Lotus Elan S3

Lotus Elan S3

Apparue en 1965, la Lotus Elan S3 constitue la troisième évolution de la petite sportive britannique lancée trois ans plus tôt. Elle conserve les principes fondamentaux de la Lotus Elan, à savoir un poids très contenu, un moteur quatre cylindres Twin Cam, une propulsion et un châssis-poutre habillé d’une carrosserie en fibre de verre, tout en gagnant en finition et en polyvalence. La principale nouveauté est l’arrivée d’un véritable coupé à toit fixe, le Type 36.

La désignation S3 recouvre en réalité deux types distincts. Le coupé Fixed Head Coupé, ou FHC, porte le numéro Type 36 et apparaît en septembre 1965. Le cabriolet Drop Head Coupé, ou DHC, devient le Type 45 lorsqu’il adopte à son tour la configuration S3 en 1966. Cette distinction est importante, car les numéros Type 36 et Type 45 continueront d’être employés sur des évolutions ultérieures de l’Elan.

Une Elan plus aboutie à partir de 1965

La S3 s’inscrit dans une évolution rapide commencée avec la Lotus Elan S1 en 1962. Colin Chapman avait alors choisi une architecture radicalement différente de celle de l’Elite : plutôt qu’une coûteuse structure monocoque en matériau composite, l’Elan associait un châssis central en acier à une carrosserie légère en fibre de verre. Ron Hickman joua un rôle essentiel dans la conception de cette petite sportive dont l’efficacité reposait davantage sur sa légèreté que sur une puissance élevée.

Après les améliorations apportées par la Lotus Elan S2, la troisième série poursuit la montée en gamme. Elle reçoit une présentation intérieure plus soignée, un tableau de bord en bois, des vitres électriques encadrées et différentes modifications de carrosserie. Lotus cherche ainsi à conserver l’agilité qui a fait la réputation de l’Elan tout en rendant la voiture plus confortable et plus facile à utiliser au quotidien.

Le changement majeur intervient en septembre 1965 avec le Type 36. Pour la première fois, l’Elan deux places est proposée sous la forme d’un coupé fermé produit en série. Les premiers exemplaires sont aujourd’hui couramment qualifiés de “pre-airflow”. La carrosserie évolue ensuite avec un système amélioré de circulation et d’extraction de l’air dans l’habitacle. Le Type 45 DHC S3 apparaît en juin 1966 et complète alors la gamme avec une carrosserie découvrable correspondant pleinement à la troisième série.

Cette période coïncide aussi avec un changement industriel majeur pour Lotus. La production quitte progressivement Cheshunt, dans le Hertfordshire, pour la nouvelle implantation de Hethel, dans le Norfolk, en 1966. Des Elan S3 peuvent donc être associées à l’un ou l’autre site en fonction de leur date de fabrication.

Le Twin Cam au coeur de la S3

Sous le capot se trouve le quatre cylindres Lotus Twin Cam de 1 558 cm3. Il utilise un bloc d’origine Ford associé à une culasse Lotus en aluminium à deux arbres à cames en tête. Alimenté par deux carburateurs double corps dans les configurations les plus courantes, il développe environ 105 bhp dans la S3 standard. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports entièrement synchronisés.

La version Special Equipment, généralement désignée S3 SE, porte la puissance annoncée aux environs de 115 bhp. Elle bénéficie également d’équipements spécifiques, notamment des roues à fixation centrale dans les configurations concernées. Il faut donc distinguer les performances de la SE de celles d’une S3 standard : les 115 bhp souvent associés au modèle ne caractérisent pas toutes les Elan S3.

Le moteur ne constitue pourtant qu’une partie de la recette. Avec une masse généralement située autour de 680 à 710 kg suivant la carrosserie, l’équipement et la méthode de mesure, l’Elan dispose d’un rapport poids-puissance très favorable pour une sportive de cette époque. Une S3 standard peut approcher 180 à 185 km/h, tandis que certaines données concernant la SE indiquent environ 190 km/h. Les mesures d’accélération publiées varient également selon la version et les protocoles utilisés.

Fiche technique de la Lotus Elan S3

CaractéristiqueLotus Elan S3
Période1965 à 1968
CarrosseriesCoupé FHC 2 places et cabriolet DHC 2 places
TypesType 36 FHC, Type 45 DHC à partir de 1966
Moteur4 cylindres en ligne Lotus Twin Cam, double arbre à cames en tête, 8 soupapes
Cylindrée1 558 cm3
Alésage x courseEnviron 82,55 x 72,75 mm
Taux de compressionEnviron 9,5:1
AlimentationDeux carburateurs double corps selon spécification et marché
PuissanceEnviron 105 bhp en version standard, environ 115 bhp en SE
CoupleEnviron 146 Nm à 4 000 tr/min pour la configuration standard documentée
ImplantationMoteur avant longitudinal
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports synchronisés
StructureChâssis-poutre central en acier et carrosserie en fibre de verre
Suspension avantIndépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barre antiroulis
Suspension arrièreIndépendante, jambes de force de type Chapman, ressorts hélicoïdaux
DirectionÀ crémaillère, sans assistance
FreinsDisques aux quatre roues
Pneus145 x 13 couramment documentés
LongueurEnviron 3 683 mm
LargeurEnviron 1 422 mm
HauteurEnviron 1 143 à 1 156 mm selon carrosserie et source
Empattement2 134 mm
Voie avantEnviron 1 194 mm
Voie arrièreEnviron 1 232 mm
PoidsEnviron 680 à 710 kg selon carrosserie et équipement
Vitesse maximaleEnviron 180 à 185 km/h en standard, jusqu’à environ 190 km/h selon spécification SE
0 à 100 km/hEnviron 8,5 s en standard, autour de 7,8 s pour certaines spécifications SE
RéservoirEnviron 42 à 45 litres selon spécification

Un châssis léger au service du comportement

L’architecture de la S3 reste fidèle au principe qui définit l’Elan. Le châssis est constitué d’une structure centrale en acier se divisant en fourches aux extrémités pour recevoir les organes mécaniques et les trains roulants. La carrosserie en fibre de verre contribue peu à la rigidité principale de l’ensemble mais permet de maintenir la masse à un niveau exceptionnellement bas.

Les quatre roues sont indépendantes. À l’avant, Lotus utilise des doubles triangles avec ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barre antiroulis. À l’arrière, les longues jambes de force communément appelées Chapman struts sont associées à des bras inférieurs. La direction à crémaillère non assistée profite directement du faible poids sur le train avant.

Les quatre freins à disque constituent un autre élément remarquable pour une sportive compacte du milieu des années 1960. L’objectif de Chapman n’était pas d’obtenir des performances par la seule augmentation de puissance, mais de réduire les masses et l’inertie afin d’améliorer simultanément accélération, freinage et changements de direction. Cette approche explique pourquoi les caractéristiques du châssis restent centrales dans l’identité de l’Elan S3.

Type 36, Type 45 et version SE

Visuellement, le Type 36 est immédiatement reconnaissable à son pavillon fixe intégré à la carrosserie. Les phares escamotables et les proportions très compactes restent celles de l’Elan, mais le coupé donne au dessin une silhouette différente du roadster des premières séries. Les S3 se reconnaissent également à leurs vitres de portes encadrées, tandis que l’habitacle bénéficie d’une présentation plus élaborée.

Le Type 45 reprend l’esprit du cabriolet antérieur avec les évolutions propres à la S3. La coexistence des Type 36 et 45 explique pourquoi identifier une Elan uniquement à partir de son numéro de type peut être trompeur. Ces désignations survivront au passage à la série suivante et doivent être rapprochées du numéro d’unité, de la date de production et des détails de carrosserie pour identifier précisément un exemplaire.

La SE ajoute une autre source de confusion. Il ne s’agit pas d’une génération séparée mais d’une déclinaison plus performante et mieux équipée de la S3. Son Twin Cam d’environ 115 bhp et certains équipements spécifiques expliquent une partie des différences rencontrées dans les fiches techniques historiques. Une accélération ou une vitesse maximale mesurée sur une S3 SE ne peut donc pas être attribuée automatiquement à la version de 105 bhp.

À la fin de la carrière apparaissent également des voitures correspondant aux évolutions souvent regroupées sous l’appellation Super Safety, particulièrement liées aux exigences du marché américain. Elles intègrent diverses modifications de sécurité et de commandes. La production artisanale de Lotus et les transitions progressives entre spécifications expliquent l’existence de voitures présentant des combinaisons d’éléments qui ne correspondent pas toujours à une séparation nette par année-modèle.

Production et passage à la S4

Le volume exact de S3 reste difficile à fixer en raison des archives de production incomplètes et des transitions entre séries. Une estimation fréquemment publiée atteint environ 2 650 exemplaires, tandis que d’autres relevés historiques aboutissent à environ 2 084 voitures jusqu’en 1968. Cette différence tient notamment au périmètre retenu et à la manière de comptabiliser les voitures situées aux frontières entre les différentes évolutions.

Les numéros de châssis permettent néanmoins de distinguer les deux carrosseries : le préfixe 36 correspond au FHC et le préfixe 45 au DHC S3. Les numéros d’unité ne constituent toutefois pas à eux seuls une chronologie absolue de fabrication, certaines données historiques Lotus correspondant à des dates de facturation ou de sortie plutôt qu’à une date précise d’assemblage.

La S3 disparaît progressivement en 1968 au profit de la Lotus Elan S4. Cette dernière fait évoluer l’apparence, les passages de roues, certains équipements et plusieurs détails imposés par les nouvelles réglementations. Parallèlement, Lotus élargit sa gamme avec la Lotus Europa, dont l’architecture à moteur central propose une interprétation différente de la sportive légère.

Une identité à ne pas confondre avec les autres Elan

L’appellation Elan ayant été utilisée pendant plusieurs décennies, la S3 de 1965 doit être replacée dans la première famille du modèle. Elle appartient directement à la succession S1, S2, S3 puis S4 et conserve le moteur avant, la propulsion et le châssis-poutre caractéristiques de cette génération. Elle ne doit notamment pas être confondue avec l’Elan +2, plus longue et dotée de places arrière, même si cette dernière apparaît durant la même période.

La confusion est encore plus importante avec la Lotus Elan M100 lancée à la fin des années 1980. Malgré son nom, cette seconde Elan repose sur une conception entièrement différente, avec moteur transversal et roues avant motrices. La S3 reste au contraire représentative de la philosophie Lotus des années 1960 : une mécanique relativement modeste installée dans une voiture extrêmement légère, dont l’efficacité repose avant tout sur le châssis et la réduction des masses.