Lotus Elan S2

Lotus Elan S2

Apparue en 1964, la Lotus Elan S2 constitue la deuxième évolution de l’Elan originelle, identifiée en interne comme Type 26. Elle conserve la formule qui a fait la réputation de la Lotus Elan : un roadster biplace extrêmement léger, une carrosserie en fibre de verre, un châssis-poutre en acier, quatre roues indépendantes et un moteur Lotus Twin Cam entraînant les roues arrière. La Series 2 ne bouleverse pas cet ensemble. Elle le perfectionne par une série de modifications destinées notamment à améliorer le freinage, la présentation et l’équipement.

Cette S2 des années 1960 ne doit pas être confondue avec une autre Elan portant la même désignation plusieurs décennies plus tard. La Lotus Elan M100, lancée à la fin des années 1980, donnera elle aussi naissance à une S2 en 1994. Il s’agit toutefois d’une automobile entièrement différente, à moteur transversal et traction avant. L’Elan S2 historique traitée ici est bien la Type 26 produite entre 1964 et 1966.

Une évolution directe de l’Elan S1

L’Elan naît en 1962 dans un contexte où Lotus cherche à transposer sur route les principes qui guident ses voitures de compétition : masse réduite, architecture simple et efficacité du châssis. Sous l’impulsion de Colin Chapman, le projet développé notamment par Ron Hickman aboutit à une sportive compacte dont la légèreté constitue un élément central plutôt qu’une conséquence de sa petite taille.

La Lotus Elan S1 pose les fondations de cette formule. Lotus ne repart donc pas d’une feuille blanche pour la Series 2. Introduite à la fin de 1964, celle-ci conserve la carrosserie ouverte et l’architecture Type 26, mais reçoit plusieurs améliorations. Parmi les plus significatives figurent de plus gros étriers de frein avant, de nouveaux feux arrière et une présentation intérieure enrichie.

Le tableau de bord plaqué bois et la boîte à gants verrouillable participent à cette montée en gamme. Des roues à fixation centrale sont également proposées, tandis que certains détails de finition évoluent. Ces changements peuvent sembler modestes, mais ils correspondent précisément à la philosophie de la S2 : corriger et raffiner une automobile dont les qualités fondamentales étaient déjà établies.

La production se poursuit jusqu’en 1966. La Lotus Elan S3 prend alors le relais et élargit l’évolution de la famille, notamment avec la carrosserie coupé associée au Type 36. L’Elan ouverte continuera ensuite son développement jusqu’à la Lotus Elan S4.

Un châssis-poutre au service de la légèreté

L’originalité technique de l’Elan S2 réside d’abord dans la séparation entre sa structure porteuse et sa carrosserie. Une poutre centrale en acier forme l’élément essentiel du châssis. Elle s’élargit à ses extrémités afin de recevoir les trains roulants et le groupe motopropulseur, tandis que la coque en plastique renforcé de fibre de verre habille l’ensemble.

Cette construction permet à Lotus de contenir fortement la masse. La valeur aujourd’hui communiquée par le constructeur pour la Series 2 est de 567 kg, tandis que certains documents contemporains donnent environ 584 kg. Des valeurs sensiblement supérieures apparaissent également dans des documents d’homologation ou selon d’autres méthodes de mesure. Pour une S2 routière, retenir un ordre de grandeur inférieur à 600 kg permet de comprendre l’essentiel : son rapport poids-puissance repose davantage sur la légèreté que sur une puissance moteur spectaculaire.

Les quatre roues disposent d’une suspension indépendante. À l’avant, Lotus utilise des triangles superposés avec ressorts hélicoïdaux, amortisseurs et barre antiroulis. À l’arrière, le système à jambes de force associé au nom de Chapman contribue à la compacité du train roulant. La direction à crémaillère, dépourvue d’assistance, s’inscrit dans la même recherche de simplicité et de connexion directe avec la route.

Le freinage à quatre disques est particulièrement remarquable pour une petite sportive de cette époque. La S2 améliore en outre le dispositif de la première série avec des étriers avant plus importants. Cette combinaison entre faible masse, suspension indépendante et freins à disque aux quatre roues explique pourquoi l’Elan pouvait privilégier l’agilité et la précision plutôt qu’une course à la puissance.

Le moteur Lotus Twin Cam de 1 558 cm3

Sous le capot se trouve le quatre cylindres Lotus Twin Cam. Construit autour d’un bloc Ford en fonte associé à une culasse Lotus en aluminium à deux arbres à cames en tête, il affiche 1 558 cm3 grâce à un alésage de 82,55 mm et une course de 72,75 mm. Dans la configuration standard de la S2, il développe environ 105 bhp à 5 500 tr/min. L’alimentation est confiée à deux carburateurs horizontaux double corps Weber sur les voitures correspondant à cette spécification.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et associé à une boîte manuelle à quatre rapports. La puissance est transmise aux roues arrière. Avec une automobile aussi légère, une centaine de chevaux suffit à fournir des performances élevées pour le milieu des années 1960. Un essai britannique contemporain mesurait 9,2 secondes de 0 à 60 mph, soit 96,6 km/h, et environ 108 mph en vitesse maximale, l’équivalent d’environ 174 km/h.

Au début de 1966 apparaît une spécification Special Equipment, généralement appelée SE. Elle porte la puissance aux environs de 115 bhp et peut notamment associer cette évolution à une boîte à rapports rapprochés, des roues à fixation centrale, une assistance de freinage et un volant garni de cuir. Les 115 bhp parfois attribués à l’Elan S2 ne correspondent donc pas à toutes les voitures : la S2 standard reste donnée pour environ 105 bhp.

Le Twin Cam connaîtra une carrière bien plus longue que cette seule série d’Elan. Il deviendra notamment un élément important d’autres Lotus routières, jusqu’à la Lotus Europa Twin Cam du début des années 1970.

Fiche technique de la Lotus Elan S2

CaractéristiqueLotus Elan S2
TypeType 26, roadster biplace
Période1964 à 1966
Moteur4 cylindres en ligne Lotus-Ford Twin Cam
Cylindrée1 558 cm3
Alésage x course82,55 x 72,75 mm
DistributionDeux arbres à cames en tête
AlimentationDeux carburateurs Weber double corps sur la spécification documentée
PuissanceEnviron 105 bhp à 5 500 tr/min en version standard
CoupleEnviron 146 Nm à 4 000 tr/min sur la spécification d’époque documentée
Version SEEnviron 115 bhp
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
StructureChâssis-poutre en acier, carrosserie en fibre de verre
Suspension avantIndépendante, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et barre antiroulis
Suspension arrièreIndépendante, jambes de force de type Chapman
DirectionÀ crémaillère, non assistée
FreinsDisques aux quatre roues
Pneus documentés sur voiture d’essaiDunlop SP41 145-13
Empattement2 134 mm
LongueurEnviron 3 690 mm
Largeur1 422 mm
VoiesEnviron 1 207 mm
Poids567 kg selon la donnée historique actuelle de Lotus, environ 584 kg dans certains documents d’époque
0 à 60 mph9,2 s lors d’un essai d’époque
Vitesse maximaleEnviron 108 mph, soit 174 km/h lors d’un essai d’époque
Réservoir10 gallons impériaux sur la voiture d’essai documentée

Une S2 identifiable par ses évolutions de détail

Visuellement, la S2 reste très proche de la première Elan. Elle conserve les proportions minuscules du Type 26, les ailes avant galbées, les phares escamotables, le long capot relativement bas, le pare-brise incliné et une poupe courte. Cette continuité explique pourquoi une identification fiable demande souvent d’observer les détails plutôt que la silhouette générale.

Les nouveaux blocs de feux arrière constituent l’un des indices les plus utiles, tandis que l’habitacle se distingue notamment par son tableau de bord en bois et sa boîte à gants fermant à clé. Les roues à fixation centrale, lorsqu’elles sont présentes, peuvent également orienter l’identification, mais elles ne doivent pas être considérées comme un équipement systématique de chaque S2.

Il faut également distinguer la voiture routière de la Type 26R destinée à la compétition. Développée à partir de l’Elan, cette dernière reçoit des modifications beaucoup plus profondes touchant notamment le châssis, les trains roulants et le freinage. Les caractéristiques d’une 26R ne peuvent donc pas être utilisées pour décrire une S2 de série, même si les deux appartiennent à la famille Type 26.

Production et place de la S2 dans l’histoire Lotus

Lotus indique aujourd’hui une production d’environ 1 205 Elan Series 2. Certaines compilations spécialisées avancent environ 1 250 exemplaires, différence qui peut notamment dépendre du périmètre retenu pour certaines versions. Le chiffre constructeur de quelque 1 205 voitures constitue la référence la plus solide pour situer la diffusion de cette série.

Au Royaume-Uni, un essai publié en février 1965 indiquait un prix de 1 179 livres pour une Elan proposée sous forme de kit et de 1 435 livres 17 shillings et 1 penny pour une voiture entièrement assemblée. La possibilité d’acheter certaines Lotus en kit permettait alors de bénéficier du régime fiscal britannique applicable à ce type de vente.

La S2 appartient à une période particulièrement féconde pour Lotus. Tandis que l’Elan poursuit son développement, la marque prépare d’autres sportives légères et lance peu après la Lotus Europa. Dans ce contexte, l’Elan S2 représente moins une rupture qu’une étape de maturation : elle conserve l’architecture extrêmement légère du modèle de 1962 tout en corrigeant plusieurs détails de la première série avant les évolutions plus visibles qui accompagneront les Elan suivantes.