Lotus Gt1

Lotus Gt1

Apparue en 1997, la Lotus Gt1 est plus couramment connue sous le nom de Lotus Elise GT1 et sous son code interne Type 115. Elle naît pour permettre à Lotus de participer au nouveau championnat FIA GT dans la catégorie reine GT1. Malgré une silhouette inspirée de l’Elise, il ne s’agit pas d’une simple voiture de série transformée pour la course. Son châssis profondément remanié, sa carrosserie spécifique, son empattement allongé et surtout son moteur V8 en font une machine à part dans l’histoire de la marque.

Cette distinction est essentielle pour comprendre sa fiche technique. La voiture routière construite pour satisfaire aux exigences d’homologation reçoit le V8 Lotus 918 biturbo, tandis que les principales GT1 engagées par l’usine en compétition adoptent un V8 Chevrolet LT5 atmosphérique porté à environ 6 litres. Les caractéristiques de ces deux configurations ne doivent donc pas être mélangées.

De l’Esprit à l’Elise GT1

Au milieu des années 1990, Lotus participe au BPR Global GT Series avec la Lotus Esprit. La transformation de ce championnat en FIA GT pour 1997 change toutefois la situation. La catégorie GT1 attire des constructeurs capables de développer des voitures de plus en plus éloignées de leurs équivalents routiers, à l’image de la Porsche 911 GT1 et de la Mercedes-Benz CLK-GTR. L’Esprit ne constitue plus une base suffisamment compétitive face à cette nouvelle génération.

Lotus choisit alors d’exploiter l’image de sa nouvelle Lotus Elise. Lancée au milieu des années 1990, celle-ci incarne parfaitement la philosophie maison avec sa masse réduite et son innovante structure constituée de profilés d’aluminium collés. Pour la GT1, cette technologie sert de point de départ, mais les transformations sont considérables.

La Type 115 conserve ainsi un lien conceptuel et visuel avec la Lotus Elise S1, sans partager ses proportions ni sa mécanique. Le châssis est allongé et adapté aux contraintes de la compétition, tandis qu’une imposante carrosserie fermée en matériaux composites remplace la petite carrosserie de roadster. Le quatre-cylindres Rover de l’Elise disparaît également au profit d’un V8.

La FIA homologue la voiture en avril 1997 sous l’appellation Lotus GT1 Turbo et le numéro GT1-006. Une voiture destinée à l’homologation routière est construite parallèlement aux châssis de course. Ce procédé, caractéristique de la réglementation GT1 de l’époque, explique l’extrême rareté de la version routière.

Une Elise transformée en prototype GT

Le dessin est généralement attribué à Julian Thomson, tandis que l’ingénierie s’inscrit dans le travail réalisé autour de la structure de l’Elise, notamment par Richard Rackham. Visuellement, la parenté avec l’Elise reste immédiatement perceptible au niveau de la face avant, des formes arrondies et de certains volumes. Les dimensions racontent pourtant une tout autre histoire.

Avec environ 4,5 m de longueur, 2,07 m de largeur et un empattement de 2,675 m, la GT1 est nettement plus imposante que l’Elise. La carrosserie en carbone et Kevlar adopte un habitacle fermé, des ailes extrêmement larges, d’importantes entrées d’air latérales et une longue partie arrière. Les voitures de compétition ajoutent un grand aileron, un splitter avant, un diffuseur et les équipements aérodynamiques nécessaires aux vitesses atteintes en championnat GT.

Cette architecture conserve néanmoins une idée fondamentale de l’Elise : obtenir une structure légère et rigide grâce à l’aluminium collé. Le résultat est une GT1 dont la masse reste proche de la tonne malgré un V8, une transmission de course, une carrosserie beaucoup plus volumineuse et les équipements de sécurité imposés par la compétition.

Cette démarche annonce aussi, dans un registre moins extrême, l’exploitation ultérieure de la plateforme légère de l’Elise pour des Lotus davantage orientées vers la piste. La Lotus Exige S1 prolongera ainsi cette relation entre structure légère, carrosserie fermée et utilisation sportive, sans pour autant reprendre l’architecture radicale de la GT1.

Deux V8 pour une même Lotus GT1

La voiture d’homologation est associée au Lotus Type 918, un V8 à 90 degrés de 3 506 cm3, à 32 soupapes et double turbocompresseur. Ce moteur appartient à la même famille que celui de la Lotus Esprit V8. Certaines fiches attribuent environ 350 ch à la voiture routière, tandis que des configurations de compétition du Type 918 sont données autour de 550 bhp. Ces valeurs correspondent à des spécifications différentes et ne doivent pas être présentées comme une puissance unique de la Lotus GT1.

Pour les principales voitures d’usine, Lotus abandonne en effet le moteur turbo au profit du Chevrolet LT5. Ce V8 atmosphérique, profondément adapté à la compétition et porté à environ 5 993 cm3, permet notamment d’éviter le handicap que les restrictions d’admission imposent alors aux moteurs suralimentés. Au Mans en 1997, la puissance documentée se situe autour de 500 ch dans certaines configurations, alors que d’autres spécifications de la GT1 à moteur LT5 sont annoncées entre environ 575 et 600 ch.

Le V8 est implanté longitudinalement en position centrale arrière et entraîne exclusivement les roues arrière. Les voitures de course utilisent une boîte séquentielle Hewland à six rapports. La voiture d’homologation est pour sa part généralement associée à une transmission manuelle Renault à cinq rapports.

Fiche technique de la Lotus Gt1

CaractéristiqueLotus GT1 d’homologationLotus GT1 de compétition
Année19971997
Code interneType 115Type 115
Architecture moteurV8 à 90 degrés, 32 soupapes, biturboV8 atmosphérique Chevrolet LT5
Cylindrée3 506 cm3Environ 5 993 cm3
PuissanceEnviron 350 ch dans la spécification routière généralement publiéeEnviron 500 à 600 ch selon configuration
CoupleEnviron 400 Nm à 4 250 tr/min dans les fiches publiéesVariable selon configuration
ImplantationCentral arrière longitudinalCentral arrière longitudinal
TransmissionPropulsionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle Renault à 5 rapportsHewland séquentielle à 6 rapports
StructureAluminium collé, profondément dérivée de l’EliseAluminium collé, profondément dérivée de l’Elise
CarrosserieCarbone et KevlarCarbone et Kevlar
SuspensionsDoubles trianglesDoubles triangles, amortissement de compétition
FreinsConfiguration spécifique GT1Système de compétition AP Racing / Carbone Industrie documenté au Mans
LongueurEnviron 4 491 à 4 510 mm selon spécificationEnviron 4 491 à 4 510 mm selon spécification
LargeurEnviron 2 070 mmEnviron 2 070 mm
HauteurEnviron 1 100 mmEnviron 1 100 mm
Empattement2 675 mm2 675 mm
PoidsEnviron 1 050 kgEnviron 950 kg selon configuration, 972 à 981 kg documentés pour des voitures au Mans 1997
0 à 100 km/hEnviron 3,8 s, valeur publiée mais non confirmée par une mesure officielleVariable selon réglages
Vitesse maximaleEnviron 320 km/h annoncés dans certaines fiches secondaires290 km/h documentés pour la n°50 au Mans 1997

Une saison 1997 difficile en FIA GT

La Lotus fait ses débuts en championnat FIA GT à Hockenheim le 13 avril 1997. Quatre Elise GT1 prennent part à l’épreuve, mais aucune ne rejoint l’arrivée. Les problèmes de fiabilité, notamment électriques et mécaniques, deviennent rapidement l’un des obstacles majeurs d’un programme développé dans des délais serrés face à des concurrents disposant de moyens considérables.

Le meilleur résultat notable arrive à Helsinki, où Mauro Martini et Andrea Boldrini conduisent une GT1 engagée par GBF jusqu’à la cinquième place. Ce résultat ne suffit pas à modifier la trajectoire d’une saison durant laquelle les voitures souffrent pour convertir leur potentiel en résultats réguliers.

Les 24 Heures du Mans 1997 constituent l’épisode le plus emblématique. La voiture n°49 confiée à Jan Lammers, Mike Hezemans et Alexander Grau prend le départ, mais abandonne après 121 tours à la suite de problèmes liés au moteur et à son circuit d’huile. La n°50 ne se qualifie pas. Les données relevées pour cette dernière font néanmoins état d’une vitesse de 290 km/h, illustrant les performances que pouvait atteindre la GT1 malgré son manque de fiabilité.

Lotus met fin à son programme officiel après cette unique saison. La Type 115 arrive en réalité dans une période où la catégorie GT1 devient une course technologique extrêmement coûteuse. Son développement à partir des principes de l’Elise ne suffit pas à rivaliser durablement avec les programmes spécialement conçus et financés pour dominer le championnat.

Une production minuscule et des châssis transformés

La production est généralement décrite comme comprenant sept châssis de compétition et une voiture d’homologation. Le décompte demande toutefois une nuance en raison de l’existence de châssis de réserve et de reconstructions au cours de leur carrière. Cette très petite série suffit dans tous les cas à placer la GT1 parmi les Lotus modernes les plus rares.

Après l’arrêt du programme, certains exemplaires connaissent une seconde vie inhabituelle. Deux châssis servent notamment de base à la Bitter GT1 destinée à la saison 1998. L’auto reçoit une carrosserie modifiée et surtout un V10 Chrysler/Viper de 8 litres. Le projet ne permet pas davantage à cette architecture de s’imposer au plus haut niveau du Grand Tourisme.

Un ancien châssis réapparaît même aux 12 Heures de Sebring en 2004 sous la forme d’un prototype fermé engagé par Team Elite. Cette tentative tardive se termine après seulement sept tours à la suite d’un problème de transmission. D’autres exemplaires ont retrouvé la piste beaucoup plus tard dans des manifestations historiques, dont le châssis 007, ancien participant aux 24 Heures du Mans 1997.

Une GT1 très éloignée de l’Elise de route

La proximité des noms reste la principale source de confusion autour de la Lotus Gt1. Une Elise S1 est un petit roadster à quatre cylindres conçu autour de la légèreté et de la simplicité. La Type 115 est au contraire un coupé de compétition d’environ 4,5 mètres, doté d’un V8 central, d’une carrosserie en matériaux composites et d’une aérodynamique conçue pour les courses internationales. L’Elise lui fournit une identité et un principe structurel, pas une fiche technique.

La GT1 se distingue également de l’Esprit qu’elle remplace en compétition. Elle représente la tentative de Lotus d’entrer dans l’ère des GT d’homologation presque entièrement conçues pour la course, avant que l’escalade des coûts ne conduise rapidement à la disparition de cette génération de GT1. Les programmes ultérieurs de la marque, dont ceux associés à la Lotus Gt3, évolueront dans un cadre différent, plus proche de voitures de compétition dérivées de modèles de série.

La Lotus Gt1 reste ainsi indissociable de la brève période où le règlement autorisait des constructeurs à homologuer des machines extrêmement spécialisées grâce à une production routière symbolique. Sa carrière officielle n’a duré qu’une saison, mais son unique exemplaire d’homologation, ses quelques châssis de course et leurs transformations successives en font l’un des programmes les plus singuliers de Lotus dans les années 1990.