites capables d’assumer davantage de fonctions que la seule résistance mécanique. Cette coopération scientifique se poursuit après la présentation de la voiture, notamment autour de matériaux destinés au stockage de l’énergie.
Des supercondensateurs à la place d’une batterie conventionnelle
L’un des principes les plus importants de la Terzo Millennio concerne le stockage électrique. Lamborghini ne souhaite pas simplement installer une lourde batterie lithium-ion dans une architecture de supersportive traditionnelle. Le programme explore des supercondensateurs capables d’accepter et de restituer très rapidement de grandes quantités de puissance, tout en cherchant à augmenter fortement leur densité énergétique.
Cette technologie présente un intérêt particulier pour une voiture dont les accélérations et les freinages impliquent des échanges d’énergie très rapides. Le défi reste cependant considérable : un supercondensateur conventionnel stocke nettement moins d’énergie à masse égale qu’une batterie. La Terzo Millennio doit donc être comprise comme l’expression d’un objectif de recherche, et non comme la démonstration qu’un tel système possédait déjà en 2017 l’autonomie nécessaire à une supersportive électrique utilisable sur route.
L’idée du supercondensateur ne disparaît pas pour autant de la stratégie Lamborghini. La Lamborghini Sián FKP 37 l’emploiera ensuite dans une architecture hybride produite en petite série. Cette application reste très différente de la vision radicale de la Terzo Millennio, mais elle montre l’intérêt durable de Lamborghini pour une technologie capable de délivrer et de récupérer rapidement de l’énergie.
Une carrosserie en carbone capable de stocker de l’énergie
Le second axe majeur du programme consiste à repenser le rôle de la fibre de carbone. Lamborghini possède déjà une longue expérience des composites, mais la Terzo Millennio envisage une structure dont certains éléments pourraient participer directement au stockage électrique. Des matériaux intégrant des nanocharges permettraient théoriquement de transformer des panneaux structurels en éléments fonctionnels du système énergétique.
L’intérêt serait double. Une partie de l’énergie ne serait plus concentrée dans un unique pack de batteries et certains composants rempliraient simultanément une fonction structurelle et énergétique. Cette approche pourrait contribuer à réduire la masse d’une supersportive électrique, alors que le poids des accumulateurs représente précisément l’un des principaux obstacles à la reproduction des sensations d’une voiture légère et très réactive.
Le programme étudie également la surveillance de l’état des composites. Lamborghini imagine une structure capable de détecter la formation de fissures ou d’autres dommages et, à plus long terme, des matériaux susceptibles de déclencher des mécanismes de réparation à l’échelle microscopique. La fameuse « carrosserie autoréparante » souvent associée à la Terzo Millennio correspond donc à une direction de recherche sur les matériaux, pas à une fonction opérationnelle démontrée sur une automobile de série.
Quatre moteurs électriques pour libérer le dessin de la voiture
La Terzo Millennio envisage un moteur électrique dans chacune de ses quatre roues. Cette implantation doit permettre un contrôle individuel de la propulsion tout en libérant l’espace normalement réservé au moteur et à une partie de la transmission. L’approche tranche radicalement avec une Lamborghini Aventador contemporaine du concept, construite autour d’un imposant V12 atmosphérique installé longitudinalement derrière l’habitacle.
Les moteurs-roues constituent néanmoins eux aussi un défi de recherche. Installer une machine électrique directement au niveau d’une roue peut augmenter la masse non suspendue, ce qui affecte le comportement des suspensions et la qualité du contact avec la chaussée. Lamborghini identifie donc la densité de puissance et la maîtrise de cette masse comme des problèmes à résoudre plutôt que comme des difficultés déjà éliminées par le concept.
La disparition d’un moteur central conventionnel donne en revanche une liberté exceptionnelle aux designers et aérodynamiciens. La carrosserie peut être creusée par de grands passages d’air, tandis que les roues deviennent presque des éléments indépendants disposés autour d’une cellule centrale. Cette architecture explique une bonne partie des proportions inhabituelles de la Terzo Millennio.
Lamborghini inclut même le son parmi les questions posées par le projet. Le caractère d’une supersportive de la marque ayant longtemps été indissociable de ses moteurs V10 et V12, l’électrification impose de réfléchir à une nouvelle forme d’expérience sonore plutôt qu’à la simple reproduction artificielle d’un moteur thermique.
Un design qui matérialise l’architecture électrique
La Terzo Millennio est dessinée par le Centro Stile Lamborghini sous la direction de Mitja Borkert. Sa silhouette extrêmement basse conserve plusieurs codes historiques de la marque, mais les pousse vers une forme beaucoup plus expérimentale. Le motif en Y apparaît dans les signatures lumineuses et les surfaces, tandis que la cabine très avancée et les volumes fortement évidés donnent au concept une allure immédiatement distincte des Lamborghini de série de la même époque.
Les roues occupent une place visuelle majeure. Elles sont séparées du volume central par des conduits et des ouvertures qui donnent l’impression que la carrosserie est suspendue entre elles. Cette organisation n’est pas seulement décorative : elle traduit directement le principe des moteurs électriques installés dans les roues et l’absence conceptuelle d’un groupe motopropulseur central volumineux.
Les surfaces en carbone, les arêtes tendues, les passages aérodynamiques et l’habitacle compact donnent ainsi une forme visible aux recherches techniques. Lamborghini poursuivra par la suite cette exploration stylistique avec d’autres études spectaculaires, notamment la Lamborghini Vision GT, sans que celle-ci constitue pour autant une évolution directe de la Terzo Millennio.
Fiche technique de la Lamborghini Terzo Millennio
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Année de présentation | 2017 |
| Nature | Concept de supersportive électrique |
| Carrosserie | Coupé biplace |
| Conception | Lamborghini Centro Stile et collaboration de recherche avec le MIT |
| Designer responsable | Mitja Borkert, direction du Centro Stile Lamborghini |
| Propulsion envisagée | 100 % électrique |
| Moteurs | Quatre moteurs électriques, un par roue |
| Roues motrices | Quatre |
| Stockage d’énergie étudié | Supercondensateurs et matériaux structurels multifonctionnels |
| Structure | Matériaux composites à base de fibre de carbone |
| Fonctions expérimentales étudiées | Stockage structurel de l’énergie, surveillance de l’état des composites et mécanismes de réparation des matériaux |
| Production en série | Aucune |
De la vision de 2017 aux Lamborghini électrifiées
La Terzo Millennio ne débouche pas directement sur un modèle commercial reprenant ses quatre moteurs-roues et sa structure de stockage énergétique. Lamborghini suit une transition plus progressive. Le constructeur associe d’abord l’électrification à des moteurs thermiques, notamment avec la Sián et la Lamborghini Countach LPI 800-4, toutes deux dotées d’un V12 et d’un système électrique utilisant un supercondensateur.
La génération suivante franchit une nouvelle étape avec la Lamborghini Revuelto, qui combine le V12 à plusieurs moteurs électriques et à une batterie lithium-ion. Cette solution est techniquement très éloignée de la Terzo Millennio : elle illustre précisément la différence entre les recherches très prospectives du concept de 2017 et les technologies suffisamment mûres pour répondre aux contraintes d’une supersportive homologuée et produite en série.
Lamborghini revient ensuite à l’idée d’une automobile entièrement électrique avec le Lamborghini Lanzador, dévoilé en 2023. Là encore, il ne s’agit pas du successeur direct de la Terzo Millennio. Le Lanzador montre plutôt comment la réflexion électrique de Lamborghini s’est déplacée, en quelques années, d’un laboratoire imaginant des technologies de rupture vers un concept destiné à préfigurer plus concrètement une future Lamborghini électrique.




