Lotus Esprit

Lotus Esprit

Produite de 1976 à 2004, la Lotus Esprit est l’un des modèles les plus durables de l’histoire de Lotus. Ce coupé deux places à moteur central associe à ses débuts le dessin en coin de Giorgetto Giugiaro à une architecture fidèle aux principes de Colin Chapman : châssis à poutre centrale, carrosserie légère en matériau composite et moteur placé derrière l’habitacle. L’Esprit évoluera pourtant considérablement pendant ses vingt-huit années de carrière, passant du quatre cylindres atmosphérique de 2 litres au V8 biturbo de 3,5 litres.

Du projet M70 à la Lotus Esprit de série

L’histoire de l’Esprit commence au début des années 1970 avec le projet M70. Lotus souhaite alors développer une sportive à moteur central plus ambitieuse que la Lotus Europa. Giorgetto Giugiaro et Italdesign sont chargés de dessiner la carrosserie. Un prototype construit à partir d’un châssis d’Europa Twin Cam profondément modifié est présenté au Salon de Turin en novembre 1972.

Giugiaro applique à la future Lotus son langage stylistique très géométrique de l’époque. La carrosserie extrêmement basse forme un coin, avec un capot plongeant, un pare-brise fortement incliné et des surfaces tendues. Les phares escamotables permettent de conserver une face avant particulièrement fine. Malgré son aspect spectaculaire, cette silhouette est destinée à une véritable voiture de série et non à rester un simple exercice de style.

Le développement se poursuit pendant plusieurs années avant la présentation de l’Esprit de production au Salon de Paris en 1975. La fabrication commence à Hethel en 1976. La première mouture, rétrospectivement désignée Lotus Esprit S1, porte le numéro de type 79 et conserve très largement l’esprit esthétique du prototype de Giugiaro.

Une sportive légère à moteur central

Sous sa carrosserie en plastique renforcé de fibres de verre, l’Esprit repose sur un châssis en acier à poutre centrale. Cette solution déjà caractéristique des Lotus routières permet de concentrer les efforts dans une structure relativement légère. Les quatre roues disposent de suspensions indépendantes et la direction à crémaillère des premières versions n’est pas assistée.

La S1 reçoit le moteur Lotus Type 907, un quatre cylindres en ligne tout aluminium à double arbre à cames en tête et 16 soupapes. Sa cylindrée de 1 973 cm3 et ses deux carburateurs Dell’Orto lui permettent de développer 160 bhp en spécification européenne. Le moteur est installé longitudinalement en position centrale arrière et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à cinq rapports et d’un ensemble transaxle d’origine Citroën.

Cette première Esprit privilégie donc davantage le rapport poids-puissance, l’équilibre du châssis et l’aérodynamique que la puissance brute. Les essais d’époque de la S1 européenne font état d’environ 200 km/h en vitesse maximale. Les caractéristiques diffèrent toutefois sur les voitures destinées notamment aux États-Unis, dont les moteurs répondent à d’autres normes antipollution et développent moins de puissance.

Fiche technique de la Lotus Esprit

CaractéristiqueLotus Esprit S1 européenne au lancement
Production de la lignée Esprit1976 à 2004
CarrosserieCoupé 2 portes, 2 places
ArchitectureMoteur central arrière longitudinal, propulsion
MoteurLotus Type 907, 4 cylindres en ligne
DistributionDouble arbre à cames en tête, 16 soupapes
Cylindrée1 973 cm3
Alimentation2 carburateurs Dell’Orto
Puissance160 bhp à 6 200 tr/min en spécification européenne
CoupleEnviron 190 Nm à 4 900 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
StructureChâssis en acier à poutre centrale, carrosserie en matériau composite renforcé de fibres de verre
SuspensionsIndépendantes aux quatre roues
DirectionÀ crémaillère, non assistée
FreinsDisques aux quatre roues
LongueurEnviron 4 260 mm
LargeurEnviron 1 861 mm
HauteurEnviron 1 111 mm
Empattement2 438 mm
Vitesse maximaleEnviron 200 km/h
0 à 60 mphEnviron 8,4 s dans un essai d’époque
Site de productionHethel, Norfolk, Royaume-Uni

De la S2 à la Turbo Esprit

Lotus fait évoluer son coupé dès 1978 avec la Lotus Esprit S2. Le dessin général reste celui de Giugiaro, mais plusieurs détails permettent de la reconnaître, notamment ses prises d’air aménagées derrière les vitres latérales arrière et ses nouvelles roues. Les modifications répondent aussi à des considérations de refroidissement, d’aérodynamique et de finition.

La S2.2 constitue une étape technique plus importante avec l’adoption d’un moteur porté à 2 174 cm3. Le châssis bénéficie également de la galvanisation, amélioration importante pour la résistance à la corrosion. Cette cylindrée de 2,2 litres devient ensuite une composante majeure de l’évolution mécanique de l’Esprit.

Le véritable changement de stature intervient avec la Lotus Esprit Turbo. D’abord associée à la spectaculaire série Essex, la suralimentation transforme les performances du coupé. Le quatre cylindres Type 910 de 2,2 litres turbocompressé développe environ 210 bhp dans sa première configuration. La voiture reçoit parallèlement des modifications de châssis et une présentation extérieure plus agressive, avec des appendices aérodynamiques, des bas de caisse et une silhouette visuellement élargie.

À partir de 1981, la Lotus Esprit S3 modernise parallèlement la branche atmosphérique. Elle partage davantage d’éléments avec la Turbo et permet à Lotus de rationaliser progressivement la gamme. Les versions HC et HCi des années suivantes améliorent encore les moteurs avant une transformation esthétique beaucoup plus profonde.

Peter Stevens modernise la silhouette

À la fin des années 1980, Lotus confie la modernisation de l’Esprit à Peter Stevens. Cette génération souvent appelée X180 conserve les proportions fondamentales de la voiture, son moteur central et ses phares escamotables, mais abandonne une partie des angles tranchants du dessin Giugiaro. Les panneaux deviennent plus arrondis et l’ensemble paraît nettement plus contemporain sans rompre avec l’identité de l’Esprit.

L’évolution ne se limite pas à la carrosserie. La transmission d’origine Citroën laisse place à une boîte Renault sur les Esprit de cette période. Les versions turbocompressées gagnent également en puissance. La Turbo SE, apparue à la fin des années 1980, utilise notamment un système de refroidissement de l’air de suralimentation et porte la puissance du quatre cylindres 2,2 litres à environ 264 bhp.

L’Esprit connaît aussi plusieurs dérivés particulièrement sportifs. La compétition américaine donne naissance à la X180R, tandis que la Sport 300 transpose une partie de cette expérience à une série routière très performante. En 1993, la S4 redessinée sous la direction de Julian Thomson poursuit la modernisation avec des boucliers et des détails stylistiques plus doux. La S4s pousse ensuite très loin le développement du quatre cylindres 2,2 litres turbo.

Le V8 biturbo et les dernières Esprit

En 1996, après deux décennies de quatre cylindres, Lotus installe enfin un huit cylindres dans son modèle phare. La Lotus Esprit V8 reçoit le Type 918, un V8 de 3 506 cm3 à 32 soupapes et deux turbocompresseurs. Sa puissance est limitée à environ 350 bhp, une valeur déjà suffisante pour faire entrer l’Esprit dans une nouvelle catégorie de performances, avec une vitesse maximale dépassant 280 km/h sur certaines versions.

Le quatre cylindres ne disparaît pas immédiatement. La GT3 commercialisée dans les années 1990 utilise un moteur turbo de 2 litres et constitue une alternative plus légère au V8. À l’autre extrémité de la gamme, la Sport 350 pousse le concept de l’Esprit V8 vers une utilisation encore plus sportive grâce à une réduction de masse et à des adaptations du châssis.

Une dernière évolution esthétique apparaît en 2002 sous la responsabilité de Russell Carr. Elle se distingue notamment par ses quatre feux arrière circulaires, qui remplacent les blocs rectangulaires des versions précédentes. La structure fondamentale demeure pourtant celle d’une automobile dont les origines remontent au début des années 1970.

La fabrication prend fin à Hethel en février 2004, après environ 28 années de carrière. Le total généralement retenu est de 10 675 Esprit, même si les décomptes par version présentent quelques divergences. Lotus ne lui donne pas immédiatement de remplaçante directe. Quelques années plus tard, la Lotus Evora réintroduit néanmoins dans la gamme une sportive à moteur central davantage orientée vers le grand tourisme que les Elise et Exige.

Un dessin indissociable de James Bond

La première Esprit se reconnaît immédiatement à ses proportions exceptionnellement basses, à son profil cunéiforme et à ses phares escamotables. Sur la S1, les jantes Wolfrace, les surfaces presque planes et l’absence des prises d’air latérales arrière des S2 permettent d’affiner l’identification. Certains habitacles des premières voitures possèdent également une sellerie à motif tartan devenue emblématique de la période.

Cette silhouette acquiert une notoriété mondiale grâce à L’Espion qui m’aimait, sorti en 1977. James Bond y conduit une Esprit S1 blanche, tandis qu’un véhicule spécialement construit pour les séquences sous-marines transforme visuellement la Lotus en submersible. Cette machine de cinéma, surnommée Wet Nellie, ne doit évidemment pas être confondue avec une Esprit amphibie de production.

La relation avec James Bond se poursuit dans Rien que pour vos yeux en 1981, cette fois avec des Esprit de la génération Turbo. Ces apparitions interviennent au moment où Lotus fait justement évoluer son coupé d’une sportive légère relativement dépouillée vers une GT beaucoup plus puissante. Elles contribuent ainsi à associer durablement la silhouette de l’Esprit, aussi bien dans sa forme Giugiaro originelle que dans ses variantes Turbo, à l’image des voitures exotiques britanniques des années 1970 et 1980.